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Ce que nous entendons pas "politique" et en quoi notre combat est un combat politique

Rapport présenté devant le conseil d’administration de l’Association populaire d'entraide pour ouvrir le débat (Raymond DEBORD)

Fait remarquable dans le milieu associatif et étonnant parfois ceux qui la rencontrent pour la première fois, l'Association populaire d'entraide se réfère souvent à "la politique". Reste à préciser ce que nous entendons par là et qui diffère sensiblement du sens strict ("l'art de gouverner un Etat et de diriger ses relations avec les autres Etats"). Notre compréhension est plus proche du sens général du terme "politique" (ce qui a  trait aux "affaires publiques", "ce qui concerne tout le peuple") mais il est aussi plus précis (1).

Nous entendons par politique une action qui vise un contrôle sur un pouvoir de décision. Par conséquent, nous considérons qu'à partir du moment où les revendications populaires sur les conditions de vie visent un tel contrôle et la participation aux instances décisoires, elles prennent une dimension politique. La politique concerne la direction de l'Etat, mais elle existe aussi dans tous les lieux de la société où s'opèrent les choix. Pour prendre l'exemple du logement, les luttes qui revendiquent un contrôle populaire sur la conception, la réalisation des immeubles sociaux ou leurs conditions d'attribution sont en ce sens des luttes politiques. Et il faut les évaluer par rapport à cette dimension.

Depuis la constitution de l'association, nous avons une divergence irréductible avec l'ensemble des organisations qui prétendent défendre ou aider les couches populaires et les secteurs défavorisés mais refusent de donner une dimension politique aux actions qu'elles entreprennent. Ce faisant, elles cantonnent en effet les intéressés dans un rôle de spectateurs d'un jeu politicien qui se fait sans leur intervention. De plus, elles se refusent d'agir sur les causes des difficultés comme sur les solutions qu'il faut leur apporter et restent fondamentalement dans le champs caritatif. C'est pourquoi nous les avons qualifiées d'organisations démobilisantes.

A l'opposé, notre mouvement se revendique comme mouvement politique dans le sens où il oeuvre au contrôle de la classe laborieuse sur tout ce qui la concerne.

Lorsque nous disons que Militant est l'expression politique (au sens noble du terme, ajoutons nous) du combat de l'association nous voulons dire qu'il cherche à analyser les conditions économiques, sociales et institutionnelles dans lesquelles les décisions sont prises et à éduquer son lectorat dans la compréhension des enjeux comme de la nécessité de conquérir les lieux de pouvoir.

 

Ceci n'a naturellement rien à voir avec la politique politicienne et se démarque en tout état de cause de la politique électorale telle qu'elle est pratiquée par les formations "politiques" parlementaristes. Nous sommes donc un mouvement revendicatif urbain mais n'avons rien d'un parti politique au sens commun du terme. Par contre, nous ne sommes nullement indifférents aux résultats du jeu politique électoral dans le sens où il influe sur la vie quotidienne de la classe travailleuse. Et par conséquent, nous avons aussi un avis sur les propositions des forces politiques ou sur ce qu'elles représentent. C'est pourquoi nous nous exprimons aussi dans les périodes électorales et cherchons à dialoguer avec les élus les plus proches du peuple sur la base de nos propositions.

Chacun des énoncés que nous sommes susceptibles de formuler sur telle ou telle partie des couches que nous cherchons à organiser débouche donc sur des prescriptions et des revendications que nous adressons aux décideurs. Mais nous cherchons aussi, même à l'échelle très restreinte qui est la nôtre, à participer aux décisions. C'est ce que nous faisons de manière symbolique quand nous présentons une immigrée comme tête de liste aux municipales, quand nous siégeons au Conseil de la citoyenneté des Parisiens non-communautaires, quand nous demandons à siéger

Par ailleurs, les lieux politiques sont loin de se résumer aux institutions, qu'elles soient locales, nationales ou européennes. Il y a aussi des institutions indépendantes de l'Etat, bien que cette indépendance soit menacée, comme la Sécurité sociale (CNAM), l'Assurance chômage (UNEDIC) ou les divers organismes paritaires concernant la formation professionnelle, etc. Et il y a aussi l'entreprise, lieu de pouvoir par excellence, mais d'un pouvoir dont sont institutionnellement exclus les représentants des salariés.

Nous sommes donc aussi favorables à ce que le contrôle des intéressés puisse s'exercer sur les lieux de pouvoir non étatiques et à une possibilité de contrôle sur les secteurs lui échappant jusqu'ici totalement. Dans ce sens nous sommes favorables à des avancées démocratiques de grande ampleur, principalement dans le champs économique.

Reconnaissant l'existance d'une domination de classe au sein de la société, nous considérons que le contrôle partiel pouvant être exercé par des groupes socialement restreints ou fragmentés est très loin de répondre à la nécessité de l'appropriation de l'ensemble de la société par sa majorité. Nous considérons comme nécessaire l'existence d'une force susceptible d'organiser de manière unifiée le combat pour le contrôle à l'échelle nationale voire internationale et par conséquent à ce que la classe dominée s'érige en parti politique (2).

A partir de ses thématiques et de son champs d'activité particulier, l'association entend soutenir tout mouvement permettant de réaliser un pas en avant dans ce sens.

 

 

 

NOTES

(1) Dictionnaire de l'Académie française, 8e édition

(2) R. Debord & Gwenola Martin : compte-rendu de la réunion du 7 décembre 2002 à l'initiative d'A Contre Courant etc