Débats à gauche
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Réponse à Robert Duguet
Cher camarade Robert,
nous te répondons bien volontiers, malgré le fait que tu termines ton message en annonçant que tu rompt "toute discussion politique avec le groupe Militant". En effet, en toute sérénité, nous n'en croyons pas un mot. Parce que telle n'est pas notre intention, parce qu'au XXI° siècle dans le mouvement ouvrier en France et parmi les militants qui s'interrogent et cherchent à se regrouper pour prendre en main l'avenir, les proclamations du genre "je rompt toute discussion" ne marchent pas et c'est tant mieux, parce que nos désaccords sur le fond politique ne sont pas tels pour autant que nous puissions en juger, qu'il soit improbable que nous puissions nous trouver dans des lieux, cadres et terrains de discussion communs, parce que ne pratiquant pas pour notre part ces accès sectaires de refus de discuter, nous maintenons notre invitation à nous retrouver en septembre. Donc, cher Robert, nous continuons la discussion avec toi, parce que, pour nous, la discussion politique, c'est légitime, c'est bien, et c'est important.
Tu commence ton message en qualifiant de "basse manoeuvre" ( !!! ) le fait que nous ayons considéré un mail de ta part déjà assez largement diffusé par tes soins et intitulé "Notes sur la situation politique ...", avec des sous-titres, des considérations nombreuses allant de l'encyclique Rerum Novarum à la menace soi-disant constituée par le camarade Ali Romdhane en passant par le congrès d'Epinay, mail que tu qualifie de "notes de réflexions personnelles" (certes ! nous nous doutons bien que c'était là des réflexions, et qu'elles t'étaient personnelles !), "basse manoeuvre", donc, le fait que nous ayons bien compris comme tout un chacun que c'était là un texte de Duguet, Robert, essayant de justifier sa tentative d'interdiction de toute discussion continuant les réunions des 20 février, 24 avril et 18 mai, de détruire ce cadre de discussion et d'action, d'expliquer pourquoi il faut mettre un terme à la discussion et la recentrer entre gens partageant des références "idéologiques" communes. Répondre à ce texte publiquement (c'est-à-dire pas seulement par des envois de mails que déjà d'ailleurs tu n'admets pas quand ce n'est pas toi qui les fait, mais par une mise en ligne sur le site de Militant) est selon toi une "basse manoeuvre". Nous t'aimons bien, Robert, nous connaissons les qualités (importantes) de militants tels que toi, et nous te disons très franchement : pas de ce petit jeu là avec nous, svp. Rien ne justifie que tu t'arroges le droit de diffuser des textes d'une part et de dénoncer d'autre part le fait que des militants te lisent et te répondent comme une "basse manoeuvre". Ouvrons grandes les portes et les fenêtres au lieu de fermer les sites internet et les lieux de discussion !
Ce texte ne nous est d'ailleurs pas parvenu par "un tiers" (et quand bien même ? ) mais par Olivier Delbeke qui nous l'a évidemment communiqué comme tu savais très bien qu'il le ferait en le lui envoyant, de façon tout à fait normale. Tu ne vas tout de même pas l'accuser d'espionnage au profit de l'ennemi ? !
Nous avons affaire là à un problème de fond. La condition de toute discussion politique, c'est la large diffusion et la transparence. La tradition du mouvement ouvrier, notamment celle de Marx, c'est le refus des cercles fermés qui instituent pour eux et entre eux des domaines réservés. En dehors des questions de sécurité pour des militants éventuellement menacés bien entendu, et de l'organisation de mouvements de type insurrectionnels et nous n'en sommes pas là (et encore nous avons là l'exemple historique des bolcheviks se déchirant publiquement sur la prise du pouvoir à la veille de celle-ci ! ), le secret est le contraire de la tradition communiste ou socialiste authentique. C'est à un tel refus de transparence que Militant s'est heurté. Dés le lendemain du 18 mai tu entrais en campagne pour qu'aucune réunion du comité national de liaison n'ait lieu le 12 juin, et en fait pour que plus aucune réunion de ce comité n'ait lieu. Cela par des mails sans doute largement diffusés, mais dont nous avons pour notre part été tenus à l'écart alors que depuis des semaines nous avions coché cette date dans nos agendas. Tu as liquidé, Robert, à la date du 12 juin, le site de l'appel du 20 février et également les textes liés à cet appel sur le site de Socialisme Maintenant. Dans ces conditions tu es au moins temporairement totalement disqualifié pour distribuer des brevets de manière correcte ou pas de discuter et de diffuser les informations aux uns et aux autres. Il est impossible de te faire confiance puisque tu as fait la preuve d'une capacité de duplicité et de manoeuvre, pour empécher la circulation des informations, s'opposer activement à la libre discussion, tout à fait étonnante et regrettable. Pour autant nous n'en concluons pas, nous, qu'il faut "rompre toute discussion politique" avec toi, mais qu'il faut appeler un chat un chat : c'est ça la discussion, c'est ça le respect entre militants.
Alors, cher Robert, tu nous sort un long mail d'Antoine Mouré qu'évidemment nous n'avions pas, puisque notamment par tes soins nous n'avions pas ces échanges, à titre sans doute de preuve à charge de "comportements" que Militant voudrait couvrir. On voit mal comment nous pourrions couvrir ce que nous ignorions, et il est évident que nous ne couvrons rien des échanges qui ont pu avoir lieu entre toi-même, Antoine et qui que ce soit en notre absence. Nous noterons simplement que tu introduis ce mail en écrivant qu'il répondait à un camarade de GeM qui souhaitait que les choses puissent être discutées à la réunion du 12 juin. Réunion que tu as toi-même "annulée" et en fait tenté d'interdire. Nous avons d'ailleurs la faiblesse de penser que si cette réunion avait eu lieu avec nous-mêmes et tous les protagonistes les choses n'en seraient pas là aujourd'hui, c'est dommage mais tant pis. Camarade Robert, c'est toi qui a refusé la transparence, c'est toi qui a organisé, sans en parler jusqu'au tout dernier moment à Militant que tu avais invité, la liquidation de cette réunion, toi qui as fermé le site et retiré les textes et informations. Quelle confiance veut-tu qu'on te fasse maintenant que tu sort de ton sac à malice des mails d'un tel ou d'un tel en fonction de tes besoins ? Tu as été capable de dissimuler et de censurer et maintenant il faudrait qu'on soit accablé de tes révélations ? Encore une fois, Robert, pas ça, pas toi, et pas avec nous svp ... Ces pratiques sont celles là mêmes que tu crois dénoncer chez les autres. Tu t'es pris les pieds dedans, cela arrive de s'empêtrer en politique, il ne tient qu'à toi d'en sortir.
La même chose vaut pour notre soi-disant "calomnie" selon laquelle Robert aurait co-signé un texte avec Marc Jutier. La tonalité quasi policière de la colère de Robert fait ici mal au coeur : "votre informateur, qui n'est pas à chercher très loin ...". Quel langage ! Notre texte disait pourtant déjà tout, car nous nous ne vivons pas dans de telles fictions : ayant simplement parcouru le site géré par Robert, en diagonale parfois et sans même imaginer évidemment qu'il allait être fermé, l'interdiction de la discussion semblant valoir aussi pour les traces des discussions passées, il nous semble bien ne pas avoir rêvé et avoir vu un texte de Robert, Ali et ... Jutier. Il paraît que c'est une "calomnie" ; nous devons donc le répéter : impossible hélas de faire confiance à Robert quant à la sortie, maintenant, de textes réels ou supposés soustraits à la diffusion auparavant. Cela dit peu importe : Robert confirme le fond politique de ce que nous avons compris sur sa grande habileté dans cette faire en écrivant lui-même qu'il n'a pris connaissance des positions politiques et du parcours du dit Jutier qu'après avoir convenu avec lui de mettre un de ses textes sur le site du 20 février, autrement dit qu'après avoir passé une forme d'accord politique avec lui. La responsabilité politique de l'importance conféré à cet épiphénomène ne saurait donc être rejetée sur "Ali".
Nous précisons encore que le passage relevé par Robert dans notre texte, sur les jeunes qui s'expriment dans les codes des AG de 2006 et tiennent à leur jouet internet (appréciation de "vieux" militants qui ne se veut pas méprisante mais bienveillante) est loin de ne concerner que le camarade Antoine de Tours. Cette remarque concerne aussi l'attitude des "vieux" comme toi, comme beaucoup d'entre nous, comme "Debord" (Raymond), "Delbeke" (Olivier), "Présumey" (Vincent) auxquels tu t'adresse, et elle est un appel à un peu d'indulgence et de sens des proportions. Le mail d'Antoine Mouré que tu nous communique, hors contexte, est certes un peu pénible. Mais, cher Robert, qui est le plus grossier ? Le "jeune" qui s'énerve ou le "vieux" qui écrit ceci et pas seulement envers le "jeune" en question mais beaucoup plus généralement :
"J'ai considéré que la discussion ne pouvait pas se poursuivre ..."
et qui répète une deuxième fois : "je rompt toute discussion avec le groupe Militant".
Et qui appelle "basse manoeuvre" le fait de répondre à un texte ?
Et qui met ses actes en accords avec ses écrits anti-discussion en fermant site et accès aux informations et aux textes, un fait incontournable et inexcusable ?
Nous considérons qu'il y a là une grossièreté et un mépris de l'histoire du mouvement ouvrier infiniment plus grave que tous les emportements d'un jeune camarade. Tu connais peut-être cette citation : "Il est nécessaire de mettre un terme à la discussion ..." (Staline, article dans la Pravda, 2 décembre 1923). Ne crois tu pas qu'il faudrait arrêter de proférer des grossièretés ?
Grossièreté, encore, et manoeuvre que nous ne qualifierons pas de "basse" car elle se voit comme le nez au milieu de la figure, que cette volonté d'associer systématiquement le groupe GeM dans cette mauvaise polémique pour "rompre toute discussion" avec Militant. Laquelle ne saurait avoir comme effet que nous donner encore plus envie de rencontrer les camarades de ce groupe !
Il y a -il faut bien tirer partie positivement même de ce qui est un peu pénible- un certain intérêt pédagogique à voir Robert tomber sur la pente de la théorie du complot à chacune de nos remarques politiques que l'on peut évidemment partager ou non. Il conclut en voyant une sombre manigance, encore une, dans le fait que nous ayons souligné le rôle, et notamment le sien, et pas que négativement pourtant, des anciens militants formés par la vieille OCI dans la coordination et la naissance même du collectif du 20 février. Il essaye de faire croire, et semble croire lui-même, que notre intention était de propager une rumeur relative à une manipulation d' "anciens lambertistes", en tentant en prime de nous accuser d'avoir voulu par là nier le rôle de nombreux militants dont ceux de GeM. Mais ce n'était là qu'une constatation politique et factuelle, sans jugement de valeur, et qui pour nous donne matière à réflexion, une réflexion que nous invitons fraternellement le Club Socialisme Maintenant, notamment, à avoir -et nous sommes prêts à en discuter avec tous les camarades intéressés : comment se fait-il que des militants ainsi formés, ayant en quelque sorte complété cette formation par l'épreuve des exclusions et exclusives bureaucratiques en petits comités, reproduisent à leur tour ces travers alors que rien ne les y force ? C'est une vraie question politique de fond : en faisant le bilan, au soir du 12 juin, de la manière dont Robert notamment après avoir contribué à la coordination d'un groupement prometteur s'est acharné à s'en débarrasser avec des méthodes qu'en toute objectivité il faut bien considérer comme analogues à celles qu'il déplore à longueurs de textes comme caractéristiques des vieux appareils politiques, nous nous la sommes posée.
Robert estime ne pas nous avoir parlé du "fond politique" et nous annonce un texte "collectif" à ce sujet. Réjouissons nous qu'il se contredise au passage en annonçant donc que la discussion continuera (la force de la volonté sociale de changement, des "lois de l'histoire" comme on disait à une époque, contre la volonté d'interdire les débats et les mentalités d'appareil, se manifeste ainsi ! ). Mais c'est inexact : cet échange, qui porte sur les méthodes, porte bien sur une question politique fondamentale.
Forme et contenu sont inséparables et si des méthodes non démocratiques ont été employées, c'est peut-être aussi parce que la discussion sur les propositions politiques, sur l'orientation pour répondre aux trois questions de l'appel du 20 février : -Comment construire un outil démocratique ?
-Comment construire l’unité dans les luttes sociales et démocratiques ?
-Quelle liaison entre les luttes sociales et les luttes sur le terrain électoral ?, n'a plus été approfondie après le 24 avril. Le texte de Robert "Notes sur la situation politique ... " est intéressant à cet égard en ce qu'il montre l'incapacité à proposer une orientation politique concrète et donc à en débattre dés lors que le 24 avril avait été un succès qui appelait des suites. Mais pourquoi une telle incapacité ? Non pas parce que Robert serait un incapable, mais pour des raisons de fond politique. S'il faut clarifier entre soi quelle est son "idéologie" avant de combattre contre Sarkozy et opposer programme et action au lieu d'avancer dans le dialogue vers un programme d'action, alors en effet à un moment donné on ne sait plus avancer. Cette question aussi, il serait intéressant que nos camarades du Club Socialisme Maintenant (et d'autres) en débattent ...
En matière de méthodes, nous ne prétendons pas avoir de vertu immanente par laquelle nous serions pour ainsi dire immunisés contre les pratiques d'apparatchik dont c'est cette fois-ci Robert qui nous a donné un désolant exemple, mais nous considérons que la transparence, l'ouverture et la publicité (au sens non pas publicitaire mais de rendre public) sont à la base de tout.
Sur cette base, pour relancer la dynamique de l'appel du 20 février, nous avons des propositions d'action. Nous avons soumis à la réunion du 12 juin un tract contre le paiement de la dette publique, que les camarades de EG95 ont signé. Nous soumettons à la discussion la déclaration suivante pour commencer à préparer septembre.
dimanche 11 juillet 2010
Raymond DEBORD, Olivier DELBEKE, Vincent PRESUMEY