Education nationale

 

Réponse à Francis Pallarès

 

Notre camarade et ami Francis Paillares nous a écrit à propos de ce que notre bulletin a publié sur la grève du 15 décembre dans l'enseignement public. A côté de considérations contre le projet de décret ministériel relatif à l'évaluation et à la carrière des enseignants, et ses rapports avec Thatcher ou avec Alain Minc (OK ,OK ...) il estime, c'est l'objet de son message, que nous racontons des salades aux salariés, lesquelles salades consistent en ce que nous aurions paré de toutes les vertus la FSU.

Francis semble disposer d'un savoir supérieur : il sait que les syndicats trahissent toujours et cela que quel que soit leur mot-d'ordre - en l'occurrence le retrait du projet de décret - et quelle que soit la forme de l'action - en l'occurence un appel totalement unitaire (SGEN excepté) à une journée de grève. Les syndicats, et semble t'il la FSU en particulier, n'ont d'autre intention que de trahir, même quand ils réalisent un début sérieux d'unité sur un mot-d'ordre correct. Loin d'expliquer comment cela a pu se produire, quelles sont les restrictions, les possibilités, les risques ... Francis sait : ils trahissent (surtout la FSU ! ), point barre, circulez y'a rien d'autre à voir.

La relative faiblesse du nombre de grévistes le 15 décembre (le "bide" complet dans les termes de Francis) serait la preuve de cette trahison. Faut-il comprendre ici que les syndicats, FSU en tête, ont cherché cet échec, ou que ce sont les masses éveillées qui ont déjoué la manoeuvre, on ne sait trop. Toujours est-il que la méchante FSU va en profiter pour expliquer que c'est la faute aux enseignants (que "les personnels ne sont pas motivés"). Tout était écrit d'avance et ce qui est bien avec les écritures c'est que ce qui est écrit dedans, c'est : toujours la même chose. Il est vrai qu'une fois qu'on a compris, on peut le répéter indéfiniment, c'est pas difficile et même si ça ne change rien au film ça donne l'impression qu'on est un esprit fort.

C'est sans doute parce que c'est toujours la même chose qu'au lieu de nous donner une démonstration de qui s'est réellement passé en décembre dans les bahuts pour étayer son point de vue, Francis nous parle d'autres choses à son avis équivalentes : 2003, et même la FGAC à la SNCF, tout cela censé prouver que "le responsable de la casse" dans l'enseignement est "directement la FSU".

Nous sommes désolés de devoir avouer que nous ne partons pas de présupposés aussi scientifiques - que les syndicats trahissent et que la FSU est très vilaine - mais qu'en opportunistes peut-être désireux de parer la FSU de toutes les vertus, nous avons le défaut de regarder ce qui se passe avant d'avoir un avis.

Que s'est-il passé en décembre 2011 suite à l'annonce de ce projet de décret ? Il s'est passé un début de mouvement, montant dans les salles de profs, contre ce projet et tout ce qu'il entraine et représente, montée qui s'est fortement répercutée dans les instances du principal syndicat des profs du second degré, le SNES-FSU, le conduisant à réunir une intersyndicale complète et à proposer le mot-d'ordre de retrait, celui-là même qui était tabou, pour les directions syndicales nationales, en 2010 et déjà souvent en 2003. La direction du SNES avait ses raisons de devoir se poser en adversaire du ministère, assurément, mais le résultat est là.

Si un mouvement de masse contre ce projet s'était mis en marche en dehors de ce cadre syndical et avait débordé, refusé ou dépassé les mots-d'ordre syndicaux nationaux, on l'aurait remarqué et on peut supposer que Francis ne manquerait pas de nous le dire - ou qu'il n'en aurait pas l'occasion car nous l'aurions écrit nous-même. Mais ce n'est pas le cas : le cadre du début de mobilisation, réalisant un commencement de front unique pour le retrait du projet de décret, a été le SNES-FSU (flanqué du SNEP et du SNUEP). Les faits sont les faits.

La grève du 15 n'a pas été un bide. Les pourcentages ramenés au total 1° et 2° degré voire à toutes les catégories de personnel sont évidemment faibles, mais dans les collèges tout particulièrement ils sont importants - de 30% à 65% - et surtout ils ne sont pas uniformes : ce sont des établissements qui ont fait grève, ailleurs non. Les non grévistes sont aussi contre le projet de décret en dehors de l'infime minorité SGEN, évidemment. Beaucoup étaient sceptiques sur l'efficacité d'une journée de grève, ce qui est bien normal, et le poids des fausses journées d'action, notamment celles de l'automne 2010, se fait lourdement sentir. Mais la moindre familiarité avec ce qui se passe dans les bahuts permet de sentir que le 15 décembre a été de l'ordre du commencement, de la recherche de l'efficacité et de l'unité par une base sceptique et échaudée, et qu'il ne s'agit pas d'enterrement de première classe. De plus, facteur secondaire mais réel, la date du 15 était d'une moindre efficacité que si la grève avait eu lieu par exemple à la rentrée des vacances de Noel. Mais évidemment les directions syndicales, dont nous n'avons jamais dit ni pensé qu'elles auraient toutes les vertus, ne souhaitaient pas y aller trop fort.

De plus, cette journée du 15 a été combattue, en réalité, par tous les appareils autres que ceux qui l'ont initiée. Même dans la FSU : la direction du SNUIPP a balancé son appel - ne disant mot du mot-d'ordre de retrait du projet de décret - après avoir fait écarter dans son conseil national tout appel à la grève, la meilleure manière de perturber ses militants, et surtout ce n'était justement pas une grève "de la FSU" comme Francis se l'imagine en y voyant une circonstance aggravante - alors que cela aurait dû l'être : mais la FSU en tant que fédération n'a pas appelé ni franchement soutenu cette grève. Elle était plus impliquée dans les "rassemblements du 13 décembre" avec CGT, CFDT, UNSA et Solidaires qui, eux, ont bel et bien été un "bide total". Il a d'ailleurs été expliqué aux délégués CGT dans diverses UL que la grève du 15 était un mouvement "corporatiste" des seuls "profs du secondaire" fait pour "géner le 13" ! Nous donnons ces précisions pour que Francis voit que sa hargne contre cette grève là est particulièrement mal placée. Le 15 décembre génait.

Sa suite aussi peut géner. Le SNES (encore lui ! ) appelle à une manifestation nationale au ministère le mardi 31 janvier. Cela alors que toutes les directions syndicales (y compris la FSU bien sûr, et FO par ailleurs aussi) vont aller voir Sarkozy au "sommet social" du 18 janvier. De fait, appeler à une manifestation nationale dés maintenant pour le retrait d'un projet de décret du gouvernement Sarkozy va à l'encontre de ce "dialogue social" - pas "subjectivement" pour parler comme Francis, mais "objectivement".

La question est donc à cette étape d'appuyer cet appel, de s'opposer aux pressions qui ne vont pas manquer de s'exercer, à l'intérieur et à l'extérieur de la FSU, pour que le SNES y renonce, de maintenir et d'affirmer le mot-d'ordre de retrait du projet de décret et de refus de toute négociation sur la réforme de l'évaluation des enseignants, de militer pour la réussite de la grève et de la manifestation du 31, pour donner le ministère comme objectif de cette manifestation, et pour s'appuyer sur cette action afin d'expliquer qu'il ne faut pas aller au sommet social de Sarkozy le 18 janvier. Une réussite le 31 janvier serait un puissant point d'appui pour la généralisation et la centralisation des mouvements contre les suppressions de postes en pleines élections présidentielles.

Nous pensons qu'agir ainsi c'est essayer d'aider le mouvement réel à aller de l'avant, dans le but de gagner, alors qu'expliquer que tout cela n'est que trahison revient "objectivement" à faire pression aux côtés de la plupart des appareils bureaucratiques grands et petits pour que ce développement possible n'ait pas lieu, pour l'étouffer ou le dénaturer.

Bien cordialement et au plaisir de te lire,

la rédaction de Militant hebdo.

mercredi 28 décembre 2011

 
 
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