Maison
des Ensembles, Paris, le 8 Mai 1999
Déclaration
des médias libres
Dans la presse et l'édition, sur
les ondes hertziennes (radio ou télé), sur l'Internet, dans le
monde du cinéma, les initiatives se multiplient pour défendre et
pour créer des médias libres, indépendants de toutes
forces politiques et financières, sans emprise du journalisme de
marché, sans concession aux idéologies et aux pratiques
d'exclusion sociale, raciste, xénophobe, homophobe et sexiste.
Parce
que nous croyons à l'absolue nécessité du débat
démocratique, parce que nous sommes conscients du rôle que nous
avons à jouer dans un monde où la liberté d'expression et
le pluralisme se heurtent à une logique de marché de plus en plus
hégémonique, nous entendons continuer à exercer et
à développer un contre-pouvoir critique, nécessaire
à toute information et à tout débat d'idées.
C'est
pourquoi nous nous déclarons dès ce jour solidaires :
-
afin de nous porter mutuellement aide et assistance dans nos combats pour
préserver notre liberté d'éditer, de produire, de diffuser
et de mettre en ligne nos médias,
-
afin de faire avancer les lois, qui au nom de l'intérêt
général n'ont bien souvent rien prévu d'autre pour nous
qu'amendes, interdictions, saisies et autres procédures
répressives,
-
afin que puissent émerger à l'avenir de nouveaux espaces de libre
expression.
En conséquence, nous
décidons à l'issue de ce premier Forum des Médias Libres
de créer un lien durable entre nous sous la forme d'une Coordination
Permanente des Médias Libres, ouverte à tous les médias
qui sur ces bases souhaiteraient nous rejoindre dans nos échanges
d'idées et d'expériences et dans les actions collectives qui en
seront issues.
Dans
les jours qui viennent, sera créé un site Web de coordination, de
défense et de promotion des médias libres de tous secteurs, et de
mise en réseau des médias libres pour faciliter leur
collaboration et leur mobilisation : http://www.medialibre.org
Et
nous engageons dès ce jour des actions communes pour atteindre les
objectifs suivants :
1.
Obtenir d'urgence la
modification du projet de loi Trautmann sur l'audiovisuel, pour que soient
enfin reconnues et autorisées les chaînes de
télévision locales et nationales associatives et d'accès
public hertziennes, câblées et satellitaires, et pour qu'elles bénéficient
d'un fonds de soutien à l'expression audiovisuelle associative.
2.
Œuvrer à
la multiplication des lieux et des formes de production et de diffusion
télévisuelle libre, et notamment à la multiplication
rapide des télévisions libres locales diffusées par voie
hertzienne. Pour cela, les télés libres membres de la
Coordination mettent à la disposition de tous ceux qui veulent
créer leurs propres télévisions libres : leurs
compétences techniques, leurs filières de fabrication
d'émetteurs et leurs banques de programmes.
3.
Empêcher tout
gel par le gouvernement et le CSA de l'attribution des fréquences
hertziennes télévisuelles, pour quelque prétexte que ce
soit, car l'expérience de ces 20 dernières années nous a
démontré, dans la douleur souvent, que les Pouvoirs Publics, par
leurs manoeuvres dilatoires, étaient objectivement complices des
puissances financières et politiques qui ont fini par faire main basse
sur l'audiovisuel français. L'espace hertzien est un bien public
collectif dont nous restituerons aux usagers de la télévision la
part qui leur revient de droit, sans attendre d'y être autorisé
par des Institutions qui ont failli à leur devoir et se sont mises
d'elles-mêmes hors la loi.
4.
Mettre fin aux
pratiques d'auto-censure et de censure, illégales, de la liberté
d'expression individuelle garantie à chaque citoyen par la Constitution.
Seul l'auteur d'un propos tenu sur l'Internet ou l'éditeur d'un document
qui y circule doit en être responsable devant la justice. A aucun moment,
un hébergeur ou un autre intervenant technique ne peut être tenu pour
responsable ou complice de ce propos ou de la circulation de ce document, qu'il
en ait connaissance ou non. De même, seul l'auteur et le
réalisateur d'un document audiovisuel diffusé par une
chaîne de télévision devraient en être tenu pour
responsable, et non pas la chaîne elle-même.
5.
Empêcher la
création d'une autorité de tutelle de l'Internet : les citoyens
doivent répondre de leurs actes et de leurs propos devant la loi et
devant elle seule. Nous refusons rigoureusement la création d'une
autorité de tutelle ou de régulation de l'Internet, d'un
"CSA de l'Internet", qui conduirait à coup sûr à
une censure administrative des contenus. Les problèmes liés
à l'utilisation de l'Internet doivent rester du domaine des tribunaux.
6.
Impulser une meilleure
connaissance réciproque en vue d'une collaboration
régulière et de projets communs,
7.
Accroître la
visibilité de nos titres et publications en nous faisant connaître
collectivement auprès des grands médias, des distributeurs, des
pouvoirs publics et du grand public,
8.
Faire en sorte que
les réseaux de diffusion et de distribution actuels nous soient
réellement accessibles, imaginer de nouveaux modes de distribution,
organiser un réseau de diffusion commune,
9.
Devenir un
interlocuteur de poids sur toutes les questions juridiques, économiques
et politiques touchant à l'exercice du droit de cette presse et à
sa liberté.
À
Paris, Maison des Ensembles, le 8 mai 1999.
Signataires
de cette déclaration
Ondes
Sans Frontières, L'Insoumis, Télé Bocal,
TV Moun Matinik, La Confédération nationale des Radios Libres
(CNRL), Maintenant la lettre, La Vache Folle, Pour Voir Pas Vu, altern.org,
Les Éditions Gaies et Lesbiennes, Le Tigre de Papier, L'Ornitho,
Le Mini Rézo, Zapito, Don Quichotte, Voix Populaire, Agone
Éditeur, 150 Films à Faire et à Distribuer, Liquidation
Totale, Info-Sud, Prochoix, La Riposte, @telier internet, Télé
Kréol, Aldudarrak Bideo, Fédération nationale
des Vidéos des Pays et des Quartiers (VDPQ, Télé
Saugeais, Trégor Vidéo, Télé Millevaches, Vidéon,
Canal durance (Vidéosol), Vidéo Paris XIII, Télé
Pirate Martinique, Disjonkte, Les Mutins de Pangée, Sans Canal Fixe,
Haro TV, Les Éditions de l'Impossible, fluctuat.net,
Périphéries, PRIMItivi, l'Organe Magazine, Bruits, Le
magazine de l'homme moderne, Télé Plaisance, Pagina