Grèce

 

Le parlement grec n’est pas un parlement ! Place à la démocratie !

 

C’est en Grèce, on le sait, que la notion d’assemblée civique est née. Le Parlement grec qui vient d’obéir aux ordres du FMI et de la Commission européenne, bombardant le peuple grec de mesures infâmes (réduction moyenne de 20% des salaires des fonctionnaires, retraite à 67 ans, privatisations généralisées …) et bombardant les manifestants de grenades lacrymogènes et de gaz de combat, n’a rien d’un Parlement. Il n’a plus de représentativité, il est avili, corrompu, couché, prostitué, ridiculisé, roulé dans la honte, la boue et la violence.

Le vote était acquis : en effet, il est évident qu’un accord, probablement mis au point à Bruxelles et pas à Athènes, liait le premier ministre «socialiste» Papandréou et le parti de l’ «opposition de droite» de la Nouvelle démocratie : pour chaque député Pasok qui voterait contre les mesures antisociales, un député de droite viendrait à la rescousse du gouvernement. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé : le député Panayotis Kouroublis ayant eu l’honneur d’être exclu du Pasok pour avoir voté contre le plan du FMI et de l’UE, une élue de droite a voté pour.

Les vrais représentants du peuple grec étaient les manifestants, appuyés par une grève générale massive que les dirigeants des syndicats ont dû fixer à 48 heures. La Grèce connait une situation prérévolutionnaire : la question du pouvoir est posée.

Mais les directions des partis de gauche et des syndicats ne veulent surtout pas y répondre. En ce qui concerne les partis de gauche, le Pasok a été mis au pouvoir par le peuple suite à l’insurrection de la jeunesse commencée à l’hiver 2008 et il a fini de se discréditer et de se détruire en faisant le contraire de l’attente de ses propres électeurs, et les partis situés à la gauche du Pasok ne manifestent aucune intention de construire une issue politique alternative pour tout de suite (1).

Dans ces conditions, alors que les plus larges masses font grève, il est compréhensible que la manifestation devant le Parlement ne les ait pourtant pas rassemblées dans des proportions correspondantes, puisqu‘elles avaient déjà réalisé, par elles mêmes, par la conjonction notamment des militants syndicaux et des «Indignés», la grande manifestation du 15 juin.

Un appel clair à interdire le vote, déniant toute légitimité à cette assemblée bidon et croupion qui de fait n’en a aucune, aurait pu rassembler des millions et aurait ouvert une situation révolutionnaire en Grèce et au-delà, en Europe, commençant à dessiner l’issue que recherchent les jeunes, les «Indignés», les grévistes, les manifestants.

Il aurait posé la question, non pas seulement de l’affrontement courageux des jeunes avec les groupes policiers armés sur la place Syntagma, mais de l’insurrection pour stopper la destruction de la société, dissoudre la fausse assemblée, peut-être élire une vraie constituante et prendre le pouvoir pas seulement dans la rue, mais contre l’Etat.

C’est bien pourquoi un tel appel, pourtant seule issue réaliste, responsable, sérieuse et économe en violences, n’a pas été lancé.

En son absence, quelques dizaines de milliers, porte-paroles de toute la nation, se sont portés à l’affrontement avec les groupes armés étatiques qui entourent cette assemblée de la honte.

De même, des secteurs sans doute larges du salariat vont tenter de poursuivre la grève générale.


Un mot sur le drapeau national grec.

Il s’est trouvé à l’étranger quelques commentateurs d’extrême gauche pour s’inquiéter de la présence de drapeaux nationaux, apparue massivement dans les manifestations de ces derniers jours. Disons-le clairement : cette présence est légitime. La nation grecque a une tradition révolutionnaire qui compte dans l’histoire de l’Europe.

Son insurrection contre l’empire Ottoman dans les années 1820 a commencé à ébranler l’ordre de la Sainte Alliance, ouvrant précocement la voie aux révolutions de 1848.

Pendant la seconde guerre mondiale, la Grèce fut avec l’Albanie et avant même la Yougoslavie la terre où apparurent les mouvements de partisans antifascistes, conduits par le communiste Arias Velouchiotis agissant en militant révolutionnaire, de sa propre initiative et sans ordres de Moscou. Trahi délibérément par Staline et les chefs de son parti, il fut décapité à la fin de la guerre et sa tête promenée de villages en villages par les officiers fascistes soutenus par l’armée britannique. Quelques années après encore les partisans de Marcos étaient de même trahis, y compris par Tito. (2)

L’appareil d’Etat, l’armée, la police, sont aujourd’hui la continuité de ces officiers fascistes qui reprirent directement le pouvoir de 1967 à 1974.

Les grandes familles de mafieux compradores, les Caramanlis, Papandreou et autres Venizelos, installées aussi comme on le voit à la tête du Pasok, sont les intermédiaires de la domination impérialiste du pays.

Les héritiers des oppresseurs de la Grèce sont aujourd’hui ceux qui appliquent le plan de réduction de la dette dite «publique». Alors, oui, vive le drapeau grec, vive le drapeau grec aux côtés du drapeau rouge !
 

Le discours de culpabilisation des Grecs avec la «dette publique» est du même niveau que le discours antisémite des années 1920

Il serait temps, vraiment temps, que l’on cesse de prendre les gens pour des imbéciles.

Expliquer au peuple allemand, comme le font sa grande presse et ses gouvernants, que les difficultés viennent des Grecs, de leur manie de la sieste, de la fraude fiscale et de la Moussaka, c’est moralement et intellectuellement du même niveau que quand dans les années 1920 on disait que c’était la faute aux Juifs avec le résultat final que l’on sait. Il est scandaleux que des responsables d’organisations qui ont été construites par la classe ouvrière pour se défendre et pour l’émancipation des peuples situent leur action et leur discours sur le terrain de la soi-disant nécessité de «rembourser les déficits». Seulement, bien sûr, ne pas les rembourser, c’est pour sortir du capitalisme. C’est là toute la question.
 

La guerre commence


Obama, Poutine, Hu Jintao, le FMI, la Commission dite européenne, le patronat, les bourses, parient tous sur l’épuisement à terme des Grecs et sur une reprise en main musclée ensuite. De même que sous quelques larmes de crocodiles ils attendent patiemment qu’en Syrie Bachar el Assad ait massacré «son» peuple, de même attendent-ils la fatigue des Grecs pour asseoir la dictature du FMI et de l’UE, ouvertement appuyée sur l’armée et la police ou masquée, fort mal, par le parlement croupion des laquais achetés.

Mais les Grecs ne sont pas épuisés. Ils savent que la guerre ne fait que commencer et ils sentent que si elle doit être longue, c’est bien parce que les peuples comme eux et les exploités et opprimés du monde entier n’ont pas d’organisations nationales et internationale qui les représentent, c’est-à-dire qui travaillent systématiquement à généraliser et centraliser leur combat déjà engagé. Il va donc falloir construire ceci dans ce combat : c’est l’affaire du XXI° siècle qui commence, c’est le sens de notre prise de position pour une Cinquième Internationale.


  1. 1)Le dirigeant de Synaspismos et député grec Dimitrios Papadimoulis avance les «perspectives» suivantes dans L’Humanité du 30 juin : «Nos propositions à l’échelle européenne sont de transformer une partie de la dette nationale de tous les membres de la zone euro en dette européenne à hauteur de 60% du PIB. En parallèle, les taux d’intérêts devraient être abaissés, la période de remboursement augmenter, des euro-obligations émises et cet argent devrait servir à stimuler l’économie afin de sortir de la récession. Il faut que la Banque centrale soutienne l’euro et la négociation de la dette.» Ces formulations recoupent celles de dirigeants du Front de Gauche en France et certaines «revendications» de la CES. Elles admettent comme préalable qu’il faudrait quand même bien la rembourser, cette dette, alors que la masse du peuple grec met en cause ce principe lui-même. Passons sur la discussion concernant les chances - tout à fait illusoires ! - qu’auraient de telles mesures de surmonter la crise du capitalisme ; la question qui n’est en aucun cas posée ici est celle que posent les grévistes et les manifestants : quel pouvoir, quel gouvernement, pour faire une politique qui soit au service du peuple ?

(2) Sur l’insurrection grecque pendant la seconde guerre mondiale, l’ELAS et Arias Velouchiotis, on lira toujours avec profit La Résistance grecque, d’André Kedros, Paris, Laffont, 1966, que l’on pourra compléter sur la suite avec Markos en lisant Les Kapetanios de Dominique Eudes, Paris, Fayard, 1970, et par l’histoire de la mutinerie de l’armée grecque d’Egypte contre l’impérialisme britannique, et quelques autres aspects politiques de cette période, dans Trotsky et les trotskystes face à la deuxième guerre mondiale de Pierre Broué, Cahiers Léon Trotsky n° 23, Grenoble, septembre 1983.

dimanche 3 juillet 2011

 
 
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