Note sur la démocratie interne et l’unité d’action
La
méthode de fonctionnement de l'association est l'expression de son orientation
générale, que nous avons appelé voie populaire pour la distinguer des méthodes utilisées par les
organisations que nous qualifions de démobilisantes (mouvements prétendument
"apolitiques", organisations caritatives, associations
bureaucratisées...) mais aussi de celles qui se cantonnent dans une approche
propagandiste.
Choisir
la voie populaire impose
nécessairement une attitude démocratique tant vis à vis des gens que vis à vis
des membres de l'association elle-même. La démocratie n'est pas simplement une
posture morale, c'est une manière d'appréhender les choses basée sur notre
compréhension du monde et nos options fondamentales.
En
premier lieu, nous cherchons à baser notre action sur une compréhension
rationnelle des phénomènes sociaux comme de l'état d'esprit des gens. De ce
point de vue, il est fondamental de pouvoir confronter librement analyses et
opinions afin d'approcher au plus près la réalité de la société et de ses
membres. Il est également fondamental de pouvoir vérifier par la pratique la validité des hypothèses émises et des conclusions
tirées en terme de programme et d'actions. Ceci ne peut se faire que d'une
manière collective, en organisant la discussion sur le bilan de ce qui est
entrepris.
D'autre
part, nous avons formulé comme option essentielle la lutte pour une société
autogérée. Or il ne peut pas y avoir de combat conséquent pour ce type de
société sans que les organisations qui le portent ne fonctionnent de manière
compatible avec les objectifs affichés. Embryon d'un monde nouveau, le
mouvement populaire doit être un foyer de démocratie réelle dans une société
qui ne reconnait que la démocratie formelle et refuse aux producteurs la
maîtrise de l'économie.
L'Association
populaire d'entraide affiche donc clairement sa volonté de permettre la plus
large liberté d'expression, en son sein comme dans l'ensemble des organisations
dont s'est doté le salariat et dans les luttes sociales elles-mêmes.
Elle
affiche nettement son option libertaire qui la distingue à la fois des lourdes bureaucraties des associations
institutionnelles, des confédérations syndicales ou de la gauche parlementaire
et des petites forces véhiculant bon-gré-mal-gré des conceptions
organisationnelles influencées par le stalinisme.
Chaque
adhérent est donc libre d'exprimer de manière interne mais aussi de manière
publique ce qu'il pense de l'orientation de l'association, y compris s'il
est en désaccord avec tel ou tel de ses aspects. Cette liberté peut s'exprimer
de manière orale, mais aussi par tout support de communication : articles de
journaux, mails etc.
Cette
liberté, indispensable à la réalisation des objectifs de l'association, ne peut
trouver sa limite que dans le fait que celle-ci n'est pas simplement un
"intellectuel collectif" mais aussi une (petite) force intervenant
concrètement dans la situation sociale par les actions qu'elle met en oeuvre, seule ou avec d'autres.
Faute
de démobiliser les adhérents et sympathisants voire le public, il est de bon
sens de considérer que personne n'a le droit d'attaquer (en interne comme
publiquement) une action de l'association après qu'elle ait été collectivement
décidée. Cette garantie de l'unité dans l'action a d'ailleurs elle-même un
contenu profondément démocratique : c'est seulement en réalisant pleinement ce
qui a été décidé qu'il sera possible d'en tirer jusqu'au bout les enseignements
et éventuellement de modifier en connaissance de cause l'orientation de
l'association.
Au
moment des bilans, les critiques sont non seulement permises mais également
souhaitées afin que chacun puisse tirer collectivement les enseignements de ce
qui est entrepris.
Si
une ambiguïté existe sur le thème suscitant une divergence (relève t'il d'une
prise de position ou de l'appel à une action) c'est au conseil d'administration
de se prononcer sur l'opportunité de l'expression de la divergence.
En
cas de désaccord grave, un adhérent peut naturellement exercer un "droit
de retrait" et personne ne peut être contraint à agir d'une manière
opposée à ses vues.
Il
est également absolument exclu de contraindre quiconque à dire publiquement le
contraire de ce qu'il pense.
Dans
la mesure du possible, l'organisation des discussions au sein de l'association
devra tendre à la recherche du consensus le plus large possible. Toutes les
questions ne nécessitant pas de prise de position urgente devront donner
l'occasion d'ouvrir un large débat pouvant se prolonger aussi longtemps que
souhaité. C'est la méthode qui a été utilisée avec l'ouverture en 2004 d'une
discussion sur "la loi concernant les signes religieux à l'école et la
laïcité" et d'une autre sur "la
revendication de l'ouverture des frontières".
Mouvement
à vocation de masse, l'association est ouverte à tous ceux qui partagent ses
options fondamentales et qui souhaitent la construire. Chaque adhérent est par
conséquent libre d'appartenir à tout autre groupement, y compris politique, de
son choix. Mais au sein de l'association chacun s'exprime en son nom personnel
et personne n'est habilité à le faire au nom d'un groupe extérieur.
Aucune
exclusion ne peut être prononcée au nom de divergences d'opinion mais
uniquement pour des transgressions du mode de fonctionnement collectivement
défini. Dans la période à venir, il est probable que l'association polarisera
un certain nombre de forces cherchant à s'ancrer dans un véritable travail de
terrain et verra des sensibilités différentes s'exprimer en son sein : ceci
doit être pris par tous comme un phénomène positif tant que le collectif restera orienté vers l'action
et ne dégénèrera pas en un club de discussion stérile.
En
tout état de cause, les statuts comme les textes régissant l'orientation et le
fonctionnement de l'association ont pour fonction de garantir le maintien du
cadre commun et de l'orientation stratégique qui a présidé à sa création.
Naturellement,
personne n'a le droit de se prévaloir publiquement de l'Association concernant
des actions qu'elle n'aurait pas approuvée sans l'accord des instances dont il
est membre. Personne n'a par exemple le droit de signer une pétition en
spécifiant qu'il est membre de l'association si elle n'a pas donné son accord.
Pour une action locale ou sectorielle il faut en référer à l'instance
correspondant (comité, cercle...) et pour une action de portée générale au
Conseil d'administration ou au bureau en cas d'urgence. Par contre chacun est
libre de s'engager et de s'exprimer à titre personnel ou au nom d'autres structures pour ceux qui en font
partie.
Au
sein de l'association, chacun est libre de proposer une orientation différente
à celle de la majorité. Les documents susceptibles de prêter à controverse
doivent donc être communiqués aux membres des instances concernées avant leur
vote, de manière à permettre amendements ou contre-propositions. En cas de
proposition alternative, une totale égalité de temps de parole doit exister
pour les différents protagonistes.
S'il a connaissance d'une opposition ou de divergences au
sein de l'association, le CA s'interdit formellement d'exercer des pressions
sur les adhérents afin d'empêcher leur expression. L'intérêt n'est pas de faire
taire les divergences afin de préserver l'homogéneïté du groupe ou le prestige
de la "direction" mais d'aborder toutes les questions sans tabou en
partant du principe que n'importe qui peut avoir raison, y compris contre la
majorité. Il est donc nécessaire de permettre l'éclosion de toutes les idées
afin qu'elles profitent au collectif.
En
cas de désaccord de fond, l'Assemblée générale peut décider d'élire le Conseil
d'administration à la proportionnelle des positions exprimées par les votes.
Concernant
Militant, le bulletin de l'association (mais aussi Praxis ou le site internet),
nous optons pour une autonomie éditoriale par rapport à l'association. C'est pour nous la condition sine qua non
pour avoir des publications échappant à la langue de bois et susceptibles
d'être "lisibles" par un large public. Nous ne cherchons pas à
utiliser les méthodes de l'embrigadement sectaire mais au contraire faisons
appel à l'intelligence et au libre-arbitre des lecteurs. Si une
"ligne" ou une orientation générale doit se dégager de nos
publications, c'est par les choix éditoriaux qu'elle doit le faire et non par
un contrôle tatillon, "à la virgule" de ce qui est écrit. Chaque
rédacteur s'exprime en son nom et sans contrôle à priori du contenu de ce qui est dit (sauf s'il pose
potentiellement un problème juridique). En cas de désaccord avec le contenu d'un
article, il est possible à n'importe quel adhérent ou lecteur de répondre dans
le numéro suivant en utilisant la rubrique "lettres" ou
"remue-méninges".
Bien
entendu, les publications de l'association n'échappent pas au contrôle
démocratique de leur contenu par l'ensemble des membres et, comme pour tout ce
qui est entrepris quel que soit le secteur, le(s) collectif(s) ou individus qui
en sont responsables sont élus par les instances.
Quand
l'association a été fondée elle a été dotée de statuts assez généraux et aucun
réglement intérieur n'a été adopté. Cette manière de procéder est cohérente
avec ses choix en terme de méthodes de travail : pratique de masse et conscientisation. Au lieu de définir à priori dans les détails le mode de fonctionnement, nous
avons choisi d'avancer d'abord, avec les adhérents, et d'organiser les choses
peu à peu. Le présent document, qui sera peut-être à amender et sans aucun
doute à compléter dans l'avenir, témoigne de cet esprit et définit a minima le fonctionnement de l'association aujourd'hui.
14/04/2004
Voir aussi :
Dominique Cornet :
sur le processus
de conscientisation