Egypte, Tunisie, Libye
Egypte, Tunisie, Libye
Pas de démocratie possible avec le maintien de l’Etat capitaliste
Egypte : l’armée contre le peuple.
« Le problème c'est l'armée pas les musulmans. Les musulmans sont nos biens aimés. Ceux qui étaient aux funérailles de Mina et ont transporté son corps étaient musulmans.
C'est la faute aux militaires (…) Ils nous ont tiré dessus et nous ont jeté des gaz lacrymogènes. Ils ont envoyé des voyous armés de sabres, habillés en survêtements et dont le visage était celui de criminels ! Nous étions des gens bons, manifestant pacifiquement. »
Voila ce que déclare la sœur d’un manifestant copte tué par l’armée égyptienne lors des « incidents inter-communautaires » entre coptes et musulmans. Elle montre qu’il ne s’agit justement pas d’ « incidents inter-communautaires », mais de provocations de l’appareil d’Etat et des bandits à sa solde.
Parallèlement aux agressions contre les coptes, l’armée égyptienne au pouvoir tente d’accentuer la répression contre les ouvriers grévistes notamment dans la forteresse prolétarienne et berceau véritable de la révolution égyptienne de Mahallah al Cobra, dans le delta du Nil.
En Egypte les militaires se sont empressés de faire plébisciter un toilettage constitutionnel qui interdit toute démocratie réelle et laisse le champ libre à la vermine policière traditionnelle, celle des flics qui « vérifient la virginité » des manifestantes arrêtées et autres infamies. La jeunesse, la société, le prolétariat, bouillonnent de colère contre ce maintien de la hogra du temps de Moubarak. De nouveaux affrontements se préparent : il ne saurait y avoir de démocratie, il ne saurait y avoir une assemblée constituante souveraine, sans la destruction de la caste militaire par les travailleurs organisés.
Tunisie : la constituante n’est pas souveraine.
Les médias occidentaux exhibent l’épouvantail islamiste en Egypte et en Tunisie. Le fort probable bon score d’Ennahda à la constituante tunisienne va relancer cette campagne. Les groupes de nervis salafistes, peu nombreux, qui ont agressé la projection du grand film animé Persépolis d’après Maryam Satrapi, bénéficient d’une médiatisation planétaire qui est interdite aux milliers de grévistes du Sud tunisien comme à ceux de Mahallah al Cobra. Ennahda elle-même n’est pas un parti islamiste analogue ne serait-ce qu’à ce que fut le FIS algérien : c’est une constellation qui, dans les campagnes et les quartiers, seule force nationalement organisée, apparaît comme « populaire » tout en ayant une direction parfaitement réactionnaire et, surtout, favorable au capitalisme et à la « libre entreprise ». Sous le voile d’Ennahda les contradictions s’accumulent. Le comble est que le vote pour Ennahda va à l’évidence traduire des aspirations démocratiques déçues.
En effet, la « constituante » tunisienne n’est pas une véritable constituante, car elle n’est pas pleinement souveraine. La pleine souveraineté, la pleine démocratie, exigent aujourd’hui la destruction du corps des officiers, de l’appareil d’Etat corrompu, et l’organisation des élections par les organisations populaires elles-mêmes, les comites de quartiers, les sections de masse de l’UGTT et les chouras, directement. Tel n’est pas le cas de ces élections qui sont organisées sous la protection de l’appareil d’Etat certes ébranlé, mais toujours en place, et sous la supervision d’une Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique.
Cette « Haute instance », formée en mars dernier, groupait le conseil de défense de la révolution qui comprenait l’UGTT, les organisations de juristes et de défense des droits de l’homme, Ennadha et le principal parti ouvrier indépendant, le PCOT (Parti Communiste Ouvrier de Tunisie), avec la Commission supérieure de la réforme politique présidée par un universitaire prestigieux représentant la bourgeoisie tunisienne, issu du Destour (le parti national bourgeois de Bourguiba qui est devenu le RCD de Ben Ali) et opposant officieux depuis 1992, Yadh Ben Achour, qui devient président de la « Haute instance » dés sa création. Selon ce juriste le droit tunisien doit être toilettée des déviations de la période Ben Ali, et c’est tout.
Risquons une comparaison : dans la révolution russe de 1917, les soviets élus dans les usines et les casernes et bientôt dans les villages ont pris le dessus sur l’appareil d’Etat existant, lequel n’est pas parvenu à les intégrer dans diverses combinaisons du type « conférence nationale » ou « pré-Parlement », cela parce qu’un parti, le parti bolchevik, a exprimé la volonté d’en bas contre toute intégration à l’Etat ou soumission aux ministres bourgeois en revendiquant « Tout le pouvoir aux soviets ». En Tunisie le développement embryonnaire, mais généralisé en janvier et février, d’organismes directs de pouvoir populaire a été endigué (pour l’instant), au profit de structures du type de cette « Haute instance » qui, à leur tour, encadrent le processus d’élections d’une assemblée constituante, laquelle n’est donc pas pleinement souveraine.
Le rôle du PCOT a été important dans cette évolution. Ce parti, incontestablement ouvrier et honnête, s’est déterminé en fonction de la théorie de la révolution par étapes : ce qui serait à l’ordre-du-jour en Tunisie ne serait pas « le socialisme » mais une démocratie bourgeoise réelle et effective dans le cadre de laquelle la lutte des classes pourrait enfin se développer librement. En fonction de quoi le PCOT a vaillamment combattu pour des exigences démocratiques telles que le refus de toute élection présidentielle précédant les élections à la constituante. Bien. Mais il a en même temps considéré que l’objectif étant un parlement bourgeois en quelque sorte « normal » il devait siéger et cautionner ces structures analogues au « pré-parlement» que les bolcheviks avaient quitté en septembre 1917.
Dans ce cadre, et sous la pression des masses, un règlement exceptionnellement démocratique a été effectivement adopté pour les élections tunisiennes : proportionnelle intégrale au plus fort reste au niveau de chaque gouvernorat, vote des Tunisiens de l’étranger, parité, financement et plafonnement des dépenses de chaque liste, interdiction de se présenter à une partie des responsables du RCD. En même temps la Haute instance a reporté la date des élections pour que l’appareil d’Etat se soit au maximum reconstruit avant celles-ci.
Or, le résultat de cette « injection de démocratie » n’est pas si démocratique que cela : on a une multiplication de partis bidons et de groupuscules bourgeois, les représentants de l’ancien régime sont très loin d’être absents du scrutin, les gens ne savent généralement pas qui sont, politiquement, les candidats auxquels ils ont affaire. Ennadha a pu se permettre de quitter la Haute autorité et d’apparaître comme plus soucieuse de démocratie que ses autres membres, tout en distillant la défense de la référence religieuse islamique dans la future constitution, et en étant souvent, tout simplement, le seul parti identifiable pour le Tunisien de la rue ou du village.
Il s’avère donc que pour avoir une assemblée pleinement démocratique au regard des normes démocratiques « standard », il aurait fallu que le vote soit organisé et encadré non par l’Etat capitaliste, la caste militaire et la « Haute instance », mais par les comités populaires et les syndicats. La garde et la réalisation de la démocratie passent aujourd’hui par la révolution sociale.
N’ayons donc ni illusions, ni fausses craintes : la mobilisation des masses va continuer.
Libye : CNT, OTAN, charia, c’est la contre-révolution !
Alors qu’ils hurlent à la menace islamique en Egypte et en Tunisie, les médias occidentaux font les yeux de Chimène au « Conseil National de Transition » libyen … qui vient de déclarer que le pays maintenant « entièrement libéré », des élections auront bientôt lieu … sur la base de l’application effective et immédiate de la chariah. La polygamie est redevenue légale et le divorce est interdit !
Il paraît que le lynchage de Kadhafi est un évènement. Si Kadhafi avait été liquidé par des insurgés à Tripoli et non par un commando sous protection aérienne de l’OTAN après des semaines de pilonnages meurtrier de Syrte avec des milliers de morts civils, on aurait pu comparer sa mort à celle de Mussolini lynché par les partisans. Mais il ne s’agit pas de cela. Elle s’apparente en fait au lynchage de Ceaucescu en Roumanie en 1989 : les carottes une fois cuites, un commando liquide l’ancien chef pour éviter qu’il ne parle. Aussi bien Sarkozy, son ami récent, que son ancien ministre de la Justice et tortionnaire des infirmières bulgares à la tête du « CNT », y avaient intérêt. Nul ne pleurera Kadhafi qui dénonçait la menace « bolchevique » dés qu’a commencé la révolution tunisienne. Mais le peuple libyen a été en partie exproprié de son propre combat et se trouve maintenant confronté aux nervis du CNT, à leur charia, et à l’OTAN. Pour toutes ces raisons le pays n’est en rien « entièrement libéré » et les éléments de guerre civile sont loin d’être éteints.
Une assemblée constituante libyenne, poursuivant le combat engagé par les manifestants de Benghazi et d’Al Bajja en février 2011 quand le double impact tunisien et égyptien produisit leur soulèvement, n’est possible que par la lutte contre le CNT, l’union des milices ayant réellement combattu pour la liberté contre le nouveau pouvoir autoproclamé et ses protecteurs de l’OTAN, la reconnaissance du droit à l’autodétermination de tous les secteurs du pays - Cyrénaïque, Tripolitaine, Djebels berbères, territoires touaregs, territoires toubous … Nous sommes très loin d’une véritable démocratie !
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Egypte, Tunisie, Lybie : pas de démocratie, pas de laïcité authentique, pas de respect des droits fondamentaux, pas de constituantes véritables c’est-à-dire souveraines, sans pouvoir des travailleurs, de leurs organismes à eux, de leurs milices armées à eux, de leurs organisations syndicales et politiques à eux !
samedi 29 octobre 2011