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Sens et portée de la grève des agents de sécurité aéroportuaire
2012 n’est pas commencée que, déjà, la grève des agents de sécurité des aéroports annonce ce qu’elle sera en France.
Faisant un métier des plus ingrats, se voyant déléguer de vulgaires taches de police des plus désagréables et parfois des plus sordides pour eux comme pour les usagers des transports aériens, ces travailleurs forment une sorte de plèbe, ou de sous-prolétariat, mal payé, mal traité et méprisé. Ils sont employés par une cohorte de sous-traitant de la flicaille et de la sécurité privées : Brink’s, Sécuritas, Sesa, etc. Depuis 1996 en effet, ces entreprises sont « délégataires de missions de service public » …
Leur explosion, pour les salaires et la dignité, leur détermination, leur union, ainsi que la faiblesse des réactions hostiles et la fréquence des réactions solidaires ou compréhensives parmi les passagers « pris en otage » comme le dit ou le suggèrent la presse et la télé, expriment ce qui se passe dans les profondeurs de la société.
Leur revendication d’une hausse de 200 euros des salaires, dont on soulignera au passage la parenté avec le mot d’ordre qui avait fait se dresser la Guadeloupe au printemps 2009, ressorti plus récemment à Mayotte, signifie non seulement une amélioration significative de leur sort, mais un coup porté aux compagnies de sécurité privées, qui pose la question d’une organisation rationnelle des transports aériens, dont on est loin actuellement.
Alors que les patrons du secteur refusent de discuter hausse des salaires (en faisant passer pour telle des « propositions » de primes annuelles de 300 à 500 euros), le gouvernement Sarkozy-Fillon a volé à son secours, sur fonds de grognements de la piétaille des députés UMP pour le « service minimum », en affectant police et gendarmerie aux taches effectuées jusque là par ces agents à Roissy. En même temps, il affiche sa faiblesse en éprouvant le besoin de déclarer, par la voix de Mm. Kosciusko-Morizet (ministre des Transports), que l’efficacité de la grève n’est pas affectée puisque les Aéroports ne paie pas les compagnies privées dans la mesure où la majeure partie de leurs employés ne se présentent pas à leur poste de travail !
Comme en même temps le public peut constater que le même travail fait par police et gendarmerie prend bien plus de temps encore, la démonstration est faite que la sécurité dans les aéroports pourrait être assurée par les agents actuels, titularisés comme fonctionnaires !
Nous voyons donc un secteur de la classe ouvrière défier le gouvernement, et celui-ci menacer, menacer, menacer, attaquer le droit de grève tout en affichant sa faiblesse. C’est bien sûr un signe important, alors que les licenciements et plans « sociaux » pleuvent à nouveau, et que le gouvernement sait très bien que la crise financière va le prendre à la gorge à nouveau, les cadeaux faits aux banques au niveau européen (voir notre dernière lettre) n’entrainant aucune amélioration dans les rachats de titre de la dette publique des Etats, les banques se contentant d’encaisser.
Le gouvernement se dispose à l’affrontement, comme nous l’avons dit, AVANT les présidentielles, car il n’a pas le choix. C’est le sens de l’annonce anticipée des 14 000 suppressions de postes supplémentaires pour 2012 dans l’Education nationale …
La première grève nationale sérieuse, opposant un secteur du salariat au pouvoir, a eu lieu dans l’enseignement public à propos de l’évaluation des enseignants, le jeudi 15 décembre. Prenant ses responsabilités, le SNES-FSU, avec les autres syndicats d’enseignants du second degré de l’Education nationale de la FSU, appelle d’ores et déjà une grève et une manifestation nationale le mardi 31 janvier (communiqué ci-dessous).
Ajoutons une chose : c’est peu de dire que les rassemblements appelés pourtant par la CGT, la CFDT, la FSU, l’UNSA et Solidaires le mardi 13 décembre était en dessous de toute expression du mécontentement réel, et à côté de ces processus de mobilisation bien réels eux aussi, dans les entreprises, dans les aéroports ou dans l’enseignement. Pour que l’unité soit efficace il faut qu’elle se fasse sur les revendications réelles, ce qui n’est pas possible si on accepte le principe du « remboursement de la dette publique » ou que l’on parle de tout sauf de cela. Pour gagner contre les patrons et contre Sarkozy, il ne faut donc pas que les organisations syndicales se rendent à sa convocation pour un « sommet social » le mercredi 18 janvier !
vendredi 30 décembre 2011