Un change de
correspondance avec une adhrente de RESF propos du 25 rue Stphenson et des
mthodes de lĠAssociation populaire dĠentraide
1Ħ) Courrier de Marie-Ccile
Le
22/02/07 23:32, Ç Marie-Ccile È a crit :
Bonjour!
Permettez moi de vous questionner propos de la rue Stephenson:
Je ne comprends pas trs bien l'intret
qu'il y a fonder un enime
collectif isol alors que dans le quartier existe tout un rseau de militants CAL, RESF, etc...qui ne
demandent qu' travailler en synergie. Vous m'expliquez?
Marie-Ccile
[1]
RESF
Paris Nord Ouest
2Ħ) Rponse de Raymond Debord
Date :
vendredi 23 fvrier 2007 20:04
De :
Association populaire d'entraide voie.populaire@noos.fr
Chre
amie,
Votre
courrier mĠinspire un sentiment partag. DĠune part je suis content de
dialoguer avec une militante antiraciste du 18e, quartier cher mon coeur...
et dĠautre part je suis un peu surpris par ce qui ressemble un peu un procs
dĠintention. Mais le principal est que vous ayez crit, ce qui permet de
discuter.
Concernant
la rue Stphenson, je dois dĠabord vous prciser que nous comptons des
adhrents et amis au numro 25 depuis au moins 8 ans !! Nous avons pendant trs
longtemps t les seuls nous en proccuper (ce qui nĠest pas un reproche, la
petite association que nous sommes sait quĠon ne peut pas tre partout). Nous
avons ainsi eu des relations assez rudes avec la municipalit et avons
rencontr Michel Neyreneuf ce sujet ds juin 2002 http://www.le-militant.org/logement/rencadjoint.htm
et chang des courriers en 2003 http://www.le-militant.org/logement/echcormn.htm
. Quand nos sympathisants nous ont sollicit nouveau, cĠest tout
naturellement que nous avons rpondu ÒprsentÓ. La premire chose que nous
avons faite a t dĠchanger ce sujet par crit avec le CAL. Nous avons
dĠailleurs manifest avec des rsidents et le CAL le 15 octobre 2005 http://www.le-militant.org/logement/manif151005.htm.
Mais le CAL nĠtait prsent que de manire trs sporadique et cĠest la CNL qui
sĠest empare du dossier. Nous avons immdiatement joint nos efforts avec la
CNL, mal lĠaise pour la partie Òsans-papiersÓ et par ailleurs beaucoup moins
prsente sur le terrain (nous y tions quasiment chaque semaine, au porte
porte). Les choses sĠorganisaient tacitement organis les choses ainsi : la
CNL et son Òamicale de locatairesÓ la gestion du relogement et lĠAPE le suivi
particulier des sans-papiers. http://www.le-militant.org/ape/vigilancesanspapiers.htm.
Quand lĠaffaire en est arrive son dnouement, la premire chose que nous
avons fate a t dĠchanger nouveau avec le CAL, organisation dont nous
respectons le travail et avec laquelle nous avons beaucoup dĠamis communs dans
le 18me. Voil. Nous nĠavons donc pas fait un Ònime collectifÓ mais agit avec
les gens et dans lĠunit avec les organisations quand cĠtait possible. CĠest
ce que nous faisons depuis 10 ans. CĠest ce que montrera trs bien la tribune
du meeting que nous organisons le 10 mars comme les tables qui des
organisations amies qui seront prsentes mme si elles ne peuvent pas toutes
parler.
Par
contre, il y a deux choses que nous ne faisons pas et qui expliquent sans doute
pour partie la mconnaissance que vous avez de notre action. 1Ħ nous ne
frquentons pas du tout le petit milieu Ògauche de gaucheÓ, prfrant
travailler organiser les gens la base ; 2Ħ nous ne mlangeons pas tout
(comme par exemple dĠinterpeller les rseaux antiracistes spcialiss sur les
expulsions dĠlves sur des affaires de mal-logs).
JĠespre
sincrement avec contribu dissiper les malentendus, au moins sur nos
positions unitaires. En tout tat de cause, si vous nous fates le plaisir de
venir en voisine et pour prparer de futures ÒsynergiesÓ vous serez la
bienvenue la soire que nous organisons dans le 18me le 10 mars prochain.
Cordialement
Raymond
Debord
3Ħ) Un commentaire
Le
courrier de Marie-Ccile a un aspect positif : la volont de dialoguer par
lĠinterpellation qui est adresse. CĠest plus honnte et plus fraternel que de
ne pas se parler et de cancaner. Par contre il se situe dans une thmatique qui
illustre de manire difiante la perception que les milieux de la Ç gauche
mouvementiste È peuvent avoir des associations populaires comme la ntre.
JĠai naturellement rpondu Marie-Ccile immdiatement mais il me semble que
certaines choses doivent tre prcises.
1Ħ)
Le questionnement de la lgitimit
Pour
Marie-Ccile il est vident que des organisations comme le CAL ou RESF sont
lgitimes et Ç du quartier È. Par contre lĠAPE nĠest pas lgitime
puisquĠon lĠinterpelle comme si elle se substituait aux organisations
lgitimes. Or il se trouve que lĠassociation est ne dans le 18me
arrondissement et quĠelle existait plusieurs annes avant le CAL (scission du
DAL proche de la LCR) et bien entendu RESF qui est une cration tout fait
rcente. Donc, si on est connu du microcosme on est lgitime et sinon on existe
pasÉ Naturellement il ne viendrait pas lĠide de gens aussi remplis de
prjugs de se demander si les organisations style CAL ou RESF ont une lgitimit
alors quĠelles sont apparues aprs
lĠAPEÉ
2Ħ)
La question des collectifs
La
pratique de lĠAssociation populaire dĠentraide est de travailler
lĠauto-organisation des gens et de ne pas se substituer eux. Nous avons donc
t sur le terrain, dans des conditions trs ardues, et incit pendant
plusieurs mois les rsidents du 25, rue Stphenson se prendre en main.
CĠtait particulirement ardu car ils vivaient dans la peur des agissements de
la gardienne (vendue aux gros propritaires) et de sa famille. Celles-ci
incluaient des violences physiques et plusieurs femmes sympathisant avec lĠAPE
ont t frappes et blesses. Nous avons nanmoins ralis quatre adhsions
lĠassociation et impuls des runions – clandestines – dans
lĠimmeuble avec chaque fois dix douze participants. Ce travail nĠa pas t
couronn de succs dans le sens o aucun rel collectif de locataires
sans-papiers nĠa vu le jour. Et la bataille engage a t perturbe par un
incendie qui a provoqu le relogement acclr des rsidents des derniers
tages (o se trouvaient nos adhrents) mais laissant brutalement les
sans-papiers sur le carreau. De ce point de vue cĠest un chec. Mais le travail
quĠa fait notre association, personne nĠa cherch le faire. Et organiser les gens en collectif autonome est
quelque chose de suprieur se
contenter de les dfendre en suivant passivement les actions impulses par
dĠautres (qui ne sont ni sans-papiers ni mal-logsÉ). Alors quand les
collectifs, comits de base ou quĠimporte leur dnomination parviennent
exister, ce nĠest jamais de trop ! Et certainement pas redondant avec
lĠexistence de tel ou tel rseau install. Parce que nous considrons que Ç lĠmancipation
des travailleurs ne peut tre que lĠmancipation des travailleurs
eux-mmes È comme le disait un
clbre philosophe du XIXme sicle, alors nous ne dirons jamais quĠun
collectif est Ç nime È. Que les gens prennent leurs affaires en
main, quĠil y ait des collectifs dans chaque rue et dans chaque immeuble, alors
tout pourra changer !
R.
D.