Rassemblement des amis de la Voie Populaire (21/04/2002)

Intervention de clôture de Salima Jamili

Présidente de l’Association populaire d’entraide

 

Chers camarades et amis,

Ce Rassemblement des amis de la Voie Populaire s'est tenu un jour bien particulier : celui de l'élection présidentielle. Il ne s'agit bien sûr que d'une coïncidence, mais nous n'avons nullement envisagé d'en modifier la date à cause de cet évènement. Ce choix témoigne au moins d'une chose : de l'importance tout à fait relative que nous accordons à ces élections, même si ceux de nos sympathisants qui le souhaitaient ont eu le loisir de voter avant de venir et que ceux qui se dépêcheront auront encore le temps de le faire tout à l'heure. Il faut dire, et je le dis avec force en tant que membre du Conseil de la citoyenneté des Parisiens non-communautaires, qu'une part appréciable de la classe ouvrière se trouve aujourd'hui encore exclue du droit de vote. Cette part ce sont les millions de travailleurs immigrés qui jouent pourtant un rôle essentiel dans la vie du pays et sont massivement présents dans des secteurs comme la métallurgie, le nettoyage industriel, l'aide à domicile, le gardiennage, la restauration. Mais quelle que soit la situation et l'origine des salariés, ceux qui ont le droit de voter ne se sont pas beaucoup plus intéressés à l'élection présidentielle que les autres. Comment ne pas les comprendre, alors que les enjeux sont aussi limités. Comment ne pas être d'accord avec l'écrasante majorité des citoyens, quand elle déclare ne pas faire de différence fondamentale entre les programmes de Jospin et Chirac. En réalité, ils ont un véritable programme commun. Ce programme c'est le document qu'ils ont signé ensemble au sommet européen de Barcelone et qui vise 1°) à revoir la réglementation sur les contrats de travail 2°) à baisser les prestations sociales 3°) à augmenter de cinq ans l'âge de la retraite. Voilà le programme qui sera appliqué dans tous les cas, sauf si nous savons nous y opposer. Le reste, ce ne sont que des détails. Et en tous cas si nous prenons en compte les dossiers qui nous intéressent particulièrement : emploi, logement, statut des travailleurs immigrés, nous constatons en effet que leurs propositions ne différent pas qualitativement et qu'elles sont d'ailleurs soit inexistantes soit rétrogrades. Si l'on veut préciser les choses, on peut juste dire que les forces sociales qui soutiennent Chirac sont plus directement liées au grand patronat que celles qui soutiennent Jospin, et encore. En ce qui nous concerne, nous n'avons apporté de soutien à aucun candidat. Notre souhait, clairement exprimé, a été que le monde du travail puisse être représenté sur le plan électoral. Si certains candidats ont prétendu le faire - ce qu'on ne saurait leur reprocher - il est clair que cette représentation n'est que partielle et imparfaite. Par ailleurs, la politique suivie par la gauche depuis près de vingt ans a dégoûté un grand nombre d'ouvriers et d'employés qui se sont laissés tenter par la démagogie de l'extrême droite et un nombre encore plus grand qui ne vote même plus. Alors, si au second tour le candidat de gauche le mieux placé ne fait pas le plein des voix ouvrières et populaires, il ne devra s'en prendre qu'à lui même. On ne peut pas gouverner pendant cinq ans sans prendre en compte les revendications des plus démunis et se contenter d'un discours de gauche et du chantage à la droite dans la dernière semaine de campagne.

Pour ce qui est de la politique internationale, chacun a pu constater qu'elle est également identique et marquée avant tout par la soumission en dernière instance à celle des Etats Unis d'Amérique. C'est par exemple le cas en ce qui concerne la Palestine, sujet sur lequel je voudrais dire quelques mots tant m'est insupportable la situation qui est celle du peuple Palestinien aujourd'hui et dont vous ont si bien parlé les camarades qui m'ont précédé. La politique de Sharon est ignoble à bien des égards. C'est une politique raciste, une politique qui se mène avec des chars contre des civils désarmés et dont le résultat final est la réalisation de crimes de guerre comme le massacre qui a eu lieu à Jénine. Mais c'est aussi et surtout une politique ignoble parce qu'elle vise la plupart du temps à torturer les gens physiquement comme moralement, en les humiliant, en les avilissant, en leur déniant toute humanité.

Camarades, pour moi il est clair qu'on ne pourra jamais dans ce conflit renvoyer les uns et les autres dos à dos !

Pour autant, seuls des misérables qui font le jeu du sionisme peuvent confondre le gouvernement Sharon et les israëliens en général, voire les israëliens et les juifs en général. Je tiens d'ailleurs à saluer ici parmis les combattants de la paix les réfractaires et les pacifistes d'Israël ainsi que les grandes voix de la communauté juive de France qui se sont publiquement opposées aux maneuvres du CRIF visant à en faire le relai ici de la politique de Sharon. Pour ma part, je me prononce hier comme aujourd'hui pour un état binational, laïc et démocratique, dans lequel juifs et arabes vivraient en paix. Cette solution, qui était jadis préconisée par l'OLP et qui a été abandonnée par Arafat, n'est plus portée que par de très petites forces se réclamant du socialisme en Palestine et en Israël. Elle n'est certainement pas d'une actualité immédiate compte tenu de l'état d'esprit des uns et des autres, mais en tout cas elle n'est certainement pas plus irréaliste que l'idée de régler la question nationale palestinienne par la création d'un bantoustan dans les territoires occupés et à Gaza ou à penser remporter une victoire sur le terrain militaire. Enfin, ce qui importe dans l'immédiat c'est de stopper les menées du criminel de guerre Sharon et de dénoncer de la manière la plus claire la veuleurie des gouvernements européens vis à vis de l'axe Bush-Sharon. En tant qu'Arabe, je dois également dénoncer ici l'attitude absolument lamentable des dirigeants du monde arabe qui ne lèvent pas le petit doigt pour venir en aide au peuple Palestinien. Mais il est vrai qu'en France comme aux Etats-Unis ou au Maghreb tout est lié : un gouvernement qui aurait l'audace de rompre avec la politique internationale des Etats Unis serait un gouvernement qui disposerait d'un minimum de marges de maneuvres économiques et d'indépendance par rapport aux marchés financiers.

Evidemment, la constitution d'un tel gouvernement rencontrerait immédiatement l'opposition la plus résolue de la classe dominante, sur le plan interne comme externe. C'est ce qui s'est passé dans un pays dont on parle peu, un pays situé à l'autre bout du monde : le Vénézuéla. Le président de ce pays, Hugo Chavez, s'est attiré la haine des Etats Unis et du patronat local pour ses postures de gauche. Quand Chavez a oeuvré pour une politique courageuse visant à contrôler strictement le secteur pétrolier, la bourgeoisie a aussitôt déclenché un coup d'état militaire et mis en place comme nouveau dirigeant le "patron des patrons", équivalent local de notre baron Seillières. Eh bien, chers amis, il n'a pas fallu 48h au peuple du Vénézuéla, et en particulier aux pauvres descendus par dizaines de milliers des bidonvilles pour manifester dans le centre de la capitale, pour scissionner l'armée et provoquer le retour de Chavez au pouvoir.

Quand le peuple est capable de s'unir et de se mettre en mouvement autour d'objectifs clairs, sa puissance est phénomènale. C'est la leçon que viennent de nous rappeler les pauvres du Vénézuéla mais aussi les Argentins. Alors je voudrais que vous ayez tous conscience de notre force collective et confiance en elle. Hier nous étions isolés dans notre entreprise, en train de nous débattre avec notre statut de sans-papiers ou des problèmes de logement. Parfois nous étions démoralisés, surtout quand ces problèmes s'additionnaient. Aujourd'hui nous voyons que nous pourrons nous rassembler par dizaines et bientôt par centaines. Demain, chers camarades et amis, nous serons des milliers et nous commencerons alors à devenir un facteur objectif dans la situation politique et sociale. Voilà le chemin que nous vous proposons d'emprunter avec nous. C'est un chemin difficile, mais c'est aussi un chemin d'espoir et un chemin de dignité.