MOTION "SANS-PAPIERS"

 

Lorsqu'en 1997 l'association s'est lancée dans la bataille pour les sans-papiers, défendant un grand nombre de cas dans la foulée de la "circulaire Chevènement", on pouvait penser que les choses allaient se calmer. Il n'en est malheureusement rien et semaine après semaine le flux reste inchangé.

 

Comme nous l'avons décrit dans Militant, Sarkozy s'est montré très prudent face aux sans-papiers et a manipulé avec beaucoup de savoir faire (et l'appui du MRAP etc.) le mouvement apparu à la suite de l'occupation de la Basilique de Saint Denis. Après avoir fait croire qu'il allait assouplir les choses, le ministre s'emploie maintenant à les durcir progressivement, principalement pour ce qui concerne les demandeurs d'asiles.

 

Il vient également de lancer un "ballon sonde" en laissant filtrer dans sa presse (Le Figaro) l'éventualité d'un allongement de 7 jours à deux mois de la durée de la rétention administrative !

 

En tout état de cause, le simple maintien de la situation en l'état justifierait la reprise vigoureuse d'un mouvement revendicatif des "sans-papiers". Comme nous avons eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, la situation n'est pourtant pas favorable du tout. 1°) Le niveau de conscience des sans-papiers est particulièrement bas et les illusions dans Sarkozy comme dans Chirac très fortes. 2°) Seul une action impliquant des centaines de milliers de personnes pourrait créer un rapport de force contraignant le gouvernement à céder sur toute la ligne ou contribuant à favoriser l'arrivée d'une majorité favorable à la régularisation aux prochaines législatives.

 

Mais encore faut-il une stratégie, des tactiques et des méthodes de travail correctes.

 

Spontanéisme, aventurisme, confusionnisme : tel pourrait être le titre d'un triptique représentant l'orientation des Coordinations de sans-papiers. Nous avons dépeint dans Militant n°1 leur comportement déplorable depuis l'avénement du gouvernement Raffarin. Des éléments récents, rapportés par des sympathisants issus de la Coordination 93 pour les sans-papiers confirment la caractérisation très dure que nous avons faite de ce mouvement. Ses initiateurs ont créé un "abscès de fixation" autour d'un local dans lequel des sans-papiers sont présents du matin au soir. Ils n'ont par contre quasiment aucun suivi régulier de la part des "soutiens" et encore moins de conseils juridiques sérieux concernant leurs dossiers. De temps en temps, ils sont convoqués à des manifestations qui peuvent dévier en occupations de lieux de cultes ou autres sans jamais en avoir été informés à l'avance et encore moins en avoir débattu. Les Coordinations, 93 comme nationale, reproduisent exactement tout ce que nous avons toujours combattu dans les méthodes d'AC !, du DAL, de Droits Devant !! et de la "gauche mouvementiste" plus ou moins influencée par la LCR.

 

Jusqu'ici une force a mené un combat conséquent pour la régularisation, sur la base de conceptions plus proches des nôtres : le Rassemblement des collectifs d'ouvriers sans-papiers des foyers et de l'Organisation politique. Le Rassemblement est une force considérable, qui mobilise à elle seule autant que les "Coordinations" et leurs "soutiens". Nous avons toujours dénoncé avec force le blackout médiatique sur ses activités et reconnu honnêtement la force du Rassemblement comme le savoir faire de l'Organisation politique. Néanmoins, le Rassemblement se focalise uniquement sur le public des foyers (plus concentré et facilement mobilisable) au détriment d'une bataille générale dans les quartiers, évoquée oralement à plusieurs reprises par l'Organisation politique mais jamais entreprise. S'il peut être une référence, ce n'est pas une alternative pour la masse des sans-papiers qui ne résident pas en foyer. Par ailleurs, le Rassemblement, s'il a toujours été ouvert à notre présence dans ses manifestations, n'a jamais cherché à entreprendre une collaboration plus serrée et plus transparente.

 

Nous avons donc un profil particulier et des choses spécifiques à proposer dans le mouvement, aussi bien en ce qui concerne les revendications que les méthodes d'action.

 

Nous défendons une analyse spécifique en ce qu'elle considère le problème des sans-papiers comme un problème du monde du travail, lié à la fois à l'internationalisation de la classe salariée et à sa division et sa précarisation. Au delà de la solidarité humaniste avec des gens qui souffrent, émerge la nécessité d'une solidarité de classe et d'une action visant à défendre l'unité de statut et de droits de l'ensemble des salariés. Dans ce sens, la question des sans-papiers appelle l'engagement actif de l'ensemble des forces représentant le monde du travail, c'est-à-dire principalement les organisations syndicales.

 

La question étant de mobiliser les gens par dizaines et centaines de milliers, de manière rationnelle et consciente, un certain nombre de méthodes se dégagent d'elles mêmes, visant toutes à favoriser l'action de masse :

 

Nous sommes catégoriquement contre :

- les actions aventuristes et désespérées comme les grèves de la faim

- les occupations de lieux de culte

- les actions médiatiques désordonnées et manipulatrices

- la confusion entre nos ennemis (la droite) et nos alliés potentiels (la gauche)

 

Nous sommes résolument pour :

- toutes les actions visant à élever le niveau de conscience et d'organisation

- toutes les actions visant à gagner un soutien dans la population laborieuse

- une interpellation énergique des partis de gauche et surtout des syndicats (principalement FO et la CGT)

 

En conséquence, nous décidons d'appuyer notre orientation générale par l'édition d'une "lettre ouverte à nos camarades du mouvement syndical" devant déboucher sur un appel de syndicalistes à soutenir le combat des ouvriers sans-papiers.

 

Par ailleurs, consciente des dangers mais soucieuse d'élever le niveau de confrontation avec le pouvoir, l'association considère comme légitimes les occupations pacifiques (en présence de familles, d'enfants...) de lieux publics relevant de l'Etat ou de la majorité présidentielle : administrations, mairies, permanences électorales. La question clef est celle du nombre. Aussi il est décidé de commencer par mettre en place des rassemblements réguliers dans Paris dans le but d'attirer l'attention voire de polariser d'autres forces avant toute action plus ambitieuse.