Histoire
Histoire
Histoire militante
Mauvaise nouvelle pour la santé culturelle, littéraire et historienne de la France : le torchon antisémite de Robert Service « Trotski » est proclamé meilleur livre d’histoire de l’année par le magazine Lire ! A acheter pour Noel ! Ne suivez surtout pas ce conseil !
L’histoire retiendra aussi que la revue qui a le culot de porter ce nom, L’Histoire, a publié sans signature (engageant donc sa rédaction, c’est-à-dire la bien-pensance historienne universitaire française comme telle) un éloge du même torchon antisémite, louant sa « rare objectivité » et dénonçant, au passage, le « dictateur totalitaire » Trotsky. Leçon de choses : les dénonciateurs du « totalitarisme » qui sponsorisent un ouvrage antisémite. Comme un génocide au Ruanda, sur le coup, c’est passé inaperçu. Mais on s’en rappellera …
Il y a heureusement quelques bonnes nouvelles qui indiquent que l’histoire militante, celle qui est objective parce qu’elle prend parti, est bien vivante. Voila de vrais cadeaux utiles pour le cerveau et pour l’action à s’offrir ou à offrir pour les agapes du solstice d’hiver.
Le Collectif d’éditions Smolny publie, traduit du russe par Julia Gousseva, les articles des Communistes de gauche, adversaires bolcheviks du traité de Brest-Litovsk et d’autres aspects qui leurs déplaisaient dans le jeune Etat soviétique, en 1918, parus dans les 4 numéros de leur organe, Kommunist : notamment Nicolaï Boukharine, par la suite dirigeant soviétique de premier ordre, allié de Staline puis oppositionnel de droite en 1929, exécuté en 1938, Nikolaï Ossinski, président du Conseil économique national, qui animera par la suite la tendance Centralisme démocratique (les « décistes ») et prendra part aux alliances des oppositions bolcheviques de gauche dans les années 1920, assassiné en prison en 1938, Karl Radek, personnalité capitale du communisme polonais, allemand et russe, par la suite oppositionnel de gauche puis rallié à Staline, liquidé en prison en 1939, et Vladimir Smirnov, par la suite animateur des décistes avec Ossinsky et Sapronov, fusillé en 1937.
Nous venons de recevoir ce livre annoncé depuis un moment par souscription, et à première vue le Collectif Smolny ne s’est pas moqué du monde. Un beau livre, édité avec le concours de la Région Midi-Pyrénées, avec appareil critique, préface de Marcel Roelandts et Michel Roger, introduction historique de Stephen Cohen, postface de Guy Sabatier, appendices, repères biographiques, bibliographie et index. On aura sans doute l’occasion d’en reparler, mais disons le tout de suite : bravo !
La revue Kommunist, Collectif Smolny éd., Toulouse, 20 euros (ce n’est pas cher ! ).
Jean-Jacques Marie a refait une biographie de Lénine chez Payot. La précédente est parue chez Balland voici quelques années. Elles ne font pas double emploi, car la première avait manifestement été écrite trop vite. Cette fois-ci, J.J. Marie traite dans chacun des 29 courts chapitre d’un aspect évènementiel et politique précis, de sorte que nous avons une vraie synthèse de base des positions décisives et actes de Lénine, que résume bien le sous-titre, qui est un pied-de-nez à tous les dogmatiques : la révolution permanente. L’idée, que démontre le livre, est bien en effet que Lénine fut un praticien de la révolution permanente, que l’historiographie en général attribue à Trotsky seulement, tout en n’y comprenant pas grand-chose. Toute compréhension théorique commence par la connaissance des faits. Ce livre l’illustre.
Jean-Jacques Marie, Lénine, la révolution permanente., Payot, 27,50 euros.
Voici maintenant un livre attendrissant, mais pas d’une rigueur à toute épreuve. Avec son Histoire populaire de l’humanité, le dirigeant défunt du Socialist Workers Party britannique et de son courant international, l’International Socialist Tendency, Chris Harman, a voulu faire pour le genre humain tout entier ce que Howard Zinn, qui l’a d’ailleurs cautionné, avait fait pour les Etats-Unis.
C’est apparemment loin d’être le cas. Mais soyons honnête, nous n’avons lu que les premiers chapitres sur la préhistoire et l’Antiquité. Assez toutefois pour remarquer que si Chris Harman pourfend dans une note les « marxistes politiques » comme Hellen Meiskins Wood ou Bob Brenner, il ne traite pas tant des évènements, des hommes et des classes en lutte, que des « forces profondes » en pensant, bien entendu, faire montre de matérialisme. Le tout, du coup, en s’étant arrêté en matière de recherche historique à Engels ou peu s’en faut, ou Gordon Childe, c’est-à-dire pas beaucoup plus loin. Moyennant quoi nous avons une révolution néolithique (le passage à l’agriculture) expliquée entièrement par le climat, l’oppression des femmes découlant de l’emploi de la charrue dans les champs (ben oui, la charrue c’est lourd, donc les hommes prennent le contrôle des moyens de production …), et la vénération des vaches dans l’hindouisme découlant naturellement de leur nécessité comme force motrice pour tracter, là encore, les charrues : mais pourquoi diable l’Europe et le Proche-Orient ne sont-ils pas, dans ces conditions, hindouistes ? !
Bon, je fais le serment sur la tête de Tony Cliff de reparler du livre de Chris Harman à un moment ou un autre de l’année 2012, puisque ces remarques ne concernent que les premiers chapitres. Voici pourquoi vous pouvez avoir envie de le lire : je le répète, c’est attendrissant. Comme les images des cours d’Histoire d’autrefois à l’école primaire, avant Internet et tout le bazar, qui commençaient par « nos ancêtres les Gaulois mangeaient dans des écuelles ». Et vive le matérialisme !
Chris Harman, Une histoire populaire de l’humanité, La Découverte, 25 euros.
Il nous faut pour finir faire la promotion de deux livres à paraître ou qui viennent juste de sortir.
MÉMOIRE DE LA GRANDE GREVE de l’hiver 1960-1961 en Belgique, sous la direction de Luc Courtois, Bernard Francq, Pierre Tilly, éditions Le Cri, Bruxelles, s’annonce comme un ouvrage important sur ce très grand moment, inconnu par l’ignorance hexagonale habituelle alors qu’il est tellement proche, de la lutte des classes en Europe au XX° siècle que fut la grève générale belge contre la « loi unique » anti-retraites et anti-droits des salariés.
Il faut le commander ou le faire commander à l’éditeur : avenue Léopold Wiener, 18, B 1180 Bruxelles, tél 32 (0) 2/646 65 33.
Cheveux longs et poings levés, les jeunes du CERES de 1971 et 1981, de Jean-François Claudon et Julien Guérin, nos amis et camarades animateurs de la tendance OS (Offensive Socialiste) du MJS, ajoute une nouvelle pièce au travail qu’ils ont engagé de mise au clair historique des courants se situant ou ayant voulu se situer à gauche dans le PS français, notamment chez les « jeunes », voire au-delà (rappelons la contribution, mise en ligne sur le site de MILITANT, de Julien Guérin sur Largo Caballero). Parution prévue en février 2012 : souscrire aux éditions Bruno Leprince 62 rue Monsieur Le Prince Paris, 15 euros (14 l’exemplaire euros les cinq, 13 euros les 10).
Ils iront loin !
vendredi 30 décembre 2011