COLLECTEUR / COLLECTRICE DE L’ASSOCIATION POPULAIRE D’ENTRAIDE

1. Le collectage des cotisations

"Collecter des cotisations, ce n'est pas mon fort !". "Taper les copains régulièrement, non merci !". On entend parfois ce genre de réflexions parmi les militantes et militants. Pourtant, c'est clair : sans les ressources fournies par les cotisations, l'association populaire n'existerait pas. Car elle ne peut compter si sur les fonds secrets du patronat ou de l'Etat ni même sur des subventions en recul global et de plus en plus conditionnées à la mise en oeuvre des politiques gouvernementales ou municipales.  L'association populaire est un outil dont se sont dotés des gens ordinaires, souvent ouvrères et ouvriers,  pour mener leurs luttes et faire aboutir leurs revendications à l'emploi, au logement, à un vrai statut. La cotisation donne à l'association les moyens de financer l'action à tous les niveaux face aux moyens immenses dont disposent les patrons et le gouvernement. Sans cotisations, comment louer des locaux, tirer des tracts, imprimer des affiches ? Comment se faire connaître en organisant des initiatives publiques ? Comment envisager d'avoir un fonds de roulement pour financer des actions d'envergure, des fêtes, voire la solidarité avec les adhérents en cas de grève ou de procès ? C'est pourquoi, collecter les cotisations, ce n'est pas une "basse besogne", c'est permettre à l'action associative de connaître sa pleine efficacité. Pour ceux qui en seraient encore marqués, il est grand temps de perdre un certain mépris pour "le fric", "l'intendance", que l'on rencontre parfois. Il ne suffit pas d'avoir de belles et grandes idées, de participer à des débats animés sur la société future si notre action, nos projets, restent "en l'air" faute de moyens. Assurer une collecte des cotisations efficaces, c'est se donner ses moyens.

            donner toute sa place au collectage

            Trop souvent encore, on accorde pas à la collecte des cotisations toute la place qu'elle doit avoir dans la vie de l'association. Ainsi on laisse volontier cette tâche à celle ou celui qui "veut bien s'en occuper". Il y a là souvent une profonde incompréhension de la signification du geste de cotiser et du sens de l'action militante. Comment expliquer aux gens la nécessité de s'organiser indépendamment de tous les pouvoirs, si on ose pas leur demander de contribuer financièrement à la lutte ? Toute militante, tout militant, doit pouvoir devenir collectrice, collecteur. C'est le moyen de garder le contact avec les réalités quotidiennes. Procéder autrement serait aller à l'encontre d'une pratique démocratique de masse, fondée sur une prise de responsabilité par un maximum de personnes, que préconise l'Association populaire d'entraide. Ce serait risquer de se couper des préoccupations quotidiennes des ouvriers et du peuple en ne faisant que de la "grande stratégie" ou à l'inverse en tombant dans l'assistanat.

            établir un plan de collectage

            L'organisation du collectage ne doit pas se dérouler "à côté" de la vie de l'association. C'est dans toutes ses structures qu'il faut se poser la question du collectage et y consacrer le temps nécessaire. Il s'agit de suivre de près à ce niveau l'implantation associative et de déterminer un plan de collectage qui permette une efficacité maximum et soit en lien avec les objectifs en terme d'activité. Il est donc indispensable de se fixer des priorités en la matère et de mettre en face les moyens nécessaires pour les atteindre. Cela suppose d'intégrer les objectifs "collectage" dans le plan de travail de l'association. Un plan de collectage doit répondre à trois impératifs :

1° Régularité de l'encaissement. Cela veut dire : collectage à périodes fixes, relance régulière et systématique de ceux qui n'ont pas payé ;

2° Limitation du secteur, du nombre d'adhérents à collecter. Le collecteur doit appartenir autant que possible au même atelier, au même bureau, au même quartier, au même réseau amical que le collecté. Cela permet un contact très étroit, une attention suivie aux problèmes posés, une liaison efficace avec les adhérents et avec les couches populaires. Le meilleur chiffre d'adhérents à collecter se situe entre 5 et 10, suivant la taille de l'entreprise ou du quartier. Pour les adhérents isolés, on recherchera aussi le collecteur le plus proche possible.

3° Organisation permettant la couverture totale du champs géographique couvert par l'association. Cela suppose un découpage précis, visualisé sur le papier dans un tableau de collectage (voir page XXX). Ainsi on pourra voir assez rapidement les "failles" qui pourraient exister.

            faire régulièrement le bilan

            Faire un bilan régulièrement dans chaque instance (par exemple une fois par trimestre) est indispensable pour voir si le fonctionnement a été bon, si la remontée des cotisations est régulière. Ce bilan doit aussi permettre de "rectifier le tir" et de se fixer de nouveaux objectifs. Au cours de cette réunion, il faut faire le point sur les difficultés rencontrées, sur les résultats obtenus en fonction des objectifs fixés et examiner un certain nombre de questions :

- l'information a t-elle convenablement circulé par l'intermédiaire des collecteurs ?

- les secteurs d'activité ont-ils bien été couverts par le réseau de collecteurs en place ?

- l'évolution des cotisations encaissées, des effectifs, est-elle positive ou négative ? Pourquoi ?

En passant en revue quartier par quartier, réseau par réseau, foyer par foyer, on peut découvrir les raisons d'un mauvais fonctionnement de l'association, d'un manque de suivi, etc.

Autres questions à se poser :

- le nombre des collecteurs est-il suffisant ? A t-on le souci d'assurer la relève en mettant les nouveaux dans le coup, en adoptant les dispositions propres à suppléer les défaillances ?

- l'implantation dans un lieu donné est-elle suffisante ? N'est-il pas possible d'améliorer son efficacité ?

- l'audience auprès des différentes catégories de notre public est-elle satisfaisante ?

- le nombre d'adhérents par collecteur est-il bon ou faut-il le modifier ?

- la régularité de la perception des cotisations est-elle assurée ? Le jour, le moment, l'endroit, sont-ils bien choisis ?

- quels objectifs, quelles priorités se fixer pour l'année à venir ? Comment prospecter les secteurs non touchés par les collecteurs ?

- quelles sont les dispositions à prendre pour redresser la barre dans le cas où une situation se détériore : perte d'adhérents, accumulation de retards, irrégularité de perception ?

- ne faut-il pas améliorer la circulation de l'information par l'intermédiaire des collecteurs (circulaire, tracts, journal...) ? Ne faut-il pas remettre à jour les liaisons association-collecteurs (fichiers, téléphone, etc) ?

C'est en fonction des réponses à ces questions qu'on pourra refaire un plan de collectage efficace. En effet, il ne peut pas y avoir de plan de collectage "standard" : il n'y a pas de recettes toutes faites. Le plan doit évoluer en même temps que l'implantation de l'association : renforcement dans tel secteur, allègement dans tel autre...

            le rôle de l'association

            Chaque année, le trésorier (la trésorière) de l'association doit réunir tous les trésoriers et les collecteurs pour faire le point sur les difficultés rencontrées et les résultats obtenus en fonction des objectifs fixés. En ce sens, le conseil d'administration a un rôle d'impulsion, de stimulation. Au cours de la réunion annuelle, il faut notamment se poser les questions suivantes :

- le collectage a t-il été bien assuré dans les quartiers et les réseaux ?

- l'évolution des cotisations encaissées, des adhésions, est-elle positive ou négative ?`

- l'information a t-elle convenablement circulé par l'intermédiaire des collecteurs ?

Il faut prendre le temps de faire une analyse précise, détaillée. Ce bilan annuel permet de redéfinir les tâches, le rôle des collectrices et collecteurs, de revoir aussi les moyens mis à leur disposition.

2. Le rôle de la collectrice, du collecteur

Le rôle de la collectrice, du collecteur, est irremplaçable. En effet, ils ne sont pas uniquement "ceux qui ramassent les sous". Ils sont les pivots de l'Association populaire d'entraide, ceux qui assurent l'interface avec les adhérents et sont tous les jours au contact des gens. Pour eux, ils représentent l'association. C'est dire que le contact, l'information, constituent une part importante de leur fonction.

Informations venant de l'Association, informations à faire remonter à l'association ou au journal : le collecteur doit être en permanence à l'affût, être un véritable relai d'opinion au niveau où il se trouve. Il est aussi particulièrement bien placé pour proposer l'adhésion : ce doit être un souci permanent.

Nous passons ici en revue toutes les tâches qui sont celles du collecteur. Evidemment, il ne faut pas croire qu'il va les assumer toutes et tout de seul du jour au lendemain.

Il appartient à l'association de préparer le militant à prendre ces responsabilités et, ensuite, à l'aider dans sa tâche en ne le laissant pas isolé.

Là encore, la prise en charge du collectage est une réalisation collective.

Il ne s'agit pas de trouver des super-militants, hommes-orchestres qu'on laissera à eux-mêmes, mais de préparer et d'épauler les militants qui prennent des responsabilités.

            un collectage régulier et précis

            Le collecteur a évidemment un rôle essentiel, basé sur deux impératifs : régularité et précision.

            Régularité

            Collecter régulièrement les cotisations, c'est donner à l'organisation populaire les moyens de mener son action. Tout retard peut entraver le fonctionnement de l'association, provoquer l'annulation ou le report d'initiatives, etc. La régularité du collectage dépend d'abord d'une prise en charge collective. C'est dans le cadre d'un plan et de son contrôle qu'il faut prendre les décisions concernant l'efficacité du collectage et les mesures pour pallier retards et défaillances.

            Cependant, le rôle du collecteur est évidemment irremplaçable. Une négligeance, des retards accumulés, et on risque de décourager les adhérents qui doivent alors régler d'un coup des sommes importantes et risquent d'accepter difficilement ce "manque de sérieux". Là aussi, un contact fréquent avec les gens, avec les adhérents, est la clef de l'efficacité.

            Précision

            Le collectage doit être fait "au bon moment", c'est-à-dire dans la semaine qui suit le versement de la paie ou des allocations. Si le collecteur rend visite aux gens sur leur lieu de travail ou chez eux, ils doivent savoir qu'il passera "tel" jour. Le collecteur doit aussi noter avec soin toutes les rentrées sur le carton voué à cette opération (voir le matériel disponible, page XXX). Il a intérêt à penser à des "trucs" très simples : par exemple se munir de monnaie pour pouvoir faire l'appoint, cela permet que les choses ne trainent pas. La régularité est en fait le résultat d'un effort collectif de l'association, qui doit constituer un appui pour le collecteur.

            le lien entre l'organisation populaire et l'adhérent

            Le collecteur est le premier maillon de l'organisation populaire. Il lui appartient donc de transmettre l'information venant de l'association auprès des adhérents (ceux qui n'auraient pas pu assister à la dernière réunion, qui voudraient savoir quelle est la position de l'association sur telle question, etc.) et aussi auprès des sympathisants et de tout notre public.

            Les questions viennent tout naturellement aux lèvres, surtout en certaines périodes : que penses tu de la situation d'une personne à laquelle il arrive tel problème, de telle lutte sociale ou de tel événément international, as-tu des informations sur telle loi ? Mais il faut aussi savoir informer sans attendre la demande, provoquer la discussion. Les occasions sont nombreuses :

- action revendicative dans l'entreprise : là dessus les questions fleurissent, car les événements impliquent directement les gens ;

- action et événements locaux ou régionaux : manifestations, entreprises en grèves, problèmes dans les quartiers...

- événement national : nouvelle loi, campagne de mobilisation de l'association sur tel ou tel sujet, etc.

En outre, le collecteur doit avoir le souci de donner régulièrement des informations sur la vie, les orientations de l'Association populaire d'entraide, la manière dont elle voit la situation actuelle, ses revendications et la manière dont elle les élabore avec les gens...

Tout cela suppose que le collecteur soit "au courant", essaye de suivre tous les points que nous venons d'évoquer. Cela peut paraître difficile. En fait, ce sont des habitudes à prendre, qu'on acquiert peu à peu. Ici encore, l'apport, le soutien des instances de l'association sont importants pour amener peu à peu le collecteur à remplir ces tâches.

Pour cela, deux impératifs : assister aux réunions et utiliser l'information de l'Association populaire d'entraide.

Assister aux réunions

L'assistance aux réunions des instances de travail est indispensable. C'est là que le collecteur va trouver « des billes » pour son information. Etre branché sur la vie du cercle ou du comité, savoir où en est et ce que fait l'association dans le quartier ou l'entreprise, c'est primordial.

Pour faciliter sa tâche, le collecteur peut éventuel­lement prendre note des questions qui lui ont été posées et auxquelles il ne peut pas répondre immédiatement. Cela lui permet de ne pas oublier les demandes des adhérents, des gens. En réunion, demander des indications sur les points à propos desquels faire une information, recenser les thèmes à aborder, se faire éventuellement un petit schéma d'intervention peut n'être pas inutile pour rassembler ses idées.

Utiliser l'information de l'association

Militant

Le bulletin trimestriel de l'association est la première source d'information pour tous les adhérents. Il est en prise directe sur les préoccupations du public de l'association et fournit un argumentaire précis sur les activités et campagnes en cours. Militant permet d'assurer une liaison régulière, d'apporter l'information de base sur la vie de l'association, sur l'analyse des réalités sociales. II rend compte des démarches de l'association, parle des actions entreprises, donne des renseigne­ments pratiques. Le collecteur pourra fournir des informations desti­nées à Militant. D'autre part, dans ses contacts avec les adhérents, il pourra s'appuyer sur cette information de base reçue par chaque adhérent, l'abonnement étant inclu dans l'adhésion. Militant ne ressemble à aucun autre bulletin comparable. Organisateur et propagandiste collectif, c'est l'outil indispensable pour les membres actifs de l'association.

Praxis

Le bulletin semestriel Praxis est avant tout destiné aux animateurs de l'association. Il fournit les arguments théoriques qui sous tendent les choix d'activité et l'orientation de l'association.

www.le-militant.org

Le site internet http://www.le-militant.org reprend l'ensemble du matériel publié dans Militant et Praxis, complété par des articles de réflexion et de débat ainsi que des archives fournies.

Comment informer ?

L'un des meilleurs moyens à utiliser est la discus­sion, l'information orale à partir d'événements sur­venus dans l'entreprise, le quartier ou entendus à la radio, vus à la télévision. Souvent, ouvriers et travailleuses réagissent à ces événements, ont une opinion à leur sujet : c'est le moyen d'entamer une discussion, de leur faire connaître les positions et l'action de la association.

II est difficile de « donner des recettes » : cela dépend des circonstances, du contexte.

Cependant, on peut dégager deux règles générales

‑ ne pas croire que les gens savent tout (et donc ne pas avoir peur de réexpliquer), mais ne pas les estimer incapables de comprendre, de discuter ;

‑ essayer de faire voir ce qui se cache derrière les événements quotidiens, habituels, « naturels », mais éviter de tomber systématiquement dans les analyses « globales », faites de mots ronflants, de formules toutes faites, qui lassent l'attention.

Ici encore, l'appui de l'association et de sa politique d'information sont essentiels. Le collecteur n'est donc pas « isolé ». Outre les moyens déjà évoqués, l'association dispose évidemment de l'affi­chage, de la distribution de tracts qui sensibilisent sur tel ou tel sujet, sur telle ou telle action. La régularité, l'efficacité de ces canaux d'information conditionne l'efficacité du collecteur.

Le lien entre l'adhérent et l'organisation

L'information ne doit pas être à sens unique. Le collecteur n'est pas seulement là pour «apporter» quelque chose aux personnes qu'il côtoie. II doit aussi être à l'écoute de ce qu'ils disent, de leurs problèmes, de leurs revendications. Un certain nombre de ouvriers et de travailleuses subissent l'exploitation dont ils sont victimes sans s'exprimer, en estimant que leur situation est quasiment irrémé­diable.

Les faire s'exprimer, c'est déjà les amener à prendre en mains leur situation, à voir « ce qui ne va pas ». Une discussion, un échange plus collectifs peuvent permettre de passer au stade de la revendication formulée.

Faire remonter les réactions

II ne suffit pas de discuter avec les ouvriers pendant un moment et, ensuite, de s'en tenir là. Toutes les opinions entendues, les mécontente­ments, les propositions doivent «remonter» vers l'organisation populaire.

En effet, souvent, c'est en discutant avec un certain nombre de voisins ou de collègues de travail qu'on se rend compte de l'étendue et de la nature des problèmes existants.

Ne pas profiter de tout l'acquis concret rassemblé par les collecteurs serait dommageable pour l'orga­nisation populaire et pour son action. Elle risquerait de passer à côté d'un certain nombre de choses, de réactions, de malaises...

C'est particulièrement vrai dans le type de militantisme prôné par l'association, où on n'attend pas que «tout vienne du sommet» et où l'adhérent, l'ouvrier, doivent tenir une place essentielle. Cela dit, « faire remonter l'information », ce n'est pas rapporter des anecdotes, des faits mineurs, des cas particuliers, qui peuvent embouteiller les réunions et ne pas donner un éclairage suffisant de la situation. II faut donc « faire un tri » parmi les réactions recueillies

‑ le collecteur peut apporter lui‑même des répon­ses à un certain nombre d'interrogations ; il peut aussi transmettre des questions précises aux autres responsables, aux représentants de l'association ;

‑ les faits les plus importants, les réactions les plus significatives, les plus générales doivent être rappor­tées en réunion. Le collecteur doit faire un premier travail d'analyse, de regroupement des questions, des thèmes les plus sensibles.

Etre clair et précis

II est indispensable de s'efforcer d'être clair et précis.

Quand quelqu'un interroge un collecteur sur ses droits, il attend une réponse concrète... C'est pourquoi le collecteur aura intérêt à repérer les questions fréquemment posées, à se tenir au courant des évolutions législatives (par le journal ou les formations dispensées par l'association). Mais il aura surtout à savoir à qui s'adresser, à faire le lien entre les gens en difficulté et les militants "spécialisés" dans les suivis de dossiers et l'animation des permanences d'information.

être attentif aux événements

Le collecteur doit être particulièrement attentif à tout ce qui se passe dans son secteur, et pas seulement parce que cela risque de modifier le nombre d'adhérents collectés.

Les projets de changement dans l'organisation du travail, de licenciements doivent être signalés.

Les mutations, les départs en retraite doivent être suivis, afin que l'adhérent, le sympathisant soient pris en charge par d'autres camarades, s'insèrent dans les structures association et qu'on évite les « pertes sèches » dues à un manque de suivi ; le retraité doit être aiguillé vers l'organisation locale des retraités ou vers l'Union confédérale des retraités association.

Durant une action, il faut encore renforcer les contacts avec les ouvriers comme avec les instances de l'association pour apporter des informations, combattre les tentatives de manipulation, discuter avec les personnes et faire part de leurs réactions, de leur état d'esprit.

 

une tâche essentielle : l'organisation des gens

A la différence de bien des organisations se voulant révolutionnaires, l'association n'a jamais été obsédée par le "recrutement". Elle a toujours privilégié sa cohésion méthodologique à la recherche coûte que coûte de nouveaux adhérents. Pour autant, on ne peut pas prôner l'organisation du peuple sans se préoccuper de sa mise en oeuvre concrête.

Organisation à vocation de masse, l' association ne remet pas le sort de la classe dominée entre les mains d'un petit noyau de militants « d'avant‑garde ». C'est du maxi­mum de gens que doivent venir les revendications et la force de faire changer les choses. L'attraction de nouveaux adhérents est donc une tâche très importante, non seulement pour être sûrs que ces revendications correspondent bien à ce que veulent la grande majorité des ouvriers mais aussi pour accroître les moyens, l'impact de l'organisation populaire et de ses revendications.

Même « s'ils ont bien d'autres choses à faire », les responsables à tous les échelons doivent faire des adhésions, car cela permet d'être bien en prise sur les réalités vécues par les ouvriers dans l'entre­prise ou dans les quartiers.

Si on considère qu'elle est essentielle, l'adhésion doit figurer régulièrement à l'ordre du jour des réunions des groupes de travail de l'association.

L'action du collecteur

Le collecteur doit insérer son action dans cette démarche collective. Chaque jour, au contact des personnes de son quartier, de son bureau, de son atelier, de son entourage familial il doit être particulièrement attentif aux possibilités d'adhésion. II n'existe pas de « règles » pour recueillir des adhésions. Chacun a ses métho­des et les circonstances jouent beaucoup.

Cependant

‑ il ne faut pas être « timoré » dans sa démarche en ayant peur de « contraindre », ni attendre que ceux ou celles à qui on s'adresse soient convaincus du bien‑fondé de toutes les positions de la association. Si on est soi‑même convaincu que l'action populaire est essentielle, il ne faut pas craindre de proposer proposer aux autres de s'y engager. II ne s'agit pas de « placer des cartes comme des savonnettes », mais combien d'adhésions ont été manquée:; parce qu'on n'a pas osé en parler au bon moment!

‑ il n'est pas question de faire passer un « examen idéologique » à une personne avant de lui proposer l'adhésion... pour voir s'il est « bien dans la ligne » ou s'il est « digne » d'adhérer à l'association. Demander à l'entrée un «certificat de socialisme autogestionnaire», c'est mettre la charrue avant les boeufs C'est au travers de l'action collective, en se battant sur des revendications précises et avec l'apport de l'organisation populaire, que le salarié découvrira tous les aspects de la société actuelle et la nécessité de la changer ;

‑ il ne faut pas compter sur la chance pour réussir, mais sur une volonté et un travail persévérants ;

‑ les généralités sur l'adhésion et sa nécessité sont bien moins efficaces que des exemples précis d'actions, d'avancées, de succès de l'action. En ce sens, il n'y a pas de succès « mineurs »

Obtenir un logement, un titre de séjour, une aide financière à quelqu'un c'est montrer que cette action est efficace ; ‑ il existe, bien sûr, des « temps forts » pour l'adhésion : problèmes dans un quartier, déclanchement d'une action dans une entreprise, manifestations ou grèves... Mais le travail régulier d'information, de discussion mené par les collecteurs est indispensable. II faut savoir saisir les occasions pour le mener à bien.

Une adhésion faite après des discussions, des contacts réguliers est souvent plus solide qu'une adhésion de circonstance qui n'a été préparée par aucun travail préliminaire.

3. le sens de la cotisation

Nous l'avons dit dès le début : ramasser les cotisations, ce n'est pas accomplir une "basse besogne", c'est permettre à l'organisation populaire de connaître sa pleine efficacité.

En effet, on sait bien que « l'argent est le nerf de la guerre ». Le patronat dépense des sommes importantes (prises sur les comptes de l'entreprise) pour financer ses organisations comme le MEDEF du Baron Seillières... Il utilise surtout et avant tout les ressources inépuisables de l'Etat par l'intermédiaire des partis qu'il soutient : UMP, UDF voire une partie du PS.

Pour combattre ce patronat et les politiques qu'il dicte largement aux pouvoirs publics, des moyens financiers sont indispensables. Et les gens ne peuvent compter que sur leurs propres forces, que sur leur propre apport financier pour se donner une organisation capable de mener ce combat.

La trésorerie des organisations repose donc sur les adhérents.

Par cet acte volontaire, ils permettent

‑ le développement de l'action populaire,

‑ l'information et la formation des ouvriers et des militants,

‑ l'équipement en matériel, en locaux,

‑ la mise en place de permanents,

‑ le fonctionnement général de l'organisation,

‑ la solidarité internationale

Tout ceci montre que la cotisation est conçue pour l'action, essentiellement dirigée vers ce but.

Mais adhérer à l'organisation populaire, ce n'est pas seulement «verser de l'argent», c'est faire un choix de portée collective. A travers ce choix, la personne prend conscience de sa condition et de la nécessité d'agir avec les autres pour l'améliorer, la transformer. C'est pourquoi il faut redonner toute sa valeur à l'adhésion et à sa portée collective.

être convaincu, expliquer

Pour être efficace, un collecteur doit d'abord réfléchir à la signification de la cotisation, se convaincre qu'elle est indispensable pour mener l'action et que les succès dépendent de la puissance de l'organisation populaire.

Cela suppose des discussions en réunion sur le sens de la cotisation, sur ce qu'elle peut représenter quant à l'impact des revendications, des luttes.

Le collecteur doit se méfier de la routine qui a tendance à gagner toutes les tâches habituelles. C'est pourquoi il doit périodiquement réclamer ce genre de débats.

« II faudrait qu'on ait les moyens de... » ou « II faut qu'on nous donne les moyens de... » : que de fois n'a‑t‑on pas prononcé ces phrases en réunions  ? En fait, il faut se poser le problème autrement et se dire : « II faut qu'on se donne les moyens de... ».

Cette attitude positive, dynamique permet de mettre des moyens en face des objectifs qu'on se fixe.

Là aussi, les plus belles déclarations, les meilleures intentions resteront lettres mortes si on n'est pas persuadé du rôle essentiel joué par la cotisation dans le combat revendicatif. Cette conviction, il faut la faire partager aux ouvriers. Et pour cela, il faut prendre le temps d'expliquer, de réexpliquer qu'à tous les niveaux, l'action populaire coûte et que son efficacité dépend pour une part d'une bonne rentrée de cotisations (quand les gens se rendent compte de l'efficacité de l'action, des résultats qu'elle obtient, ils comprennent mieux la nécessité de moyens).

II s'agit aussi de montrer la valeur de l'adhésion dans le combat engagé : toute absence, toute défection sont directement ressenties par la classe dominée, dont la seule arme est l'organisation.

Ainsi, cotiser ne sera pas pris comme une corvée, mais comme un acte responsable, la participation à un combat.

cotisation chère ou pas chère ?

« L'assurance n'est chère qu'avant l'accident » af­firme un slogan publicitaire. II ne s'agit pas de le reprendre à notre compte, car adhérer à une organisation populaire, ce n'est pas prendre une assurance contre des "pépins", c'est accomplir une démarche responsable.

Par contre, on pourrait écrire que « la cotisation n'est chère que sans action ».

En effet, quand on ramasse les cotisations on entend parfois dire : « c'est cher ! ». Mais c'est cher par rapport à quoi ?

Par rapport à la tournée d'apéros que le même copain paiera volontiers tout à l'heure et qui coûtera plus cher ? Par rapport aux prix des paquets de cigarettes fumés dans la semaine ? Par rapport aux sommes parfois dépensées au tiercé en un mois ? La cotisation, ce n'est pas seulement une question d'argent : elle est liée à l'impact, au dynamisme de l'organisation

C'est pourquoi la pratique systématique de cotisa­tions basses n'est pas une solution. Elle peut accréditer l'impression que l'association n'a pas directement besoin des ouvriers pour exister, que leur participation est symbolique. Cela peut avoir des conséquences graves

‑ les adhérents ne se sentant pas impliqués dans l'action et par les décisions prises,

‑ manque d'information par manque de moyens.

Cela peut aboutir à une organisation de militants sans lien véritable avec les gens sauf pour leur rendre quelques services de temps en temps.

Ce n'est pas comme cela que peut fonctionner une organisation populaire efficace, démocratique.

Quand l'adhérent voit que l'organisation est « dans le coup », qu'elle mène l'action, qu'elle l'informe régulièrement, quand il voit que son avis est bien pris en compte dans les décisions, quand il sent qu'il participe vraiment à un débat collectif, il considère en général tout autrement le paiement de la cotisation.

En ce sens, une cotisation basse peut paraître chère dans un groupe « qui ne fait rien » et une cotisation relativement élevée peut très bien « pas­ser » dans une organisation qui marche.

Le dynamisme et l'efficacité de l'action populaire, la démocratie dans le fonctionnement de l'organisation sont des gages de bonnes perceptions de cotisa­tions. Les réactions des ouvriers sur le prix de la cotisation sont d'ailleurs un « clignotant » qui doit renseigner l'association sur ces points.

Quand ça « crie» trop, il faut se demander si quelque chose « cloche », s'interroger sur notre fonctionnement.

Car, en règle générale, plus on dit que c'est cher, plus on se sent en dehors de l'association.

comment est fixé le montant de la cotisation ?

Nous avons indiqué quel était le sens de la cotisation. Mais comment l'Association populaire d'entraide la met-elle en place ? C'est la 5ème assemblée générale (mars 2003) qui a adopté une motion définissant sa politique financière. Actuellement, il est demandé à chaque adhérent de s'acquitter non seulement de sa cotisation annuelle obligatoire de 16 euros mais également d'une cotisation mensuelle dont il fixe lui-même le montant. Cette cotisation mensuelle est par contre obligatoire pour les responsables (élus au Conseil d'administration).

Le montant de la cotisation volontaire mensuelle est libre car nous comptons sur la conscientisation des adhérents et non sur leur soumission à un barême rigide.

la « remontée » des cotisations

Le collecteur remet l'argent collecté au trésorier de l'association ou du groupe de travail dont il dépend. II doit donc rester en contact permanent avec ce trésorier et lui remettre régulièrement les sommes recueillies.

C'est important pour que l'association sache où elle en est, sur le plan financier mais aussi sur son « état de santé » : adhésions, départs, « trous » ou adhésions significatives dans tel secteur, dans telle catégorie. Seule une information régulière sur ces éléments peut lui permettre de mettre en place une véritable politique de développement.

Le collecteur qui n'assure pas la remontée régulière des cotisations, qui ne tient pas ses comptes à jour, pénalise toute l'organisation ; celle‑ci ignore alors

Part du Cercle ou du Comité de base

L’organisation de base (cercle, comité de base, comité populaire de quartier, groupe d’affinité…) a, elle aussi, besoin de ressources pour mener son action. Elle doit donc fixer le montant de la part qui lui revient en fonction de son budget. Elle doit aussi chercher à auto-financer ses activités et sollicitant des dons auprès du public là où elle intervient.

Ce souci d'assurer des ressources aux groupes de travail est cohérente avec la volonté de les considérer les structures de base de la association et de leur donner les moyens de mener l'action au plus près du terrain.

NB. Ce texte est en grande partie inspiré de celui publie par la confédération populaire CFDT en 1979, à l'époque où elle défendait encore la perspective du socialisme autogestionnaire.

 

Sur le même sujet : motion financière adoptée par la 5e assemblée générale