Qu'est-ce que la conscientisation ?

 

Raymond Debord

 

Version rŽdigŽe d'un exposŽ prŽsentŽ en juin 2004 sur la base du document "la conscientisation" ŽditŽ par le Collectif quŽbŽcois de conscientisation

 

 

DŽfinition de la conscientisation : "Processus d'apprentissage et d'interinfluence entre des groupes de personnes de la classe populaire, immergŽes dans des situations d'exploitation, de domination et d'aliŽnation, et des intervenantes et intervenants intŽrieurs ou extŽrieurs ˆ la classe populaire, interpellŽs par ces situations et visant ˆ les changer dans une interaction dialectique avec un processus plus global de transformation politique de la sociŽtŽ" (Collectif de conscientisation).

 

Cette dŽfinition, au style reconnaissons-le assez lourd, exprime bien l'originalitŽ de la dŽmarche ˆ laquelle nous participons et qui opre une double rupture : 1¡ rupture avec une comprŽhension du changement social comme relevant principalement de la lutte des idŽes ; 2¡ rupture avec la dŽfense des intŽrts populaires privŽe de dŽbouchŽ en terme de changement.

 

Si l'homme n'est pas le "Sujet" avec un grand "S" de l'histoire (ni d'ailleurs le ProlŽtariat avec un grand "P") il est un sujet, un acteur dans l'histoire qui est celle de la lutte des classes (1). Le point de dŽpart de la mŽthode de la conscientisation est la prise en compte de ce principe, de cette situation. Sauf ˆ prŽtendre faire le bonheur des gens malgrŽ eux, une pratique militante doit partir de l'action pour que chacun de ceux qui souffrent s'engagent dans l'action.

 

Comment imaginer un processus de lutte et de libŽration dont les principaux intŽressŽs seraient quasiment exclus ? C'est pourtant la pratique quotidienne de nombre de lourdes bureaucraties associatives, syndicales ou politiques qui confient aux dirigeants la dŽfinition des orientations et ˆ la base le collage des affiches... Ce qu'on appelait au dŽbut du XXe sicle "la politique des chefs". Celle-ci est strictement antinomique de la pratique conscientisante dont le point de dŽpart est la prise de parole par les personnes exploitŽes ou opprimŽes.

 

On ne se libre pas seulement avec des idŽes, mais en posant des actes qui eux mmes contribueront ˆ modifier les consciences. On ne se libre pas seulement en dŽfinissant un projet pour une sociŽtŽ meilleure, mais en cherchant des rŽponses immŽdiates aux questions immŽdiates. A la diffŽrence d'une minoritŽ infime d'intellectuels ou de gens passionnŽs ˆ titre personnel par la politique, la philosophie (catŽgorie dans laquelle peut se reconna”tre l'auteur) la masse des gens ne fait le choix du changement que si elle y est contrainte par sa situation personnelle et y voit le moyen tangible de la changer.

 

Adopter la dŽmarche conscientisante c'est faire le choix d'intervenir dans le rŽel pour provoquer une intersection entre des questions sociales appelant des rŽponses immŽdiates et une perspective gŽnŽrale dont les grands traits nous sont enseignŽs par l'expŽrience (ˆ commencer par celle des masses elles-mmes).

 

Il faudrait naturellement se garder de toute impression tendant ˆ rŽduire la conscientisation ˆ l'inculcation de quelque chose, sŽparant les gens entre "conscients" et "inconscients", faute de quoi on risquerait de retomber dans une pŽdagogie "descendante" : la conscientisation n'a ni commencement ni fin.

 

Mais cela ne signifie pas que nous n'ayons pas ˆ porter quelques jugements et tenter d'opŽrer quelques classifications au regard du point qui est le n™tre : celui d'un groupe, d'une fraction du mouvement social et du mouvement historique du salariat ayant une expŽrience et une grille d'analyse spŽcifique liŽe ˆ celle-ci.

 

On ne peut pas agir sans savoir pour commencer ˆ qui on s'adresse. Ceci peut para”tre d'une grande banalitŽ et pourtant qui s'en prŽoccupe rŽellement ?

 

Lors de la manifestation du 1er mai 2004, j'ai ŽtŽ frappŽ par un tract co-signŽ par plusieurs petits groupes se voulant rŽvolutionnaires (par ailleurs amis de l'Association populaire d'entraide). Je ne discuterais pas ici du fond de ce qui Žtait exposŽ mais de la forme qui constitue un assez bon contre-exemple par rapport ˆ la mŽthode que nous prŽconisons. Ce tract Žtait d'abord un vŽritable "casse crožte" contenant plusieurs milliers de signes serrŽs recto-verso et sans place pour la moindre illustration. Ensuite il critiquait les organisations d'extrme-gauche en s'adressant ˆ leurs Žlecteurs, si ce n'est ˆ leurs adhŽrents. Pourtant, il Žtait diffusŽ ˆ des dizaines de milliers de travailleurs, gŽnŽralement syndiquŽs, dont on peut penser que moins de 10 % Žtaient concernŽs d'une manire ou d'une autre par le dŽbat...

 

Se prŽoccuper de savoir ˆ qui on s'adresse implique donc une typologie, dont Colette Humbert nous propose une approche que nous reprendrons dans les grandes lignes (2).

 

LES QUATRE NIVEAUX DE CONSCIENCE

CONSCIENCE SOUMISE

- fatalisme, rŽsignation, sentiment de culpabilitŽ

- soumission au jeu de forces perues comme irrationnelles

- intŽgration passive dans l'ordre social Žtabli

- traditionalisme

- non-perception des rapports dialectiques entre la nature et l'homme, la culture et l'homme, l'histoire et l'homme.

CONSCIENCE PRE-CRITIQUE

- Žmergence comme sujet

- insatisfaction du statu quo

- ressentiment confus et global contre les privilŽgiŽs

- passage d'une solidaritŽ familiale ou communautaire ˆ une solidaritŽ plus large

- Remise de ses intŽrts ˆ de nouveaux notables, ˆ de nouvelles autoritŽs

CONSCIENCE CRITIQUE INTEGRATRICE (ou "rŽformiste" comme l'a nommŽe une camarade de l'Association populaire d'entraide)

- volontŽ de dŽterminer son propre devenir

- volontŽ de compter sur ses propres forces et ses potentialitŽs

- passage ˆ une solidaritŽ socio-professionnelle d'intŽrts (syndicalisme)

- passage du "peru" ˆ l'analyse

- volontŽ de se poser en partenaire des pouvoirs dominants

- acceptation des structures hiŽrarchiques autoritaires, du fonctionnement institutionnel...

CONSCIENCE CRITIQUE LIBERATRICE

- clarification de sa propre position socio-politique, en particulier chez les membres de la petite-bourgeoisie ou de l'appareil d'encadrement capitaliste

- recherche de nouvelles relations interpersonnelles et de nouveaux rapports sociaux

- dialectique permanente action/rŽflexion/action

 

Pour le militant utilisant la mŽthode de la conscientisation, l'action collective (but recherchŽ ˆ court terme) ne peut exister sans qu'on parte de l'individuel, du personnel, et qu'on lui laisse toute sa place. Ceci vaut pour le public visŽ mais aussi pour les animateurs. Un camarade de l'association se plaignait rŽcemment que "chacun fasse ce qu'il veut" en son sein. C'est un fait qu'une bonne organisation et une discipline ŽlŽmentaire sont nŽcessaires. On peut mme dire que plus les tensions sociales vont s'intensifier et plus l'affrontement avec le pouvoir s'intensifiera, plus la discipline sera nŽcessaire. Pour autant, est-il possible de construire ˆ froid une organisation populaire, donc une organisation ˆ vocation de masse, sans laisser ˆ chacun le plus de place possible pour l'expression de ses talents, de ses envies, etc ? Ce n'est pas possible.

 

L'Žlitisme n'est pas la solution et les pratiques activistes comme les logiques sectaires ne conduisent qu'ˆ l'affaiblissement et ˆ l'exclusion de l'organisation populaire elle-mme de ses membres les plus opprimŽs. La question de la place des femmes est de ce point de vue particulirement rŽvŽlatrice. Plus vous vous Žloignez du concret, du social pour aller vers l'abstrait, le politique au sens politicien, et moins vous avez de femmes ! Est-ce que parce que les femmes sont plus "aliŽnŽes" que les hommes ? Non : c'est parce que les hommes sont plus aliŽnŽs que les femmes ! Et que les femmes se reconnaissent moins que les hommes dans un certain mode de dŽbat, dans certains gožts pour le pouvoir, etc. Quant aux normes organisationnelles, c'est limpide : plus vous les durcissez plus vous Žliminez mŽcaniquement les femmes (mais aussi les ouvriers, les gens en charge de famille etc).

 

L'organisation se doit donc d'tre un collectif agrŽable, de dispenser un accueil chaleureux. Elle se doit de favoriser les Žchanges informels entre ses membres (constitutifs de dŽmocratie et de formation) et de permettre ˆ chacun de trouver sa place, en s'adaptant de manire volontaristes aux diffŽrents niveaux de conscience et aux diffŽrentes aspirations de ses membres. Elle ne doit pas hŽsiter ˆ crŽer des moments d'Žchanges rŽcrŽatifs ou festifs.

 

Dans la pŽriode rŽcente, les sociologues de toutes tendances ont Žcrit des milliers de pages sur le dŽlitement du lien social dans les quartiers, la disparition des anciennes solidaritŽs ouvrires, etc. D'autres intellectuels ont glosŽ sur le recul voire la disparition de la conscience de classe, donc des formes de reprŽsentation collective du monde. Que faisons-nous quand nous organisons une initiative conviviale comme la journŽe ˆ la mer annuelle, si ce n'est agir concrtement sur ces questions ? On le voit trs bien ˆ la lecture des commentaires des participants, en particulier d'une amie qui dit "j'ai senti qu'on Žtait une seule famille" (3). A partir d'une simple sortie, l'association agit pour re-composer un groupe sur des bases nouvelles. Ce faisant elle contribue (ˆ une Žchelle certes molŽculaire) ˆ tisser du lien entre des gens qui pour partager la mme situation socio-Žconomique n'en sont pas moins renvoyŽs ˆ l'isolement et ˆ la solitude par le systme.

 

L'affaiblissement des organisations politiques et syndicales, des associations, place les militants dans une situation relativement inŽdite : celle d'avoir ˆ reconstruire des organisations de masse ˆ partir de la base. Pour ce faire, il ne suffit pas d'avoir de bonnes "idŽes" ou un bon "programme" mais aussi une orientation et des mŽthodes d'action adaptŽes.

 

Il faut en premier lieu prendre en compte les caractŽristiques socio-culturelles du public auquel on s'adresse. Il s'agit lˆ d'un point essentiel, sur lequel l'expŽrience manque encore cruellement. Prenons quelques exemples tirŽs de la pratique de l'association. Le premier concerne le bulletin Militant. Nous Žditons un bulletin, des brochures, des tracts. Les uns comme les autres sont conus de manire ˆ prendre en compte le niveau de conscience des gens auxquels ils s'adressent. Pour autant, nous avons dans l'association ou ˆ sa pŽriphŽrie des gens qui ne savent pas lire le Franais, voire pas lire du tout. De fait, ils sont trs peu pris en compte. Le faire serait de s'appuyer de manire plus explicite sur l'oralitŽ et utiliser des outils adaptŽs (cassettes audio ou vidŽo, etc.). Quand une camarade nous fait part de son intention de faire de l'alphabŽtisation dans un foyer et nous demande si c'est assez "politique", la rŽponse immŽdiate est "oui, bien sžr, c'est trs politique". Il y a un rapport direct entre la volontŽ d'organiser les gens et la mise en place d'outils leur permettant de mieux se situer dans la sociŽtŽ, d'accŽder ˆ la langue franaise, ˆ l'Žcrit, etc. Dans un autre registre, il est strictement impossible de faire abstraction de la religion des gens, par exemple de la religion musulmane dans les milieux qui nous intŽressent. Il suffit d'observer la chute de la participation aux rŽunions dans les pŽriodes de Ramadan pour le constater. On pourrait en dire autant de la "trve des confiseurs" entre No‘l et le jour de l'an pour une autre catŽgorie du public. Voici une rŽalitŽ ˆ laquelle on ne peut se soustraire. Mais prendre en compte la culture, ou la religion, va bien au delˆ de simples ajustements "techniques". Il s'agit d'identifier les ŽlŽments qui peuvent servir de point d'appui pour notre action (refus de la spŽculation dans l'Islam, etc).

 

Travailler avec les masses impose de ne pas laisser les gens expŽrimentŽs monopoliser le dŽbat. C'est lˆ un point crucial qui mŽrite toute notre attention. Non seulement les militants chevronnŽs sont trop bavards (ˆ commencer par l'auteur de ces lignes...) mais il ne suffit pas qu'ils se taisent pour que le silence soit brisŽ par l'Žmergence d'une parole de "la base". Ce serait simple mais ce n'est pas comme ˆ que se passent les choses : la parole des "sans-voix" ne s'impose pas d'elle mme : elle se suscite par divers moyens. Et elle ne fait pas sens d'elle-mme : elle ne fait sens que si elle est interprŽtŽe collectivement par le groupe, si les idŽes sont analysŽes et systŽmatisŽes. Ce point essentiel fera l'objet du second exposŽ de ce cycle.

 

En tout Žtat de cause, un militant expŽrimentŽ ne doit pas confondre une rŽunion populaire avec une arne parlementaire ou celle d'un groupe avant-gardiste. Son problme principal n'est pas de faire valoir cožte que cožte son point de vue (aussi juste soit-il) mais de faire participer les gens et d'tre en mesure de comprendre ce qu'ils veulent dire, au delˆ mme des mots qu'ils formulent.

 

Alors que la mŽthode "descendante" ou "propagandiste" consiste ˆ partir du gŽnŽral (des thŽorisations sur l'Žtat du monde, les mesures ˆ prendre etc) pour aller ˆ la rencontre des gens, la conscientisation par du particulier pour aller vers le gŽnŽral. Elle part d'une problŽmatique individuelle, locale ou sectorielle pour aller chercher les causes derrire les faits et dŽgager des perspectives globales.

 

C'est ˆ partir des problŽmatiques concrtes qu'elle rencontre que l'organisation populaire Žtablit sa stratŽgie et ses tactiques, repre des alliŽs et construit des fronts communs. Ce processus est parallle ˆ la rŽflexion sur l'origine des difficultŽs rencontrŽes et l'Žlargissement des horizons des participants. Dans ce processus, la rencontre avec d'autres militants, les voyages etc peuvent jouer un r™le important.

 

Nous avons parlŽ plus haut de l'importance du fait culturel. Ceci vaut aussi au niveau inter-personnel et dans les relations de l'animateur avec un groupe, surtout s'il ne partage pas la mme culture. Un Franais militant avec des Maliens ne s'en sortira pas s'il ne comprend pas le rapport trs diffŽrent au temps qu'ont les Africains. Il ne comprendra pas non plus comment l'importation d'un systme "tribal" surdŽtermine le comportement de tous les membres du groupe, par exemple chez les rŽsidents des foyers.

 

Le militant n'est pas quelqu'un qui adopte la posture du missionnaire. C'est quelqu'un qui, voulant changer les gens, est d'abord prt ˆ se changer soi-mme. Il en dŽcoule naturellement des t‰ches individuelles et collectives :

 

            "Le groupe intervenant doit mettre ˆ jour ses propres aliŽnations, car la pŽdagogie de la conscientisation s'adresse tout autant aux conscientiseurs qu'ˆ la population concernŽe. Il s'agit pour eux, ni plus ni moins, en se mettant aux c™tŽs des classes populaires, de travailler ˆ leur propre libŽration. C'est ainsi seulement qu'ils pourront sortir du paternalisme et de la mauvaise conscience, signes d'une position sociale ambigŸe entre l'amŽnagement du systme et la lutte avec les opprimŽs" (Colette Humbert).

 

L'objet du changement social n'est pas la simple amŽlioration des conditions de vie des plus dŽmunis. Il est la modification des rapports sociaux dans leur ensemble et l'abolition de toutes les distinctions de classe. Dans ce sens, le changement ne concerne pas que les groupes dŽfavorisŽs mais l'ensemble des gens, y compris ceux qui peuvent tre perus (ou se percevoir) comme relativement "privilŽgiŽs" par rapport ˆ d'autres.

 

Quand nous disons que "seul le prolŽtariat ira jusqu'au bout" dans la lutte cela veut dire qu'il est la seule classe sociale qui, en tant que telle, n'ait rien ˆ perdre mais au contraire tout ˆ gagner au changement et ˆ l'abolition du salariat. Cela ne veut nullement dire que l'on prte au prolŽtaire, ˆ fortiori s'il s'agit du prolŽtaire individuel, des vertus particulires par rapport au reste des gens.

 

En participant au mouvement social, un intellectuel ou un cadre peut non seulement oeuvrer pour les autres mais aussi pour lui-mme : seule une sociŽtŽ dŽbarrassŽe de l'exploitation capitaliste permettra de mettre fin ˆ la marchandisation des relations humaines et ˆ toutes les oppressions.

 

Mais une personne participant si ce n'est de la classe dominante mais au moins de l'encadrement du systme doit impŽrativement clarifier sa propre position pour prendre place dans la lutte prolŽtarienne. Faute de quoi le risque est que des couches sociales "intermŽdiaires" dŽfendent leurs propres intŽrts particuliers tout en prŽtendant parler au nom des couches populaires voire en se parant des couleurs du "socialisme" etc. Ce danger n'est pas virtuel : agir ainsi a ŽtŽ la pratique dominante des partis et organisations dŽveloppant une idŽologie Žtatiste des annŽes 1930 ˆ aujourd'hui.

 

Toute ambigu•tŽ sur la position de chacun Žtant levŽe, il n'est nullement question de demander aux gens d'abandonner leur position sociale. La sociŽtŽ dont nous voulons n'a rien ˆ voir avec le nivellement par le bas et il n'est pas question de prcher une idŽologie nŽo-religieuse qui demanderait ˆ ceux qui ont eu la chance d'avoir un salaire convenable ou un mŽtier intŽressant de "se faire pauvre parmi les pauvres". Chacun entre donc dans l'action avec son passŽ et ses propres contradictions, mais en poursuivant un but commun.

 

L'animation d'une organisation populaire importe de rompre avec l'impressionnisme pour mettre en oeuvre des outils permettant une analyse rationnelle du public visŽ et des phŽnomnes sociaux ou idŽologiques. De ce point de vue le complŽment indispensable de la conscientisation est l'enqute (4).

 

Cherchant non pas ˆ endoctriner mais ˆ mettre des expŽriences en partage, l'animateur aura grand soin d'Žviter tout ce qui peut ressembler ˆ une "mŽthode descendante". De ce point de vue il est dŽterminant de savoir aller au rythme des gens, respecter la maturation des esprits et des dŽbats, etc. Mieux vaut ne pas diffuser un tract dans une manifestation que de le sortir sous la seule responsabilitŽ de l'animateur d'un groupe. Mieux vaut laisser mžrir une question que de la trancher de manire trop h‰tive. C'est ainsi que l'association a procŽdŽ en publiant des documents sur des thmes comme l'ouverture des frontires ou le foulard islamique, sans trancher dans un premier temps (5). En 2002, l'association avait volontairement dŽcidŽ de ne pas prendre position sur le second tour de l'Žlection prŽsidentielle (opposant alors Chirac ˆ Le Pen). Faute d'un sŽrieux dŽbat prŽalable, elle aurait ŽtŽ amenŽe ˆ trancher dans la prŽcipitation, au risque de divisions et de positions mal-ma”trisŽes. Finalement, la majoritŽ des militants s'est trouvŽe d'accord pour dire ˆ posteriori que le vote Chirac avait ŽtŽ un leurre. Nous disposons dŽsormais d'un point de vue largement partagŽ et d'une expŽrience commune qui sera cette fois un acquis dans des situations comparables si elles doivent survenir.

 

L'auto-critique n'est pas le fort des organisations, quelle que soit leur nature. C'est encore moins le fort des militants individuellement. Pourtant, il n'y a pas de processus de conscientisation sans bilans collectifs et y compris sans bilan collectif des attitudes individuelles des animateurs. Nous n'en sommes pas encore lˆ, du moins pas tous, la mŽthode de travail que nous proposons n'Žtant pas encore totalement assimilŽe et partagŽe par tous nos animateurs, au moins les plus "rŽcents" dans l'association. J'espre que cet exposŽ y contribuera.

 

20/07/2004

 

 

Notes

(1) Dominique Cornet : "la notion de lutte des classes" (in Militant n¡5, juin 2004)

(2) Colette Humbert : "la conscientisation" (Žditions L'Harmattan, ŽpuisŽ)

(3) "Impressions de nos voyageurs aprs une journŽe ˆ Trouville", propos recueillis par Mohamed Rami

(4) Raymond Debord : "enqute et conscientisation" (2001)

(5) Raymond Debord "faut-il revendiquer l'ouverture des frontires ?" (2004) Roger Paturaud "libre circulation des personnes" (2004) Raymond Debord "ˆ propos de la loi sur la la•citŽ" (2004) Roger Paturaud "le voile en marche en Europe" (2004).

 

Sur le mme sujet :

- Dominique Cornet : "le processus de conscientisation" (2001)

- Association populaire d'entraide : "plan de formation" (2004)