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    <title>Théorie</title>
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    <description>«La théorie n’est pas un dogme mais un guide pour l’action»</description>
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      <title>Pour conclure</title>
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      <pubDate>Tue, 3 Apr 2012 22:14:32 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Entrees/2012/4/3_Pour_conclure_files/5068_1163371253239_1496594941_30428424_865009_a.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Media/object015_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:183px; height:137px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;La conclusion d'&lt;a href=&quot;Entrees/2012/4/3_Elements_de_reponse_a_Vincent_Presumey_%282%29.html&quot;&gt;Alain Bihr dans sa dernière réponse me paraît sage&lt;/a&gt;. Cette discussion a produit des choses intéressantes et maintenant, il est plus judicieux, non pas de la stopper, mais de la laisser mûrir, en la mettant en ligne et en la portant à la connaissance de lecteurs éventuels qui pourraient l'enrichir ou s'en inspirer.&lt;br/&gt;D'ailleurs, revenir à nouveau sur chaque point conduirait surtout, à ce stade, à des répétitions. Je souhaiterais simplement, pour finir, préciser deux choses suite à cette dernière réponse, l'une pour éviter un malentendu possible, l'autre pour signaler un approfondissement nécessaire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1. Le débat sur la méthode de Marx ne porte pas tellement sur le schéma analyse-synthèse du  passage du début des manuscrits de 1857-1859, car nous sommes d'accord pour dire que celui-ci n'est pas spécifiquement une description de la manière dont procède Marx, mais est beaucoup plus général. &lt;br/&gt;Ce que j'ai expliqué, et dans ma critique initiale et dans ma première réponse, est que ce qui est réellement spécifique à Marx, c'est la critique, moment spécifique qui relie analyse et synthèse. La critique des catégories dégagées par l'analyse, et pas seulement la « reconstruction du concret par la voie de la pensée », caractérise l'œuvre de Marx. Cette critique consiste dans l'explication de leur fondement consistant en des contradictions réelles. &lt;br/&gt;J'ajouterai que dans le premier chapitre de toute l'œuvre, les deux premiers alinéas sont encore analytiques et que ce n'est qu'au troisième alinéa, sur la forme de la valeur, que la catégorie « valeur » apparaît effectivement, en même temps que celle de monnaie, ce qui en fait le premier moment de sa critique (ceci contredit la présentation de ce chapitre dans le livre d' A. Bihr).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2. A propos du fétichisme, A. Bihr intègre mon argument sur les rapports sociaux « qui apparaissent pour ce qu'ils sont » (et le passage de Marx qui dit ceci à la lettre), mais précise que selon lui, Marx ne dit cela que du premier moment du fétichisme, lequel comporte un second moment. &lt;br/&gt; En effet, le second moment présenté par A. Bihr (la personnification des choses, complétant la réification des rapports sociaux dans les choses) fait voir les choses comme ce qu'elles ne sont pas. Donc, 1 à 1 et balle dialectiquement au centre : les rapports entre les travaux privés apparaissent pour « ce qu'ils sont » (mot de Marx) et « pour ce qu'ils ne sont pas ». Il y a unité des deux, c'est ça le truc ...&lt;br/&gt; Ceci dit, par rapport à ces deux premiers moments pris comme un tout, se dessine encore un autre moment, celui qui fait des sujets humains de l'échange les faisant fonction de la valeur et du capital, moment qui est introduit dans le chapitre II du Capital, suite immédiate du passage sur le fétichisme. A approfondir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Sur ce, bonnes agapes à A. Bihr et à tous, et à l'année prochaine !&lt;br/&gt;VP, le 21/12/11.&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Eléments de réponse à Vincent Présumey (2)</title>
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      <pubDate>Tue, 3 Apr 2012 22:09:18 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Entrees/2012/4/3_Elements_de_reponse_a_Vincent_Presumey_%282%29_files/108061405_640.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Media/object011_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:183px; height:137px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Commençons par la fin, c’est-à-dire par les questions relatives au ton de la discussion, que j’avais soulevées dans ma première réponse à &lt;a href=&quot;Entrees/2012/4/3_Reponse_a_Alain_Bihr.html&quot;&gt;Vincent Présumey&lt;/a&gt;. En fait, ce que je lui reprochais n’était pas d’avoir été offensant ; l’aurait-il été que je ne lui aurais pas répondu. Je visais deux choses différentes. D’une part, une tendance (par moments) à la polémique au mauvais sens du terme (car il en existe, en effet, un autre bon) ; d’autre part, le fait de vouloir rabattre des divergences théoriques, légitimes et fécondes quand elles sont mises en œuvre dans une discussion amicale (qui n’exclut pas un ton vif par moments), sur des divergences politiques dont les précédentes seraient sournoisement l’indice ou la préfiguration, avec le danger de voir la critique se transformer en acte d’accusation. Les explications fournies par Vincent Présumey en conclusion à sa réponse m’ont rassuré à ce sujet et m’ont invité à lui adresser ce second jeu d’éléments de réponse. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1. Sur la méthode du Capital &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	Vincent Présumey me reproche qu’en proposant de faire de l’autonomisation de la valeur le fil conducteur de ma présentation du Capital, de n’avoir pas respecté, voire pas compris, la méthode de Marx dans Le Capital. Méthode que celui-ci expose dans un célèbre passage des Manuscrits de 1857-1858 (les Grundrisse) auquel Vincent Présumey se réfère et qu’il résume, pour sa part, en ces termes : « une dialectique commençant par l’analyse, mettant ainsi à jour des catégories générales  &amp;quot;abstraites&amp;quot; sur lesquelles Marx opère une synthèse concrète, une &amp;quot;reconstruction du concret par la voie de la pensée&amp;quot;». &lt;br/&gt;	En fait, dans ces quelques dizaines de lignes, Marx ne définit pas sa méthode mais tout simple la méthode que suit, mieux que doit nécessairement suivre, toute entreprise de connaissance qui prétend s’approprier une totalité concrète, en y distinguant deux phases : celle de l’appropriation de la matière en question, qui conduit en effet à la décomposer (analyser) en la réduisant à quelques catégories générales, qu’il s’agit de surcroît de soumettre le cas échéant à critique, celle ensuite de l’exposition qui part de l’une ou de l’autre de ces catégories ou d’un groupe d’entre elle pour restituer la totalité du concret précédemment réduit à quelques abstractions. &lt;br/&gt;	Dans Le Capital, on n’a manifestement affaire qu’au second moment – Marx nous expose les résultats auxquels il est parvenu au terme d’une quinzaine d’années d’analyse critique de l’économie politique, ponctuée de quelques tentatives intermédiaires de pareilles expositions synthétique. Et la question n’est donc plus de savoir qu’elle est le mouvement général selon lequel se déploie la connaissance de la réalité sociale dans la totalité de ses moments, analyse puis synthèse médiatisée par la critique des catégories, mais le mouvement spécifique selon lequel s’opère le moment de synthèse, selon lequel se déploie l’exposition – restitution du tout précédemment analysé et démembré en quelques catégories générales. Et cette question porte bien, notamment, et sur le point de départ et sur le fil conducteur. &lt;br/&gt;	Or il suffit d’ouvrir Le Capital et de le lire pour constater que la catégorie générale et abstraite dont part Marx et dont il va suivre les méandres de son développement, depuis sa forme la plus simple (la marchandise) jusqu’à ses formes les plus complexes et les plus ésotériques (la fameuse formule trinitaire : Terre – Capital – Travail) est celle de la valeur. Ce n’est pas mon choix arbitraire, c’est le choix de… Marx ! Quant au fil conducteur, il est là encore manifestement celui de l’autonomisation de la valeur, depuis la simple différenciation entre valeur d’usage et valeur d’échange de la marchandise jusqu’aux formes les plus fétichistes que sont l’intérêt, le profit spéculatif du capital fictif (« la plus-value » boursière), la rente foncière, etc. Là encore, ce n’est pas mon choix mais celui de Marx. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2. Ce que signifie l’autonomisation de la valeur&lt;br/&gt;	Vincent Présumey éprouve manifestement quelques difficultés à comprendre ce qu’il faut entendre par autonomisation de la valeur. Ainsi me reproche-t-il d’isoler cette catégorie et de la couper de ses propres fondements : il cherche à « mettre en cause la manière dont il [moi – AB] isole, parmi les catégories, celle de la valeur en procès et l’isole notamment de ses fondements critiques avec lesquels elle se développe contradictoirement, que sont les rapports sociaux de production et la nature ». &lt;br/&gt;	De fait, je ne fais ni l’un ni l’autre. Dans mon entreprise de restitution de la démarche de Marx, je privilégie certes la catégorie de la valeur (encore une fois : je ne fais que suivre Marx) mais je ne l’isole sûrement pas puisque, en suivant son autonomisation progressive, je restitue précisément d’une manière ordonnée toute la matière dont se compose la critique de l’économie politique, en mettant en évidence comment toutes les autres catégories de cette dernière se rattache et se laisse en quelque sorte déduire de celle de valeur, plus exactement : insérer dans l’exposition de son autonomisation. Encore moins pourrais-je isoler la valeur de son substrat (le travail social, les forces productives et la nature si chères à Vincent Présumey) puisque, dès le départ, la valeur est définie comme la forme sociale que le déploiement des rapports marchands puis des rapports capitalistes de production imprime au procès social de production, qui en est donc le contenu. Un contenu dont elle (la forme valeur) cherche précisément à s’autonomiser (ce qui ne signifie pas se séparer – je vais y revenir) en le soumettant à ses exigences, avec les tensions et contradictions que cela implique. Si l’autonomisation de la valeur est un procès contradictoire, c’est précisément parce que, en permanence, la forme marchande est en prise avec le contenu, le travail social, dont elle ne peut ni se séparer (sans se compromettre) ni jamais réduire complètement à ses exigences. Faire de la valeur et de son procès d’autonomisation le fil conducteur du Capital ne peut donc pas conduire à isoler la valeur du travail social, des rapports sociaux de production et de la nature : c’est saisir la forme dans laquelle ces dernières se trouvent ressaisis et transformés par le capital(isme). &lt;br/&gt;Ce n’est donc pas du « bout des lèvres » que je concèderais que « la valeur a un fondement autre qu’elle, le travail humain et la nature ». Ce serait nager en plein fétichisme que de prétendre que la valeur n’a d’autre fondement qu’elle : où Vincent Présumey a-t-il lu cela sous ma plume ? Et ce serait ne rien comprendre à la valeur que d’ignorer qu’elle n’est qu’une forme sociale du procès social de production qu’elle remodèle selon ses exigences ou, inversement, que le travail social est « la substance » de la valeur, pour parler comme Marx. Mais précisément, je ne l’ignore pas puisque je consacre un développement de La logique méconnue du « Capital » (pages 18-20) à expliquer, en commentant les premières pages du Capital,  en quel sens il faut prendre la proposition de Marx selon laquelle le travail abstrait est « la substance » (le contenu) de la valeur, en annonçant d’emblée que cela implique de transformer profondément le procès social de travail, par conséquent les forces productives et la nature. Les éléments de réponse que j’ai apportés à Vincent Présumey ne constituent donc nullement une « inflexion sérieuse » de ma propre conception, tout au plus une explicitation de celle-ci à quelqu’un qui ne semble pas l’avoir comprise exactement à la première lecture. &lt;br/&gt;	En fait, toute ma lecture du Capital vise à montrer comment, précisément pour affirmer son autonomie (qui, rappelons-le, signifie étymologiquement la capacité de vivre selon sa loi propre), la valeur, conçue comme une abstraction concrète dès les premières pages du Capital, doit se concrétiser, c’est-à-dire se saisir de l’ensemble de ses conditions naturelles et sociales d’existence (bien au-delà des seules forces productives) pour se les approprier, c’est-à-dire les transformer profondément de manière à les soumettre à ses exigences propres, en se heurtant évidemment à leur résistance multiforme, ce qui ne fait qu’élargir et approfondir sans cesse la contradiction entre la valeur et ses conditions d’existence. Tel est en définitive le véritable sens qu’il faut donner à l’autonomisation de la valeur : le mouvement par lequel la valeur s’approprie en les transformant ses conditions sociales d’existence et, ce faisant, élargit et approfondit la contradiction avec elles.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;3. Ce que signifie le fétichisme&lt;br/&gt;	Là encore, il y a entre Vincent Présumey et moi une incompréhension. Elle porte sur le concept d’apparence. Dans mes premiers éléments de réponse, j’ai défini le fétichisme (de la valeur) en ces termes : &lt;br/&gt;«  (…) le fétichisme n’est pas pour moi seulement ni même essentiellement de l’ordre de l’illusion (mentale et idéologique) mais d’abord de l’ordre de l’apparence sociale, phénoménale, des rapports capitalistes de production. Le fétichisme est l’apparence, certes trompeuse, fallacieuse, que prennent les rapports capitalistes de production, apparence dont, en bon disciple de Hegel, Marx n’ignore pas qu’elle est un moment (un élément) de la réalité elle-même (de l’essence, pour continuer à parler le langage philosophique) – je vais y revenir dans un moment. » &lt;br/&gt;Et je précisais par la suite que cette apparence se constitue à travers le double mouvement, constitutif du fétichisme de la valeur, qu’est la réification des rapports sociaux (par confusion avec leur support matériel) et la personnification des choses sociales (les supports en question), dès lors dotées par les hommes des qualités, propriétés et puissances surhumaines. Tout comme je soulignais la parfaite fonctionnalité de cette apparence au regard des rapports capitalistes de production : c’est par son intermédiaire que sont générés les comportements, attitudes, croyances, dispositions subjectives requises par ces rapports de la part des différents agents, aux différents fonctions qui sont les leurs. &lt;br/&gt;	Cela n’empêche pas Vincent Présumey de m’objecter que « le fétichisme est une réalité, il est le mode de fonctionnement des rapports de production capitaliste, qui sans lui n’existent pas, et il n’est donc pas seulement leur apparence nécessaire (ce qu’il est aussi). A l’aune de cette critique là, le distinguo entre apparence et illusion me semble secondaire. » Comme si je n’avais pas dit moi-même… que l’apparence est un moment de la réalité à travers laquelle celle-ci s’accomplit ! &lt;br/&gt;	Vincent Présumey s’en prend ensuite à la formule que j’emploie selon laquelle le fétichisme consiste précisément à faire apparaître les rapports sociaux de production pour ce qu’ils ne sont pas, au sujet de laquelle il pense me prendre en défaut en m’opposant le passage suivant de l’analyse par Marx de fétichisme de la marchandise dans le premier chapitre du Capital : &lt;br/&gt;« En général, des objets d'utilité ne deviennent des marchandises que parce qu'ils sont les produits de travaux privés exécutés indépendamment les uns des autres. L'ensemble de ces travaux privés forme le travail social. Comme les producteurs n'entrent socialement en contact que par l'échange de leurs produits, ce n'est que dans les limites de cet échange que s'affirment d'abord les caractères sociaux de leurs travaux privés. Ou bien les travaux privés ne se manifestent en réalité comme divisions du travail social que par les rapports que l'échange établit entre les produits du travail et indirectement entre les producteurs. Il en résulte que pour ces derniers les rapports de leurs travaux privés apparaissent ce qu'ils sont, c'est-à-dire non des rapports sociaux immédiats des personnes dans leurs travaux mêmes, mais bien plutôt des rapports sociaux entre les choses. »&lt;br/&gt;Il est pourtant manifeste que Marx analyse ici uniquement le seul premier moment du fétichisme de la marchandises, la réification des rapports sociaux de production (en l’occurrence : la transformation de rapports sociaux entre producteurs privés séparés par la division marchande du travail en rapports sociaux entre leurs produits-marchandises) et non pas le tout de ce fétichisme qui implique encore l’autre moment de personnification des choses (en l’occurrence la transformation, sous forme de la valeur des marchandises, du caractère social des produits en qualité substantielle de ces derniers, que ceux-ci possèderaient en et par eux-mêmes, en les transformant ainsi « hiéroglyphes » ainsi que la transformation, sous forme de la quantité de la valeur, des proportions réglant les échanges entre les différentes branches de la division sociale du travail en proportions qui résulteraient des qualités substantielles des produits « comme les substances chimiques se combinent en proportions fixes ») dont le développement se trouve à la suite du passage cité par Vincent Présumey. Ce n’est qu’alors que, au terme de cette double opération de réification et de personnification, que l’inversion propre au fétichisme est accompli et que les choses apparaissent pour ce qu’elles ne sont pas : non pas comme de purs produits du travail social mais comme des êtres dont les qualités substantielles leur permettaient de vivre d’une vie propre et de régler leurs rapports entre elles, indépendamment en apparence des hommes qui les ont produites et conduites au marché et dont elles se jouent. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;4. Sur tout le reste&lt;br/&gt;	S’agissant des différents points secondaires (ce qui ne signifient négligeables ou insignifiants) qui sont en débat entre Vincent Présumey et moi-même, je me contenterai de quelques remarques rapides à chaque fois pour ne pas lasser le lecteur.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	4.1. Sur un seul de ces points (la place de la concurrence dans la formation d’un taux de profit général ou moyen – je ne vois pas où Vincent Présumey trouve une différence entre les deux dans ce que j’écris), je dois regretter une nouvelle fois qu’il me lise mal ou me comprenne mal. Le lecteur impartial de La logique méconnue du « Capital » constatera que, fidèle à la démarche de Marx visiblement sous le coup de réminiscences de La Science de la Logique de Hegel, je commence par expliquer pourquoi, du point de vue du capital en général (qui est, concrètement, celui du capital social comme totalité : comme unité globale émergeant des interactions – attraction et répulsions – entre la multiplicité innombrable des capitaux singuliers en fonction), la constitution d’un tel taux de profit est une nécessité immanente ; avant de montrer dans une deuxième temps comment cette nécessité se réalise (se concrétise) sous la forme et par l’intermédiaire de ces interactions concurrentielles entre les capitaux singuliers, qui ne sont donc jamais qu’un mouvement second et subordonné au précédent. Je ne vois donc pas où est la différence entre la position de Vincent Présumey et la mienne. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	4.2. Certains de ces points secondaires relèvent, comme le fait remarquer Vincent Présumey lui-même, d’une querelle d’interprétations, dans le meilleur sens du terme – dont l’existence ne doit pas nous étonner outre mesure s’agissant d’une œuvre (Le Capital) dont la richesse et la complexité ne sont plus à démontrer. Ainsi en va-t-il pour la compréhension de la généalogie des différentes formes de la valeur dans le premier chapitre du Capital, à laquelle je prête une portée à la fois logique et historique alors qu’elle n’ait que logique pour Vincent Présumey. C’est aussi le cas en ce qui concerne la position de la forme capitaliste de la propriété foncière relativement au mouvement d’autonomisation de la valeur : alors que je maintiens que la première s’inscrit dans le seconde, Vincent Présumey pense qu’il s’agit là d’une détermination extérieure. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	4.3. Restent les questions relatives à la rente foncière, différentielle et absolue, questions techniques et ardues. Je ne répèterai pas mes arguments que Vincent Présumey a entendus mais qui ne l’ont pas convaincu, pas plus que les siens ne m’ont fait changé de position. Seule une (re)lecture des chapitres du Capital concernés pourra nous départager… ou nous renvoyer l’un et l’autre à nos chères études marxiennes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	Sauf à courir le risque de lasser le lecteur en continuant à opposer des discours qui se répèteraient en ne se répondant qu’en partie, il faut savoir terminer une discussion, ou au moins la suspendre, le temps de permettre à ceux qui nous auront lu de se faire par eux-mêmes une idée de la chose. Que les échanges d’argument auxquels nous avons procédé, Vincent Présumey et moi-même, puissent inciter d’autres à se lancer dans la lecture, le commentaire et la discussion du Capital serait le plus heureux prolongement qu’ils pourraient trouver.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Alain Bihr&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Réponse à Alain Bihr</title>
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      <pubDate>Tue, 3 Apr 2012 21:59:44 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Entrees/2012/4/3_Reponse_a_Alain_Bihr_files/167137_1769591448365_1496594941_31925325_2455017_n.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Media/object005_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:183px; height:137px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;J’avais rédigé cet été des &lt;a href=&quot;Entrees/2012/3/20_Remarques_sur_la_logique_meconnue_du_Capital_dAlain_Bihr.html&quot;&gt;remarques critiques&lt;/a&gt; étendues sur le livre d’Alain Bihr, La logique méconnue du « Capital »  (éditions Page Deux, 2010), texte que j’ai alors communiqué à un petit nombre de personnes, dont Alain Bihr bien sûr, qui vient d’y répondre. &lt;br/&gt;Ma critique, &lt;a href=&quot;Entrees/2012/4/3_Elements_de_reponse_aux_remarques_critiques_de_Vincent_Presumey_sur_La_logique_meconnue_du_Capital.html&quot;&gt;sa réponse&lt;/a&gt;, la présente réponse à cette réponse et les suites éventuelles de cette discussion, ont sans doute un intérêt qui va au-delà des accords et désaccords existant entre nous, car ils concernent l’interprétation du Capital de Marx et donc, étant donné la grande portée de cette œuvre, l’analyse de l’époque actuelle de l’histoire de l’humanité. &lt;br/&gt;Tout en saluant cette discussion, Alain Bihr souhaite que, pour qu’elle puisse se poursuivre, je change de « ton » et abandonne certains arguments ; je reviendrai sur cette question à la fin du présent texte, après avoir examiné les uns après les autres les arguments qu’il avance en reprenant chaque partie de sa réponse.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1. Comment introduire à la lecture du Capital ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mes remarques critiques commençaient par un développement assez long sur l’introduction d’Alain Bihr et les questions de méthodes, à commencer par la méthodologie de Marx souvent résumée, d’après un passage connu du manuscrit de 1857, Introduction générale à la critique de l’économie politique, comme une dialectique commençant par l’analyse, mettant ainsi à jour des catégories générales  « abstraites » sur lesquelles Marx opère une synthèse concrète, une « reconstruction du concret par la voie de la pensée ».&lt;br/&gt;Ma remarque centrale concernant cette méthode était que le moment clef, celui de la critique des catégories, est généralement ignoré ou mal compris. La critique relie et sépare l’analyse et la synthèse et constitue la spécificité de la méthode de Marx, qui autrement serait une dialectique assez classique, somme toute.&lt;br/&gt;J’ai insisté sur ce point car il est suffisamment central pour Marx qui intitule son œuvre critique de l’économie politique, la dite critique mettant à jour les fondements réels des catégories critiquées, et donc les contradictions qui opèrent entre ces fondements et leur apparence de généralité abstraite, car ce sont ces contradictions là qui fondent celles qui se situent à l’intérieur de cette  forme : ce sont des contradictions réelles et pas seulement conceptuelles.&lt;br/&gt;Parmi les dites catégories ainsi critiquées, figure au premier rang celle de « valeur », dont Marx montre qu’elle est un rapport social historiquement constitué (et qu’elle n’est que cela), reposant sur un certain fondement, un certain Gründ, d’où son caractère contradictoire.&lt;br/&gt;Ces remarques de ma part, concernant le livre d’Alain Bihr, visaient évidemment à mettre en cause la manière dont il isole, parmi les catégories, celle de la valeur en procès et l’isole notamment de ses fondements critiques avec lesquels elle se développe contradictoirement, que sont les rapports sociaux de production et la nature. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Aussi, dans la réponse d’A. Bihr, sous l’intitulé Comment introduire à la lecture du Capital, pensais-je trouver à cet endroit une discussion de ces questions, plutôt que de simples remarques de vocabulaire à propos de l‘expression « guide de lecture ». Celles-ci peuvent se résumer ainsi : j’exagère en mettant en exergue l’expression « guide de lecture », bel et bien employée certes par A. Bihr, mais bien moins fréquente et selon lui moins significative que celles de « logique » ou de « fil rouge », dont il se sert pour désigner l’autonomisation de la valeur dans le Capital. &lt;br/&gt;Dérouler un fil n’est pas inviter à suivre le guide, certes, mais la question est ici de savoir si ce « fil » a la dimension d’un « guide », ou pas, dans le petit livre d’Alain Bihr. Dans l’intention de faire justice de mes remarques sur diverses « lacunes », lui-même explique que dérouler son fil pour un parcours global est forcément un peu cursif (ce dont je conviens tout à fait), et que cela lui interdisait donc d’aller voir « tous ses méandres secondaires », et de même que suivre la logique du Capital d’une façon générale excluait d’aller l’examiner dans « toutes ses articulations les plus fines ». Il me semble ici permis de dire que si, pour A. Bihr, ce qui est écarté de son ouvrage se réduit à des « méandres secondaires » et à de « fines articulations », alors en effet j’ai eu raison d’écrire que son livre est bien, au fond, pensé et écrit comme un guide de lecture hors duquel il n’y a que quelques pistes accessoires et des détails pour spécialistes. Cela dit, nous sommes là dans un débat sémantique, voire psychologique, en lui-même assez secondaire par rapport aux questions de fond que nous devrions discuter.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Une dernière précision. Dans la lettre de Marx à Engels du 31 juillet 1865 à laquelle se réfère A. Bihr, Marx ne dit pas que les trois premiers livres du Capital forment un « tout artistique » et un « ensemble ordonné dialectiquement », mais, beaucoup plus modeste, il exprime l’ardent souhait qu’il en soit ainsi et justifie sa réticence à les voir imprimés tant qu’il n’y est pas parvenu - et il n’a, justement, consenti lui-même qu’à l’impression du premier livre …&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2. Sur le concept d’autonomisation de la valeur.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Abordant ensuite le cœur du sujet, A. Bihr explique que le concept d’autonomisation de la valeur n’est pas pour lui le seul concept à l’œuvre dans le Capital, rappelant que dans un ouvrage antérieur il en distinguait deux autres. Je lui donne volontiers acte de ceci. Je répète même que le fil qu’il a choisi, et il en fait la démonstration, permet sous l’angle littéraire, de fort bien écrire … écrire quoi ? un « guide de lecture » (désolé ! ). &lt;br/&gt;Mais comme ma critique portait sur son seul livre La logique méconnue du « Capital », ces arguments ne démontrent pas que, dans ce livre, l’« autonomie de la valeur » ne serait pas le concept qui, comme je l’ai écrit, « condense l’ensemble de la démarche » de Marx. Je me doute bien qu’A. Bihr connait fort bien les catégories de forces productives ou de lutte des classes et sait dire son mot à leur sujet, mais je dois bien constater le choix de les taire (totalement pour la seconde, presque complètement pour la première) dans son opuscule le plus « grand public » et le plus « pédagogique ». C’est ce choix que j’ai mis en question.&lt;br/&gt;Réciproquement, je préciserai qu’en ce qui me concerne, je n’ai absolument pas, ni dans cette critique, ni par ailleurs, nié l’importance de l’autonomie de la valeur et du concept de « valeur en procès » chez Marx, bien au contraire. Ma critique ne porte par sur son importance chez Marx, mais sur son unilatéralité dans la présentation de Marx par Bihr. Ce qui est critiqué dans mon texte n’est pas l’« autonomie de la valeur » en général et encore moins la place fondamentale qu’elle occupe chez Marx, mais la réduction unilatérale de la dialectique de Marx à la progression linéaire de la dite « autonomie », qui selon moi se trouve chez Bihr, dans son petit livre. Ce n’est pas la même chose : critiquer l’unilatéralité dans l’emploi d’un concept n’est pas nier ce concept. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il ne m’a pas échappé que le livre II du Capital montre bien comment le capital s’approprie le procès de circulation. Ce sur quoi j’ai attiré l’attention à propos du livre II, c’est la place importante qu’y occupe l’autonomisation de la valeur, allant jusqu’à donner une citation, absente du livre de Bihr mais reprise dans sa réponse, où Marx en affirme frontalement l’importance et son caractère dialectiquement autonome envers même les « rapports de classe ». Ceci ne ruine en rien ma prétendue « entreprise de minimisation de la définition du capital comme valeur en procès et de sa dimension d’autonomie de la valeur », puisqu’une telle entreprise n’est pas la mienne, et montre au contraire quelle importance j’y accorde moi-même en soulignant que Bihr a peu mis à profit ce caractère du livre II. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C’est précisément ici que Bihr développe ce qu’il entend par le fameux « passage de l’abstrait au concret », défendant notamment sa formule d’une « abstraction qui se concrétise », qu’il rapproche de l’expression de Marx dans ce passage du livre II sur lequel j’avais moi-même attiré l’attention : « abstraction in actu ». &lt;br/&gt;La formule de Marx, abstraction en acte, ou abstraction en action, l’abstraction étant le rapport social autonomisé, n’est toutefois pas exactement la même chose qu’une « abstraction qui se concrétise » à la manière dont le décrit A. Bihr dans cet intéressant passage. Dans l’autonomisation de la valeur, explique t’il, la valeur tend contradictoirement (car c’est impossible) à se détacher de son contenu qu’est le travail social (dont A. Birh veut bien préciser ici, et  pas dans son livre, qu’il comporte le travail humain et la nature), et en même temps elle s’empare de l’ensemble des conditions sociales d’existence. Certes, et nous avons donc là, un peu du bout des lèvres, l’idée que la valeur a un fondement autre qu’elle, le travail humain et la nature, ce qui n’est pas rien. Ceux-ci ne sont pas le « contenu » de la valeur, ils sont plus : son fondement contradictoire, extérieur à elle bien que dominé par elle dans le capitalisme, la valeur étant comme rapport social une détermination formelle spécifique qui prend naissance sur ce fondement et se développe contradictoirement à lui. Toute cette argumentation d’A. Bihr construite en réaction à mes critiques me semble donc très intéressante en ceci qu’elle infléchit sérieusement la propre conception développée dans son livre. &lt;br/&gt;Aller jusqu’au bout de ce développement suppose à mon avis de sortir du schéma de la seule « autonomisation de la valeur » et de prendre pleinement en compte la centralité, chez Marx, de la contradiction entre les forces productives (travail humain social et nature) et la valeur en procès, rapport de production autonomisé qui spécifie le mode de production capitaliste. Mais là nous ne sommes précisément plus d’accord : la « dialectique forces productives/rapports de production » n’est pas pour moi « un aspect de la contradiction inhérente à l’autonomisation de la valeur », c’est-à-dire une contradiction abstraite à l’intérieur du processus d’abstraction. C’est au contraire l’autonomisation de la valeur qui est une conséquence de son fondement contradictoire comme rapport social fondé sur les forces productives (travail humain social et nature), c’est-à-dire une contradiction réelle entre la substance et sa forme, entre le fondement et le rapport social, entre la nature et les hommes et le rapport social autonomisé.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;3. Sur le fétichisme.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A. Bihr conteste l’idée selon laquelle  il assimilerait autonomisation de la valeur et fétichisme, car ce dernier est défini par lui comme l’apparence que prennent les rapports capitalistes de production sous l’effet de l’autonomisation de la valeur. Après quoi il distingue ce qu’il entend par « apparence », d’avec ce que j’ai qualifié de réduction à une simple « illusion » en ajoutant que chez Marx cela va beaucoup plus loin. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;En affirmant ainsi que son « apparence » n’est pas l’« illusion » dont j’ai parlé, A. Bihr ne semble pas voir ma critique principale : le fétichisme est une réalité, il est le mode de fonctionnement des rapports de production capitaliste, qui sans lui n’existent pas, et il n’est donc pas seulement leur apparence nécessaire (ce qu’il est aussi). A l’aune de cette critique là, le distinguo entre apparence et illusion me semble secondaire. La description d’A. Bihr qui suit sur la fonctionnalité du fétichisme ressemble d’ailleurs bien à la description de numéros d’illusionnistes consistant à « faire croire » des choses aux gens.&lt;br/&gt;Les rapports marchands avec leur apparence nécessaire et réelle de rapports situés dans les choses et reliant des individus atomisés libres sujets de l’échange, sont la réalité des rapports capitalistes, qui en fait cette réalité en les généralisant sur la base du salariat, achat et vente de la force de travail. Le fétichisme n’est pas une représentation inversée de la réalité, il est l’inversion de la réalité, en acte. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Alain Bihr insiste : le fétichisme est de l’ordre de l’apparence, il est seulement, semble t’il vouloir dire, de l’ordre de l’apparence, et donc « littéralement parlant, il est la manière dont les rapports sociaux apparaissent pour ce qu’ils ne sont pas. ». A. Bihr souligne cette formule en précisant bien que pour dire les choses de manière exacte, il convient d’inverser, ce qui signifie dire le contraire, « la formule plusieurs fois employée par Vincent Présumey ». Nous avons donc un désaccord explicite, intéressant et respectable sur ce qu’est le fétichisme. &lt;br/&gt;Cependant, je dois préciser que la formule qu’il faudrait nécessairement contredire et inverser pour aboutir à une bonne définition du fétichisme, formule inverse de celle de Bihr, que j’emploie effectivement assez souvent, selon laquelle les rapports sociaux apparaissent pour « ce qu’ils sont », ne vient pas de moi, mais de Marx. Ceci n’est en rien un argument en soi décisif pour la valider ou l’invalider, mais il est tout de même permis de trouver piquant qu’A. Bihr soit conduit à écrire qu’il faut, « littéralement parlant », mettre à l’envers une formule qui provient de Marx pour rendre compte de sa propre conception du fétichisme, que par ailleurs il prête au même Marx. &lt;br/&gt;Voici le passage, qui se trouve dans la section du chapitre 1 du livre I du Capital sur le fétichisme (j‘ai souligné les trois mots fatidiques) :&lt;br/&gt;« En général, des objets d'utilité ne deviennent des marchandises que parce qu'ils sont les produits de travaux privés exécutés indépendamment les uns des autres. L'ensemble de ces travaux privés forme le travail social, Comme les producteurs n'entrent socialement en contact que par l'échange de leurs produits, ce n'est que dans les limites de cet échange que s'affirment d'abord les caractères sociaux de leurs travaux privés. Ou bien les travaux privés ne se manifestent en réalité comme divisions du travail social que par les rapports que l'échange établit entre les produits du travail et indirectement entre les producteurs. Il en résulte que pour ces derniers les rapports de leurs travaux privés apparaissent ce qu'ils sont, c'est-à-dire non des rapports sociaux immédiats des personnes dans leurs travaux mêmes, mais bien plutôt des rapports sociaux entre les choses. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;4. A propos du « troc ». (point 4.1 d’Alain Bihr).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Suivant l’ordre du livre d’Alain Bihr, j’ai essayé de critiquer précisément ce qu’il y dit du premier chapitre de tout le Capital, estimant ce sujet d’une importance fondamentale et décisive pour toute la suite et pour toute la conception que l’on peut se faire de cette œuvre. C’est pourquoi j’ai repris point par point ce que Bihr dit de Marx et ce que Marx écrit dans le préambule du premier chapitre puis dans chacun des quatre alinéas qui le composent. &lt;br/&gt;Alain Bihr ici ne répond qu’à une remarque importante sur sa présentation introductive et à ma critique du troisième alinéa sur la forme de la valeur. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais il mélange sans le dire ces deux passages nettement distincts de mon texte. Il écrit que j’aurais, en lui reprochant de faire de la présentation de Marx une description historique qu’elle n’est pas, omis cette phrase qui semble démentir cette critique :&lt;br/&gt;« Genèse non pas historique mais logique. »&lt;br/&gt;Sauf que la critique à laquelle il répond ici ne porte pas sur ce passage, p. 20 de son livre, lequel ne concerne que l’alinéa sur la forme de la valeur, mais sur celui-ci, p. 17, qui émet lui un jugement sur l’ensemble du chapitre :&lt;br/&gt;« Marx l’envisage [le rapport marchand] d’abord dans sa forme la plus immédiate, la plus simple (logiquement) et la plus ancienne (historiquement), le troc. Mais c’est pour montrer pourquoi et comment de ce troc naît nécessairement la monnaie comme intermédiaire obligé de la circulation des marchandises. »&lt;br/&gt;Sur sa lancée, Alain Bihr me reproche même d’avoir omis une omission de sa part, à savoir que dans sa section sur la forme de la valeur dans Marx il n’aborde pas le problème du caractère historique ou non du chapitre 1 de Marx. Outre qu’il semble un peu délicat de ne pas omettre une omission, le passage d’A. Bihr cité ci-dessus est bien une affirmation du caractère tant logique qu’historique de l’exposé de Marx. &lt;br/&gt;Qui plus est, Alain Bihr, p. 20, point 1.3, début du second paragraphe, assimile clairement la formule du rapport de valeur dont part Marx dans le troisième alinéa, au rapport de deux marchandises quelconques présenté au tout début du premier alinéa, dont la présentation fait suite au passage cité ci-dessus sur le troc. Il est donc difficile de ne pas comprendre qu’il y aurait selon lui identité de ce « troc » avec le rapport rendant possible l’échange entre deux marchandises présenté au début du premier alinéa de Marx, et avec le rapport de valeur précisément défini au troisième alinéa. Considérer à partir de là que Bihr interprète le premier chapitre du Capital comme suivant un schéma à la fois historique et logique (seulement logique pour le troisième alinéa, concédons le ! ), partant du troc qui était déjà un rapport « marchand », est donc parfaitement légitime. C’est même la seule lecture compréhensible de son texte, au demeurant assez clair.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il y a donc désaccord entre nous sur ce point. Il n’y a aucun contresens et point d’« omissions » de ma part concernant l’interprétation contenue dans le livre d’A. Bihr, mais conflit de deux interprétations différentes. C’est un désaccord qui s’inscrit d’ailleurs dans une histoire de la théorie et ne manque pas de précédents et de parallèles. &lt;br/&gt;Je ne vais pas reprendre ici la démonstration faite par bien des auteurs de ce que Marx ne procède justement pas dans sa première section selon un analogon de récit historique ni selon une progression logique autonome du concept (Roubine, Rosdolski, Tran Hai Hac, entre autres), mais qu’il part du mode de production capitaliste constitué, pour y analyser ses catégories les plus générales, celles des rapports marchands, et les critiquer au sens indiqué plus haut. Cette interprétation diffère de celle d’Alain Bihr selon laquelle c’est ici le concept qui se déploie - pardon, qui « s’autonomise ». Cette divergence est bien illustrée par les précisions qu’il donne dans sa réponse.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ainsi de son interprétation de l’alinéa 3 selon laquelle « la dualité interne à toute marchandise entre valeur d’usage et valeur d’échange » finit par se manifester à l’extérieur et fonde la monnaie comme son « incarnation » : voila donc, peut-on comprendre, la valeur qui s’autonomise et l’abstraction qui se concrétise. J’espère qu’Alain Bihr ne me reprochera pas de lui faire un procès en déviationnisme chrétien si je fais remarquer que cette incarnation du Verbe ne correspond pas à mon sens au contenu du texte de Marx, lequel, inversement, montre en quoi le rapport marchand existe au niveau social global au moyen de la monnaie qui institue les produits du travail dans leur statut de marchandises. &lt;br/&gt;L’une et l’autre interprétations peuvent s’autoriser de tel ou tel passage de Marx. Outre le poids de tel ou tel de ces passages, c’est la compréhension que l’on a de l’économie d’ensemble de son texte qui peut faire pencher pour l’une ou l’autre. Voila assurément un débat de fond qui mérite une confrontation d’arguments et qui ne va pas de soi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Donc chez Bihr, « de l’échange entre les marchandises doit nécessairement résulter cette institution sociale qu’est la monnaie » alors qu’il me semble d’après Marx que c’est plutôt l’institution sociale de la monnaie qui fonde le caractère marchand de l’échange. &lt;br/&gt;Les formes 1, 2, 3 et 4 de la valeur examinées dans le texte de Marx ne comportent pas une « dissociation de plus en plus marquée »entre valeur d’usage et valeur. C’est dés la forme 1, forme simple de la valeur (« 20 m. de toile = un habit »), dont l’analyse par Marx est pour cela la plus minutieuse et la plus développée de toutes, que la forme équivalent « habit » fonctionne comme monnaie. Ce rapport de valeur, qui n’est pas une relation naturelle spontanée entre deux marchandises, ne peut s’expliquer que par un rapport social global : sa nécessité est manifestée par les contradictions de la forme 2, forme développée de la valeur, et il est posé dans la forme 3, la forme générale dans laquelle l’équivalent est équivalent général. Celui-ci trouve la valeur d’usage la plus adéquate à lui servir de support dans la forme 4, la forme monnaie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le troc ancien, tel qu’Alain Bihr le présente ici, apparaît bien comme un échange marchand déjà constitué, d’où devait naître le capitalisme. Percevoir dans cet interprétation un certain déterminisme et faire remarquer qu’elle implique au fond une identité de fait identité entre échange, marché et capitalisme : voila précisément ce que je nomme la « fable libérale », non pour dénoncer un quelconque « déviationisme«  mais parce qu‘il me semble que c‘est de cela qu‘il s‘agit. &lt;br/&gt;« Dans le cas où la monnaie n’est pas encore formée », poursuit A. Bihr, « les dits rapports d’échange prenaient nécessairement la forme d’une confrontation directe des marchandises les unes avec les autres, ce qu’on nomme habituellement le troc. » &lt;br/&gt;Non : avant la formation de la monnaie « ce qu’on nomme habituellement le troc » n’est pas l’échange marchand standard, c’est autre chose. A. Bihr me demande si je dispose d’un autre mot que « troc » « pour désigner un rapport d’échange (marchand) non médiatisé par la monnaie » et ne semble pas du tout réaliser que nous ne parlons pas de la même chose : un rapport d ’échange non médiatisé par la monnaie n’est précisément pas un rapport marchand. Comme formation secondaire il peut exister un troc « marchand » se référant à un étalonnage monétaire antérieur, comme dans les échanges locaux du haut Moyen Age, ou extérieurs, comme dans le cas des échanges de la plus grande partie du monde à la veille de l’expansion capitaliste, ce qui n‘en fait d‘ailleurs, dans aucun de ces cas, un type d’échange assimilable au marché capitaliste.  Quant à la question de vocabulaire qu’il m’adresse, outre que mon mot est « troc » et n’a pas le sens libéral (hé oui ! - et ce n‘est pas un anathème) de germe nécessaire de la monnaie et du capital qu’il lui donne, je ne peux que l’inviter à se  plonger dans Mauss, Malinowski, Polanyi, Sahlins, Godelier, et d’autres auteurs ayant étudié les échanges non monétaires, non marchands, non capitalistes, qui dominaient dans les sociétés précapitalistes, où il trouvera quantité d’autres termes parfois fort pittoresques.&lt;br/&gt;Il n’est enfin nullement secondaire que ce « troc » « mette en présence des individus ou des groupes agissant solidairement » : la forme prédominante des échanges marchands et monétaires dans les sociétés anciennes, à quelques exceptions précises près dans les cités antiques, les villes asiatiques et la société féodale, est celle d’échanges entre communautés, dont les rapports de production internes ne sont absolument pas dominés par ce marché, et ce point est souvent rappelé par Marx.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;5. A propos de la concurrence (point 4.2 d’Alain Bihr).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Selon A. Bihr j’ai mal compris ou mal lu les p.p. 81-83 de son livre dans la mesure où je lui adresse la critique de faire de la concurrence le deus ex machina de la formation d’un taux de profit commun aux différents capitaux. Il résume donc à nouveau ces pages, pour montrer qu’à son sens elles montrent bien que « la formation d’un taux de profit général est une nécessité immanente au capital en général ». &lt;br/&gt;Il me semble que dans ces pages comme dans le résumé qu’il en fait, ce qu’Alain Bihr montre est la nécessité technique d’un taux de profit commun, à savoir que la production capitaliste ne peut pas marcher avec des taux de profits qui correspondraient dans chaque branche de production à la composition organique de son capital. Ceci n’est d’ailleurs pas présenté dans son livre comme une nécessité immanente à l’essence du capital mais comme un problème gênant pour sa reproduction. &lt;br/&gt;Pour que la démonstration de la nécessité immanente d’un taux de profit commun soit complète, il faut ajouter à ce qui est dit là le fait que le capital est capital social global et pas seulement somme de multiples capitaux, qu’il ne se réduit pas à une addition de capitaux individuels mais fonctionne au niveau social, posant l’une par rapport à l’autre et l’une contre l’autre la classe ouvrière et la classe capitaliste, que le taux de profit commun unifie et constitue en classe, « frères et faux frères », faisant unité tout en étant composée de concurrents.&lt;br/&gt;A partir de là, dans le second paragraphe de la réponse qu’il me fait sur la concurrence, Alain Bihr distingue taux de profit général et taux de profit moyen, le premier correspondant dans son explication à la concurrence inter-branches, le second semblant plutôt correspondre (ce n’est pas absolument clair) à la concurrence intra-branches. Sa formulation ici me semble assez confuse, mais je note que la distinction introduite ici entre taux de profit général et taux de profit moyen n’est pas dans son livre, mais se trouve au centre de la critique que j’en ai faite, et apparait donc dans sa réponse qui n’est du coup pas complètement  identique à ce qu’il écrit dans son livre. &lt;br/&gt;Il reste que son explication résumée ici garde le défaut principal que je critiquais : la concurrence, au niveau des branches et entre les branches, y apparaît bien la cause du taux de profit commun, le « général » comme le « moyen ». Dans son raisonnement effectif celui-ci ne provient donc pas, en dépit des protestations et d’A. Bihr, des tendances immanentes de la production capitaliste se faisant valoir comme lois coercitives de la concurrence et constituant la société en mode de production capitaliste par le taux de profit général, mais 1°) de la loi de l’offre et de la demande au niveau des branches et 2°) des mouvements de capitaux entre elles. Je maintiens donc ma critique : ce qui est spécifique à l’analyse de Marx n’est  pas cela (qui existe et est bien expliqué déjà en grande partie chez Ricardo), c’est la compréhension du capital comme rapport social global.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;6. A propos de la propriété foncière (point 4.3.a. d’Alain Bihr).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ici aussi A. Bihr pense que je l’ai mal lu ou mal compris, et répète donc ce que tous deux nous savions fort bien : que la propriété  foncière en privant les producteurs direct de l’accès à la terre et en assurant les conditions de la mobilité du capital, est une condition absolument nécessaire à l’existence du salariat, du capital et donc à l’autonomisation de la valeur.&lt;br/&gt;Je suis tout à fait d’accord. Cette présentation équilibrée de la nécessité d’une propriété foncière d’avec le capital et d’avec le salariat me paraît d’ailleurs expliciter de manière plus claire et plus affirmée la présentation du même phénomène dans le livre d’A. Bihr. Mais la question n’est pas là : pour A. Bihr le fait de montrer que la propriété foncière est une précondition de l’autonomisation de la valeur vaut démonstration de ce qu’elle entre dans son fameux « fil rouge ». &lt;br/&gt;S’il s’agit de dire que j’aurai tort de nier tout rapport entre propriété foncière et autonomisation de la valeur, donc entre propriété foncière et capital, ce reproche serait absurde. Le problème n’est pas de savoir s’il y a ou non un rapport, mais quel est ce rapport. Il me semble que la précondition d’un fait social n’est pas réductible au fait en question. En ce sens, je répète que la propriété foncière n’est pas incluse dans le « fil rouge » dont elle est une précondition. &lt;br/&gt;Il s’agit là, comme on le voit, de deux interprétations différentes de la place à donner à la conception de Marx sur le contenu de laquelle nous sommes en l’occurrence d’accord, et sur laquelle il n’y a donc évidemment pas de problèmes de compréhension ou de lecture d’A. Bihr de ma part.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;7. A propos de la rente différentielle (point 4.3.b. d’Alain Bihr).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Alain Bihr nous invite à relire Marx et attire notre attention sur le chapitre XXXVIII du livre III du Capital, qui contient des considérations préalables à l’étude de la rente différentielle dans la branche agricole de la production capitaliste. On y trouve la parabole du capitaliste qui bénéficie d’une chute d’eau naturelle qui fait tourner ses machines et lui procure donc un surprofit qu’il risque de payer sous forme de rente à son propriétaire foncier. Sauf que cet exemple ne représente pas la totalité, mais seulement la première partie, du principe général de l’étude de la rente différentielle. Il n’illustre donc pas à lui seul le fil conducteur de tous les chapitres qui lui sont consacrés, contrairement à ce qu’écrit A. Bihr.&lt;br/&gt;En effet, cet exemple montre seulement comment le monopole d’une condition naturelle de production peut, dans le cas d’un entreprise unique, servir de base à la formation d’un surprofit éventuellement transformable en rente différentielle, mais il ne montre pas comment ce phénomène peut arriver, non pas occasionnellement dans le cas d’un capital individuel, mais au niveau d’un secteur entier à l’intérieur d’une branche de production. L’étude de la rente différentielle par Marx introduit et utilise une nouvelle catégorie, absente dans la parabole de la chute d’eau, celle des secteurs de production à l’intérieur d’une branche, secteurs à surprofits, secteurs à sous-profits, secteurs à profit moyen. La fonctionnalité de cette catégorie économique concerne non seulement la branche agricole et la question des rentes, mais toute l’analyse de la concurrence.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Marx dans les manuscrits de 1862-1863 dits Ecrits sur la plus-value, dans une note du chapitre X du livre III, dans un passage du chapitre XXXIX, critique les théories symétriquement opposées de Ricardo et de Storch sur la formation des prix agricoles : pour le premier ils sont imposés à toute la branche par les secteurs où les conditions sont les plus difficiles pour la valorisation du capital, pour le second ce sont inversement les secteurs où elle est la plus facile qui imposent leurs prix. Marx leur oppose tantôt la prépondérance des secteurs moyens, tantôt esquisse la formation d’un prix de branche par une moyenne pondérée selon le poids des secteurs qui la constituent. Comme dans tous les passages des chapitres sur la rente différentielle qui approfondissent les analyses de cas dans la branche agricole, où les différents secteurs de la branche sont ramenés à différents types de terrains, Marx est ici très loin de l’affirmation ricardienne de base sur la détermination des prix agricoles par les terrains les moins fertiles.&lt;br/&gt;Or, c’est cette affirmation qu’Alain Bihr dans son livre présente comme un donné incontesté chez Marx, et c’est donc elle que j’ai  critiquée, ce à quoi tout ce développement sur le thème « relisons Marx ensemble » ne répond en rien :&lt;br/&gt;« … le prix de marché des produits agricoles se règle d’après leur prix de production sur les plus mauvais terrains, les moins fertiles » (A. Bihr, p. 107).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Tout au contraire, la lecture serrée des chapitres de Marx sur la rente différentielle montre que pour lui c’est la situation ricardienne type, dans laquelle les prix des plus mauvais terrains déterminent l’ensemble des prix de la branche agricole, qui est exceptionnelle. Elle correspond historiquement à une généralisation de la situation anglaise des années clef 1797-1815. Etape importante, et certes les situations dans lesquelles la pseudo loi de Ricardo sur la formation des prix agricoles s’impose sont des circonstances significatives au point de vue historique. Ce sont elles les exceptions, par rapport à la loi générale qui est celle de la formation des prix de branches par l’action de l’ensemble des secteurs formant la branche, et non du plus faible d’entre eux. &lt;br/&gt;C’est donc Alain Bihr qui généralise une situation particulière (certes importante) et attribue cette généralisation à Marx (étant entendu que j’ai parlé ailleurs de la complexité du texte de Marx, un brouillon de recherche). Et donc sa chute plaisante et galiléenne s’applique à lui-même et pas à moi !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;8. A propos de la rente absolue (point 4.3.c. d’Alain Bihr).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La rente absolue manifeste le pouvoir de la propriété foncière sans lequel celle-ci n’existe pas effectivement, et l’existence de la propriété foncière a été précédemment définie par nous-mêmes (Marx, Bihr et Présumey tous d‘accord là-dessus) comme une précondition générale du capitalisme. Dans le cas d’Alain Bihr cette définition a été rappelée fort à propos dans son point 4.3.a comme nous l’avons vu.&lt;br/&gt;Il conviendrait donc de ne pas l’oublier ici, ce que fait A. Bihr en écrivant que « tirer argument de que le développement capitaliste puisse abolir les conditions de la possibilité d’une rente absolue » pour « en déduire l’inanité de la possibilité d’une telle rente », revient à « ne pas comprendre la différence entre une possibilité et ses conditions de réalisation. » Ne confondons pas le possible et le nécessaire. Je ne nie pas du tout la possibilité d’une telle rente, mais la théorie de sa formation sur la base d’une composition organique du capital de la branche agricole inférieure à la moyenne n’en fonde justement que la possibilité, et pas la nécessité. Or, il y a bien nécessité de la propriété foncière, et donc de la rente absolue, son expression économique concrète. Soit dit en passant, en répétant cela, il est clair que je n’ignore en rien la puissance du pouvoir de la propriété foncière dans le mode de production capitaliste.&lt;br/&gt;Alain Bihr semble ne pas voir de contradiction entre le fait de réaffirmer, comme il l’a fait ci-dessus pour dissiper mes supposés problèmes de lecture et de compréhension, la nécessité de la propriété foncière pour l’existence même des rapports de production capitalistes, et l’autre affirmation qu’il nous donne maintenant, selon laquelle la tendance à l’abolition de la rente absolue suite à l‘abolition de ses conditions supposées ne serait pas un problème puisque, somme toute, ce qui est impossible ici peut toujours être possible là. &lt;br/&gt;Il est vrai qu’en l‘occurrence, le « déviationnisme », pour employer un terme dont se sert A. Bihr pour déplorer mes excès polémiques supposés envers lui, est de mon fait : non par « passion rectificatrice », mais par volonté de rigueur et de cohérence envers la méthode même de Marx, qui me conduit ici à signaler des contradictions dans ses textes. Rappelons que cette critique de la théorie marxienne de la rente absolue provient de Tran Hai Hac dans Relire le Capital, ainsi que la manière dont la contradiction est surmontée en redéfinissant la rente absolue par analogie avec l’impôt, analogie d’ailleurs suggérée par Marx lui-même au début du chapitre XLV.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Qui plus est, j’ai avancé un autre argument conduisant à critiquer la théorie de Marx dans le livre III du Capital sur la rente absolue (argument que donne également Tran Hai Hac), à savoir l’impossibilité de démontrer comment les branches agricole et minières peuvent se soustraire au taux général de profit. A. Bihr ne dit strictement rien, dans sa réponse, là-dessus. Il est vrai que si l’on considère de facto le taux de profit général comme le simple résultat de la concurrence entre les branches de production et non comme l’expression nécessaire de l’unité du mode de production capitaliste et de ses rapports sociaux, cette objection majeure peut passer inaperçue. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;* * * &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un mot maintenant sur cette question du « ton ». Je ne crois pas avoir eu un « ton » offensant et suis prêt à m’en excuser si on me le démontre.  Je n’ai pas non plus rabattu de façon simpliste des débats théoriques sur des clivages politiques mais je les ai rapprochés d’autres débats théoriques passés et présents, et donc d’autres positions, positions qui ont et qui ont eu, bien évidemment, des relations avec des enjeux politiques. Qu’A. Bihr lève les bras au ciel en se voyant soudain comparé à M. Friedmann est bien compréhensible, mais il ne s’agit pas d’excès polémique mais bien des contenus théoriques.&lt;br/&gt;Il me semble que dire ces choses et en montrer des conséquences possibles n’est pas une entrave au débat, mais bien au contraire une condition de celui-ci. Assimiler cette manière de faire aux habitudes instituées par le stalinisme est au mieux une erreur, au pire un amalgame … stalinien. J’ai donc écrit - et je maintiens- que la réduction du Capital à un « fil rouge » qui efface toute référence à la lutte des classes a évidemment une signification politique. &lt;br/&gt;Ceci n’enlève rien à la rigueur intellectuelle de la démarche critiquée, ne dit rien sur les intentions subjectives de son auteur, et ne préjuge rien quant à l’efficacité de ma critique. Mais une discussion qui prétendrait interdire la formulation de telles questions ne serait pas une discussion démocratique. Rompre avec l’héritage du stalinisme c’est aussi discuter sans tabous et sans fausses pudeurs, tout en faisant l‘effort de comprendre que les divergences d‘interprétation ne relèvent pas a priori d‘une mauvaise lecture ou d‘une incompréhension de ses propres écrits. Il y a un bon sens du terme « polémique », distinct de la violence verbale. La démocratie étant une confrontation d’arguments contradictoires, elle doit s’autoriser la polémique ainsi comprise sous peine de se perdre. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Constatant avec plaisir que la réponse d’Alain Bihr présente plusieurs aspects qui affinent, amendent ou précisent ce qu’il dit dans son livre (je les ai signalés au fur et à mesure des pages précédentes), et m’a très probablement conduit à en faire autant, il me semble utile et positif que ce débat soit, d’une part, rendu public, et d’autre part qu’il se poursuive d’une façon ou d’une autre.&lt;br/&gt;VP, le 18/11/11.&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Eléments de réponse aux remarques critiques de Vincent Présumey sur La logique méconnue du «Capital»</title>
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      <pubDate>Tue, 3 Apr 2012 21:51:28 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Entrees/2012/4/3_Elements_de_reponse_aux_remarques_critiques_de_Vincent_Presumey_sur_La_logique_meconnue_du_Capital_files/bihr0109.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Media/object001_2.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:183px; height:137px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Je tiens tout d’abord à remercier Vincent Présumey pour le soin qu’il a pris à me lire et à rédiger &lt;a href=&quot;Entrees/2012/3/20_Remarques_sur_la_logique_meconnue_du_Capital_dAlain_Bihr.html&quot;&gt;ces remarques critiques&lt;/a&gt; qui n’occupent pas moins de vingt-et-une pages représentant en volume près du quart de l’ouvrage critiqué. Et je ne peux que me féliciter de ce que se soit ainsi ouvert un débat sur une œuvre majeure, Le Capital, dont la richesse et la complexité ne peut que donner lieu à une diversité d’approches et de lectures, et par conséquent faire objet de débats. &lt;br/&gt;Par contre, si ce débat devait se poursuivre, je souhaiterais que Vincent Présumey abandonne le ton inutilement polémique qu’il a cru bon d’adopter au fil de ces remarques. De même, je pense qu’il serait bon de faire justice une fois pour toutes d’habitudes de discussion consistant à rabattre des débats théoriques sur des clivages politiques, réels ou imaginaires : ce n’est pas parce que je ne partage pas l’approche et la compréhension du Capital que défend Vincent Présumey qu’il est légitime pour ce dernier de me renvoyer dans le camp de ses adversaires politiques en me réduisant en avatar de la social-démocratie façon IIe Internationale ou, pire, du stalinisme (page 21)(1). Ce faisant, Vincent Présumey se piège d’ailleurs lui-même en se faisant l’héritier d’habitudes précisément instituées par ce dernier, ce qui n’est pas très heureux. &lt;br/&gt;	Il ne saurait être question pour moi de répondre une à une à toutes les critiques que m’a adressées Vincent Présumey : ce serait fastidieux pour moi, pour lui, pour le lecteur tiers éventuel ; et, surtout, ce serait contre-productif au regard des enjeux théoriques du débat qu’il a initié. Je me contenterai de me focaliser sur quelques points saillants dans le but d’alimenter ce débat. &lt;br/&gt; 1. Les références de pagination au texte de Vincent Présumey figureront entre parenthèses. Les références à mon propre ouvrage figureront entre crochets&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1. Comment introduire à la lecture du Capital ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	La question se pose à quiconque se propose d’inciter le lecteur à oser s’attaquer au Capital par lui-même (ce qui était mon but ultime : « rien ne remplacera jamais la lecture directe de l’œuvre. Mon vœu le plus cher est de lui communiquer cette conviction. » [page 16]) tout en lui fournissant quelques moyens de le faire. A ce sujet, à différentes reprises, Vincent Présumey m’adresse le reproche d’avoir chercher à rédiger un guide à la lecture du Capital, qui tantôt égarerait le lecteur en dehors de ce dernier tantôt lui en masquerait des aspects importants et qui, subrepticement, se substituerait à lui. &lt;br/&gt;	De fait, le mot de guide ne figure sous ma plume qu’une fois [page 5]. L’expression et l’image dont je me sers au contraire tout le long de l’ouvrage sont celles de « fil » (« fil rouge » [page 14]) déployant la « logique » du Capital : ce dernier terme figure dans le titre de l’ouvrage et en 4e de couverture. Ce sont donc elles qui disent mon intention bien mieux que la notion de guide. &lt;br/&gt;	Or, pour coïncider en partie, ces notions ne se recouvrent pas, de loin même. Dérouler un fil, suivre une logique, c’est proposer un parcours dans l’œuvre qui n’en exclut pas d’autres – je vais y revenir – contrairement à un guide qui nous laisse généralement pas ou peu de variante par rapport au chemin balisé qu’il propose. Mais, surtout, contrairement à un guide, dérouler un fil, c’est se proposer de ne pas réduire l’œuvre à parcourir à une suite de tableaux, de galeries, de monuments, de points de passage obligés, de « clous » et de moments de bravoures, en la saucissonnant en définitive en autant de morceaux choisis. Précisément ce qu’ont fait des kyrielles d’introduction au Capital, qui plus est en réduisant celui-ci souvent à son seul premier Livre. C’est au contraire se proposer non seulement de parcourir toute l’œuvre sans omettre aucun des moments essentiels (en l’occurrence, ici, aucune des sections des trois Livres) mais encore exposer les rapports entre ces différents moments, les raisons de leur enchaînement obligé, les progrès ainsi accomplis par l’exposé de la matière et, par-dessus tout, l’unité qui enchaîne ainsi les différents moments : d’où l’idée de fil et de logique. De cette manière – et de cette manière seulement – on rend justice à cette œuvre que Marx a voulu et a laborieusement conçu et (mais pour partie seulement) réalisé comme un tout, ainsi qu’il l’indique dans une lettre à Engels dans laquelle il déclare que les trois premiers Livres du Capital forment « un tout artistique » ou « un ensemble ordonné dialectiquement ».2&lt;br/&gt;	Evidemment, l’exercice a ses limites – comme tout exercice de ce genre. Le parcours proposé en exclut d’autres, éventuellement tout aussi légitimes, et, sauf à dépasser les limites d’un ouvrage introductif, il s’interdit de dérouler le fil dans tous ses méandres secondaires et de suivre la logique déployée dans toutes ses articulations les plus fines. Ce qui fait justice d’un certain nombre d’omissions pointées par Vincent Présumey. L’objectif est atteint dès lors que l’on est capable de faire saisir au lecteur l’unité du tout et ses articulations principales en lui permettant de se repérer à chaque étape. Pour le reste, « rien ne remplacera jamais la lecture directe de l’œuvre ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt; 2. Cf. Lettres sur &amp;quot;Le Capital&amp;quot;, Paris, Editions Sociales, 1964, page 148.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2. Sur le concept d’autonomisation de la valeur&lt;br/&gt;	Venons-en à ce qui est au cœur du différend qui m’oppose à Vincent Présumey dans la lecture du Capital. En l’occurrence au choix de l’autonomisation de la valeur comme fil conducteur de ma présentation introductive de ce dernier. &lt;br/&gt;	Une précision préliminaire s’impose. Contrairement à ce que Vincent Présumey déclare, je n’ai jamais prétendu que l’autonomie de la valeur « condensait l’ensemble de (la) démarche » de Marx (page 2). Dans un ouvrage antérieur, La reproduction du capital, paru en 2001 aux mêmes Editions Page 2, qui propose une interprétation autrement plus détaillée et compréhensive de la critique marxienne de l’économie politique et dont La logique méconnue du « Capital » s’inspire très largement, tout en étant contraint de réduire la focale, j’ai eu l’occasion de montrer que le concept de capital répond chez Marx à au moins trois définitions différentes : comme rapport de production fondé sur l’expropriation des producteurs, la transformation de la force de travail en marchandise et la formation de plus-value par exploitation de cette force de travail dans le cadre du salariat ; comme valeur en procès, c’est-à-dire valeur capable de se conserver et de s’accroître en en incessant procès cyclique de reproduction unissant production et circulation ; et comme pouvoir, comme puissance sociale autonomisée et communauté humaine (« menschliches Gemeinwesen ») réifiée. Mieux, j’ai tenté de montrer que ces trois définitions du capital correspondent en fait à trois dimensions du capital dans son procès cyclique de reproduction : respectivement, une dimension d’expropriation des producteurs, impliquant leur exploitation, domination et aliénation, une dimension d’autonomisation de la valeur et une domination de socialisation de la production et de la société plus largement. Dimensions inséparables, que l’on retrouve à toutes les étapes de la démarche marxienne, mais qui se trouvent inégalement accentuées au fil de ses étapes, d’un manuscrit à l’autre ou d’un moment de son analyse à l’autre dans un même manuscrit, l’une ou l’autre passant à l’occasion au premier plan au point de reléguer les deux autres à l’arrière-plan de l’analyse, sans jamais les faire disparaître cependant. &lt;br/&gt;Qu’il soit donc bien clair que le capital ne se réduit pas pour moi à l’autonomisation de la valeur et que je n’ignore ni ne néglige sa compréhension comme rapport de production, qui est toujours aussi un rapport de classes, si chère à Vincent Présumey. Mais qu’il soit non moins clair que l’on ne peut pas, comme ce dernier le prétend, considérer inversement la définition du capital comme valeur en procès et la dimension d’autonomisation de la valeur sur laquelle elle met l’accent comme un pur effet de mode comme il le croit : « un concept à la mode » (pages 1-2), « une nouvelle doxa » (page 2). Pareille déclaration témoigne de sa part d’une méconnaissance ou même d’une incompréhension d’une dimension essentielle de la critique marxienne de l’économie politique. J’en veux pour indice le fait qu’il est amené à citer (page 13) un passage du Capital, essentiel sous cet angle, sans même se rendre compte que non seulement il apporte ainsi de l’eau à mon moulin mais qu’il ruine du même coup sa propre entreprise de minimisation de la définition du capital comme valeur en procès et de sa dimension d’autonomie de la valeur :&lt;br/&gt;« Le capital, étant de la valeur qui se met en valeur, n’implique pas seulement des rapports de classe, ou un caractère social déterminé reposant sur l’existence du travail comme travail salarié ; c’est un mouvement, un procès cyclique traversant différents stades et qui lui-même implique à son tour trois formes différentes du procès cyclique. C’est pourquoi on ne peut le comprendre que comme mouvement, et non pas comme une chose au repos. Ceux qui considèrent l’avènement à une existence indépendante de la valeur comme une pure abstraction oublient que le mouvement du capital est cette abstraction in actu [en action]. »  (3)&lt;br/&gt;	Et cette promotion de la valeur à l’autonomie est bien pour Marx la quintessence du procès cyclique de reproduction dont il synthétise l’étude dans le chapitre IV du Livre II du Capital dont ce passage est extrait. C’est dire que l’on retrouve cette dimension dans tous les moments, étapes et formes, de ce procès cyclique, dont l’analyse se situe en amont ou en aval de ce passage, de ce chapitre ou de ce Livre. L’ignorer ou même seulement le minimiser conduit à amputer gravement Le Capital. &lt;br/&gt;	Reste alors à savoir pourquoi, des trois définitions et dimensions du capital, ce sont celles de la valeur en procès et de l’autonomisation de la valeur que j’ai choisies comme « fil rouge » de ma présentation introductive du Capital. D’une part, parce que ce sont elles qui s’imposent à qui veut ressaisir et présenter cet ouvrage dans son unité, qui plus est dans sa dynamique interne, dans son mouvement d’exposition, comme « un ensemble ordonné dialectiquement ». Il est impossible de parvenir à un résultat équivalent en s’appuyant sur les deux autres dimensions, pourtant toujours présentes, du capital. En ce sens, ce n’est pas seulement par moments, comme le concède du bout des lèvres Vincent Présumey, que «  la piste de l’&amp;quot;autonomisation de la valeur&amp;quot; s’accorde avec le texte de Marx » (page 5) mais tout le long de ma présentation que la piste ainsi suivie permet de restituer le fil de l’exposé marxien, en évitant de se limiter à la présentation des différentes étapes de ce dernier comme autant de tableaux séparés les uns des autres et surtout du tout. &lt;br/&gt;D’autre part, et ceci explique cela, l’exposition du déploiement de l’autonomie de la valeur, depuis ses formes les plus simples, les plus immédiates les plus banales, jusqu’à ses formes les plus complexes, les plus sophistiquées, les plus ésotériques et incompréhensibles, correspond tout simplement à l’ordre d’exposition choisi par Marx, en nous élevant « de l’abstrait au concret ».&lt;br/&gt;	Cette dernière formule, ressassée jusqu’à plus soif par tous les commentateurs de la critique marxienne de l’économie politique, ne doit pas se comprendre platement comme l’indication d’un mouvement qui nous ferait passer du concept aux phénomènes ou du général au particulier. Dans le Capital, précisément parce que le fil conducteur est l’autonomisation progressive de la valeur, le passage de l’abstrait au concret prend un sens bien plus radical : il est le mouvement même par lequel l’abstraction (de la valeur) se concrétise, se réalise, devient sous forme du capital « abstraction in actu » comme le dit Marx dans le passage précédent. Car l’autonomisation de la valeur n’est pas seulement le mouvement par lequel la valeur cherche à se détacher de son propre contenu, le travail social, unité indéfectible (qui peut l’ignorer ?) du travail humain et de la nature, sans évidemment jamais y parvenir, donc en entrant en contradiction avec son propre contenu (le travail social). Elle est aussi le mouvement par lequel, pour réaliser son autonomie, la valeur en procès qu’est le capital cherche à se subordonner, mieux s’approprier (i.e. rendre propre à satisfaire ses exigences, soumettre à ses exigences) l’ensemble de ses conditions sociales (matérielles, institutionnelles et culturelles) d’existence, dans un immense mouvement qui la conduit à bouleverser (selon le cas, détruire, marginaliser, transformer, réaménager) le legs historique des modes de production antérieurs en même temps que de produire des innovations radicales sur tous les plans et dans tous les champs de la pratique sociale (4). Et, de ce fait, l’autonomisation de la valeur est enfin le mouvement par lequel la tension inhérente à la valeur se déploie et s’approfondit, passant de la simple différence entre valeur d’usage et valeur, à l’opposition entre marchandise et argent, à la contradiction entre capital et travail salarié et jusqu’à l’antagonisme de classes. Le Capital n’est autre chose que l’exposition méthodiquement ordonnée de cette contradiction en procès qu’est la valeur tendant à s’autonomier. Et c’est ce que j’ai voulu faire comprendre dans l’introduction que j’en ai proposée. &lt;br/&gt;	Dès lors, mettre l’accent sur l’autonomisation de la valeur ne conduit nullement à escamoter la classique dialectique forces productives/rapports de production, comme Vincent Présumey m’en fait le procès (page 2), mais tout simplement à la reformuler. Cette dialectique se présente comme un aspect de la contradiction inhérente à l’autonomisation de la valeur résultant de ce que cette dernière, forme sociale du travail social, cherche à se séparer de son contenu (les forces productives mais aussi les besoins sociaux et toute l’organisation sociale qui en découle), en se compromettant ainsi irréductiblement. Dans La reproduction du capital (tome II, chapitre XVI), j’ai montré comment on pouvait rattacher à cette contradiction les différentes formes de crise de surproduction, crise de réalisation et de profitabilité (baisse tendancielle du taux de profit), par laquelle s’exprime classiquement la dialectique forces productives/rapports de production. Bien plus, j’ai montré que cette contradiction porte en elle la promesse d’une autodestruction de la valeur comme Marx l’avait d’ailleurs pressenti dans le célèbre passage des Grundisse :  &lt;br/&gt;« Le capital est une contradiction en procès : d'une part, il pousse à la réduction du temps de travail à un minimum, et d'autre part il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse (...) D'une part, il éveille toutes les forces productives de la science et de la nature ainsi que celles de la coopération et de la circulation sociales, afin de rendre la création de richesse indépendante (relativement) du temps de travail utilisé par elle. D'autre part, il prétend mesurer les gigantesques forces sociales ainsi créées d'après l'étalon du temps de travail, et les enserrer dans les limites étroites, nécessaires au maintien, en tant que valeur, de la valeur déjà produite. »  (5)&lt;br/&gt; 3 Le Capital, Editions Sociales, Paris, 1960, tome IV, page 97.&lt;br/&gt;4. Vincent Présumey ne saisit absolument pas cette dimension du mouvement d’autonomisation de la valeur. Sinon il ne s’étonnerait pas du peu de cas que je ferais, selon lui, de cette dernière dans l’analyse du Livre II alors que j’étais censé trouver là, avec la circulation du capital, une matière tout particulièrement appropriée à ma thèse. J’y montre au contraire que l’autonomisation de la valeur se heurte, dans le procès de circulation, à des obstacles non moins importants que dans le procès de production qui obligent le capital, valeur en procès, à s’approprier en le transformant le procès de circulation tout comme le procès de production. J’indique pourtant cet enjeu dès les premiers lignes du chapitre consacré à présenter le Livre II : « Ce qui implique des transformations de ce procès non moins importantes que celles que le capital impose au procès de production. L’étude de ces transformations est l’objet spécifique du Livre II. » [page 57]. Et tout mon exposé est tendu vers la mise en évidence de ces transformations telles qu’elles émergent au fil de l’exposé marxien : développement des voies de communication et des moyens de transport, développement du système de crédit, formation d’une masse de capital-argent latent, dématérialisation de la monnaie, réalisation d’un système social des besoins approprié aux équilibres intersectionnels, etc.&lt;br/&gt;5. Fondements de la critique de l’économie politique, Anthropos, Paris, 1967, tome 2, pages 222-223&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;3. Sur le fétichisme.&lt;br/&gt;	Méconnaissant ou comprenant au mieux de manière superficielle la notion d’autonomisation de la valeur, il est inévitable que Vincent Présumey se méprenne aussi sur les développements successifs que je consacre au fétichisme de la valeur – tout simplement parce qu’ils scandent l’exposition marxienne. Et d’abord, contrairement à ce qu’il me fait dire (« Bihr assimile en fait fétichisme et autonomisation de la valeur (…) », page 9), les deux notions, certes étroitement liées, ne se confondent pas. Le fétichisme de la valeur n’est qu’un aspect, un élément, une dimension de son autonomisation – et non pas le tout de celle-là. Très exactement, le fétichisme est l’apparence que prennent les rapports capitalistes de production sous l’effet de l’autonomisation de la valeur. &lt;br/&gt;	Car – deuxième erreur d’interprétation que commet Vincent Présumey sur ce point : « (…) cet exposé [le mien – AB] se réduit essentiellement à une dénonciation très classique du fétichisme comme illusion spontané trompeuse (…) » (page 9) – le fétichisme n’est pas pour moi seulement ni même essentiellement de l’ordre de l’illusion (mentale et idéologique) mais d’abord de l’ordre de l’apparence sociale, phénoménale, des rapports capitalistes de production. Le fétichisme est l’apparence, certes trompeuse, fallacieuse, que prennent les rapports capitalistes de production, apparence dont, en bon disciple de Hegel, Marx n’ignore pas qu’elle est un moment (un élément) de la réalité elle-même (de l’essence, pour continuer à parler le langage philosophique) – je vais y revenir dans un moment. C’est ce que j’indique clairement dès le court exposé de la formule générique du fétichisme [pages 21-22] qui accompagne l’analyse de sa première forme dans l’ordre de l’exposé marxien, le fétichisme de la marchandise. En faisant de la réification des rapports sociaux (de production) le premier moment du fétichisme, condition de son second moment de personnification (idéalisation, sublimation, surnaturalisation, déification) des choses sociales ainsi investies des puissances des rapports sociaux, il ne peut être que clair que le fétichisme est de l’ordre de l’apparence : littéralement parlant, il est la manière dont les rapports sociaux apparaissent pour ce qu’ils ne sont pas – en inversant la formule plusieurs fois employée par Vincent Présumey (par exemple page 17) – c’est-à-dire non pas comme des rapports entre les hommes mais comme des rapports entre le choses (marchandises, monnaie, moyens de production, etc.) qui servent de supports aux précédents, voire comme d’occultes propriétés inhérentes à ces choses mêmes. Il n’est pas jusqu’au vocabulaire que j’utilise pour être des plus explicites à ce sujet : « Les rapports sociaux entre les producteurs marchands prennent l’apparence de rapports entre les produits qui leur servent de simples médiations matérielles. » [page 21] ; « Le caractère de travail social de chaque travail productif particulier se manifeste sous la forme de la valeur de son produit, autrement dit comme une qualité ou propriété qui semble inhérente à ce produit en tant que tel » [page 22] ; etc.&lt;br/&gt;	Dès lors, il est non moins inévitable que Vincent Présumey comprenne mal ou déforme gravement les passages dans lesquels je signale la fonctionnalité du fétichisme. J’entends par là l’analyse du processus par lequel, bien qu’apparence fallacieuse et précisément parce qu’apparence fallacieuse reposant sur l’inversion du subjectif et de l’objectif, sur l’réifiante des sujets (des rapports humains et des pratiques humaines) et la subjectivation déifiante des objets, le fétichisme participe de la reproduction des rapports capitalistes de production. Plus exactement, il en crée les conditions subjectives : les désirs, motivations, comportements, attitudes, idées, « valeurs », qu’il est nécessaire que les acteurs sociaux adoptent pour que ces rapports sociaux « fonctionnent » dans l’ordinaire des travaux et des jours. Il faut croire que chaque marchandise vaut quelque chose par elle-même pour la désirer et accepter d’échanger une autre marchandise réputé équivalente contre elle ; il faut croire que les métaux précieux (l’or ou l’argent) matérialisent par eux-mêmes de la valeur pour qu’ils puissent servir comme métaux monétaires ; il faut croire que seulle capital (à l’exclusion du travail) et toutle capital (qu’il soit constant ou variable, fixe ou circulant, improductif ou productif) sont sources de la valorisation de la valeur (de la plus-value) pour que puisse se constituer le profit et, plus encore, le profit moyen ; il faut croire à la magie de l’argent capable d’engendrer de l’argent pour que puisse fonctionner le capital financier ; etc. Toutes ces croyances subjectives (et les comportements qui les accompagnent comme causes et effets à la fois) trouvent leurs conditions objectives de possibilité dans l’apparence fétichiste des rapports sociaux, et par conséquent dans le mouvement d’autonomisation de la valeur dont cette apparence est un moment. &lt;br/&gt;On comprend dès lors quel sort il convient de réserver à l’affirmation péremptoire suivante de Vincent Présumey : « A. Bihr nous dit bien que le fétichisme est quelque chose de très important, mais ce en quoi il constitue à proprement parler la spécificité du mode de production capitaliste disparaît dans son exposé. »  (page 9) Et, plus cocasse encore, la formule ironique (« Enfin !... serait-on tenté de dire ; mais c’est la dernière phrase du résumé du Livre III du Capital par A. Bihr. » page 18) par laquelle il accueille le condensé final de mon analyse du fétichisme prouve simplement qu’il n’a pas compris que cette analyse court tout au long de ma restitution non seulement du Livre III mais de tout l’ensemble du Capital. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;4. Sur quelques points particuliers (troc, concurrence, rente)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	Terminons par trois points plus particuliers sur lesquels Vincent Présumey pense pouvoir me prendre en défaut.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	4.1. A propos de l’analyse de la forme de valeur (Livre I, chapitre I, paragraphe III). Vincent Présumey ironise lourdement sur la bourde que j’aurais commise à parlant du troc à ce sujet ; ce qui me rejetterait du côté des pires platitudes libérales (Smith, Ricardo) et néolibérales (Milton Friedmann) (pages 6-7).  Bigre !&lt;br/&gt;	Rappelons pour commencer quel est l’enjeu de ce paragraphe pour Marx qui n’est pas de second ordre : &lt;br/&gt;« Il s’agit maintenant de faire ce que l’économie bourgeoise n’a jamais essayé ; il s’agit de fournir la genèse de la forme monnaie, c’est-à-dire de développer l’expression de la valeur contenue dans le rapport de valeurs des marchandises depuis son ébauche la plus simple et la moins apparente jusqu’à cette forme monnaie qui saute aux yeux de tout le monde. En même temps sera résolue et disparaîtra l’énigme de la monnaie. » (6)&lt;br/&gt;	En somme, il s’agit pour Marx de montrer comment et pourquoi la dualité interne à toute marchandise entre valeur d’usage et valeur, qui apparaît dès le rapport de valeur le plus simple, le plus immédiat, celui dans lequel deux marchandises se font face pour s’échanger réciproquement (plus exactement : deux échangistes se font face pour échanger leurs marchandises), doit nécessairement finir par s’exprimer sous la forme de la dualité externe entre marchandise et monnaie, celle-ci devant l’incarnation (la matérialisation socialement instituée) de la valeur. En somme, il s’agit d’expliquer pourquoi de l’échange entre les marchandises doit nécessairement résulter cette institution sociale qu’est la monnaie. &lt;br/&gt;	A cette fin, Marx distingue différentes formes de la valeur qui opèrent successivement une dissociation de plus en plus marquée entre la valeur d’usage d’une marchandise et sa valeur tout court : forme simple ou accidentelle, forme totale ou développée, forme générale et enfin forme monnaie ; de même qu’il montre comment, dans le cours de ce processus, la marchandise qui fait fonction d’équivalent dans le rapport de valeur prend l’apparence d’une matérialisation sui generis de la valeur. En somme, il retrace les différents moments du processus par lequel la valeur s’autonomise (eh oui, on y revient !) face à l’ensemble des marchandises sous forme de la monnaie et par lequel naît, du même coup, le fétichisme de la monnaie, la magie de l’argent. &lt;br/&gt;	Il ne fait pas de doute – et je le concède volontiers à Vincent Présumey – que la genèse de la monnaie telle qu’ici analysée par Marx est un procès essentiellement logique. Et je ne manque pas de le mentionner dans ma propre présentation : « Genèse non pas historique mais logique. » [page 20]. Ce que Vincent Présumey omet de signaler ! &lt;br/&gt;Ce dernier, pour sa part, considère que « le texte de Marx reste ambigu quant au caractère historique ou non de la première section » (page 6), notamment quant à la question de la préexistence au capitalisme d’un mode de production « marchand », thèse développée par Engels. Mais il se refuse pour sa part à cette thèse et dénie plus largement un caractère historique à cette section, en arguant de ce que, selon Marx, « les rapports marchands ne se développent pleinement que sur la base de la production capitaliste (…) » (page 6). Dans la présentation que je livre de ce paragraphe, je n’évoque aucune de ces questions ni ne prend non plus position par rapport à elles par conséquent, ni dans un sens ni dans l’autre, tout simplement parce qu’elles se situent hors du champ de mon propos. Ce que Vincent Présumey omet également de signaler. &lt;br/&gt;Cela dit, les différentes formes de rapports d’échange et des formes de la valeur que distingue Marx se sont aussi réalisées socialement, même s’il est impossible d’en établir précisément l’histoire et la géographie – et cela bien avant que se forme le mode capitaliste de production. Car, si les rapports marchands ne se développent pleinement que sur la base de la production capitaliste, rien ne s’oppose, d’un point de vue marxiste, à reconnaître qu’il y a eu des rapports marchands avant le capitalisme, faisant ou non intervenir la médiation monétaire – ce qu’une immense littérature historique établit de manière incontestable d’ailleurs. Dans le cas où la monnaie n’était pas encore formée, les dits rapports d’échange prenaient nécessairement la forme d’une confrontation directe des marchandises les unes avec les autres, ce qu’on nomme habituellement le troc, que celui-ci mette en présence des individus ou des groupes agissant solidairement étant ici secondaire. Si Vincent Présumey dispose d’un autre mot que troc pour désigner un rapport d’échange (marchand) non médiatisé par la monnaie, qu’il le dise : je suis preneur ! &lt;br/&gt;Je ne vois donc pas quel scandale il y a à signaler que la forme simple de la valeur se réalise socialement sous l’espèce du troc « occasionnel » ou « intermittent » et sa forme totale sous celle d’un troc « régulier » [page 20]. Car cela ne préjuge en rien de la manière dont les rapports marchands ont pu se développer ou non en fonction des rapports précapitalists de production ni de la manière dont ce développement a pu s’articuler, comme condition et résultat à la fois, avec l’institution de la monnaie. Encore moins, cela renvoie-t-il à la fable libérale sur le capital naissant sui generis des échanges marchands et du troc. Fable que j’ai moi-même eu l’occasion de critiquer dans l’introduction de La préhistoire du capital. (7)&lt;br/&gt;Au vu des pièces précédentes, je fais le lecteur juge de la teneur et de la valeur du réquisitoire en déviationnisme (néo)libéral que Vincent Présumey a cru bon d’instruire à mon encontre.   &lt;br/&gt; 6. Le Capital, op. cit., tome I, page 63.&lt;br/&gt;7.  La préhistoire du capital, Lausanne, 2006, pages 97-102.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	4.2. A propos du rôle de la concurrence intercapitaliste dans la formation du taux de profit moyen. Vincent Présumey n’est pas plus heureux quand il s’en prend à la manière dont je rends compte de l’analyse marxienne de la formation du taux de profit moyen. Il m’accuse de n’y voir que l’effet de la concurrence intercapitaliste (la concurrence entre capitaux singuliers), dès lors érigée par moins en « deus ex machina » (page 13).&lt;br/&gt;	Là encore, Vincent Présumey m’a mal lu ou mal compris. Qui se donne la peine de consulter mon opuscule [pages 81-88] constatera que je restitue le raisonnement de Marx en deux temps. Je rappelle tout d’abord [pages 81-83] pourquoi Marx tient la formation d’un taux de profit général, uniforme, c’est-à-dire indépendant des conditions nécessairement inégales de valorisation dans lesquelles se trouvent inévitablement placés les capitaux opérant dans des branches différentes de la division sociale du travail, pour une condition nécessaire du développement de la production capitaliste dans son ensemble. Il y va notamment de la possibilité pour le capital de continuer à s’accumuler par exemple dans la section productrice des moyens de production, dont dépendent les progrès de la productivité du travail social dans son ensemble, alors même que, dans cette section, la composition organique moyenne du capital est plus élevée tandis que la vitesse de rotation y est nécessairement plus lente (vu la masse du capital fixe immobilisé) – deux facteurs propres à déprimer le taux de profit. Autrement dit, je commence par rappeler que, pour Marx, la formation d’un taux de profit général est une nécessité immanente au capital en général, partant à cette totalité qu’est le capital social. &lt;br/&gt;	Ce n’est que, dans un deuxième temps, lorsque Marx se demande comment cette nécessité immanente, interne à la totalité du capital social, peut se réaliser qu’intervient la concurrence comme solution du problème précédent – et que je l’introduit moi-même [pages 83-87]. En bon hégélien, là encore, Marx se souvient en effet que les lois immanentes d’une totalité se réalisent sous la forme et par l’intermédiaire des interactions entre les parties, dont la concurrence est, avec le mouvement inverse de centralisation des capitaux singuliers, une dimension fondamentale. Par le biais de cette concurrence, qui se développe d’ailleurs à un double niveau, concurrence des capitaux à l’intérieur de chaque branche et concurrence entre les branches qui tantôt attirent tantôt repoussent les capitaux en fonction de leurs conditions différentes et inégales de valorisation, le taux de profit général tend à se réaliser sous forme d’un taux de profit moyen, procédant de la péréquation de la plus-value sociale (de la masse de la plus-value formée socialement) entre l’ensemble des capitaux en activité composant la masse du capital social. Autrement dit, loin d’ériger la concurrence en « deus ex machina », je présente bien celle-ci comme l’exécutant de la nécessité immanente au mode capitaliste de production de la formation d’un taux de profit général. &lt;br/&gt;	En conséquence, là encore le lecteur impartial de mon texte pourra faire justice de l’accusation portée par Vincent Présumey lorsqu’il croit pouvoir conclure : « (…) c’est ici encore l’approche propre à Marx qui est totalement escamotée dans le résumé d’A. Bihr.» (page 15).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	4.3. A propos de la rente foncière. Vincent Présumey a raison d’accorder attention et importance à l’avant-dernière section du Livre III du Capital que Marx consacre à la rente foncière. D’autant plus que, comme il le souligne, bon nombre des commentateurs du Capital tente à la négliger. Par contre, là encore, il est impossible de le suivre dans ses remarques critiques sur ma propre analyse de cette section et, étonnamment, sur l’analyse marxienne elle-même. &lt;br/&gt;	a) « C’est un rapport [la propriété foncière] qui n’est pas identique à l’accumulation capitaliste, à l’autonomisation de la valeur, qui ne rentre pas du tout dans le &amp;quot;fil rouge&amp;quot; d’A. Bihr (…) » (page 19)  Une nouvelle fois, Vincent Présumey fait preuve du fait qu’il m’a mal lu ou mal compris. Dans mon analyse de la rente foncière capitaliste, je consacre un premier développement à montrer en quoi le capital présuppose comme condition en même temps que comme résultat de son développement une forme spécifique de propriété foncière, réduite à une pure propriété pourrait-on dire, séparée tant du travail productif (sous sa forme salarié dans le cadre du capitalisme) que des autres moyens de production (qui prennent forme de capital) et de la fonction de direction du procès production (qui revient au capitaliste), ce qui est une nouveauté historique radicale. Or l’enjeu de cette double séparation de la propriété foncière d’avec le capital et le travail salarié est précisément de créer les conditions de réalisation de la valeur en procès qu’est le capital, partant celles de l’autonomisation de la valeur. Cela est manifeste en ce qui concerne la séparation entre la propriété foncière et le travail salarié : tant que subsistent des rapports de production dans lesquels le travail (le travailleur) se trouve lié (d’une manière ou d’un autre, libre ou contrainte) à la terre, le travailleur ne se trouve pas exproprié, il ne se trouve pas « libre » de porter sa force de travail sur le marché pour qu’elle puisse y être appropriée par le capital (le capitaliste) et être « tannée » (exploitée) comme il se doit. Mais cela n’est pas moins vrai de la séparation entre propriété foncière et capital, qui est une condition nécessaire sinon suffisante de la mobilité la plus parfaite et rapide possible de ce dernier, de sa capacité de se déplacer d’une branche de production et d’un espace (territoire) à un autre en fonction des opportunités variables et fluctuantes de valorisation, ce qui n’est jamais qu’un aspect non négligeable… de l’autonomisation de la valeur par rapport à ses propres conditions de valorisation. La formation de la propriété foncière capitaliste rentre donc parfaitement dans le « fil rouge » de ma lecture du Capital, quoi qu’en dise Vincent Présumey.&lt;br/&gt;	b) Selon Vincent Présumey, dans mon analyse de la formation de la rente différentielle, j’aurais pris des vessies pour des lanternes. J’aurais attribué à Marx une thèse qui n’est pas la sienne mais celle de Ricardo en commettant ainsi un contresens d’ailleurs extrêmement courant, semble-t-il : « les chapitres sur la rente différentielle si on les lit trop vite semblent poser comme des faits acquis des lois tirées de Ricardo, alors qu’en les lisant attentivement on constate qu’ils les contredisent : il y a une sorte de &amp;quot;piège&amp;quot; qui mène droit au contresens par rapport à ce que Marx écrit réellement, dans lequel Bihr, comme nous allons le voir, est tombé (on serait tenté de dire : comme tout le monde, Engels compris (…) » (page 18). Ce faisant, j’aurais fourni « une épure claire et nette de la vulgate qui a dominé au XXe siècle » (ibidem). Cependant, Vincent Présumey n’expose pas ce que serait, selon lui, la véritable analyse marxienne de formation de la rente différentielle, en renvoyant pour cela à son Aide à la lecture du « Capital ». &lt;br/&gt;	Puisque j’aurai lu superficiellement Marx, relisons-le ensemble. Avant de se lancer dans l’analyse des différentes de la rente foncière différentielle (chapitres XXXIX à XLVI), attribuables aux différents facteurs particuliers qui peuvent intervenir dans sa formation (fertilité naturelle inégale des sols, « productivité » inégale des capitaux qui y sont investis successivement, situations inégales par rapport au marché, etc.), Marx a soin d’en exposer le principe général qui doit permettre au lecteur de ne pas perdre le fil de sa pensée lors de l’exposé suivant de ses formes différentes (XXXVIII). Et, à cette fin, il illustre l’exposé de ce principe général par un exemple pris en dehors du domaine agricole, de manière à neutraliser précisément l’action de ces différents facteurs particuliers : celui d’un capital industriel (au sens courant du terme : par exemple un moulin ou une scierie) dont les moyens mécaniques de travail (les moteurs) sont actionnés par une chute d’eau. Le fait que le capitaliste dispose ainsi d’une source naturelle d’énergie (celle de l’eau en mouvement) gratuite lui permet, toutes choses égales par ailleurs, d’abaisser le coût de production de ses marchandises en dessous du coût moyen dans sa branche et de réaliser ainsi un surprofit (un profit supérieur au profit moyen). Mais, par hypothèse, le capitaliste n’est pas le propriétaire du terrain sur lequel est située son exploitation, ni non plus par conséquent de la chute d’eau qui s’y trouve localisée. Pour en disposer, il doit verser un loyer à son propriétaire, qu’on suppose ici ne correspondre qu’à de la rente foncière. Et on voit bien que, dans ce cas, cette rente peut s’élever jusqu’à la hauteur du surprofit réalisé par le capital considéré, sans que les conditions normales (moyennes) de valorisation de ce dernier aient à en souffrir, puisqu’il continuera à percevoir le profit moyen. Tel est le principe général de formation d’une rente foncière différentielle par conversion d’un surprofit ; elle est appelé différentielle par Marx parce que ce dernier est réalisé grâce à la mise à disposition du capital d’un facteur de production lié à la terre louée et, à ce titre, monopolisable par lui sur la durée de cette location, et qui lui assure une différence (positive) de valorisation par rapport aux capitaux fonctionnant dans des conditions normales (moyennes). &lt;br/&gt;	C’est fort de ce principe général, qui lui sert de fil conducteur, que Marx analyse ensuite les différentes formes de la rente différentielle, sans aucunement le remettre en cause. Et c’est ce qui me conduit à dire qu’il y a possibilité de formation d’une rente différentielle chaque fois que, dans des conditions déterminées par la structure (la masse, la composition organique moyenne, la distribution des différents capitaux autour de cette moyenne, etc.) du capital investi dans une branche de production et le niveau de la demande social des produits issus de cette branche, un capital opère dans des conditions qui lui permette de réaliser un surprofit. La mesure dans laquelle ce surprofit se convertira effectivement en rente ou restera à la disposition du capitaliste va dépendre essentiellement du rapport de force entre ce dernier et son propriétaire. &lt;br/&gt;	Ce principe général implique que, normalement, il ne se forme pas de rente différentielle sur les plus mauvais terrains, entendons ceux sur lesquels opèrent les capitaux placés dans les plus mauvaises conditions de production ou de circulation, pour lesquels les prix de marché ne garantissent que le profit moyen. Mais, en effet, Marx montre que, dans certaines circonstances exceptionnelles et transitoires, une telle rente peut se former sur les plus mauvais terrains. Je ne l’ai pas mentionné dans ma présentation du Capital pour ne pas alourdir et compliquer inutilement l’exposé. Cependant, en tirer argument pour penser que Marx abandonne le principe général précédemment exposé, comme le fait Vincent Présumey (page 20), revient à penser qu’il faut renoncer à la loi sous prétexte que, sous l’effet de facteurs adventices, le phénomène s’en écarte. Autant déclarer que Galilée a fait erreur en énonçant la loi de la chute des corps du fait que la fumée du feu s’élève en volutes vers le ciel. &lt;br/&gt;	c) A propos de la rente absolue, Vincent Présumey n’hésite pas à franchir un pas supplémentaire dans sa passion rectificatrice en s’en prenant à Marx lui-même : « Pour comprendre Marx, il est ici nécessaire de le critiquer, pour cette raison que c’est par rapport à sa propre méthode que l’hypothèse de la rente absolue est chez lui inconsistante. » (page 20). En l’occurrence, c’est la critique de Vincent Présumey qui est inconsistante et se retourne contre lui. Car tirer argument de ce que le développement capitaliste puisse abolir les conditions de la formation d’une rente absolue – et qu’il tende d’ailleurs constamment à cela – pour en déduire l’inanité de la possibilité d’une telle rente, c’est ne pas comprendre la différence entre une possibilité et ses conditions de réalisation, nécessairement variables dans l’espace et le temps. Que le développement du capitalisme dans l’agriculture ait pu, grâce à l’augmentation de la productivité du travail et du fait de l’augmentation de la composition organique du capital, y abolir la rente absolue ne signifie nullement qu’une telle rente soit impossible partout et toujours – y compris dans le domaine agricole. &lt;br/&gt;Au contraire, l’analyse marxienne montre que ses conditions de formation (ré)apparaissent chaque fois que la demande sociale d’un produit ou type de produit déterminé du sol ou du sous-sol conduit à mettre en exploitation des terrains qui, dans les conditions antérieures de la production sociale (de la structure du capital, de la composition organique moyenne, du niveau de la demande) n’auraient pu générer aucune rente. Surtout, et cela est encore plus important mais semble échapper à Vincent Présumey, l’analyse marxienne de la rente absolue montre quel pouvoir est celui de la propriété foncière qui dispose de la possibilité d’autoriser ou non le développement du capital dans l’agriculture, les mines, l’extraction pétrolière, etc., et par conséquent de la possibilité ou non d’y abolir les condition de la formation d’une rente foncière absolue. Là encore, c’est le rapport de forces, donc la bonne vieille lutte des classes, si cher à Vincent Présumey, qui en décidera.&lt;br/&gt;Alain Bihr&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Remarques sur «la logique méconnue du Capital» d’Alain Bihr</title>
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      <pubDate>Tue, 20 Mar 2012 18:21:51 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Entrees/2012/3/20_Remarques_sur_la_logique_meconnue_du_Capital_dAlain_Bihr_files/9782940189441FS.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Media/object003_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:183px; height:137px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;La logique méconnue du « Capital » d’Alain Bihr, éd. Page Deux, Lausanne, 2010.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Sommaire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;De la critique nécessaire des bons livres.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;I. L’introduction : le « fil rouge» contre la méthode critique de Marx .&lt;br/&gt;1. En quel sens le Capital est-il une œuvre inachevée ?&lt;br/&gt;2. Qu’est-ce que la critique de l’économie politique ?&lt;br/&gt;3. Un fil conducteur unilatéral.&lt;br/&gt;4. Suivez le guide !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;II. Livre I, première section, ou comment revenir de Marx à Adam Smith au nom de l’ « autonomisation de la valeur ».&lt;br/&gt;1. La marchandise comme point de départ.&lt;br/&gt;2. Et voila le troc …&lt;br/&gt;3. Premier alinéa : un résumé sélectif.&lt;br/&gt;4. Second alinéa : une question de fond.&lt;br/&gt;5. Troisième alinéa : retour à l’aplatissement ricardien de Marx.&lt;br/&gt;6. Quatrième alinéa : le fétichisme, oui c’est important mais pourquoi ?&lt;br/&gt;7. Le sort de tout le reste de la première section.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;III. Livre I, sections 2 à 8.&lt;br/&gt;1. Seconde section : un relativement bon accord, quoique …&lt;br/&gt;2. Troisième section : et la lutte des classes ?  et la politique ?&lt;br/&gt;3. Quatrième section : remarque sur les catégories de coopération, manufacture et machinisme.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;IV. Si l’ « autonomisation de la valeur » est dans le Capital, c’est bien là, et pourtant …&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;V. Livre III : « fil rouge » et simplifications.&lt;br/&gt;1. Première section (transformation de la plus-value en profit) : l’ « autonomie de la valeur » en marche.&lt;br/&gt;2. Deuxième section (transformation du profit en profit moyen) : la concurrence deus ex machina.&lt;br/&gt;3. Troisième section (baisse tendancielle du taux de profit) : quelques précisions nécessaires.&lt;br/&gt;4. Quatrième et cinquième sections (capital marchand et capital productif d’intérêt) : le fétichisme du fétichisme chez A. Bihr.&lt;br/&gt;5. Septième section.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;VI. La rente foncière, ou la section non digérée.&lt;br/&gt;1. Propriété foncière et capital.&lt;br/&gt;2. Les chapitres sur la rente différentielle, un trésor marxien inconnu !&lt;br/&gt;3. Une rente absolue très relative.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour conclure : une thèse à discuter en tant que telle et pas en tant que logique, même méconnue, de Marx.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;De la critique nécessaire des bons livres.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Toute critique est à la fois constructive et destructrice. Il est donc toujours délicat de critiquer un bon livre comme celui auquel nous avons affaire ici. Pourtant, c’est cette critique là qui est la plus nécessaire, car ce sont les désaccords fondamentaux avec de bons livres qui sont généralement les plus féconds. Ici doit s’assumer la polémique, au bon sens du terme.&lt;br/&gt;La logique méconnue du Capital d’Alain Bihr est un bon livre : d’une lecture agréable et rapide, il offre aux lecteurs du Capital un résumé, une récapitulation et un aide-mémoire, et à ses futurs lecteurs des pistes, l’aplanissement de quelques difficultés et des perspectives d’approfondissement. &lt;br/&gt;Toutefois, l’essentiel pour nous réside dans ce qui l’oppose au Capital lui-même : un concept à la mode, présent chez Marx, en est extrait et postulé comme à même de condenser l’ensemble de sa démarche : l’autonomisation de la valeur, substituée à ce qui chez Marx se présente comme le développement des contradictions internes au mode de production capitaliste, opposant les forces productives et les rapports sociaux de production et prenant la forme de la lutte des classes, laquelle peut seule conduire à leur dépassement possible. D’où l’évacuation pure et simple de termes et de contenus aussi fondamentaux que « forces productives » et « lutte des classes » (la seconde de ces expressions est absente, la première rarissime, leur contenu est écarté), ceci sans phrases, comme une évidence ne demandant même pas à être signalée et justifiée.&lt;br/&gt;La manière tout à la fois brutale, implicite et élégante, dont la pensée (lettre et esprit) de Marx subit là un tel traitement est emblématique. Depuis les quelques années ayant suivi la chute du mur de Berlin, on a beaucoup parlé, à tort ou à raison, d’un « retour à Marx » et d’un « retour de Marx » désormais délesté de son appropriation maudite par des régimes totalitaires ou en faillite. Depuis 2007-2008 et, manifestement, beaucoup plus encore avec les nombreux évènements de l’année 2011 en cours, le capitalisme se critique lui-même, si l’on peut dire, sur un mode de plus en plus catastrophique. L’idée selon laquelle le caractère de l’époque actuelle est, non pas prédit, mais expliqué, dans le Capital de Marx se répand à nouveau. &lt;br/&gt;Dans ce contexte l’opuscule d’Alain Bihr est peut-être le meilleur résumé d’une perception de plus en plus courante de sa pensée dans certaines sphères intellectuelles, universitaires et militantes, susceptibles d’alimenter des représentations dominantes. Cette perception s’exprime dans un langage contemporain. Après la soi-disant « mort du communisme » suivie du « retour à Marx », une nouvelle doxa prend forme. Le présent article en engage la critique du point de vue de ce qui, précisément, disparaît si l’on s’en tient à elle : les contradictions réelles et vivantes qui rendent possibles et nécessaire l’action révolutionnaire.&lt;br/&gt;De ce fait, la portée de la critique que je fais ici va sans doute au-delà du seul livre d’A. Bihr, que je dois avant tout remercier de m’avoir ainsi donné l’occasion, et de revenir sur le sens et la portée contemporaines du Capital, et de préciser mes propres conceptions.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L’introduction : le « fil rouge» contre la méthode critique de Marx &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Dans son introduction, Alain Bihr souligne d’abord le fait que le Capital de Marx est une œuvre largement méconnue, bien qu’on en parle beaucoup. Il est faux, affirme t’il à juste titre, de le prendre pour une œuvre achevée, et aussi d’en faire une simple œuvre d’économie. Il se propose donc de faire justice de ces deux idées fausses avant de proposer un guide de lecture du Capital.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1. En quel sens le Capital est-il une œuvre inachevée ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L’on peut entendre de différentes manières l’idée selon laquelle le Capital n’est pas une œuvre achevée. On peut l’entendre au sens de « pas vraiment fini », à compléter ou à finaliser, mais on peut aussi l’entendre au sens où l’ensemble resterait ouvert, car conceptuellement incomplet sur certains points. Ce dernier sens, qui n’a rien de dévalorisant pour cette œuvre énorme et créatrice, correspond mieux à la réalité. Mais s’il en est ainsi, la décision de faire un résumé du Capital suivant un seul et même « fil rouge », comme l’a fait Bihr, risque fort de déformer radicalement ce qu’est réellement le Capital.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Alain Bihr après pas mal d’autres rappelle que techniquement parlant le Capital n‘est évidemment pas une œuvre achevée, connaissant les étapes de son écriture, avec les nombreux manuscrits non repris dans ce qu’il est convenu de désigner par ce titre.&lt;br/&gt;Il cite d’abord le plan envisagé par Marx en 1857, qui provient (ce qu’il ne précise pas) du début des manuscrits de 1857-1858, à savoir le texte intitulé Introduction générale à la critique de l’économie politique ; dans ce plan seul le point 2 (« Les catégories qui expriment la structure interne de la société bourgeoise et sur lesquelles reposent les classes fondamentales. ») correspond à ce que nous désignons par le Capital, puis il cite le plan en six parties envisagé par Marx en 1859 : capital, propriété foncière, travail salarié, et Etat, commerce extérieur, marché mondial, et montre que finalement Marx s’est centré uniquement sur le premier point de ce plan : le capital. &lt;br/&gt;A. Bihr souligne donc la longue genèse et l’hétérogénéité de l’œuvre, mais ne nous dit pas ce qu’il entend vraiment par son « inachèvement », ce qui se comprend dans la mesure où il s’apprête quant à lui à la présenter comme un tout achevé. &lt;br/&gt;Les débats sur les plans successifs, les étapes de la rédaction, et l’évolution des intentions de Marx, avec les thèses contradictoires existantes (Henryk Grossman, Roman Rosdolsky, Maximilien Rubel, Gérard Jorland …) ne sont donc pas abordés, ce qui certes pourrait se justifier par l’impossibilité de tout reprendre dans une courte introduction, mais au moins deux séries de débats à propos de la gestation et de l’écriture du Capital sont en outre passés sous silence. &lt;br/&gt;Ceux, d’une part, sur la manière dont Marx aurait éventuellement incorporé des éléments concernant les autres points des « plans initiaux » dans le Capital. Dans certaines limites il l’a fait, en particulier dans le « livre III » du Capital, à propos notamment de la concurrence et de la propriété foncière, mais même en partie dans le livre I à propos du travail salarié. Ceci n’est pas une remarque « technique » car elle souligne la complexité du ou des plan(s) du Capital ne se laissant certainement pas réduire à un unique « fil conducteur ».&lt;br/&gt;D’autre part, alors que les plans initiaux faisaient une place importante à l’Etat, ceci ne se retrouve pas dans le résultat « final » qui, on le sait, n’avait rien de final pour Marx lui-même. Or, il est permis de penser que plusieurs des catégories essentielles du Capital, comme la monnaie et donc la valeur, comme la marchandise force de travail, et comme la rente foncière, sont conceptuellement incomplètes si l’on ne recourt pas à l’Etat, qui apparaît comme le complément nécessaire des analyses de Marx (ceci a été particulièrement montré par Tran Hai Hac dans Relire le capital, Lausanne, Page Deux, 2003). &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2. Qu’est-ce que la critique de l’économie politique ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Dans la seconde partie de son Introduction, A. Bihr veut faire justice de l’autre idée reçue fausse, selon laquelle le Capital serait une œuvre d’économie, ce qui le conduit à expliquer son sous-titre (et titre initial), « critique de l’économie politique ». Il estime que la « critique » comporte trois aspects qui se cumulent chez Marx : &lt;br/&gt;- d’abord montrer que la science économique est insuffisante, inachevée et qu’il faut donc la compléter ;&lt;br/&gt;- critiquer les rapports sociaux capitalistes eux-mêmes en tant que reposant sur l’exploitation, expropriant les producteurs directs, apparaissant comme des réalités autonomes absolues, fétichisées, et minés par des contradictions qui se manifestent dans des crises ;&lt;br/&gt;- montrer qu’il est possible de sortir du capitalisme et de l’économie elle-même, pour passer du règne de la nécessité au règne de la liberté, ce qui serait le « but ultime » de la critique de l’économie politique par Marx.&lt;br/&gt;Ce découpage de la notion de « critique » de l’économie politique en trois morceaux ne rend nullement compte de ce qu‘est la dite « critique ». &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;En quoi consiste donc la « critique » de l’économie politique chez Marx ?&lt;br/&gt;Rappelons que la notion de « critique » a une généalogie qui remonte à Kant et qui, dans l’histoire personnelle de Marx, s’est concentrée sur l’économie politique dés sa jeunesse, après qu’il ait voulu ainsi « critiquer » la philosophe hellénique, puis les institutions corporatives prussiennes, puis la philosophie hégélienne de l’Etat, puis l’Etat moderne lui-même et, de là, son fondement la société civile, aboutissant au projet de « critique de l’économie politique ». &lt;br/&gt;Dans le texte des manuscrits de 1857 intitulé Introduction générale à la critique de l’économie politique, l’on trouve dans le 3° point, La méthode de l’économie politique, une présentation quasi classique de la démarche faisant se succéder l’analyse qui met à jour les catégories en partant du « concret de la représentation » pour en abstraire les catégories générales, puis la « reconstruction du concret par la voie de la pensée » qui est donc une synthèse concrète.&lt;br/&gt;Mais on oublie généralement de préciser, ou on ne voit pas, que la démarche la plus spécifique à Marx ne consiste pas dans cette succession de l‘analyse et de la synthèse, mais dans le moment charnière qui sépare et relie les deux grandes étapes, celui de la critique des catégories. Dans ce même texte Marx poursuit d’ailleurs par une discussion de la pertinence des méthodes mettant à jour les catégories. Elles ne s’engendrent pas elles-mêmes et elles n’apparaissent clairement, elles ne sont donc saisissables par la pensée, qu’au terme des développements historiques, ce qui permet après coup d’analyser les phases antérieures. &lt;br/&gt;La genèse des catégories telle que « valeur » n’est donc, pour Marx, ni logique, ni historique (bien qu’elle soit conforme à la logique et à l’histoire, qu’elle éclaire). Elle opère dans l'objet présent de l'analyse, la société bourgeoise moderne, et elle présente leur genèse en partant des rapports sis derrière l'apparence qu'offre cette société, tout en montrant la nécessité de cette apparence comme son mode d‘existence. Cela ne se confond pas avec un engendrement des concepts par les concepts, ni avec le récit historique que cette mise à jour, ensuite, peut et doit aider à établir. &lt;br/&gt;Dans l’interprétation de Marx par A. Bihr, cette critique des catégories, notamment de la catégorie centrale voire unique de « valeur », est tronquée : chez Bihr (mais pas chez Marx) la « valeur » est un présupposé qui ne cesse de « s’autonomiser », chez Marx elle est non seulement mise à jour par l’analyse, cela dés la première section du livre I du Capital, mais elle est critiquée dans tout le Capital par le dévoilement de ses fondements réels - forces productives et rapports de production. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La méthode « critique » qui n’est pas la seule à l’œuvre chez Marx mais qui est celle qui lui est véritablement propre, ne se saucissonne pas en trois morceaux. &lt;br/&gt;Dans le premier sens que lui donne Bihr, à savoir le fait de compléter les « insuffisances » de la science économique officielle, Marx apporte en effet des précisions empiriques à celle-ci, en cours de route comme une conséquence de sa critique. &lt;br/&gt;Mais la science économique officielle, à savoir l’économie politique classique et son inévitable prolongation « vulgaire », n’est pas critiquée par lui pour telles ou telles erreurs ou aspects incomplets, mais pour ce qu’elle est : l’expression idéologique nécessaire des rapports sociaux capitalistes, et cette nécessité est démontrée. &lt;br/&gt;Elle l’est en même temps que le caractère contradictoire et historique de ces rapports, qui conduisent à des contradictions insupportables. Cette critique comporte l’analyse et la critique des catégories économiques et de leur contenu mettant à jour leur fondement contradictoire. Chez Marx il ne s’agit pas seulement ni principalement de montrer que le capitalisme est un « monde à l’envers » dans lequel les hommes sont dominés et sacrifiés  à leurs produits,  et que ceci est bien vilain. Il s’agit surtout de démontrer que les contradictions constitutives réelles du capitalisme exigent, avec la nécessité d’un besoin  - qu’il ne faut pas confondre avec l’inéluctabilité du destin ! - le passage à d’autres rapports. &lt;br/&gt;Cette possibilité se fonde sur la nécessité contenue dans les contradictions constitutives du capital  : il ne s’agit pas seulement de scander avec les altermondialistes de tout poils qu’ « un autre monde est possible », et pas même seulement de préciser que c’est le mode de production capitaliste qui rend possible ce passage à un « autre monde », mais il s’agit de comprendre que ses contradictions le nécessitent (ce qui, répétons-le, ne veut pas dire qu’elles le rendent inéluctable). En fait, le mode de production capitaliste rend nécessaire ce passage, en créé la possibilité et en même temps compromet cette possibilité.&lt;br/&gt;Voila donc une méthode qui fait bloc, tout en pouvant se déployer à différents niveaux d’analyse : la méthode du Capital. Celle-ci est occultée dans la présentation d’A. Bihr, ce qui pose problème s’agissant précisément d’un guide de lecture de ce même Capital.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;3. Un fil conducteur unilatéral&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Si A. Bihr fait allusion à la « reconstruction du concret par la voie de la pensée », ce n’est pas lorsqu’il tente de définir ce qu’était selon lui le projet de Marx écrivant le Capital, mais c’est au début de la troisième et dernière partie de son introduction, où il signale que cette démarche serait forcément, selon lui, déroutante pour le lecteur. &lt;br/&gt;Mais à la différence des commentateurs qui partageaient cette appréciation et qui, tel Louis Althusser dans une célèbre préface, conseillaient donc aux lecteurs de sauter la première section du capital jugée trop abstraite et trop difficile, A. Bihr estime quant à lui avoir trouvé la « véritable logique » que suit Marx, par laquelle on peut rendre le tout facile tout en suivant, comme il se doit, son ordre d’exposition.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C’est ici qu’il présente son unique « fil rouge », l‘« autonomisation » croissante de la catégorie de « valeur », rapport social unique qui s’approprie et se subordonne la totalité du concret social réel. &lt;br/&gt;Assurément, il y a cela chez Marx, mais il y a simultanément, nécessairement, dialectiquement, non pas la pure « autonomisation » de la « valeur », mais aussi sa spécification en catégories plus déterminées, sa particularisation, sa singularisation, sa diversification. C’est là dire que le processus réel d’existence et de fonctionnement de la « valeur » est contradictoire. Le ramener à sa seule « autonomisation » en ferait, à la limite, un fétiche automate qui ne comporte pas de contradictions et n’a rien à demander, alors que sans le travail humain, mais aussi sans la terre, la nature et l’humus, donc sans la particularisation et les formes concrètes, l’autonomisation du fétiche automate, qui est négation de ces réalités antérieures et extérieures à lui, ne peut s’effectuer : c’est bien là le problème de l’époque actuelle.&lt;br/&gt;Chez Marx, tant le travail humain utile se développant dans le mode de production capitaliste en travail concret producteur des valeurs d’usages, qui sont les supports de la valeur et du capital, que la nature (dont le travail humain fait d’ailleurs partie), sont des données antérieures, autonomes et irréductibles. Le capital se nourrit de leurs forces productives et ne peut faire autrement. S’il les domine et les formate, il n’en est jamais le maître absolu, tant et si bien que l’ « autonomisation de la valeur » arrivant à sa perfection en vase clôt finit par éclater - explosion de la bulle financière, par exemple. &lt;br/&gt;Chez Bihr, même s’il ajoute parfois l’adjectif « contradictoire » à « autonomisation » de la valeur, cette antériorité et cette irréductibilité qui seules fondent et expliquent la dite autonomisation et son caractère en fait contradictoire, n’apparaissent pas. Est pratiquement bannie dans ses résumés l’expression typique chez Marx de « forces productives » (occasionnellement ramenées à des données technologiques, p. 19).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;On pense soudain ici au dogme et au grigri de l’école dite de la Wertkritik qui se réclame (pour partie très abusivement) des travaux de Moshe Postone, selon laquelle la valeur en procès est une divinité infernale qui mange le monde et l’humanité qui n’y peuvent rien, et surtout pas par la lutte des classes car chaque fois qu’on travaille ou que les travailleurs se défendent ils reproduisent le capital.&lt;br/&gt;Sans aller jusque là, Bihr nous annonce que sa méthode, son fil rouge, sa logique méconnue, lui permettent de bien résumer le Capital en faisant « définitivement justice des nombreuses tentatives pour réduire le Capital  à quelques morceaux choisis, fussent-ils des morceaux de choix. » - alors que c‘est précisément ce qu’il s‘apprête à faire. &lt;br/&gt;Le prétendu fil rouge de Marx est en réalité le propre fil conducteur non du Capital, mais du petit livre de Bihr, et n’est d’ailleurs pas pour rien dans son élégance, sa dextérité, sa fluidité, son efficacité ! &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;4. Suivez le guide !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bihr conclut ainsi son introduction :&lt;br/&gt;«  … rien ne remplacera la lecture directe de l’œuvre. Mon vœu le plus cher est de lui communiquer [au lecteur] cette conviction. »&lt;br/&gt;On ne peut qu’être oh combien d’accord. &lt;br/&gt;Mais un guide de lecture peut remplacer une lecture (à la différence d’une « aide à la lecture », par exemple). &lt;br/&gt;Ce livre se donne pour un guide de lecture, il est fort bien fait, et il a un plan qui reprend celui des trois livres de ce que l’on appelle le Capital. Bihr pensant avoir découvert ce « fil conducteur » qui est aussi la « logique méconnue » de son titre, lui a donc donné un caractère achevé, alors qu’il commence en soulignant justement que le Capital, lui, ne l’est pas. L’opuscule d’A. Bihr est bien un tout achevé ; comme tel, et quoi que telle ne fut pas l’intention affirmée de l’auteur, il se substitue bel et bien au Capital en en donnant un résumé à la cohérence forte, le mutilant de manière unilatérale.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;* * * &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le problème que soulève notre critique de l’introduction et donc de la démarche générale qu’Alain Bihr y expose, s’il caractérise tout son livre, ne se manifeste pas selon les mêmes dosages d’un chapitre à un autre. Une grande partie forme un résumé assez fluide et tout à fait intéressant du texte même de Marx. Parfois même il arrive que la piste de l’ « autonomisation de la valeur » s’accorde avec le texte de Marx et en facilite l’exposition, permettant des présentations synthétiques et heureuses, ainsi dans les chapitres reprenant la seconde section du livre I sur la transformation de l’argent en capital (I,2), du commentaire des schémas de la reproduction de la fin du « livre II » du Capital (II,3), et de la présentation du capital financier (III,3). &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Nous allons parcourir l’ouvrage en nous arrêtant plus ou moins sur chaque chapitre selon le « dosage » variable de la tendance à la réduction unilatérale de Marx. Ces variations ne sont pas fonction de Bihr, qui suit son idée, mais du contenu du texte de Marx selon qu’il développe essentiellement la logique « autonome » de la valorisation du capital (ainsi de la plus grande partie du livre II) ou selon qu’il en souligne les limites et la détermination par des réalités - lutte des classes, nature, forces productives … - qui la dépassent et la surplombent, la lutte des classes étant une manifestation de la localisation réelle des contradictions, non pas dans l’auto-développement autonome de la valeur-capital, mais entre elle et ce réel dont elle se nourrit. Quand le texte de Marx souligne cela, Bihr est impitoyablement silencieux.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Livre I, première section, ou comment revenir de Marx à Adam Smith au nom de l’ « autonomisation de la valeur ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1. La marchandise comme point de départ. (p.17).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Attaquant le résumé du premier livre du Capital, Bihr cite la première phrase sur la richesse dans la société bourgeoise se présentant comme accumulation de marchandises. Il écrit qu’ « En un sens, tout l’effort entrepris par Marx dans Le Capital vise à rendre compte de ce constat. »&lt;br/&gt;Ceci est réducteur, mais c’est logique de sa part. &lt;br/&gt;En fait, Marx part de la marchandise comme « forme cellulaire économique » et il en extrait, par l’analyse, des catégories générales : valeur d’usage, valeur d’échange, travail abstrait, travail concret, temps de travail socialement nécessaire, force productive du travail. Cette analyse de la catégorie « marchandise » est faite dans les deux premières parties, ou alinéas, du premier chapitre intitulé La marchandise. &lt;br/&gt;Dés les deux alinéas suivants, commence la critique de ces catégories générales, critique qui permettra une première « reconstruction du concret par la voie de la pensée » à propos, dans cette première section, de la monnaie. Sont ici à l’œuvre les mouvements de pensée présentés ci-dessus : analyse, critique, synthèse concrète, qui ne se ramènent pas à l’« autonomisation de la valeur » ni donc au fait de « rendre compte » du constat qu’il y a plein de marchandises. &lt;br/&gt;Ce constat est d’ailleurs dépassé dés la seconde phrase de Marx qui suit celle que cite Bihr, où l’on passe  « des » marchandises comme appréhension concrète, l’accumulation de marchandises, Warensammlung, à « la » marchandise , Ware, comme catégorie à analyser : &lt;br/&gt;« L’analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de notre analyse. » &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2. Et voila le troc … (p.17).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour « guider la lecture » de la première section du Capital, A. Bihr écrit ensuite que Marx y analyse le rapport social marchand, et l’explicite ainsi, répétant le contresens énorme le plus banal et le plus classique du XX° siècle envers la théorie économique de Marx : &lt;br/&gt;« Marx l’envisage [le rapport marchand] d’abord dans sa forme la plus immédiate, la plus simple (logiquement), et la plus ancienne (historiquement), le troc. Mais c’est pour montrer pourquoi et comment de ce troc nait nécessairement la monnaie comme intermédiaire obligé de la circulation des marchandises. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La fable, contredite aujourd’hui par les connaissances historiques et ethnologiques dont Marx ne disposait pas, selon laquelle les hommes ont pratiqué entre eux « le troc » et ont inventé la monnaie pour que ce soit plus pratique, cela de toute nécessité (un « intermédiaire obligé »), cette fable implique qu’il s’agissait déjà du même « rapport marchand » que de nos jours, ce qui est du Milton Friedmann, et pas du Marx ! &lt;br/&gt;Après avoir annoncé en introduction qu’il allait pourfendre les « idées reçues », « colportées aussi bien par le marxisme que par l’antimarxisme », voila qu’A. Bihr énonce l’une des principales d’entre ces idées reçues sous la forme d’un faux truisme censé résumer l’amorce décisive de la totalité de l’œuvre. Il est à première vue étonnant de voir un connaisseur de Marx écrivant au XXI° siècle se fourvoyer ainsi.&lt;br/&gt;Certes les difficultés d’interprétation sont facilitées par le fait que le texte de Marx reste ambigu quant au caractère historique ou non de la première section. Marx ne dit nulle part qu’un mode de production « marchand » aurait précédé le mode de production capitaliste. C’est Engels qui, lui, le dit ; sa pensée est parallèle et différente de celle de Marx, ce qu’il n‘est pas le lieu d‘examiner ici. Ce que Marx dit par contre à plusieurs reprises, c’est que les rapports marchands ne se développent pleinement que sur la base de la production capitaliste, que ce n’est que quand la force de travail elle-même est une marchandise que la production en général est production de marchandises. &lt;br/&gt;De cela on peut, de cela on doit, déduire que la première section n’est pas historique et ne part pas du « troc », cette fiction idéologique qui faisait rire Marx déjà quand il remarquait que lorsque David Ricardo imaginait des hommes préhistoriques s’adonnant au troc, c’était en fonction des cours de la bourse à Londres ! &lt;br/&gt;Si le caractère ambigu et conceptuellement inachevé du texte de Marx se manifeste ici, il oblige donc le commentateur à trancher dans un sens ou dans l’autre. Le sens qui est en cohérence avec l’ensemble du texte, ainsi qu’avec les apports ultérieurs de la recherche historique, est celui qui tranche contre la fable libérale de l’argent naissant du troc (puis du capital naissant de l’argent), fable dans laquelle la pierre taillée de l’ami Cro-Magnon est prise pour du « capital ». &lt;br/&gt;Trancher ainsi est en cohérence avec le caractère fondamental, pour Marx, de l’historicité du mode de production capitaliste, qui a un début, une histoire et « doit » avoir une fin.&lt;br/&gt;De plus, Marx précise dans cette première section que les échanges commerciaux sont apparus non entre des individus, mais entre des communautés : le commerce a d’abord été commerce lointain, extérieur, ce qui assurait les gros profits commerciaux en « trompant » vendeurs et acheteurs situés en bout de chaîne, ce qui n’a rien à voir avec l’ « échange à la valeur » postulé dans la première section, et confirme encore s’il en était besoin que le commerce ancien n’est pas son sujet. &lt;br/&gt;Le « troc », comme fiction idéologique, présuppose en réalité le mode de production capitaliste, comme Robinson sur son île présuppose la société anglaise dont il est issu.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il est très intéressant de voir comment la réduction de la logique dialectique du Capital à une « logique méconnue » qui serait celle de l’ « autonomisation de la valeur » aboutit, et cela tout de suite, à un tel tête-à-queue en opposition avec la pensée de Marx. &lt;br/&gt;A. Bihr affirme brutalement que Marx procède à la fois par développement logique du concept et de manière historique, logique et histoire coïncidant l’une avec l’autre, alors qu’en réalité Marx  analyse, critique, et reconstruit concrètement, les catégories de la société capitaliste présente.  &lt;br/&gt;Prenant le parti de l’« abstraction qui se concrétise », interprétation de Marx qui en ses débuts s’est nourrie du rejet salutaire des interprétations matérialistes vulgaires, néo-ricardiennes, les plus courantes, et prenait leur contrepied, A. Bihr retombe ipso facto et tout entier dans le « au commencement était le troc » des économistes libéraux.&lt;br/&gt;En attribuant de fait à Marx toute l’ignorance des sauts qualitatifs en histoire, propre aux économistes bourgeois, A. Bihr nous ramène à une interprétation économiste, ricardienne, très « deuxième Internationale », de Marx, qui est celle-là même dont les divers auteurs ayant travaillé sur la catégorie de « valeur » à la fin du XX° siècle, et parmi eux les adeptes de la « théorie critique de la valeur », ont voulu prendre le contrepied, alors que ces derniers en construisent plutôt un reflet inversé. Le tête à queue s‘explique : si l’histoire du capital n’est que l’histoire de l’« autonomisation de la valeur » alors il faut bien qu’il y ait eu une « valeur » qui, telle le poussin dans l’œuf, demandait à croître et à « s’autonomiser ». &lt;br/&gt;Elle préexistait donc de toute éternité dans le troc, nous dit A Bihr ! Nous voila prestement reconduits au bon vieux « déterminisme social à base économique » où le capital provient du commerce, lequel est le propre de l’homme comme disait Adam Smith !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;3. Premier alinéa : un résumé sélectif. (p.p. 17-18).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A. Bihr a annoncé en introduction, on l’a vu, qu’il convenait de suivre le plan du Capital, et son découpage lui correspond, de sorte que l’on est autorisé à considérer que les quatre premiers alinéas qu’il consacre à la première section du Capital sur la marchandise et la monnaie correspondent respectivement aux quatre alinéas du premier chapitre de Marx. Partant de là, on constate des différences notables entre le résumé d’A. Bihr et le contenu de chacune de ces parties du premier chapitre du Capital.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il rappelle les définitions classiques de la valeur d’usage, de la valeur d’échange et du travail abstrait au premier alinéa du premier chapitre du Capital. Chez Marx, la catégorie de travail abstrait est introduite en opposition à celle de travail concret, et la dualité de la valeur dans la marchandise est expliquée par la détermination du travail comme travail abstrait de par sa mesure par le temps de travail socialement nécessaire. Marx présente la dualité entre valeur d’échange et valeur d’usage comme fondée dans le travail social en tant qu’il est mesuré et déterminé par un temps socialement moyen, et que sa force productive, catégorie introduite ici, exerce une action inverse sur les deux premières formes apparentes de valeur de la marchandise : plus elle créé dans le même temps des valeurs d’usage, moins chacune de ces marchandises a de valeur d’échange. &lt;br/&gt;L’analyse de la « marchandise » conduit d’emblée Marx à l’expliquer par une forme spécifique de travail, propre au mode de production capitaliste. &lt;br/&gt;Cette présentation de surface mais immédiate des contradictions fondamentales au niveau des rapports sociaux de production, car c‘est de cela qu’il s‘agit, disparaît totalement chez A. Bihr. &lt;br/&gt;Comme disparaît aussi toute mention du contenu très important du dernier paragraphe du premier alinéa : bien des choses sont des valeurs d’usage sans avoir de valeur d’échange, et tout ce qui est produit par le travail humain utile n’a pas forcément de valeur d’échange. Quand Marx montre que la « valeur » autonome est cernée de toute part par le réel humain et naturel, Bihr n’en parle pas. Mais où peut alors résider le caractère contradictoire de l’ « autonomisation de la valeur » ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Retranchant d‘un côté, ajoutant de l’autre, A. Bihr explique par contre que la catégorie de « valeur » est présentée dés ces premières pages par Marx. Si le terme y apparaît (dans un passage cité par Bihr), pour nommer le « quelque chose de commun » à deux marchandises pouvant s’échanger, il ne fait ici que conduire directement et rapidement à la présentation du travail abstrait, puis du temps de travail socialement nécessaire et de la force productive du travail, et n’a pas de sens en dehors de cette présentation. &lt;br/&gt;La valeur comme catégorie économique, comme forme, n’est véritablement introduite par Marx, et il le dit, que dans le troisième alinéa, où il montre que la marchandise est valeur d’usage et valeur, de par l’expression de la valeur par une marchandise équivalent - la monnaie - et où il précise qu’il était en toute rigueur « faux » de dire au début que la marchandise est valeur d’usage et valeur d’échange.&lt;br/&gt;Dans le premier alinéa, la « valeur » n’est donc qu’un terme courant qui cache le travail abstrait mesuré par le temps socialement nécessaire ; c’est seulement dans le troisième alinéa qu’elle est distinguée par Marx de son expression superficielle trompeuse qu’est la valeur d’échange, et c’est seulement à partir de là qu’elle fonctionne, dans le Capital, comme catégorie économique sujet de la critique .&lt;br/&gt;Ces distinctions sont passées sous silence par A. Bihr qui suggère de fait que la catégorie « valeur » est pleinement présente dés le premier alinéa (confondue, du même coup, avec la valeur d’échange), donc dés l’ouverture du Capital. Or ce n’est pas le cas. Sans doute était-il nécessaire à A. Bihr que la « valeur » appelée à « s’autonomiser » apparaisse telle quelle tout de suite.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;4. Second alinéa : une question de fond. (p.p. 18-20)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Dans Marx, après que le premier alinéa a analysé la marchandise jusqu’aux notions de temps de travail socialement nécessaire et de force productive du travail, le second alinéa donne une analyse du travail lui-même en tant qu’il est productif de marchandises. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La réduction du travail concret et utile en travail abstrait, introduite au premier alinéa, se développe ici en réduction du travail utile en général en travail privé producteur de marchandises, des travaux particuliers en travail égal, du travail complexe en travail simple. A chaque fois, il s’agit de la détermination, de la spécification du travail par et dans le mode de production capitaliste, et non de propriétés inhérentes au travail en général qui serait soi-disant « productif de valeur ». &lt;br/&gt;Cette distinction fondamentale, qu’une aide à la lecture du Capital se doit de permettre au lecteur de faire, n’apparaît pas dans le guide d’A. Bihr car l’« autonomisation de la valeur » unilatérale est ici à l’œuvre et que c’est par elle, écrit-il, que, « au sein du mode de production capitaliste, le travail tend à prendre la forme concrète de travail abstrait. Autrement dit, ce procès réalise cette abstraction qu’est le travail abstrait. » &lt;br/&gt;Est-ce que ce sont les rapports de production capitalistes qui rendent le travail « abstrait »  et consistent dans cette « abstraction », ou est-ce que c’est l’« abstraction du travail » se donnant forme concrète, pseudonyme de l’« autonomisation de la valeur », qui donne naissance au capitalisme ? &lt;br/&gt;Pour poser les choses caricaturalement, mais finalement c’est de cela qu’il s’agit : le capitalisme nait-il d’un concept, d’un esprit malin, où consiste t’il dans des rapports de production ?&lt;br/&gt;Les concepts font-ils l’histoire et préexistent-ils au capitalisme sous leur forme marchande (le fameux « troc ») ?&lt;br/&gt;Chez Marx, ce sont les réalités qui font l’histoire et qui préexistent au capital. &lt;br/&gt;Le montre en outre dans ce second alinéa le développement sur le travail concret et le fait que la force productive des valeurs d’usage est aussi la nature (Marx cite Petty : le travail humain « père » des richesses, la nature leur « mère »). Développement absent chez Bihr.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;De la même façon, là où Bihr résume Marx en écrivant que « La double détermination du travail productif, travail concret et travail abstrait à la fois, renvoie en définitive à la double détermination du produit dès lors qu’il devient marchandise et qu’il se présente à la fois comme valeur d’usage et valeur. », on pourrait tout aussi bien soutenir la relation inverse, à savoir que c’est la double détermination du produit qui provient de la double détermination du travail, autrement dit que le fait que les produits soient des marchandises, que le rapport marchand soit généralisé, provient du rapport de production qui constitue le travail en travail concret et abstrait à la fois. &lt;br/&gt;Or c’est avec ce dernier sens que nous avons affaire à la conception propre à Marx, qui sera développée dans l’analyse du rapport salarial. Le premier sens ne fait que critiquer la « marchandisation » en général, en somme déplorer que tout soit « vénal » sans s’attaquer à la racine du problème.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;5. Troisième alinéa : retour à l’aplatissement ricardien de Marx. (p.p. 20-21).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le troisième alinéa, chez Marx, sur la forme de la valeur, entame la critique des catégories analytiques générales trop simples encore, d’apparence relativement matérialiste et ricardienne, qui ont été dégagées dans les deux premiers alinéas. &lt;br/&gt;La forme de la valeur est un rapport social dans lequel une marchandise, donc une valeur d’usage spécifique, devient l’expression de la valeur d’une autre marchandise. L’équation « 20 mètres de toile = 1 habit » n’est pas la même chose que l’échange des deux marchandises pris comme exemple au premier alinéa pour distinguer la valeur d’usage et la valeur d’échange - contrairement à ce qu’écrit A. Bihr qui assimile les deux. &lt;br/&gt;Il ne s’agit pas d’un « troc »  : voila le contresens redoutable entre tous contre lequel il conviendrait ici de prémunir le lecteur « novice » si l’on tient à l’aider plutôt qu’à le guider.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le rapport empiriquement constatable entre deux marchandises au premier alinéa présupposait en fait cette polarité marchandise-monnaie, qui est ici établie par la critique propre à la méthode de Marx, mettant à jour ce que la première représentation ne montrait pas.&lt;br/&gt;Dans « tant d’un produit vaut tant d’un autre » (« 20 m. de toile = 1 habit ») s’exprime déjà le rapport social marchand général entre deux marchandises, par lequel l’une joue le rôle de monnaie, le rapport marchand n’existant que comme rapport polaire marchandise-monnaie. Une marchandise a sa valeur exprimée par celle de l’autre marchandise : elle s’exprime comme valeur d’échange (elle fait « tant » de l’autre marchandise), et ce qui s’exprime est la valeur proprement dite, le rapport social qui les lie, reposant sur le temps de travail socialement nécessaire commun aux deux marchandises. C’est bien la valeur comme catégorie, et non comme simple terme usuel, qui est introduite par Marx ici et pas avant, en même temps qu’est déduite la nécessité de la monnaie pour qu’il y ait valeur.&lt;br/&gt;Tout ce contenu décisif est totalement absent de son résumé par A. Bihr, qui aplatit ces pages en un raisonnement formel et faux en trois étapes qui calquent formellement les trois premières formes de la valeur présentées par Marx : troc occasionnel, troc fréquent avec emploi régulier d‘une même marchandise de référence, institution de celle-ci comme équivalent général. Au passage, la quatrième forme est assimilée par Bihr avec la troisième et les questions de fond posées par l’analyse du texte de Marx, en particulier le passage de la forme II à la forme III pour laquelle il ne suffit pas d’inverser la forme II comme le dit Bihr, ne sont évidemment pas posées par lui.&lt;br/&gt; Nous sommes là au niveau le plus plat, le plus vide qu’il soit possible, de compréhension de cette importante partie, fortement travaillée et retravaillée par lui, de l’œuvre de Marx. Ce qui est attribué ici à Marx avait été exposé avant lui, et beaucoup plus joliment, par Adam Smith : les hommes seraient naturellement échangistes d’objets, ils auraient inventé l’argent pour faciliter et accélérer le troc, et demandé à l’Etat de garantir la valeur de la monnaie. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;6. Quatrième alinéa : le fétichisme, oui c’est important, mais pourquoi ? (p.p. 21-23).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le quatrième alinéa du premier chapitre présente le fétichisme de la marchandise, qui est chez Marx le mode même d’existence de la société capitaliste, où la mise en égalité de travaux différents (non propre au capitalisme mais présente dans toutes les sociétés humaines) prend cette forme sociale spécifique qu’est la valeur, où la mesure des travaux par leur durée prend la forme spécifique de la mesure des valeurs, et où les rapports entre les sujets sociaux, les producteurs, deviennent des rapports de valeurs entre les choses. &lt;br/&gt;A. Bihr nous dit bien que le fétichisme est quelque chose de très important, mais ce en quoi il constitue à proprement parler la spécificité du mode de production capitaliste disparaît dans son exposé. Il souligne la réification des rapports sociaux dans les objets et avec elle la personnification des mêmes objets, auxquels on prête des propriétés sociales, mais cet exposé se réduit essentiellement en une dénonciation, très classique, du fétichisme comme illusion spontanée trompeuse, alors que le fétichisme est bien plus que cela chez Marx. Bihr assimile en fait fétichisme et autonomisation de la valeur : plus la valeur est autonome plus il y a mystification trompeuse. Ceci est vrai, mais c’est vraiment un peu court par rapport à la profondeur de Marx. S’en tenir à cela revient grosso modo à dénoncer le fétichisme comme adoration du Veau d’or. &lt;br/&gt;Mais chez Marx la valeur n’est pas d’abord une chose en soi qui « s’autonomise » et que les hommes prennent pour fétiche sous forme d‘objets marchandises, elle est un rapport social dont le fonctionnement consiste dans le fétichisme, prenant par cela même l’apparence trompeuse et dangereuse de la chose autonome.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L’esquisse d’une critique du droit bourgeois des contrats dans le second chapitre du Capital, avec le fétichisme des sujets automates dont la « liberté » consiste dans le fait qu’il font fonction d’agents des catégories économiques, est pareillement ignorée.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;7. Le sort de tout le reste de la première section.  (p.p. 23-25).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Tout le reste de la première section, c’est-à-dire les deux chapitres de Marx qui suivent, avec l’analyse de la monnaie et la déduction des formes concrètes qu’elle revêt dans le cadre de la circulation marchande, est ensuite évacué en deux pages dans lesquelles l’exposé de Marx sur la monnaie comme réserve de valeur et moyen de crédit, notamment, souffre beaucoup. La monnaie universelle, moyen de paiement dans les échanges internationaux, qui couronne son analyse monétaire, disparait quant à elle purement et simplement. &lt;br/&gt;Beaucoup de choses sont donc perdues ici qui comptent pourtant dans l’analyse marxienne. La raison principale en est sans doute le choix de réduire le chapitre sur la monnaie au développement du fétichisme de la valeur en un fétichisme de la monnaie, « fétichisme » et « autonomisation de la valeur » devenant comme on l’a dit des termes quasiment identiques pour A. Bihr.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;* * * &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le parcours de la première section du Capital sous la guidance d’A. Bihr nous ramène donc aux résumés du Capital de facture néoricardienne des débuts du XX° siècle, ce qui concerne le temps de travail socialement nécessaire et les forces productives en moins - ce qui est, disons-le, plutôt catastrophique pour le sort de la pensée de Marx. Mais cela s’explique parce que c’est là que le cadre général et les catégories fondamentales sont dégagés et posés, tant chez Marx que, à rebours, chez Bihr. La manière dont on pense la suite en dépend : il fallait donc que son « fil rouge » opère à vif dans la première section. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Les digests à la manière de Karl Kautsky ou Paul Lafargue au début du siècle dernier ne disaient pas « autonomisation de la valeur » , mais « déterminisme social à base économique ». Le vocabulaire clef n’est donc pas le même : à la manière matérialiste, positiviste, scientiste et économiste, a succédé la manière idéaliste et « critique » (au sens de la « théorie critique » du XX° siècle, à distinguer ici de la « critique de l’économie politique » de Marx), mais ici le résultat est à peu prés le même, la méthode pas si différente, et voila implicitement nié un siècle de publication progressive, de traductions, de discussions, d’explications, du texte marxien notamment par des auteurs comme Isaac Roubine et Roman Rosdolsky. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Livre I, sections 2 à 8.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1. Seconde section : un relativement bon accord, quoique ... (p.p. 25-29).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La seconde section du livre I du Capital, Transformation de l’argent en capital, est résumée avec beaucoup plus de fidélité car cette fois-ci, Marx lui-même voulant mettre en exergue le caractère d’auto-accroissement de la valeur, de valeur en procès, du capital, il y a donc jusqu’à un certain point concordance, et non discordance, comme dans la majeure partie de la première section, entre le « fil rouge » de Bihr et le développement de Marx. &lt;br/&gt;Comme l’a montré et approfondi Moshe Postone dans Temps, Travail et Domination Sociale  (Cambridge, 1993, Paris, Fayard, 2009), c’est dans cette section qu’apparaît le mieux l’équivalence entre le concept de capital, substance qui se créé elle-même et se fait sujet, sujet-objet qui se fait histoire, et l’Esprit hégélien (Geist). &lt;br/&gt;Mais l’ « autonomisation de la valeur » comme ligne générale du guide de lecture est une version déjà bien appauvrie de cet Esprit automoteur, et la tendance à la réduction unilatérale de la pensée de Marx n’est pas non plus sans conséquences ici.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Rien d’inexact dans le résumé par Bihr de cette seconde section, mais il conviendrait d’insister sur quelques points. &lt;br/&gt;Premièrement, la formule A-M-A’ chez Marx n’est pas seulement une forme qui se développe naturellement dans la circulation marchande, inversant le schéma dominant « je vends pour m’acheter ce que je désire » en « j’achète pour revendre plus cher ». &lt;br/&gt;C’est aussi, c’est surtout une impossibilité sociale et, au plan logique, une aporie : il n’y a aucun développement naturel, automatique, de la valeur s’autonomisant dans A-M-A’ par rapport à M-A-M. Ce qui génère A-M-A’ à l’échelle sociale, c’est la rupture que constitue l’institution de la force de travail en marchandise et rien d’autre. &lt;br/&gt;Deuxièmement, le capital existe donc de par cette institution de la force de travail en marchandise, parce que cette force de travail achetée et mise en action sous sa domination possède une force productive de valeur, et de plus de valeur qu’il n’y en avait au départ. La source de la valeur est extérieure, bien qu’il s’agisse de se l’approprier et assujettir. Ce n’est donc pas l’autonomisation de la valeur qui fait de la force de travail une marchandise, c’est inversement cette dernière qui permet la dite autonomisation une fois qu’elle est vendable et achetable. Le travail n’est pas productif de valeur parce qu’il produit des marchandises, mais il produit des marchandises parce qu’il est productif de valeur, ce qui se réalise par le rapport salarial.&lt;br/&gt;De plus, cette institution du rapport salarial (la force de travail faite marchandise) est cela même qui généralise le rapport marchand étudié dans la première section : la valeur n’a donc pas pu, comme on l’a vu, naître du « troc ». La marchandisation repose sur le salariat et pas l’inverse.&lt;br/&gt;Enfin, si ce que dit Bihr résumant Marx à propos de la valeur de la force de travail est conforme au texte, celui-ci laisse une question ouverte : si la force de travail est «l'ensemble des facultés physiques et intellectuelles qui existent dans le corps d'un homme, dans sa personnalité vivante, qu'il doit mettre en mouvement pour produire des choses utiles », alors sa production et son renouvellement ne se réduisent pas aux seuls travaux nécessaires à l’entretien, la formation et le renouvellement intergénérationnel des travailleurs, mais ils proviennent aussi d’une masse incontournable d’activités non marchandes et d’héritages anciens : travail domestique et éducatif notamment féminin, acquis culturels, historiques, et biologiques, qui constituent les sujets humains sociaux comme tels. Bref, le sujet vivant qui vend sa force de travail et doit pour cela la produire, l’entretenir et la reproduire, sans lequel cette marchandise n’existerait pas, lui est irréductible en tant qu’elle est une marchandise.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Faute de souligner ces aspects, ce qu’il ne fait pas puisqu’ils entrent en opposition avec l’unilatéralité de son « fil rouge », Bihr, bien qu’ il n’y ait ici aucune inexactitude, laisse le champ ouvert à une compréhension du passage de l’argent au capital qui en ferait un phénomène naturel et inévitable, faisant suite au passage du troc à l’argent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2. Troisième section : et la lutte des classes ? et la politique ? (p.p. 29-35).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C’est dans la troisième section du livre I du Capital, sur la plus-value absolue, que Marx construit les catégories de classe capitaliste, de classe ouvrière et de lutte de classe entre elles. Moment le plus important du livre I du Capital paraissant en 1867, le passage clef se trouve au chapitre X, alinéa 1 :&lt;br/&gt;« Comme on le voit, à partir de limites tout élastiques, la nature même de l'échange marchand n'impose aucune limitation à la journée de travail et au travail extra. Le capitaliste soutient son droit comme acheteur, quand il cherche à prolonger cette journée aussi longtemps que possible et à faire deux jours d'un. D'autre part la nature spéciale de la marchandise vendue exige que sa consommation par l'acheteur ne soit pas illimitée, et le travailleur soutient son droit comme vendeur quand il veut restreindre la journée de travail à une durée normalement déterminée. Il y a donc ici une antinomie, droit contre droit, tous deux portant le sceau de la loi qui règle l'échange des marchandises. Entre deux droits égaux, qui décide ? La force. Voila pourquoi la réglementation de la journée de travail se présente dans l'histoire de la production capitaliste, comme une lutte séculaire pour les limites de la journée de travail, lutte entre le capitaliste, c'est-à-dire la classe capitaliste, et le travailleur, c'est-à-dire la classe ouvrière. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La traduction littérale des termes allemands rendus par « classe capitaliste » et « classe ouvrière », Gesamkapitalisten et Gesamtarbeiter, est « capitaliste collectif » et « travailleur collectif ». Cette traduction pourrait donc soulever une discussion :  s’agit-il bien pour Marx de « classes » ? - ce qui soulève le problème du sens de « classes », en général et chez Marx. Le point décisif est dans le développement de la contradiction : ce capitaliste collectif et ce travailleur collectif sont définis comme étant en opposition et sont définis par leur opposition, selon une contradiction réelle qui les contraint à recourir à la force collective. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;En ce sens, ce sont bien les « classes » qui sont définies ici par leur lutte - les classes de la lutte des classes. Leur antagonisme conduit à l’emploi de la force collective, sociale, à la lutte politique et aux solutions « extérieures », qui ne se ramènent pas à la lutte syndicale et politique pour une réglementation du temps de travail, seul aspect évoqué passagèrement par Bihr : le texte ci-dessus et son contenu sont absents dans Marx reformaté par Bihr.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Cette volatilisation intégrale et celle des catégories de classe, classe ouvrière, classe capitaliste et lutte de classe, s’explique logiquement par le primat du « fil rouge », puisque là plus que jamais on devrait sortir du cadre de l’« autonomisation de la valeur » pour comprendre et ce que veut dire Marx et dans quel monde nous vivons. &lt;br/&gt;De plus, le rôle du rapport de force global entre les classes capitaliste et ouvrière porte sur la détermination de la valeur de la force de travail, conditionnée par la réglementation (ou la non réglementation) du temps de travail : la valeur de cette marchandise clef, par laquelle seule domine le rapport marchand dans la société, est donc moins que tout « autonome », la lutte des classes déterminant dans ce cas le contenu « moral et historique » de la valeur comme disait Marx dans la section précédente.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt; Si Marx développe longuement la description de cette lutte dans la section III du premier livre du Capital, c’est parce que les intérêts en présence demeurent inconciliables, que la conquête du droit du travail permet à la classe ouvrière de s’organiser, de se cultiver, et d’étendre sa lutte qui va au-delà, vers la conquête du pouvoir politique contre le rapport salarial lui-même, le tout en relation, à l’époque, avec les luttes et les débats de l’Association Internationale des Travailleurs. &lt;br/&gt;Sa raison profonde, il la donne en citant un Inspecteur de fabrique (chapitre X, alinéa 6)  :&lt;br/&gt;« En constituant les ouvriers maîtres de leur propre temps, la législation manufacturière leur a donné une énergie morale qui les conduira un jour à la possession du pouvoir politique. »&lt;br/&gt;C’est là le lieu de faire cette remarque : la politique en son sens d’action commune, organisation commune, et réflexion commune fondée sur le débat argumenté, et en tant que politique du prolétariat, est rendue possible précisément par le fait que le mode de production capitaliste ne consiste pas seulement dans l’autonomisation de la valeur, mais dans la contradiction entre cette autonomisation et l’une des forces productives qui lui sont irréductibles, celle des sujets humains porteurs et vendeurs de leur force de travail, posés comme sujets libres sans moyens de vivre. &lt;br/&gt;La place de la politique, tant la politique révolutionnaire, visant à la conquête du pouvoir politique pour l’abolition du rapport salarial,  que la politique réformatrice au vrai sens du mot (plutôt que « réformiste »), visant à imposer des lois coercitives de protection comme conditions au combat émancipateur, est déterminée et fondée par les analyses du livre I du Capital. Sans jeu de mot, n’est-ce pas capital ?&lt;br/&gt;Mais du point de vue économiste de la seule « autonomisation de la valeur », ceci est gênant et peut-être même incongru. Mais c’est bien dans le Capital. Ne pas en parler quand on se veut guide de lecture, c’est faire une impasse stratégique …&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;3. Quatrième section : remarque sur les catégories de coopération, manufacture et machinisme. (p.p. 35-42).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un problème d’interprétation, analogue quoi que moins criant, à celui que nous avons rencontré à propos du « troc » et du fait de savoir si la première section est historique ou non, est posé à propos des moments de la domination réelle du procès de travail par le capital que sont chez Marx la coopération, la manufacture et le machinisme (p.p. 36-38). &lt;br/&gt;Il y a chez Marx ambigüité quant au caractère historique d’une part, et/ou de moments dialectiques nécessaires de la production de plus-value relative, d’autre part, de ces trois moments. &lt;br/&gt;Il est d’autant plus préférable là aussi de trancher en faveur d’une interprétation avant tout non historique, que les points faibles des développements de Marx, particulièrement à propos de la manufacture, le sont par le côté historique. L’emploi du terme « manufacture » est d’ailleurs lui-même une telle faiblesse. Il faudrait plutôt parler, pour ce second moment, de la division à la fois marchande et manufacturière du travail - ce que Marx a résumé par la formule « anarchie dans la division sociale du travail, despotisme dans l’atelier. » &lt;br/&gt;Tout cela ne veut pas dire que les catégories de coopération, division manufacturière du travail et machinisme chez Marx n’auraient pas de dimension historique, mais que cette dimension est chez lui seconde par rapport à leur statut de moments dialectiques de la production de plus-value relative.&lt;br/&gt;A. Bihr considère quant à lui que ces trois moments sont à la fois historiques et logiques, de la même manière qu’il considérait que les catégories du rapport marchand étaient les deux à la fois elles aussi. &lt;br/&gt;Or si le machinisme apparaît effectivement en dernier lieu, comme forme de production spécifiquement capitaliste (encore que ses origines historiques sont plus anciennes), il reproduit à son tour les trois moments, ce qu’A. Bihr ne voit pas (ou ne juge pas important d’indiquer). &lt;br/&gt;Le chapitre XV du premier livre du Capital, premier alinéa, donne une définition du machinisme en termes de forme sociale, qui fait du recours à la force motrice mécanique un moyen de sa fin, laquelle réside dans la substitution des machines-outils aux travailleurs. Coopération de machines juxtaposées (premier moment), systèmes de machines avec une division du travail entre elles (second moment), et apparition des machines à faire des machines, le machinisme reposant enfin sur lui-même (troisième moment), reproduisent les trois moments dans la dynamique du machinisme lui-même. &lt;br/&gt;Si ce processus a existé de manière historique (et s’est répété dans les « révolutions technologiques » successives), son élucidation par Marx procède de l’analyse des formes sociales dans laquelle la catégorie « abstraite », ici la plus-value relative et sa production, reçoit ses formes concrètes « reconstruites par la voie de la pensée » et donnant forme au matériel empirique et historique qui alimente ce procès de pensée. &lt;br/&gt;C’est ainsi seulement que l’on peut pleinement saisir la catégorie d’ « automate collectif » chez Marx, qui n’est pas une simple image, mais une construction concrète synthétisant les catégories dégagées par l’analyse.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;* * * &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Même si l’on pourrait y préciser un certain nombre de choses dans la perspective de notre présente critique, nous glisserons sur les résumés des cinquième, sixième, septième et huitième sections du livre I du Capital, qui ne posent pas de problèmes majeurs sauf à ergoter sur telle ou telle formulation, ce qui n’est pas notre propos. Remarquons simplement que la huitième section sur la prétendue « accumulation primitive », seule section réellement, mais très puissamment, historique du livre I du Capital, comme son résumé par A. Bihr, montrent bien que la genèse de la « valeur » à partir du « troc » ne tient pas : l’accoucheur du capital, à travers de grandes luttes sociales dont l’issue n’était pas donnée d’avance, c’est l’Etat.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Livre II : si l’autonomisation de la valeur est dans le Capital, c’est bien là, et pourtant … (p.p. 57-75).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Du point de vue de l’ « autonomisation de la valeur », il semble que le livre II du Capital soit le livre élu sur ce sujet. &lt;br/&gt;Dans sa première section l’unité dialectique des trois circuits du capital-argent, du capital productif et du capital marchandise, comme substance automotrice, est particulièrement remarquable : elle reproduit en l’amplifiant ce caractère déjà bien mis en valeur dans la seconde section du livre I sur la transformation de l’argent en capital. &lt;br/&gt;De manière analogue (sur ce point) à Moshe Postone découvrant l’Esprit de Hegel dans la forme du capital, ou plutôt le capital dans la forme de l’Esprit hégélien, Stavros Tombazos dans Le temps dans l’analyse économique. Les catégories du temps dans le capital (Paris, Société des Saisons, 1994) voit le capital en circulation de la première section du livre II fonctionner comme la vie (Leben) dans la Logique hégélienne - et S. Tombazos montre en même temps que cette section forme une sorte de centre, de point focal d’où tous les aspects du capital pourraient être présentés. &lt;br/&gt;Remarquons que là aussi, ces catégories hégéliennes contiennent l’idée de la chose qui grossit toute seule en se posant comme autonome, mais sont singulièrement plus riches de contenu que la simple idée unilatérale d’ « autonomisation de la valeur ». &lt;br/&gt;Le livre II, particulièrement sa première section, est celui qui envisage le capital comme chose en soi, mouvement infini d’auto-accroissement :&lt;br/&gt;« Le capital, étant de la valeur qui se met en valeur, n’implique pas seulement des rapports de classe, ou un caractère social déterminé reposant sur l’existence du travail comme travail salarié : c’est un mouvement, un procès cyclique traversant différent stades et qui lui-même implique trois formes différentes du procès cyclique. C’est pourquoi on ne peut le comprendre que comme mouvement, et non pas comme une chose au repos. Ceux qui considèrent l’avènement à une existence indépendante de la valeur comme  une pure abstraction, oublient que le mouvement du capital industriel est cette abstraction in actu. » -ce passage, dont j’ai souligné les termes qui me semblent les plus significatifs, se trouve au chapitre IV de la première section, dans l’édition d’Engels - il manque très malencontreusement dans l’édition de Maximilien Rubel.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Donnant un résumé techniquement remarquable et de la plus grande utilité - comme aide à la lecture et non comme « guide » de lecture ! - de ce livre II extrêmement touffu et souvent lacunaire, A. Bihr ne tire pourtant pas partie de son caractère qui semblerait apporter de l’eau à son moulin, ce qui étonne au premier abord.&lt;br/&gt;Mais à bien y réfléchir, souligner la façon dont le livre II semble voué à la description de la valeur comme chose automotrice, n’est-ce pas souligner la spécificité du livre II dans le plan du Capital, donc dans un plan qui n’est pas, lui, simplement voué à ce « fil rouge » là ? &lt;br/&gt;Oui, le livre II est celui qui envisage le capital comme mouvement pur, fuite en avant, valeur en procès, chose automotrice, fin en soi absurde, tautologie infinie, « mauvais infini » au sens de Hegel : il traite de la « forme »  du capital plus que de son contenu, une forme qui va à l‘encontre du contenu matériel et dynamique qui reste le sien - le travail humain et la nature. La contradiction réelle au sens de Marx n’est pas contenue dans l’ « autonomie de la valeur », mais dans son opposition avec cette base vivante. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Reconnaître la spécificité du livre II et en tirer partie au maximum pour illustrer justement l’ « autonomie de la valeur » impliquait de reconnaître que ceci n’est qu’un moment, un moment essentiel mais rien qu’un moment, dans un développement qui va au-delà, lui qui critique les catégories économiques et reconstruit le concret par la voie de la pensée. On peut risquer la supposition que, s’en rendant compte ou pas, c’est au fond pour cela qu’A. Bihr par un apparent paradoxe n’a pas souligné cet aspect du livre II qui de prime abord aurait pu illustrer vigoureusement son propre « fil rouge ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Livre III : « fil rouge » et simplifications.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le « fil rouge » de l’ « autonomisation de la valeur » est suivi de manière cohérente et systématique par A. Bihr dans son résumé « guidant la lecture » du livre III du Capital, alors que celui-ci n’est pas seulement le livre où se développe encore cette autonomisation, mais est du même coup celui du passage au concret pensé dans lequel la « valeur », le capital, prennent des formes concrètes diversifiées et où leur « autonomie » se manifeste donc en même temps qu’elle entre en contradiction aggravée avec ses fondements réels, le travail et la terre. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1. Première section (transformation de la plus-value en profit) : l’ « autonomie de la valeur » en marche (p.p. 77-81).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ce qu’A. Bihr retient avant tout de Marx, c’est d’abord que le profit, par rapport à la plus-value, est une catégorie trompeuse qui masque l’origine de cette dernière, donc que l’« autonomie de la valeur » et le « fétichisme » franchissent avec lui un pas supplémentaire : on voit qu’au fond ces deux notions, de fait équivalentes chez Bihr, se ramènent en pratique chez lui au degré de tromperie et d’illusion beaucoup plus qu’au mode concret et nécessaire d’existence du capital. La limite de cette conception apparaîtra avec la section suivante.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2. Deuxième section (transformation du profit en profit moyen) : la concurrence deus ex machina (p.p. 81-88).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Passant à la seconde section du livre III, Bihr voit surtout dans le taux moyen de profit encore une étape de franchie sur la voie de l’illusion auquel tend à être ramené ici le fétichisme, puisque le profit de chaque capitaliste provient de l’exploitation sociale globale et non de son entreprise. &lt;br/&gt;Or, c’est pourtant un fait réel que nous avons là et non une illusion : avec la représentation fétichisée et idéologique du « taux de profit moyen » les rapports sociaux ne font pas que revêtir une forme d’apparition. Comme c’est bien le profit moyen que chaque capitaliste est « en droit d’attendre », ces rapports apparaissent bien pour « ce qu’ils sont », pour reprendre ici une expression de Marx du livre I sur le fétichisme. C’est que le fétichisme est le mode d’être et de fonctionnement des rapports sociaux capitalistes, et pas seulement une illusion trompeuse identique à l’ « autonomisation de la valeur ». &lt;br/&gt;Avec la formation d’un taux général de profit, ceci correspond au rapport de classe et à la constitution des capitalistes en une classe dominante opposée dans son ensemble au prolétariat, « faux frères » mais « frères » selon les images de Marx, et non pas seulement en une bande de Rapetous se faisant concurrence. Logiquement, cet aspect décisif, constitutif de la classe capitaliste, disparaît dans le résumé d’A. Bihr.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais parallèlement au « fil rouge », nous avons dans le résumé par A. Bihr de la manière dont s’effectue selon lui chez Marx la formation d’un taux de profit moyen, une simplification réductrice de Marx de type ricardien. Il est d’autant plus important de le montrer que le résumé d’A. Bihr est, somme toute, le résumé classique de la supposée « péréquation des taux de profit » telle qu’il a pu être donné au XX° siècle dans les écoles de formation des organisations se réclamant du marxisme, lorsqu’elles abordaient ce sujet.&lt;br/&gt;Selon Marx d’après Bihr, le profit moyen est formé par la concurrence. Au niveau d’une branche de production (où la composition organique du capital est homogène) la loi de l’offre et de la demande impose des prix et une valeur de marché. Entre les branches, c’est « le même processus », selon Bihr, qui opère, mais cette fois-ci par des mouvements de capitaux, affluant des branches où l’offre est trop forte, vers celles, moins productives, où la demande est plus importante : ces investissements font alors monter la composition organique du capital de ces dernières branches, accroissant leur productivité, et y font donc baisser la valeur de chaque marchandise et remonter l’offre par rapport à la demande solvable. Mais ceci à son tour fait refluer les capitaux vers une autre branche, et ainsi de suite.&lt;br/&gt;Cette représentation n’est pourtant qu’un aspect, et pas le plus important, de ce qu’analyse et met à jour Marx. Chez lui, il s’agit d’une hypothèse de travail qu’il développe, tourne, retourne et critique, à partir des indications souvent furtives de Ricardo, dans ses manuscrits de 1862-1863 appelés Théories sur la plus-value (section IX et surtout section X). Il y envisage la formation des prix au niveau des branches puis au niveau social, en soulignant la forte différence, et non pas l’identité, des deux niveaux, puisque la formation des prix de marchés dans une branche aboutit par elle-même à des taux de profits très différents d’une branche à l’autre. La lecture de ces pages montre bien que si ce schéma où les prix sont formés dans la branche puis sont péréqués par les mouvements de capitaux entre branches, est présent chez Marx, il ne suffit absolument pas pour lui à expliquer l’existence même d’un taux de profit commun et conduit à des apories et des difficultés. &lt;br/&gt;La seconde section du livre III du Capital est donc incompréhensible si on la lit uniquement sous cet angle et, à cet égard, le « guide de lecture » risque de mettre le lecteur en déroute. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Marx nous a donné la piste pour mieux cadrer cette question. Dans le livre I (rédigé par lui après ces recherches et qui en tire certaines conclusions), il écrit, à l’occasion de la formation de la plus-value relative (quatrième section), que « les tendances immanentes de la production capitaliste se réfléchissent dans le mouvement des capitaux individuels » et « se font valoir comme lois coercitives de la concurrence et par cela même s’imposent aux capitalistes comme mobiles de leurs opérations. » (les passages soulignés le sont par moi, VP).&lt;br/&gt;La concurrence n’est pas un facteur premier, mais un mode de réalisation des tendances premières, et si elle a une autonomie c’est pour cela, c’est sur cette base, et c’est dans ces limites. La concurrence n’est pas la cause du taux de profit commun aux différents capitaux, mais son mode de réalisation. C’est pourquoi Tran Hai Hac dans Relire le capital suggère de distinguer chez Marx le « taux de profit général », qui est premier, qui donne son unité et assure son existence au mode de production, du « taux de profit moyen » qui résulte de la mise en moyenne des différents taux de branches, par la concurrence des capitaux. Cette concurrence des capitaux est elle-même qualitativement différente des variations de prix dans une même branche, et non pas de même nature qu’elle comme dans le résumé d’A. Bihr. &lt;br/&gt;L’approche en terme de « taux de profit général » et l’approche en terme de « taux de profit moyen » ne coïncident pas immédiatement ; il y a une tension entre elles qui explique les formulations parfois embrouillées de Marx qui ne les a pas clairement distinguées. &lt;br/&gt;Le mouvement réel est fait de leur unité. Les mouvements de capitaux entre les branches sont autant la conséquence du taux de profit général, qui les suscite et leur donne leur cohérence, qu’ils sont la cause du taux de profit moyen. &lt;br/&gt;Le mode de production capitaliste consiste dans la tendance à un taux de profit général, dont le niveau n’est pas fixé une fois pour toutes - il tend à baisser cycliquement et sur le long terme. &lt;br/&gt;Dans la combinaison de ces deux approches, celle qui est fondamentale et propre à Marx, c’est la première, où la concurrence n’est pas la cause, mais le mode de réalisation des tendances immanentes du capital. Or, c’est ici encore l’ approche propre à Marx qui est totalement escamotée dans le résumé d’A. Bihr.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Nous nous trouvons là devant un problème comparable à celui du « troc » dans son résumé de la première section du livre I, et qui en est la suite logique : le troc aurait engendré l’argent qui aurait engendré le capital, et de même ici la loi de l’offre et de la demande engendrerait les valeurs au niveau des branches et la concurrence engendrerait le taux de profit moyen … &lt;br/&gt;Cette chaîne causale, qui est justement de type fétichiste au sens de Marx, réduit la dynamique contradictoire et dialectique du réel à une relation linéaire toute « matérialiste » et économiste. « Autonomie de la valeur » éthérée et abstraite d’un côté, réduction des processus contradictoires du réel de l’autre aux « lois de l’économie » comme la « loi de l’offre et de la demande », se complètent en un ensemble qui certes, est respectable et discutable … mais qui n’est pas la pensée de Marx et ne correspond pas à ses écrits.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;3. Troisième section (baisse tendancielle du taux de profit) : quelques précisions nécessaires (p.p. 88-93).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La baisse tendancielle du taux de profit (troisième section), dans cette même perspective, est comprise ainsi quant à sa signification profonde : &lt;br/&gt;« La baisse tendancielle du taux de profit manifeste finalement une contradiction foncière entre le but de la production capitaliste, qui est toujours la valorisation maximale du capital, et les moyens qu’elle met en œuvre à cette fin, notamment l’augmentation de la productivité du travail. » (A. Bihr, p. 93).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Présentation non pas inexacte, mais réductrice et unilatérale. La contradiction apparaît ici comme interne au processus d’autonomisation de la valeur (valorisation du capital d’un côté, productivité du travail de l’autre), alors qu’elle oppose chez Marx l’accumulation du capital à ses fondements sociaux et naturels, savoir les forces productives qu’il accroît en se les soumettant, augmentant la composition technique du capital et, indirectement et de manière contradictoire et limitée, sa composition valeur. &lt;br/&gt;La contradiction réelle, ici, se situe entre le capital et les forces productives, et dans les « forces productives » il y a la classe ouvrière et il y a la terre. Dans toute leur ampleur, ces contradictions réelles débouchent tant sur la lutte des classes que sur la crise environnementale planétaire actuelle, et pas seulement sur les crises cycliques.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour Marx la « loi de la baisse tendancielle du taux de profit » est au départ un acquis des économistes classiques (Smith et Ricardo), qui n’ont pas su l’expliquer. Dans la troisième section des manuscrits préparatoires au livre III (ce qu’est réellement le texte de Marx dont nous parlons ici, il ne faut pas l’oublier : un brouillon de recherche), il éclaire ce thème - réellement classique jusqu’alors - par l’accumulation du capital. &lt;br/&gt;Il peut le faire parce qu’il a auparavant, dés les manuscrits de 1857-1858, saisi le problème dans toute son ampleur véritable, non pas comptable, mais de civilisation, non pas interne à la mise en valeur du capital, mais comme contradiction entre cette mise en valeur et les « forces productives » - de belles citations sont possibles ici. En voici quelques unes : en effet, sur ce sujet, le Capital ne contredit pas sa première version, celle de ces manuscrits, où Marx s‘exprime d‘une façon plus directe, plus intuitive, qui va droit au but :&lt;br/&gt;« Le capital est lui-même la contradiction qui tient à ce qu'il cherche constamment à supprimer le temps de travail nécessaire (...) alors que le temps de surtravail n'existe que de façon oppositive, uniquement en opposition au temps de travail nécessaire (...). Un développement des forces productives matérielles -qui est en même temps développement des forces de la classe ouvrière- abolit à un certain stade le capital lui-même. »&lt;br/&gt;« Les forces productives et les relations sociales -les unes et les autres étant deux cotés différents du développement de l'individu social- n'apparaissent au capital que comme des moyens, et ne sont pour lui que des moyens de produire à partir de la base bornée qui est la sienne. Mais en fait, elles sont les conditions matérielles pour faire sauter cette base. »&lt;br/&gt;« Au delà d'un certain point, le développement des forces productives devient un obstacle pour le capital ; donc le rapport capitaliste devient un obstacle au développement des forces productives du travail. Parvenu à ce point, le capital, c.-à-d. le travail salarié, entre vis-à-vis du développement de la richesse sociale et des forces productives dans le même rapport que les corporations, le servage, l'esclavage, devient une entrave dont, nécessairement, on se débarrasse. L'ultime figure servile que prend l'activité humaine, celle du travail salarié d'un côté, du capital de l'autre, se trouve ainsi dépouillée [Abgestreift : est éliminée], et ce dépouillement lui-même est le résultat du développement correspondant au capital ; les conditions matérielles et intellectuelles de la négation du travail salarié et du capital, qui sont elles-mêmes la négation de formes antérieures de la production non libres, sont elles-mêmes résultat de ce procès de production. L'inadéquation croissante du développement productif de la société aux rapports de production qui étaient les siens jusqu'alors s'exprime dans des contradictions aiguës, des crises, des convulsions. »&lt;br/&gt;« Le stade suprême de développement de la puissance productive ainsi que le plus grand accroissement de la richesse jamais connu coïncideront donc avec la dépréciation du capital, la dégradation du travailleur et l'épuisement systématique de ses capacités vitales. (…) Ces contradictions conduisent bien sûr à des explosions, à des crises dans lesquelles la suppression momentanée de tout travail et la destruction d'une grande part de capital ramènent ce dernier par la violence à un point où il est en mesure d'exploiter au maximum ses capacités productives sans être conduit au suicide. Pourtant, ces catastrophes périodiques sont vouées à se répéter à plus large échelle et conduisent finalement au renversement violent du capital. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il y a tout cela derrière et dans la « baisse tendancielle du taux de profit ». Sa réduction à la contradiction entre la valorisation du capital comme but et l’accroissement de la productivité comme moyen ne permet pas d’en prendre toute la mesure.  On voit ici la portée de l’élimination par A. Bihr de la catégorie marxienne de « forces productives » pourtant fréquente dans le texte de Marx sur la baisse tendancielle, catégorie remplacée par celle de « productivité sociale du travail » qui ne désigne, elle, les forces productives qu’en tant qu’internes au capital. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Juste après le passage d’A. Bihr donné ci-dessus, celui-ci poursuit immédiatement en synthétisant ainsi ce que selon lui Marx dit de la baisse tendancielle du taux de profit :&lt;br/&gt;« Cette dernière [l’augmentation de la productivité du travail] conduit en effet à rendre la valorisation du capital de plus en plus difficile et parcimonieuse, en diminuant sans cesse la quantité de travail vivant qu’un capital de grandeur donnée peut absorber et, par conséquent, la quantité de surtravail qu’il peut extorquer. En un mot, elle tend à tarir la source même de toute plus-value. »&lt;br/&gt;Nous avons là une présentation mécanique et schématique du processus réel susceptible d’aller jusqu’à l’absurde. La source de la plus-value n’est en aucun cas « tarie » par l’évolution de la composition du capital, laquelle consiste dans la proportion entre deux composantes, le capital constant et le capital variable, et non dans la disparition du capital variable. Il y a toujours du travail vendable et exploitable (contradictoirement, il y en a même d’autant plus, en termes d’offre, qu’il est rendu surnuméraire et mis en chômage). La baisse tendancielle du taux de profit, comme son nom l’indique, voit baisser le taux du profit par rapport au capital à investir, ou inversement (mais c’est la même chose) elle voit augmenter la quantité de capital qu’il faut investir pour avoir telle quantité de profit, mais elle ne voit nullement se tarir la possibilité même d’une plus-value. Elle ne conduit pas à un arrêt de la production de plus-value, mais à l’obligation d’investir toujours plus et de dévaloriser la force de travail encore et encore, provoquant une crise majeure des relations sociales et des relations avec la nature. &lt;br/&gt;Cette crise majeure, envisagée dans la dernière citation ci-dessus des manuscrits de 1857-1858, interfère bien sûr avec les crises cycliques qui sont les seules dont parle A. Bihr (ainsi la dernière grande crise cyclique, depuis 2008, révèle la crise historique majeure), mais elle ne s’y identifie pas. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il est permis de se demander si nous n’avons pas là, après le rôle du « troc » au début, et après celui de « la concurrence » comme seul agent du taux de profit dans la section précédente, un nouvel exemple d’exagération-simplification « matérialiste » et mécaniste faisant pendant, chez Bihr, aux envolées sur le rôle moteur de l’autonomie et du fétichisme en tant que tels … &lt;br/&gt;En tout cas cette représentation schématique ne rend précisément pas compte de l’aggravation hyperbolique des contradictions réelles, entre la valorisation du capital et les forces productives de la société et de la nature, dont la loi de la baisse tendancielle du taux de profit est la manifestation et le symptôme.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;4. Quatrième et cinquième sections (capital marchand et capital productif d‘intérêt) : le fétichisme du fétichisme chez A. Bihr (p.p. 93-105)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Poursuivant sur la voie de l’ « autonomisation de la valeur », A. Bihr tend de plus en plus, dans la suite de son résumé, à faire de ce concept un deus ex machina doté de volonté et de force propre. &lt;br/&gt;C’est l’autonomisation de l’autonomisation, le fétichisme du fétichisme :&lt;br/&gt;« La formation d’un profit marchand est donc l’effet direct du fétichisme capitaliste qui fait apparaître la valorisation du capital comme l’œuvre du seul capital …&lt;br/&gt;… Œuvre du fétichisme capitaliste, le profit marchand le conforte en retour. » (p. 96, résumant la quatrième section sur le capital marchand ; passage souligné par moi, VP).&lt;br/&gt;« C’est ce fétichisme de la valeur sous sa forme de capital financier qui va donner naissance au capital fictif. » (p. 100, sur la cinquième section à propos du capital financier ; passage souligné par moi).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;En ce qui concerne ce qui est dit là du profit marchand, c’est en fait le rapport social salarial et marchand généralisé qui impose un taux de profit général qui s’applique à tous les capitaux, y compris ceux qui ne sont pas engagés dans la production de plus-value mais dans sa circulation : le capital commercial et marchand apporte donc le profit moyen à ses faisant fonction que sont les capitalistes commerçants et marchands. &lt;br/&gt;Ceci engendre le fétichisme et fonctionne sous le mode du fétichisme, c’est-à-dire que les choses leur apparaissent pour ce qu’elles sont, et pas seulement de façon illusoire : dans les rapports sociaux existant l’investissement de leur capital leur « donne droit » au profit moyen. &lt;br/&gt;Ce n’est pas le fétichisme qui engendre cela - à la lettre, la phrase d’A. Bihr voudrait dire que c’est « le fétichisme » qui fait exister les commerçants ! Réciproquement, il serait également simpliste de dire que le fétichisme n’en est que la conséquence : il en est le mode d’existence, il est la forme des rapports sociaux.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;En ce qui concerne le capital fictif, ce n’est pas non plus « le fétichisme » qui lui donne naissance, tel un ectoplasme tout puissant, mais c’est le fétichisme qui est son mode d’être et de fonctionnement réel, nécessairement. &lt;br/&gt;Le rapport social sur lequel se fonde le capital fictif est la capitalisation, expliquée techniquement par A. Bihr juste après la phrase critiquée ici : on considère tout revenu régulier comme fruit d’un capital, que celui-ci existe ou non. Outre le prix des actions et des titres de la dette publique sur les marchés financiers, Marx anticipe brillamment sur certains projets néolibéraux contemporains en signalant qu’on peut même faire passer le salaire pour l’intérêt d’un capital et, chose importante, il explique dans la section suivante que les prix fonciers et immobiliers sont de la rente foncière capitalisée. &lt;br/&gt;C’est là un rapport social tout à fait réel et non pas une création pure et simple du « fétichisme » qui en est le mode d’être et de fonctionnement.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Finalement le schéma du capital financier où l’argent produit de l’argent, A-A’, est classiquement présenté par A. Bihr comme le stade suprême du fétichisme, avec lequel l’autonomie de la valeur parvient à son apogée et à sa chute, résumée par une image amusante : &lt;br/&gt;« … à l’image de ces personnages de dessins animés dont la course ne peut se poursuivre que tant qu’ils n’ont pas conscience qu’ils sont suspendus dans le vide. »&lt;br/&gt;Oui, mais … là encore le schéma est unilatéral. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A-A’ est tout autant chez Marx le point de départ du capital que l’aboutissement logique et absurde de son autonomie. A-A’ ne résume pas seulement le cycle du capital financier, parasitaire par rapport au capital productif, mais le cycle du capital réel, tendanciellement identique au capital financier qui n’est pas seulement son parasite, mais qui est son prolongement nécessaire sans lequel, avec le système de crédit, la production capitaliste n’existerait pas et ne fonctionnerait pas. &lt;br/&gt;Marx a d’ailleurs probablement rédigé le chapitre XXIV du « livre III », où se trouve le passage sur la forme A-A’, avant le passage du premier chapitre du livre I sur le fétichisme et s’en est très probablement servi pour ce dernier. &lt;br/&gt;Le fétichisme du capital financier résumé, en tant que croyance et illusion (ce à quoi ne se réduit pas, nous l’avons dit, le fétichisme) par l’idée que A-A’ fonctionne magiquement (idée qui n’est pas qu’illusoire : pour son bénéficiaire les choses sont bel et bien ainsi quand la bourse monte ! ), n’est pas seulement l’extrême et ultime prolongement du processus d’ « autonomisation de la valeur » : il en est dés le début l’essence même du propre point de vue du capital productif singulier.&lt;br/&gt;A-A’ est d’ailleurs le résumé par ses deux termes extrêmes de la formule de la seconde section du livre I, A-M-A’, aussi bien que celui de la formule du circuit du capital-argent par laquelle commence le livre II. Et il en est l’essence même parce qu’il résume la capacité et la raison sociale du capital à croître, il est un rapport social de production.&lt;br/&gt;Si donc le capital financier a son autonomie chez Marx, celle-ci est fondée sur sa nécessité par rapport au capital tout court ; il n’est pas une structure postiche qu’aurait engendré le « fétichisme ». Le parasitisme financier n’est pas superflu pour le capital, il lui est nécessaire : il n’y a pas de bon « capital productif » dans une « économie réelle » que l’on pourrait opposer au mauvais, ou plus mauvais encore, « capital financier » parasitaire, bien que ce parasitisme soit tout à fait réel.&lt;br/&gt; Et pour revenir sur l’analogie avec les dessins animés de Tex Avery, la poursuite de la fuite en avant financière et/ou la chute dans le gouffre n’est pas en fin de compte une affaire de conscience ou de non conscience de l’abyme qui s’ouvre sous les pieds du personnage, mais une résultante du fonctionnement des rapports sociaux de production. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;5. Septième section. (p.p. 110-114)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Nous viendront juste après sur la sixième section sur la rente foncière, qui ne s’insère pas dans le schéma de l’ « autonomisation de la valeur ». &lt;br/&gt;La septième et dernière section entreprend de présenter l’apparence courante des revenus à la surface de la société, voyant dans les salariés des gens qui apportent « leur travail » et sont payés pour cela de leur salaire, dans les capitalistes des gens qui apportent « leur capital » qui leur vaut leur profit et dans les rentiers ceux qui apportent « leur terre » qui leur vaut leur rente.&lt;br/&gt;Tout en notant que cette sixième section est la plus inachevée - ce qu’il serait tout de même la moindre des choses de rappeler … -, on saura gré à A. Bihr d’en avoir donné un résumé précis, à ceci prés qu’il élimine le terme de « classes sociales » qui est pourtant bien présent ici, puisque les classes apparaissent comme les formations émergentes, à la surface de la société, associées chacune à une forme de revenu, ce que Marx critique comme fétichisme. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;In fine, la manière dont A. Bihr a choisi de présenter la conception du fétichisme de Marx, tend à dépasser ses propres limites : &lt;br/&gt;« … l’apparence fétichiste des rapports de production devient elle-même une condition de possibilité de la reproduction de ces mêmes rapports qu’elle masque et mystifie cependant et, partant, un élément constitutif de leur réalité. »&lt;br/&gt;Enfin ! … serait-on tenté de dire ; mais c’est là la dernière phrase du résumé du livre III du Capital par A. Bihr. Elément constitutif de la réalité des rapports de production, exprimant « ce qu’ils sont », le fétichisme l’était depuis longtemps dans le Capital ; chez Marx l’illusion ne devient pas seulement in fine composante de la réalité, elle est, comme fétichisme, le contenu réel des rapports sociaux.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt; La rente foncière, ou la section non digérée.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C’est toute la sixième section, sur la rente foncière, qui est à reprendre, pas seulement par rapport au résumé (classique) d’A. Bihr, mais par rapport à pratiquement tous les résumés, digests et commentaires du Capital. D’où l’importance de la critique présente qui va très au-delà du seul livre d’A. Bihr, qui est un peu le résumé clair et précis de ce qui se raconte, quand on en parle encore, sur cette section hélas oubliée la plupart du temps, ni lue ni comprise, du Capital.&lt;br/&gt;Insistons-y : comme à propos du troc et de l’échange marchand, de l’appréhension historique des catégories de coopération, manufacture et machinisme, du rôle de la concurrence par rapport aux taux de profit commun, ce que nous donne A. Bihr est une épure claire et nette de la vulgate qui a dominé au XX° siècle, remise par lui sur son piédestal via la fétichisation de l’ « autonomisation de la valeur » soi-disant découverte comme secret de Marx, et c’est cela qui justifie l’intérêt de la critique que je mène ici.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A partir des remarques fondamentales de Tran Hai Hac j’ai tenté le travail de restitution de cette section dans la perspective de Marx dans mon Aide à la lecture pour le livre III du Capital :&lt;br/&gt;&lt;a href=&quot;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Entrees/2010/8/11_Aide_a_la_lecture_du_Capital-.-livre-III.html&quot;&gt;http://www.le-militant.org/Militant/Theorie/Entrees/2010/8/11_Aide_a_la_lecture_du_Capital-.-livre-III.html&lt;/a&gt; &lt;br/&gt;Je me permets de renvoyer à ce texte en ligne pour en envisager la portée réelle, considérable. &lt;br/&gt;C’est en effet avec cette section qu’une aide à la lecture est la plus utile, pour trois raisons tenant au contenu du texte que Marx nous a légué, un brouillon de recherche :&lt;br/&gt;- la sixième section ne contient pas de présentation de la question de la propriété foncière dans toute son ampleur, qu’il faut chercher dans les autres manuscrits du Capital (ceux de 1857-1858 et ceux de 1862-1863).&lt;br/&gt;- les chapitres sur la rente différentielle si on les lit trop vite semblent poser comme des faits acquis des lois tirées de Ricardo, alors qu’en les lisant attentivement on constate qu’ils les contredisent : il y a là une sorte de « piège » qui mène droit au contresens par rapport à ce que Marx écrit réellement, dans lequel Bihr, nous allons le voir, est tombé (on serait tenté de dire : comme tout le monde, Engels compris - mais il est pourtant un peu surprenant de voir Bihr y tomber après que les éditions Pages Deux ait publié le travail de Tran Hai Hac en 2003).&lt;br/&gt;- le chapitre sur la rente absolue repose sur une hypothèse de travail que l’on a généralement prise pour une affirmation théorique principielle, alors que cette hypothèse de travail (la branche agricole sous-développée) n’est pas cohérente par rapport au contenu et à la méthode du reste du Capital : une aide à la lecture sérieuse plutôt qu’un « guide », se voit donc ici dans l’obligation de critiquer la lettre de Marx - sachant que justement ces pages n’étaient que son chantier.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A. Bihr résume en trois points la théorie de Marx sur la rente foncière :&lt;br/&gt;- la propriété foncière est nécessaire à la liquidité du capital ; &lt;br/&gt;- les surprofits agricoles permettent le prélèvement d’une rente différentielle par les propriétaires ; &lt;br/&gt;- les particularités de la branche agricole permettent le prélèvement d’une rente absolue.&lt;br/&gt;Ce résumé est mutilant et réducteur.&lt;br/&gt;Mutilant, car Marx a introduit plusieurs concepts que ce résumé ne laisse même pas en jachère puisqu’il choisit de les ignorer, comme la fertilité naturelle, la fertilité économique et la fertilité agronomique du sol, ainsi que la rente extensive et la rente intensive, introduites par Marx respectivement comme « rente différentielle de type I » et « rente différentielle de type II ». &lt;br/&gt;Ces nombreuses catégories économiques construites par Marx sur l’agriculture se situent au cœur de sa conception des forces productives et de la composition organique du capital, qu‘elles ont contribué à façonner. Elles sont d’un immense intérêt surtout aujourd’hui pour étudier les rapports entre la nature et la société. Elles sont maintenues dans l’oubli de la non lecture ou de la lecture tronquée par les quelques résumés et « guides » existant.&lt;br/&gt;Ce résumé est aussi réducteur, car il s’agit plus que pour toute autre section du Capital d’un texte inachevé, alors que la plupart des lectures standards, et A. Bihr n’échappe pas à la règle, transforment en dogmes « marxistes » les présupposés ricardiens que Marx prend comme hypothèses à critiquer ! &lt;br/&gt;Voyons cela.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1. Propriété foncière et capital (p.p. 105-106).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A. Bihr commence par rappeler à juste titre que le mode de production capitaliste suppose, présuppose plus exactement, le monopole de la terre, donc la propriété foncière privée. Notons ici au passage que le terme « privée » chez Marx concerne aussi la propriété étatique par opposition à la propriété sociale (la propriété d’Etat de la terre est en soi la forme qui convient le mieux au capital, estime Marx dans les Théories sur la plus-value, section VIII). &lt;br/&gt;La raison qu’A. Bihr développe le plus pour expliquer la nécessité de cette pré-condition est que le capital a intérêt à ce que la terre ne soit pas un élément du capital, mais une condition de valorisation mise à sa disposition, ce qui assure mieux sa liquidité. Précisons que ceci s’applique même aux capitalistes qui achètent leur terrain : pour cette raison, acheter des bien-fonds n’accroît pas, à l’échelle sociale, la composition organique du capital contrairement à ce que dit en passant A. Bihr, car il ne s’agit pas d’un investissement en capital mais du paiement, sous la forme du prix foncier, de la rente foncière capitalisée, partie du profit. Ce serait un investissement en capital fixe si et seulement si la propriété foncière n’existait pas, mais alors cette pré-condition du mode capitaliste de production serait éliminée, et le dit mode de production, détruit.&lt;br/&gt;La liquidité du capital est certainement une raison puissante pour laquelle le capital a intérêt, malgré la rente à payer, à ce que la propriété foncière (ou l’Etat) lui alloue le sol, mais la raison fondamentale est celle qu’indique A. Bihr au début sans trop y insister, à savoir la séparation des producteurs et des moyens de production. La propriété foncière est la pré-condition du salariat, elle est donc l’un des rapports sociaux fondamentaux, avec le rapport salarial et le rapport marchand, de la société capitaliste. C’est un rapport qui n’est pas identique à l’accumulation capitaliste, à l’autonomisation de la valeur, qui ne rentre pas du tout dans le « fil rouge » d’A. Bihr, même si bien entendu la rente accumulée peut être transformée en capital (notamment financier).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2. Les chapitres sur la rente différentielle, un trésor marxien inconnu ! (p.p. 106-108).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Concernant la rente différentielle, selon A. Bihr dans Marx il y aurait ceci :&lt;br/&gt;« … pour une structure de l’offre et un niveau de la demande donnés, le prix de marché des produits agricoles se règle d’après leur prix de production sur les plus mauvais terrains, les moins fertiles (…) ou les plus mal situés … »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Cette affirmation attribuée ici à Marx n’est pas de lui, mais de Ricardo. Marx la prend à plusieurs reprises comme hypothèse de travail et aboutit à chaque fois à des contradictions ou à la mise à jour de situations qui la démentent. &lt;br/&gt;Marx, lui, reconnaît seulement que dans l’agriculture (et dans les mines, comme, pourrait-on ajouter, dans l’extraction pétrolifère aujourd’hui) les inégalités d’origine naturelle confèrent une plus grande permanence relative à l’existence de secteurs internes aux branches de production, réalisant les uns des surprofits, d’autres le profit moyen, d’autres encore des sous-profits, par rapports aux prix de production moyens qui s‘imposent à eux. &lt;br/&gt;A l’inverse du dogme étrange qui lui est attribué par A. Bihr après bien d‘autres, les recherches de Marx démontrent en réalité que la situation « ricardienne », dans laquelle les plus mauvais terrains déterminent les prix de toute la branche agricole, est tout à fait exceptionnelle (elle généralise certains aspects de la situation anglaise dans les années 1792-1815). &lt;br/&gt;Marx montre que la rente différentielle peut exister à partir de surprofits dans des circonstances variées étrangères au schéma de Ricardo, et il découvre que des rentes différentielles peuvent exister aussi sur les plus mauvais terrains, contrairement à la thèse que lui attribuent explicitement Bihr et la plupart des commentateurs : &lt;br/&gt;« L’analyse précédente [de Marx] exclut que les plus mauvais terrains soient porteurs de rente différentielle. » (Bihr)&lt;br/&gt;Les passages de Marx où celui-ci dit exactement le contraire et présente plusieurs situations de ce type sont pourtant assez nombreux, à croire qu’il est habituel de résumer cette section sans la lire ou la relire : &lt;br/&gt;- au chapitres XLIII (édition d’Engels), dans la seule partie rédigée par Marx (le reste est un complément qui a paru utile à Engels) apparaît une action « directe » de la rente différentielle sur le prix de production quand la productivité  des investissements additionnels décroit ;&lt;br/&gt;- le chapitre XLIV est consacré au cas de la Rente différentielle même sur le plus mauvais sol cultivé  ( ce sont les termes de Marx), &lt;br/&gt;- le chapitre XLV sur la rente absolue, écrit auparavant par Marx, comporte en fait la première rédaction de l’exposé sur la façon dont peut exister une rente différentielle sur le plus mauvais terrain. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Si l’on ne comprend pas que, dans les chapitres sur la rente différentielle, Marx prend le dogme ricardien pour point de départ mais le déconstruit ensuite en long, en large et en travers, tout en donnant ainsi un exemple vivant de « reconstruction du concret par la voie de la pensée » à propos de la concurrence en général sur laquelle ces chapitres sont du plus haut intérêt, on ne comprend rien à leur contenu réel.&lt;br/&gt;De plus il ne faut surtout pas omettre que ces chapitres ont été écrits par Marx en dernier, contrairement à l’ordre des éditions du Capital (aussi bien Engels que Rubel) issu du premier plan qu’il avait fait pour cette section, plan sur lequel il a ensuite, probablement, pour le moins hésité. &lt;br/&gt;Ces chapitres difficiles et inconnus, et qui resteront inconnus ou indéchiffrables tant que leur résumé dominant sera toujours celui ici donné par A. Bihr, illustrent le proverbe goethéen : Grise est la théorie, vert est l’arbre de la vie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;3. Une rente absolue très relative. (p.p. 108-110).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Concernant enfin la rente absolue, A. Bihr tient pour « généralement vérifié » le fait que la composition organique et la vitesse de rotation moyenne du capital en agriculture sont plus faibles que dans les autres branches de la production capitaliste, ce qui est la base de l’hypothèse de Marx selon laquelle la propriété foncière empêche l’alignement des prix agricoles (et aussi miniers) sur le taux de profit moyen et, puisque la valeur des produits agricoles est supérieure, peut ainsi prélever sa rente.&lt;br/&gt;L’inconsistance de cette hypothèse de Marx si on la généralise est patente. &lt;br/&gt;D’une part elle n’explique pas comment des branches peuvent ainsi se soustraire au taux de profit général, donc à l’unité du mode de production capitaliste et de ses rapports sociaux comme tels.&lt;br/&gt;D’autre part, il peut très bien arriver et il arrive que les deux conditions « généralement vérifiées » selon Bihr ne le soient plus, quand l’agriculture s’industrialise et voit la productivité du travail y battre des records chez elle aussi : peut-on raisonnablement croire qu’un gros céréalier du bassin parisien utilisant des ordinateurs et des bataillons de moissonneuses batteuses pour juste quelques saisonniers et une secrétaire, a un capital d’une composition organique inférieure à la moyenne !? &lt;br/&gt;Il arrive même que ces deux conditions n’aient jamais été vérifiées : ainsi de l’élevage extensif non mécanisé, mais où le capital constant (bétail) est bien plus important que le capital variable (bergers) ! &lt;br/&gt;Pour comprendre Marx il est ici nécessaire de le critiquer, pour cette raison que c’est par rapport à sa propre méthode que l’hypothèse de la rente absolue est chez lui inconsistante. Marx envisage d’ailleurs très clairement, au chapitre XLV, une autre hypothèse, celle d’une rente-impôt, et s’il l’écarte (peut-être provisoirement) ce n’est pas pour des raisons théoriques principielles, mais seulement parce qu’il choisit de prendre comme hypothèse explicative suffisante la composition organique plus faible du capital agricole. &lt;br/&gt;La présente critique ici viserait plutôt Marx que Bihr si l’on oubliait que pour le premier, il s’agissait de travaux de recherche à la publication desquels il se serait probablement opposé, et certainement pas d’un exposé théorique cohérent dans lequel tout se tient. &lt;br/&gt;Ici, tout ne se tient pas et Marx, le ressentant, est passé dans sa rédaction aux chapitres sur la rente différentielle, beaucoup plus développés. Là il ne parle plus de « composition organique plus faible » et de retard agricole permettant le prélèvement rentier, mais il découvre la possibilité de celui-ci dans des conditions de plus en plus modernes du point de vue même du capital, et dégage, comme on l’a dit, plusieurs concepts économiques et agronomiques passionnants et majeurs, commençant à reconstruire avec ses concepts à lui, que les résumés et guides de lecture éliminent, ce en quoi il y a bien une spécificité agricole. Recherche en mouvement …&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;* * * &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour conclure : une thèse à discuter en tant que telle et pas en tant que logique, même méconnue, de Marx.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La logique méconnue du Capital repose sur une logique qui n’est pas celle du Capital ; non pas que l’autonomisation de la valeur, loin s’en faut, en soit absente, mais elle ne peut en résumer le contenu vivant ni l’expliquer. L’élimination sans phrase de tout ce que comportent la « lutte des classes » ou les « forces productives » donne une théorie, vraie ou fausse, que l‘on peut peut-être s‘amuser à présenter comme « marxiste » ou comme « marxienne » mais qui n’est pas de Marx. &lt;br/&gt;Partant, cette « logique méconnue » ne saurait être confondue avec le « guide de lecture » qu’elle affirme être. Mais cela ne disqualifie pas du tout ce petit livre : il se peut même que sur le fond il ait raison. A vrai dire je n’en crois rien, mais ceci ne serait pas incompatible avec la critique qui en est faite là, qui vise à montrer non qu’il serait « faux », mais qu’il ne correspond pas à l’essentiel du Capital de Marx, même s’il a sans équivoque sa digne place parmi les travaux dont l’étude peut utilement précéder ou, de préférence, suivre celle de cette œuvre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Au delà du livre en lui-même, le plus important est la manière quasi paradigmatique dont il montre comment, d’un fil conducteur d’interprétation aussi moderne, si ce n’est « postmoderne », que l’« autonomisation de la valeur », on en arrive à de véritables rechutes dans des simplifications anciennes de la pensée de Marx absolument calamiteuses (relation troc-argent, compréhension de la concurrence, théorie de la rente …) : loin de nous libérer de la vulgate des écoles de formation de la vieille social-démocratie et du stalinisme à ses débuts, le passage par l’abstraction du concept nous y a reconduits dare-dare …&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vincent Présumey, Moulins, 14 juillet 2011.</description>
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