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«Occupy Wall Street» : le tournant
Le mouvement OWS s’est propagé à l’échelle nationale aux Etats-Unis, avec des répercussions mondiales, des occupations similaires de places publiques ayant eu lieu, de Lahore au Pakistan où nos camarades du Labour party of Pakistan sont aux avant-postes, à Melbourne et Sydney en Australie.
L’on peut dire de ce mouvement ce que déjà nous avions dit du mouvement des Indignés lors de son premier déploiement en Espagne : ce n’est pas la révolution, comme le croient certains jeunes participants, mais c’est le signe que le vent se lève, c’est d’une immense importance :
« Sortir sur la place publique : le mouvement révolutionnaire du prolétariat est précisément un mouvement politique, il ne s’enferme pas dans les lieux de production, ni dans les lieux de relégation des chômeurs et des précaires, il occupe les lieux centraux, ce qui est une manière objective, qui deviendra subjective, de manifester qu’il veut le pouvoir.
L’occupation de la place publique, qui avait été au coeur du mouvement pour la démocratie en Europe centrale et orientale en 1989, à Leipzig ou à Prague, détourné et trahi par la restauration entière du capitalisme dans ces pays, comme celle de la place Tian an Men de Pékin réprimée par les chars, a été remis au centre de la lutte des classes par la longue et glorieuse occupation de la place Tahrir au Caire en février 2011, renversant le dictateur Moubarak et ouvrant une phase d’affrontement entre le peuple égyptien et l’armée, dernière colonne de l'État.
Après les fonctionnaires de l'État du Wisconsin aux États-Unis, c’est donc la jeunesse espagnole qui reprend ce symbole et cette méthode. Toma la plaza : prend la place, occupe l’espace public, fut le mot d’ordre mis en oeuvre dés le 15 au soir où des tentes commencèrent à s’installer place Puerta del Sol pour marquer le début d’une occupation permanente, d’un «village autogéré» se référant à la place Tahrir du Caire.
S’indigner en masse sur la place publique n’est pas une fin en soi, mais son occupation ouvre la voie à l’organisation et à la montée en puissance du contenu, révolutionnaire, de ce mouvement qui s’engage : le vent se lève ! »
Et cette fois-ci il s’agit des Etats-Unis. La vague de manifestations occupant des places publiques et défiant des établissements bancaires dans tout le pays est le premier mouvement d’ampleur nationale depuis l’époque du Vietnam. C’est la suite de ce qui avait commencé au Wisconsin cet hiver.
Le pouvoir combine deux attitudes : la condescendance « compréhensive » et la répression violente et inoppinée. Cette manière de faire ne lui a pas pour l’instant profité, au contraire elle a provoqué l’extension du mouvement qui au départ risquait de s’installer dans une sorte de marginalité. C’est la répression à New York qui a conduit à la manifestation de solidarité syndicale du 5 octobre, évènement qui a catalysé la généralisation du mouvement à tout le pays.
Depuis la semaine dernière, les tentatives de répression se sont multipliées, de même d’ailleurs en Australie et il est permis de penser que ces agressions étaient coordonnées. Arrestation de 130 personnes à Chicago, 100 à Boston, mais refus des policiers d’Albany, capitale de l’Etat de New York, de charger. Le pire s’est produit à Oakland, banlieue de San Francisco, où notre camarade John Reiman, militant de Workers International Network, vétéran des luttes contre la guerre du Vietnam, dirigeant syndical des charpentiers aujourd’hui à la retraite, nous écrit qu’il n’avait jamais vu une telle attaque policière même au temps du Vietnam.
Dans la nuit du mardi 25 au mercredi 26 octobre, pour un motif soi-disant « sanitaire », la maire d’Oakland Jean Quan - figure démocrate, femme d’origine chinoise élue en 2010 - a légalisé une énorme concentration policière contre les occupants de la place Frank Ogawa, rebaptisée par eux place « Oscar Grant », un jeune noir assassiné par la police à Oakland le 1° janvier 2009. 105 arrestations, tirs à balles, grenades, blessures graves à la tête contre Scott Olsen, ancien GI en Irak. Voici le message immédiatement envoyé par John :
Qu'un max de camarades écrivent pour protester au maire d'Oakland. Vous pouvez dire :
que 105 personnes ont été arrétés ce matin; Bien que parfaitement pacifiques, elles ont été battues (l'une a une main brisée), gazées et ont reçu des grenades. Elles sont détenues avec une caution de 10 000 dollars. Ecrire à :
Jean Quan, Mayor 1 Oscar Grant (Frank H. Ogawa) Plaza 3rd Floor Oakland, CA 94612
Je ne trouve pas le mail de son bureau mais vous pouvez envoyer les protestations par mail à son assistant Sharon Cornu (ex responsable syndical d'Alameda County Central ! ) à : SharonCornu@oakland.com.
Merci de m'adresser une copie.
John.
Suite à ces évènements, l’assemblée générale des « occupants » a pris une décision importante : appeler à une grève générale à Oakland le mercredi 2 novembre. Il s’agissait de réagir à la hauteur de l’agressions tout en ne se laissant pas intimider par les appels au calme et la compassion inquiète affectée par certains secteurs démocrates, comme cette responsable des programmes municipaux d’aide à la jeunesse qui déplore que « les militants ont perdu le message premier » !
Cette proposition d’appel à la grève a été faite par John et d’autres camarades. La discussion a penché en faveur d’un tel appel suite à une intervention du chanteur de rap Boots Riley, disant que des milliers de travailleurs syndiqués sont en attente d’une initiative. Les « occupants » ne sont pas eux-mêmes une assemblée de grévistes : jeunes pour la plupart, leur appel signifie que pendant une semaine ils vont tracter, parler dans les bus, aux portes des entreprises, rencontrer la population et discuter avec les syndicats. La proposition est votée par 1484 Oui, 76 abstentions et 44 Non :
http://www.youtube.com/watch?v=KOMRom8DLvY&feature=player_embedded
La question de la grève générale, réunissant toutes les corporations, est donc posée concrètement, pour la seconde fois cette année après le Wisconsin - ce qui ne s’était pas produit aux Etats-Unis depuis des décennies.
Comme l’explique John dans ses messages, il ne s’agit pas d’une grève générale « classique » (mais existe-t-il une grève générale « classique ») et le terme employé est general strike/mobilization to shut down the 1%, « grève générale/mobilisation pour faire tomber les 1% », les 1% de riches qui exploitent les « 99% » dont se revendiquent les « occupants », se présentant, dans les termes mêmes de la constitution américaine, comme « Nous, le peuple ». Il ne faudrait pas croire pour autant qu’il ne s’agit que d’une « fausse » grève générale à la façon de certaines « journées de mobilisation » comme on a pu en connaître beaucoup en France (mais là, les directions des syndicats refusent le terme « grève générale »). Le simple fait d’appeler les salariés de toute une ville à débrayer en solidarité contre la répression et sur une perspective générale en fait anticapitaliste (les « 99% » contre les « 1% ») est une grande première aux Etats-Unis et le déroulement en est observé attentivement dans tout le pays.
Le Alameda Labour Council (l’union locale AFL-CIO) a condamné la répression et déclaré que la maire d’Oakland va « contre le sens de l’histoire » et que les « occupants » sont porteurs de la défense des droits du peuple américain. Les sections d’entreprises multiplient les messages de soutien. Mais ils n’appellent pas à la grève le 2 novembre, mais à un rassemblement à 16 h. qui peut nécessiter des débrayages, en un point distant de quelques pâtés de maisons de la place « Oscar Grant ».
A l’échelle d’une grande ville américaine, la question de la grève générale et de son organisation est posée, discutée, envisagée. Le vent se lève.
Il est nécessaire qu’en France, notamment dans nos organisations syndicales, nous organisions des prises de position solidaires à l’exemple de ce message de notre camarade Farook Tarik du Pakistan :
Cher camarade John,
La nuit dernière, s’est tenu une assemblée du camp anti-capitaliste, anti-féodal et anti-impérialiste à Lahore en présence de diverses organisations. Le camarade Ammar Ali Jan du Front Progressiste de la Jeunesse et les militants du Labour parti, dont donné des détails sur la grève générale d’Oakland. Le meeting a exprimé son entière solidarité avec la grève et a estimé que s’ouvre une nouvelle étape dans la lutte contre le capialisme.
Recevez le soutien aux organisateurs de la grève générale d’Oakland du Camp Anti-Capitaliste du Pakistan avec l’appui du Workers Party, du Laour party Pakistan, de l’Union des Femmes, du Labour Education Foundation, du PC du Pakistan, de la coordination paysanne Kissan Rabita, de la Confédération ouvrière et d’autres groupes. C’est une grande nouvelle pour nous au Pakistan que ce combat.
Nous allons organiser une journée d’action dans tout le Pakistan le 10 décembre. Journée nationale de lutte contre le capitalisme, le féodalisme et l’impérialisme dans de nombreuses villes du Pakistan.
Les travailleurs unis ne seront jamais vaincus !
mardi 1 novembre 2011