Europe
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La catastrophe inéluctable et les moyens de la conjurer
La crise financière (expression superficielle et non cause, rappelons-le, de la crise du capitalisme) semaine après semaine avance inexorablement par-dessus les pauvres digues installées par les gouvernements, qui ne sont bons qu’à faire payer les peuples, baisser les salaires, détruire protection sociale et services publics.
Cela est vrai aux Etats-Unis, vrai en Chine, et cela est en train de franchir un nouveau seuil en Europe qui, cette fois-ci, donne directement la mesure de la situation réelle en France et pour la campagne des présidentielles.
France : le compte à rebours a commencé.
Lundi dernier, 17 octobre, l’agence Moody’s a donc annoncé qu’elle mettait la note de crédit française, le fameux « AAA », sous surveillance avec un délais de trois mois pour voir si elle va l’abaisser. C’est ainsi qu’avait commencé, le 16 mai dernier, l’entrée des Etats-Unis dans un nouveau stade de leur propre crise, qui est au fond la même.
Notons au passage que les cris de colère qui se sont multipliés soudain, principalement dans les rangs du Front de Gauche, de l’extrême-gauche et de l’aile gauche du PS, et par ailleurs au Front National, contre les méchantes « agences de notation de droite » (ainsi qu’on a pu le lire …), tapent sur un épouvantail et prêtent à des remugles complotistes ou nationalistes. Dans le système capitaliste, dont le crédit est l’huilage essentiel, ces agences font leur travail. Elles sont aussi condamnables et aussi corruptibles que toute autre entreprise capitaliste en général, et financière en particulier. Il n’y a pas de complot « mondialiste » ( ? ) contre la notation française de crédit. Il n’y aura pas d’union sacrée contre la « finance cosmopolite » …
Il y a la crise du capitalisme et son expression financière, et dans ce cadre quiconque suit la situation sait que l’abaissement de la note de crédit de la France est inscrite dans son développement proche.
Au lieu de crier à la menace contre la patrie et de se plaindre qu’on aille bientôt nous traiter « comme des Grecs », il conviendrait plutôt d’avertir de ce qu‘est, indépendamment de la méchanceté supposée de la droite et du patronat, ou plutôt de l’effet d’aubaine que cela serait pour eux, le sens réel d’une « baisse de la note de crédit » tel que le vivent justement les Grecs : une injonction à faire immédiatement des économies sauvages pour payer plus vite des intérêts de dette « publique » en forte hausse, et pour cela des coupes dans les services publics, la retraite à 67 ans (c’est-à-dire pour le plus grand nombre la misère à 55 ans), la baisse massive et généralisée des salaires (direct et indirect).
Le tout en pleine campagne présidentielle. Cette situation placerait Sarkozy en posture de devoir affronter la société et d’en sortir renforcé ou éclopé. Voila la réalité de ce qui se prépare : on peut mesurer à quel point le débat des « primaires » en fut par définition très éloigné …
Crise franco-allemande.
Suite donc à cette annonce, Sarkozy s’est invité mercredi 19 au soir à Francfort (pendant que son épouse accouchait) au gala d’adieu de M. Trichet président partant de la BCE (Banque Centrale Européenne), et, de l’avis général des « milieux autorisés », il a gâché la fête en imposant un mini « sommet européen » improvisé dans lequel, au nom des intérêts supérieurs du capitalisme français, il a proposé des pseudos « solutions » auxquelles le capitalisme allemand est opposé : rachats massifs des titres de dette publique des pays européens par la BCE (qui ferait plonger l’euro par des émissions massives), ou réforme du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) pour en faire une sorte de banque alimentée par la BCE, ce qui reviendrait à peu près au même.
Ces supplications, fort malséantes aux oreilles d’Angela Merkel, font écho aux exigences de BNP-Paribas, Dexia, la Société Générale, le Crédit Agricole … bref du secteur central du capital financier français, de plus en plus affolé par le tsunami en vue.
De plus, France et Allemagne divergent sur la décote de la Grèce dont le « défaut » est considéré comme inéluctable par les spéculateurs (la France voudrait limiter la décote pour protéger « ses » banques), elles divergent encore sur les mesures de recapitalisation des banques comme sur les quantités à réinjecter dans le FESF dont on sait très bien qu’il ne pourra faire face à la marche du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie (et tôt ou tard à nouveau de l’Irlande … et au final de la France ! ) vers le « défaut ».
Un seul point d’accord réel et visible : taper sur l’Italie et déplorer que Silvio Berlusconi semble politiquement et moralement trop affaibli pour imposer toutes les « mesures nécessaires » !
La signification politique et économique du conflit des impérialismes allemand et français est claire. L’édifice laborieusement construit pour le « sommet européen » du 21 juillet dernier, accouchant du FESF au forceps, puis voté par tous les parlements les uns après les autres, avec un psychodrame final pour le vote du dernier d’entre eux, celui de Slovaquie ; tout cet édifice qui, rappelons-le, avait « sauvé l’Europe » ( sic !!!) est d’ores et déjà caduc, nul et non avenu.
Crise européenne généralisée.
Les médias français nous ont tout au long de la semaine annoncé l’imminence d’un « sommet » dans lequel Sarkozy, entrainant Merkel, allait « sauver l’Europe ».
La réalité, du propre point de vue des chefs d’Etat et de gouvernement européens, est un peu différente : la crise financière européenne rebondit, cette fois-ci à cause de la France, dont la menace de « dégradation » contraint les dirigeants à ouvrir bien malgré eux une crise avec l’Allemagne.
Ce qui se passe est donc aux antipodes de ce « sommet » en bon ordre que l’on nous avait annoncé pour ce dimanche 23 octobre : il y a eu l’épisode de la sauterie pour Trichet gâchée par Sarko mercredi soir, il s’avère que le « sommet historique » du 23 sera suivi d’un autre trois jours après - manière d’annoncer par avance qu’il ne doit aboutir à rien car l‘Allemagne l‘a voulu ainsi ! - et cerise sur le gâteau, une rencontre entre Commission européenne et Chine est reportée par les européens, le gouvernement chinois leur adressant une leçon de sens capitaliste des responsabilités …
Et en même temps que s’accentue le conflit franco-allemand, dans lequel l’impérialisme allemand est a priori le plus fort, s’accentuent toutes les contradictions de cette supposée « Union » dite « Européenne ».
A l’occasion du « non sommet pour ne rien décider» qu’a finalement été la réunion du dimanche 23 octobre, le premier ministre britannique David Cameron a poussé une charge contre la gestion par les gouvernements allemand et français de leur différent en un champ clos, alors que la crise de la zone euro a selon lui des répercussions sur la crise financière britannique, ce qui est d’ailleurs vrai et n’arrange rien. Position appuyée par la Suède et la Pologne. Sarkozy aurait crié qu’il en a « assez de l’entendre dire ce que nous avons à faire » et tenté de faire l’unité des vertueux membres de l’euro contre les méchants anglo-saxons insulaires. Mal lui en a pris : deux pays membres de la zone euro à leur tour, les Pays-Bas et la Finlande, ont cosigné une lettre avec un pays non membre, la Suède, pour protester contre la monopolisation des décisions par le « couple » déchiré de la France et de l’Allemagne.
Ces manifestations de mauvaise humeur hystérique de la part du soi-disant « vainqueur de Tripoli » et « sauveur de Benghazi » en tandem avec le même Cameron, donnent la mesure de l’état réel de l’impérialisme français.
« Franco-allemande ou bien simplement allemande, la nouvelle vision de la gouvernance économique de l'Europe ne plaira pas à tout le monde. Mais a-t-on vraiment le choix ? », écrit le journal financier La Tribune.
Manière de reconnaitre que cause la de ces déchirements est l’impasse commune à tous les gouvernements capitalistes : « Devenus hétérodoxes, les Français sont au nom du réalisme partisans d’actionner la planche à billets tandis que les Allemands, orthodoxes, se crispent en faveur de la rigueur et de la réduction de la dette publique. Ce sont en réalité deux versions de la même aveugle fuite en avant. », écrit l’analyste François Leclerc (http://www.pauljorion.com/blog/).
Enseignements de la nouvelle grève générale grecque.
Alors que le « Parlement » grec aux ordres siégeait pour décider cette fois-ci la liquidation des conventions collectives et la baisse généralisée des salaires dans les entreprises, les Grecs ont été massivement en grève les mercredi 19 et jeudi 20 octobre, à l’appel des trois organisations syndicales contraintes à l’unité, CGSE (majoritaire dans les entreprises et dont la direction est jusque là liée au PASOK, le PS grec au pouvoir qui applique les plans du FMI et de Bruxelles et fait gazer les manifestants), ADEDY (majoritaire dans la fonction publique et lui aussi « réformiste ») et PAME (liée au KKE, le PC grec).
Premier fait déterminant : la grève générale a eu un caractère majoritaire, non seulement dans la classe ouvrière, mais envers toutes les classes non capitalistes du pays, donc l’immense majorité de la société, paysans, petits commerçants, chômeurs en nombre croissant, intellectuels, se regroupant dans le cadre des cortèges syndicaux de plus en plus mêlés, vieux, jeunes, Grecs de toutes conditions tous également écrasés, tout également indignés.
Second fait : la recherche par la masse du débouché politique, se traduisant par la tendance des manifestations centrales à encercler le Parlement, à lui dénier le droit de voter les mesures voulues par le capital, et les discussions, particulièrement avancées dans la fédération des fonctionnaires ADEDY, sur la nécessité d’envahir le Parlement.
Il est évident que cette perspective conduit à la révolution, c’est-à-dire à la démocratie : imposer un gouvernement provisoire des syndicats stoppant immédiatement le paiement de la « dette » et de ses intérêts, sortant de l’euro si nécessaire, ouvrant la voie à une assemblée constituante mandatée pour nettoyer le pays, arrêter les corrompus, exproprier les familles de voleurs Caramanlis, Venizelos et autres qui siègent dans tous les gouvernements de droite et de gauche depuis des décennies, couper le budget des militaires et celui des popes. Toutes choses qui ne sont possibles que si les manifestants s’organisent durablement, comme le suggèrent les « Indignés » avec leur préconisation d’occupation permanente des places publiques, mais pas seulement sur les places : dans les quartiers, dans les entreprises et dans les services publics.
Mais voici le troisième fait : les affrontements très violents du mercredi et surtout du jeudi ont eu objectivement pour fonction d’interdire aux manifestants d’avancer dans cette direction, ce qui serait parfaitement possible si la direction de la manifestation le voulait. Jeudi, celle-ci était entre les mains du PAME, donc du KKE, dont la préoccupation première était de ceinturer et liquider les commandos de « blacks blocs » se disant souvent anarchiste et qui, pour leur part, prétendent prendre d’assaut le Parlement non par l’action des masses, mais par celle de leurs détachements de combats. Il semble que le SO stalinien soit physiquement supérieur aux groupes de blacks blocs dans la mesure où la masse des manifestants ne saurait en aucun cas soutenir ces derniers, repoussée par leur violence et leur sectarisme. Le SO accuse les blacks blocs d’être largement infiltrés par la police, nul doute que ce soit vrai. Les anars accusent le SO de travailler avec la police, nul doute que ce soit vrai aussi. Jeudi dernier les uns et les autres se sont très bien complétés. Ainsi est évitée l’unité des centaines de milliers de manifestants contre la police et le Parlement, alors que telle est leur aspiration. Un secteur radicalisé de la jeunesse ouvrière, étudiante et chômeuse, mais qui n’est identifiable ni à l’ensemble de la jeunesse, ni à l’ensemble des courants anars, tente d’aller au combat tout seul, largement infiltré par la police, et ceci a permis au SO du PAME, jeudi dernier, de protéger le Parlement. Une vraie direction politique démocratique, indépendante du capital, et donc révolutionnaire, dans la manifestation, aurait unifié le corps des manifestants et les jeunes exaspérés, isolé les flics en civil, et soit occupé, soit encerclé durablement le Parlement avec la masse.
La classe ouvrière et le peuple grecs ont répété en encore plus grand et plus massif ce qu’ils avaient fait en juin : deux jours de grève générale, siège du Parlement. Cela prouve la combativité, la disponibilité encore majoritaires malgré la politique des directions des partis de gauche et des syndicats qui ne conduit qu’à la fatigue, l’épuisement et la répétition.
Sortir de l’impasse passe par l’organisation d’une direction démocratique dans les grèves et les manifestations qui, mettant au pas les groupuscules de combattants autoproclamés comme les vieux SO « communistes » qui n’ont jamais été bon qu’à taper sur leurs frères de classe, permette l‘expression et la réalisation de la volonté collective de lutte unie pour chasser le pouvoir en place et le Parlement illégitime. L’unité de la classe ouvrière et de la jeunesse en Grèce est déjà là à la base : la question est celle de la direction.
* * *
C’est à l’échelle de toute l’Europe que ces questions se posent. Unissons-nous pour :
-le non paiement de la dette soi-disant « publique »
-le maintien et la hausse des salaires, retraites, pensions et minima sociaux.
-le départ des gouvernements en place qui sont les gouvernements de la dette, la construction de l’unité des salariés et des jeunes pour imposer la démocratie et des gouvernements qui les représentent réellement.
Ce qui, en France, se traduit par :
- dehors Sarkozy !
- Non au « remboursement des déficits » !
- Mettons en tête de la gauche au premier tour des présidentielles un candidat qui ne soit pas celui de la dette : J.L. Mélenchon !
samedi 29 octobre 2011