Crise

 

Le Krach, avant même la décision de S. & P.

 

Juillet 2011 : la planète financière, c’est-à-dire le capital, se prend d’une angoisse globale devant les crises de la dette «publique» aux États-Unis et en Europe. Le 21 juillet, l’Europe est paraît-il sauvée, le 1° août, les États-Unis sont paraît-il sauvés, le monde donc est sauvé.

Dans les jours qui suivent, ce monde sauvé, c’est-à-dire le capital, fait savoir ce qu’il en pense : la première semaine d’août 2011 voit se dérouler inexorablement le krach boursier planétaire que l’accord du 21 juillet entre les chefs d'État allemand et français et la Banque centrale européenne, et celui du 1er août entre le président étatsunien et le parti républicain US, étaient censés avoir évité.

Dés lors, c’est logiquement que cette semaine de krach se conclut sur l’annonce par l’ «Agence de notation» Standard and Poor’s (S&P) de la dégradation de la note de crédit de l'État nord-américain, pour la première fois depuis que cette notation existe (depuis 1917), avec perspective négative. Bien que faite un vendredi soir pour donner la possibilité aux chefs d'États et aux banques centrales de réaliser de grandes manœuvres pendant le week-end pour sauver à nouveau le monde (le capital), cette annonce amplifie le krach en commençant à lui donner toute sa dimension, celle que l’on connaissait déjà mais qui n’avait pas encore été pleinement avouée.

La dimension prise à présent par la crise économique globale ouverte en 2008 est la suivante : les titres de la dette publique US (Treasury bonds dits T-bonds) étaient le matelas de la spéculation financière mondiale et l’ultime «valeur sûre» quand les actions des entreprises capitalistes et les titres financiers divers, reconnaissances de dettes privées et publiques de toutes sortes, faiblissaient. Ils étaient la branche dernière sur laquelle tout reposait. Maintenant la branche craque et personne ne peut faire semblant de l’ignorer depuis que Standard and Poor’s a dû le dire. C’est l’annonce officielle et publique, avec un haut parleur, que l’impérialisme nord-américain n’y arrive plus, que l’ordre mondial construit autour de ce pilier voit sa poutre faitière rongée par les termites qu’elle a elle-même engendrées.


Les explications à la petite semaine.


Méprisables sont les commentaires qui attribuent à la crise des causes extérieures au fonctionnement du capital.

Il y a trois ans, c’était la faute aux subprimes présentés comme une sorte d’escroquerie mal montée, et en sous-entendant plus ou moins explicitement que les pauvres américains, prolétaires et autres noirs, avaient provoqué la panique en achetant leurs maisons à crédit. En réalité, si les subprimes sont bien la mèche par où la crise s’est allumée aux États-Unis, c’est que le crédit immobilier était (avec les dépenses militaires) le cœur de toute la croissance à crédit de ce pays et de quelques autres (Grande-Bretagne, Pays-Bas, Espagne …) depuis une décennie.

Ensuite, au printemps 2010, un coupable nouveau a été trouvé, surtout en Europe : c’était la faute aux Grecs !

La dette «publique» cumulée des vilains dépensiers que sont censés être la Grèce, l’Irlande et le Portugal représente un peu moins du tiers de celles de l’Italie et de l’Espagne et à peine le cinquième de celles de l’Allemagne et de la France (la plus grande dette «publique» d’Europe est celle de … l’Allemagne), et environ le dix-neuvième de celle des États-Unis. Comment expliquer dans ces conditions que la dette «grecque» devienne un beau matin une bombe menaçant le continent entier de «contagion» ? Évidemment par le fait que cette dette n’est pas «grecque», mais n’était qu’un point de rupture imminent dans une chaîne de créances insolvables qui n’est pas une branche pourrie, mais qui est la branche principale, le tronc, du système vasculaire de circulation des capitaux.

Ces dernières semaines, après les subprimes, après la Grèce (et sans oublier cet épisode folklorique typiquement français où le coupable de la crise avait été trouvé, en la personne d’un jeune trader breton !), les méchants sont les «politiciens» et les «Agences de notation».

En ce qui concerne ces dernières, la réalité est que si elles «notaient» selon les critères classiques d’endettement des États, cela ferait belle lurette que les États-Unis auraient été proclamés insolvables, et que si S&P a finalement ouvert la boite de Pandore, c’est qu’elle avait commencé à s’ouvrir toute seule, les «marchés» ayant commencé à s’affoler par eux-mêmes sur les États-Unis. S&P n’a pas fait paniquer les «marchés» mais a exprimé officiellement leur panique d’ores et déjà avérée, sans doute désolée du choc en retour qui allait tout amplifier, mais n’y pouvant plus rien.

En ce qui concerne les politiciens, nous devons être perspicaces sur ce que cache le concert de cris et de grincements de dents à propos des congressistes américains «irresponsables» et de la nécessité que «l’Europe parle d’une seule voie», salades débitées en non stop par les Minc, Nicolas Bouzou (jeune premier pour qui il n’y a pas de récession, tout est la faute aux politiques et aux Agences de notation plus l’ «irrationalité» des marchés ! ) et autres escrocs et/ou abrutis selon lesquels «les fondamentaux sont sains», comme dirait Mme Lagarde. Soyons ici perspicaces, et vigilants : ce sont de véritables appels à la dictature généralisée, à un «homme fort» (il arrive qu'ils le disent ainsi : «L'Europe a besoin d'un chef», entend-on de plus en plus), que porte-paroles des banques et du capital financier lancent quotidiennement.

Cela dit, ce n’est pas en raison de leur légèreté et de leur irresponsabilité, par ailleurs incontestables, que les politiciens du capital au pouvoir partout n’arrivent à rien dans cette affaire. Leur légèreté et leur irresponsabilité sont engendrées par l’état du système. Raison première de cela : la classe capitaliste doit aujourd’hui se partager des pertes, ce qui est beaucoup plus difficile que de se partager des gains.


Crise aux États-Unis, crise des États-Unis.


Dans ce cadre, au niveau des États-Unis, un secteur important de la représentation politique capitaliste est en train d’intérioriser l’idée du déclin et au final du «défaut» inévitable, autre manière de reporter sur le reste du monde les effets de leur parasitisme financier et militaire. Sur cette base, certains ne veulent même plus sauver et encore moins renforcer les institutions centrales de la domination impérialistes US : le Pentagone ou la Fed (banque centrale).

C’est cela qui explique (et non ses aspects «populistes» et fascisants) les cris de haine contre le Tea party de divers ténors démocrates et même républicains, les traitant de «talibans anti-américains» (alors qu’il se veulent typiquement américains), car effectivement, cette logique politique poussée à son terme conduit à vouloir sauver les meubles en défaisant l’Union - une sorte de sécessionnisme généralisé.

Mais en même temps les mêmes gens «responsables» qui blâment le Tea party sont d’accord avec lui pour estimer que ce sont les salariés, les chômeurs, les jeunes en formation, et les noirs (même s'il est réservé aux activistes Tea party de base de dire ce dernier point ouvertement) qui doivent payer, et l’accord du 1° août entre Obama et les chefs républicains, imposé aux démocrates (qui se sont alignés) s’est fait sur les bases voulues par le même Tea party  : pas un centime d’impôts de plus !

Ceci veut dire : aux pauvres et aux travailleurs de payer, reste à voir comment les y contraindre.

Cette difficile mission a été déléguée à une commission «bipartisane» de 12 parlementaires chargée de répartir 1500 milliards de dollars de coupes d’ici décembre, sachant que si elle n’y parvient pas, interviendrait à cette date une réduction automatique répartie pour moitié sur les crédits militaires et pour moitié sur les crédits sociaux (le Medicare notamment, ce qui a conduit l’AFL-CIO à prendre les devants de mobilisations probables en appelant à des manifestations dans tout le pays pour début octobre).

Cette commission, non encore formée à ce jour, est surnommée le «Super-congrès». L’annonce de sa formation, ainsi que la décision de mesures «automatiques», en dit très long sur la crise de l'État US, l’affaiblissement chronique de son exécutif, le législatif n’étant guère plus reluisant, et va accentuer encore en retour cette même crise.


L’affaiblissement des États-Unis et la manière dont ils cherchent à faire payer leurs problèmes par le reste du monde (mais aussi par leur classe ouvrière, qui résiste de plus en plus), a produit une dégradation brutale, prévisible mais néanmoins rapide, de leur relation avec la Russie et la Chine.

En Russie, Poutine a démarré sa probable campagne électorale, entre deux exhibitions de mannequins topless vantant sa virilité, en déclarant que les États-Unis sont «les parasites du monde».  Il est hors de question de cautionner de tels propos, qui, en utilisant la révolte légitime contre le parasitisme du capital, assimilé ici au peuple américain alors que Poutine, lui-même porte-parole local, dénonce un peuple entier, ce peuple américain, première victime du capital américain.

Plus important cependant sont les termes exceptionnellement peu diplomatiques et quasi coloniaux, de facture moraliste, du pays dont les dirigeants se veulent maintenant les parangons de la bonne gestion capitaliste alors qu’ils sont terrorisés par les révoltes qui grondent contre eux et par leur propre bulle financière, foncière et immobilière : les dirigeants chinois. Citons :

«Les jours où l'oncle Sam, perclus de dettes, pouvait facilement dilapider des quantités infinies d'emprunts de l'étranger semblent comptés.»  et plus loin : «afin de soigner leur dépendance aux dettes, les États-Unis doivent rétablir le principe de bon sens selon lequel il faut vivre selon ses moyens.»

Qu’on ne s’y trompe pas. Ce langage n’est pas celui du nouveau pays capitaliste n° 1 que la Chine, à ce jour, n’est pas. Il est celui de dirigeants profondément inquiets et traduit leur affolement.

Et s’il peut sembler «fustiger» les dirigeants étatsuniens, ce qu’il exige d’eux avant tout, c’est l’austérité contre le peuple, contre la classe ouvrière américaine, auquel on dira : «serre-toi la ceinture si tu ne veux pas que les Chinois te prennent tout» !


La crise en Europe.


Au niveau européen, les commentateurs ont beau éructer qu’il faut se décider à «parler d’une seule voix» (ils ne savent pas pour dire quoi, l’important est dans le «une seule» !), les intérêts entre les sphères capitalistes nationales reposant sur les États et sur l’histoire, que la «construction européenne» n’a pas effacées, demeurent différents. Comme ailleurs, ces divergences s’accentuent quand il s’agit de se répartir les pertes.

La faille principale de la zone euro se situe donc en réalité entre l’impérialisme allemand et l’impérialisme français confrontés au début de cassure de la chaîne des créances insolvables dans les pays du «Sud» plus l’Irlande, surnommés les PIGS (les «cochons» ! ) par les technocrates européens (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Spain pour Espagne ; ils sont en train d'y ajouter la Belgique, et au passage les paradis fiscaux chypriote et maltais et plusieurs pays orientaux). Depuis maintenant plus d’un an, ces pays, les uns après les autres, sont plongés dans une spirale apparemment sans issue au motif de leur dette «publique».


La crainte qu’un maillon faible (la Grèce d’abord) ne puisse plus payer ce système, crainte due à la crise générale ouverte en 2008 et à la prise en charge massive des dettes privées des banques par les États, conduit les capitalistes à augmenter les taux exigés du pays en question, ce qui finit de le mettre par terre ; les plans d’austérité imposés par la force et le «consensus» droite-gauche officielle, permettent de privatiser les services publics, de licencier des salariés et d’augmenter le taux d’exploitation des autres, mais n’apportent aucune solution au «problème de la dette» qui en est le motif allégué.

La Grèce ruinée par les taux exigés (ils ont, pour elle, dépassé les 30% ! ) et par les mesures d’ «économie», marche clairement vers le «défaut», le non paiement, ce qui conduit les capitalistes préteurs à exiger des autres États européens qu’ils leur paient non seulement leurs «pertes», mais aussi leur «manque à gagner». Ce qui a commencé par la Grèce menaçait d’autres pays ; mi-juillet la crise a pris le chemin le plus rapide en visant directement l’Italie.


Derrière l’Italie, il y a la France (ainsi que la Belgique) : le spread avec l'Allemagne (différence des taux des titres de la dette publique entre les deux pays) a à son tour commencé à augmenter début août pour la France, comme cela avait commencé pour la Grèce fin 2009.

Les «rumeurs de marché» désignent la France comme le second «grand pays industriel» directement susceptible, après les États-Unis, de perdre son «triple A». Un spectre plane donc sur la France et sur l’Europe : celui d’une crise française du type de qui se produit en Grèce, Espagne, Italie, mais à la dimension de l’impérialisme français et avec une classe ouvrière et une population qui réagiraient, mettant soudain fin au «calme» social relatif que connaît la France depuis fin 2010, et embrayant sur les crises espagnole, portugaise, italienne et grecque.


La France, plus immédiatement menacée que l’Allemagne, s’est heurtée à celle-ci pour que les États de la zone euro financent des plans dits d’aides aux pays concernés, qui sont en réalité des plans d’«aides» à leurs créanciers capitalistes, l’Allemagne étant plus disposée à consentir à un défaut grec partiel (qui bien entendu a finalement eu lieu) et prétendant vouloir «faire participer les banques» (non allemandes et notamment françaises) dans la prétendue «aide à la Grèce». La BCE (Banque Centrale Européenne, siégeant à Francfort) est devenue le foyer de ces conflits d’intérêts.

Sa paralysie devant la montée des taux des titres de la dette «publique» espagnole et surtout italienne a nourri le krach boursier dans la semaine du 1er au 5 août. L’opposition des représentants allemands au conseil des gouverneurs de la BCE signifie à moyen terme qu’un éclatement de la zone, tout ou partie des «PIIGS» sortant de l’euro pour ne plus être facturés dans cette monnaie surévaluée pour eux, n’est pas un tabou sacrosaint pour l’impérialisme allemand : il continuerait à dominer ces pays au point de vue commercial tout en contrôlant une zone euro réduite, la grande question étant la présence ou non de la France dans la nouvelle zone : avec ou sans le saint empire romain germanique !? 

Sarkozy a pour l’instant choisi : avec. D’où les sermons sur l’euro et la signature du «pacte de stabilité» ce printemps. Mais tout en s’affolant de l’incendie qui s’étend sur les économies méditerranéennes et de la position apparemment distante de l’Allemagne à leur sujet.

Le dimanche 7 août au soir, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont finalement fendus dans l’urgence d’un communiqué abscons dont le sens était qu’ils autorisaient la banque centrale «indépendante» à «des interventions sur le marché secondaire dans la mesure où elle contribuera à déterminer  le cas où il existe un risque pour la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble».

Autrement dit, l’Allemagne ne s’opposait plus dans l’immédiat à des rachats de titres de la dette publique italienne et espagnole par la BCE, craignant à son tour l’effondrement général et donc son propre effondrement.


Il faut bien comprendre ce que cela signifie : dans la marche des États-Unis à leur paralysie présente, un moment important fut la décision de leur propre banque centrale de racheter leur propre dette, ce qui s’est appelé le quantitative easing («QE»), répété à deux reprises («QE1» et «QE2») depuis 2010. Ceci équivaut à payer ses propres dettes avec de la fausse monnaie, éliminée ensuite en partie, mais en partie seulement, si la même monnaie sert ensuite à racheter des titres à la banque centrale. Le risque est la dévalorisation du dollar, voire l’hyperinflation à l’horizon. L’incapacité de la Fed à dire si elle devait et si elle allait faire un «QE3» à l’été 2011 a été un des éléments des récents développements.

Quand la BCE rachète, massivement semble-t-il, des titres de la dette italienne et espagnole, elle fait de même : elle émet des euros (des titres en euros) pour payer la dette en euros. C’est donc une mesure à double tranchant : dans l’immédiat, elle peut «rassurer les marchés» en semblant garantir que l’Espagne et l’Italie ne feront peut-être pas «défaut», mais à moyen terme - on dit bien : à moyen terme, pas à long terme - elle risque d’affaiblir l’euro et de pousser les créanciers capitalistes à hausser leurs taux d’intérêts et primes d’assurance.

Les fortes fluctuations des bourses européennes à l’heure où sont écrites ces lignes - le lundi 8 août au matin - montrent que les deux effets se combinent déjà : même si l’objectif le plus immédiat, faire retomber un peu les taux d’intérêts des titres de la dette italienne et espagnole, qui étaient montées à 6% et plus, est atteint au moins provisoirement, la perspective de l’effondrement final reste déterminante pour «les marchés».

En contrepartie de cette concession, la BCE a obtenu du pouvoir italien un engagement à privatiser les services publics municipaux (par exemple, en Italie du Sud cela veut dire revendre à la mafia tout ce qui peut être en régie municipale, eaux, égouts, déchets …), à affaiblir les contrats de travail à durée indéterminée en facilitant les licenciements, à affaiblir les secteurs «protégés» du salariat, à instituer des exigences de productivité dans les contrats de travail : toutes choses qui figurent en toutes lettres dans le courrier de MM. Jean-Claude Trichet (directeur de la BCE) et Mario Draghi (son futur successeur, homme de la banque Goldman Sachs) à Berlusconi, qui s’est empressé de dire oui, courrier que révèle le Corriere della sera de ce lundi 8 août.

D’ores et déjà, comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne avec elle, l’Italie a abandonné tout semblant de souveraineté restante. La dernière infamie de Berlusconi : l’Italie est maintenant gouvernée en direct par le duo Trichet-Draghi. La voila, «l’Europe fédérale» !


La BCE émet donc de la monnaie pour renflouer l’économie, nous y sommes - ce qui, notons-le, a été présenté comme la solution à gauche, par Martine Aubry mais aussi par le Front de gauche, par delà les différences de modalités : ne serait-il pas temps de mettre en cause le principe même du paiement de la dette, ce que les partis du Front de gauche ont amorcé par un appel préconisant un audit ?

M. Trichet, président de la BCE, qui a souvent dit que jamais il ne commettrait une telle hérésie, maintenant qu’il la commet et à grande échelle, répète que c’est tout à fait provisoire et que, dés que possible, c’est le FESF (le Fonds Européen de Stabilité Financière, institution de statut privé créée par les États de la zone euro en 2010 et renforcé en juillet 2011) qui devrait payer ces dettes, en prélevant sur les budgets des pays membres.

Dans le premier cas (la BCE rachète), les peuples paieront à moyen terme par l’inflation, dans le second (le FESF, à supposer qu’il voit son fond de caisse abondé car en l’état actuel des choses il ne peut pas «soutenir» ni l’Espagne, ni l’Italie, encore moins les deux), ils paieront par l’austérité budgétaire et la fiscalité. L'Allemagne n’est pas disposée à augmenter la caisse du FESF. Mais gageons qu’au final, ces messieurs nous préparent tout à la fois : inflation, chômage, misère, austérité, coupes et impôts !


Que ce soient les États directement, ou leurs émanations que sont le FESF et même la BCE, la «résorption des déficits» conduit au gouffre. Les Grecs s’en sont aperçus : au départ, le Grec de la rue était aussi naïf que le français moyen en matière de «dette publique» et pensait qu’il allait bien falloir se sacrifier (un peu, si possible pas trop et en s’exprimant sur le partage des sacrifices) pour rembourser, mais petit problème : plus il se sacrifie, plus il rembourse, plus la «dette» grossit. L’austérité plonge le pays dans la dépression, ses capacités de «remboursement» diminuent, les «agences de notation» le sanctionnent, les intérêt exigés augmentent le coût de la dette et du rachat des dettes remplacées par d’autres dettes. Alors le Grec de la rue se fâche, bien sûr.

Dans une telle situation, sortir de l’euro peut apporter un répit et aider à respirer quelques temps, ceci ne doit pas être un tabou, ni pour les Grecs ni pour personne. Mais il faudrait que cette sortie soit menée par un gouvernement réellement au service du peuple, qui en même temps appelle à l’union des peuples d’Europe et des deux rives de la Méditerranée contre leurs exploiteurs, car la secousse commerciale qu’elle entrainerait produirait elle aussi son lot de misère. Dans le cadre du capitalisme contemporain en crise, le maintien de l’euro va de plus en plus peser comme une camisole de force pour faire payer la dette «publique» aux gens, mais la sortie de l’euro produirait une dislocation du marché que la population paierait aussi. La question «sortir ou non de l’euro» est donc en réalité conditionnée par une autre question qui, si elle était résolue, permettrait une autre politique sans tabou, utilisant les monnaies comme un moyen au lieu de s’y soumettre comme aux instruments du capital : celle de la dénonciation des dettes «publiques», au moins de la majorité d’entre elles après un audit démocratique et public.

Mais ceci, serait le premier pas vers une véritable sortie du capitalisme - nécessaire aujourd’hui pour des raisons de survie.

Toute discussion économique, financière ou monétaire nous conduit donc, de plein pied, à la politique et à l’organisation.

lundi 8 août 2011

 
 
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