Motion d’orientation pour le travail au foyer Rochebrune
Conseil d'administration de l'Association populaire
d'entraide
25 février 2004
1°)
Pourquoi un comité de base au foyer Rochebrune ?
Ayant
parmis ses objectifs stratégiques celui d'aider à l'auto-organisation du
peuple, l'Association populaire d'entraide se doit de créer partout où elle le
peut des structures de base. Celles-ci permettent d'enraciner l'association
dans un milieu particulier, d'impulser des luttes et de favoriser la
conscientisation de ses membres à travers des bilans partagés sur les actions
menées.
Dans
l'état actuel de nos forces, le foyer Rochebrune (Montreuil) présente la
meilleure opportunité pour implanter un comité de base. Nous y disposons de
quelques adhérents (dont deux membres associés au conseil d'administration),
d'une dizaine d' anciens adhérents et d'une quarantaine de sympathisants aynt
participé à des réunions publiques de l'association, à ses cortèges dans des
manifestations, etc.
La
nouveauté pour nous est la possibilité d'avoir un certain nombre de renforts
(trois personnes pour l'instant) qui ont permis de mettre en place des réunions
régulières rassemblant jusqu'à 12 personnes, d'organiser des collages
d'affiches sur Montreuil, etc.
Le
foyer offre également une possibilité d'organiser un comité de base dynamique
dans la mesure où il s'agit d'un habitat concentré réunissant un grand nombre
(600 ?) de personnes de même origine nationale et de même situation sociale,
voire administrative.
Le
comité de base du foyer Rochebrune a vocation à devenir la pointe avancée de
l'association et un "modèle" pour son développement futur. Notre
objectif à terme n'est pas en effet de nous focaliser sur le milieu des foyers
mais de créer des instances de base de l'association dans d'autres endroits et
d'autres milieux.
2°)
Le rôle des renforts
Construire une organisation populaire à la base n'est pas
une chose aisée. Alors que bien d'autres ont abdiqué, nous nous tenons
fermement à cette perspective difficile. Le principal problème est celui de
disposer d'animateurs en capacité d'impulser les choses. Comme il y a rarement
de "génération spontanée", nous nous voyons donc dans l'obligation de
former les gens, ce qui peut prendre des années ou - pire - ne pas se faire si nous
ne disposons pas d'un cadre de travail commun. C'est grosso-modo la situation
que nous avons connu jusqu'ici à Rochebrune malgré les efforts pionniers de
Dominique C. et l'investissement de notre ami Bandiougou Konaté (expulsé cette
année) dans les activités centrales de l'association de 1997 à 2001.
La
venue à l'association de militants se portant volontaires pour aider à la
structuration peut changer la donne. Roger P., Marie-Lise M. et Ludovic W. ont
en effet tous les trois une expérience qu'ils pourront ré-investir utilement
dans un milieu qu'ils apprennent aujourd'hui à connaître. Ils pourront en
particulier partager ce qu'ils ont appris en matière d'organisation ainsi que
leur maîtrise de la vie politique nationale.
S'ils
aurons, n'en doutons pas, un rôle déterminant, les "renforts" devront
éviter un certain nombre d'écueils :
-
attention au substitutisme
Une
erreur rédhibitoire serait d'apparaître comme des gens dépositaires d'un
savoir, d'une "vérité" qu'ils auraient pour "mission"
d'inculquer aux autres. Ceci pourrait conduire, au mieux, à une adhésion
formelle des gens à nos idées et à une attitude clientéliste de leur part.
C'est naturellement à l'exact opposé de ce que nous essayons de faire en terme
de conscientisation (1).
-
attention au paternalisme insconscient
Une
autre erreur (qu'on observe très fréquemment dans le milieu des associations
caritatives) serait de faire un "complexe du blanc issu des classes
moyennes" vis à vis d'un public socialement défavorisé et d'origine
étrangère. Sa conséquence serait de s'adapter aux éléments les moins évolués et
d'aboutir rapidement à une paralysie de l'association. Or, si celle-ci a
vocation à rassembler largement, elle s'adresse au minimum à des gens ayant envie de se battre pour leurs droits
et comprenant plus ou moins clairement la nécessité de l'organisation
collective.
Nous
avons observé depuis maintenant plusieurs mois une démobilisation et une
démoralisation des ouvriers sans papiers, en particulier dans les foyers. Ce
phénomène a été longuement décrit dans les colonnes de Militant (2). Notre tâche sera donc d'ouvrir de nouvelles
perspectives et, dans la mesure du possible, de montrer l'exemple. Mais nous
devons absolument dire la vérité aux gens et être clairs sur les effets
désastreux de la loi Sarkozy qui rend quasi-impossible une régularisation
"sur dossier" (3).
-
avec les résidents
Les
"renforts" comme tous les animateurs de l'action au foyer (Fousseni
T., Talibe K., Souleymanne C.) devront donc être en capacité d'être très
rigoureux quant aux modalités d'organisation de l'association et dans le même
temps savoir décrypter et synthétiser les attentes des résidents afin de les
systématiser sous forme de revendications et de propositions d'action.
Pour les "renforts", cela implique une ferme
volonté de se mettre "à l'école des résidents" et par conséquent de
prendre les dispositions organisationnelles afférentes.
La
première est la prise systématique de notes lors des réunions internes comme
publiques, sans omettre les digressions qui en disent parfois plus long que les
interventions sur le thème convenu.
3°)
Quelle structuration ?
Après
discussion avec les résidents présents à la réunion du conseil d'administration
et les "renforts" il a été décidé d'une réunion tous les quinze
jours, le vendredi à 18h30 au foyer. Cette réunion doit être structurée comme
toutes les réunions de l'association, autour d'un ordre du jour comprenant :
1°
le bilan des actions de la quinzaine passée
2°
un point financier (adhésions, cotisations, journal...)
3°
un thème principal (lié à l'activité, à un sujet d'actualité...)
4°
les tâches militantes de la quinzaine
Les
finances
Nous
ne reviendrons pas ici sur les arguments généraux concernant la situation
financière précaire de l'association. Mais la question de l'adhésion et de la
cotisation doit être au coeur de la réunion dans le sens où elle synthétise la
compréhension de la nécessité de l'organisation collective. Le collecteur (4) aura donc à faire un point à chaque réunion et à
se charger de la transmission de l'argent à Ouarda Y.
Utiliser
la permanence d'accueil
La
réunion bimensuelle au foyer N'A PAS vocation à devenir le lieu où se discute
le détail de chaque dossier de sans-papiers, faute de retomber dans les
ornières décrites plus haut. Les pressions seront certainement fortes en ce
sens, MAIS les animateurs disposent d'un moyen d'y résister : la permanence
"juridique" ouverte par l'association depuis novembre 2003 sous les
auspices de Benoît G (5).
1er et 3ème mardi de chaque mois
à 19h30
170 avenue d'Italie Paris 13e
code 6317
Métro Maison Blanche
4°)
Quelle orientation ?
Comme
n'importe quelle instance de l'association, le comité de base du foyer
Rochebrune participe aux initiatives "centrales" de l'association.
C'est d'ailleurs ce qu'ont fait nos adhérents lors des manifs (1er mai 2003,
Forum social européen (6)) comme des Universités populaires (7).
Dans
un premier temps, le comité doit se faire connaître de tous les résidents. Nous
proposons donc qu'il mette en oeuvre une proposition déjà formulée mais restée
lettre morte : écrire un tract rappelant : 1° ce qu'est l'association ; 2° ses
revendications concernant les papiers ; 3° sa permanence juridique ; 4° les
coordonnées de ses animateurs au foyer. La diffusion de ce tract pourra se
faire au porte-à-porte, accompagnée d'une vente du journal et de signature de
la "lettre ouverte à nos camarades du mouvement syndical".
Le
comité de base pourra également soutenir et relayer les actions du
"mouvement" des sans-papiers, comme ses adhérents l'ont jadis fait à
l'occasion de manifestations du Rassemblement des collectifs d'ouvriers sans
papiers des foyers (8). Il devra en particulier porter toute son attention sur
les actions régulières du collectif dont est membre Souleymanne C.
A
moyen terme, l'objectif est d'étendre l'influence de l'association sur d'autres
foyers voisins de Rochebrune, où elle dispose déjà de contacts.
Gageons
que si l'ensemble du dispositif que nous venons de décrire est mis en place,
les opportunités d'action et de développement ne manqueront pas pour peu que
nous prenions la peine de lier sérieux dans la structuration et capacité
d'écoute du milieu.
nota bene
Le
comité du foyer Rochebrune est autonome pour l'ensemble des activités se
situant dans son champs d'action. Les membres du conseil d'administration
militant au foyer sont les responsables et les référents. Ils assurent le lien
avec le reste de l'association. Tous les militants, résidents ou
"renforts" sont à égalité de droits comme de devoirs au sein du
comité de base. Si un vote doit intervenir, les décisions sont prises à la
majorité simple. En cas de conflit au sein du comité, le conseil
d'administration peut décider de retirer tel ou tel "renfort" pour
l'affecter ailleurs. Si d'autres personnes ne résidant pas au foyer souhaitent
s'investir dans ce travail, leur candidature devra être validée par le conseil
d'administration puis par les membres du comité de base.
(1) Dominique Cornet : le processus de
conscientisation
(2) Raymond Debord : sans-papiers, un
mouvement aventuriste et manipulé et l’aventurisme
gauchiste frappe à nouveau.
(3) La nouvelle
loi Sarkozy sur l’immigration et mobilisation au
foyer Rochebrune
(4) Association populaire d’entraide : collecteur-collectrice,
guide pratique
(5) Inauguration de la
permanence d’accueil de l’Association populaire d’entraide
(6) Défendre les
sans-papiers c’est défendre la classe ouvrière et Manifestation
de clôture du Forum social européen
(7) Université
populaire libératrice