PLAN POUR UN TRAVAIL DANS LES QUARTIERS POPULAIRES

 

 

La plupart des quartiers populaires se situent en banlieue, mais pas toujours. Ils revtent un certain nombre de caractŽristiques communes : fort pourcentage dĠhabitat social ou dŽgradŽ, forte prŽsence de lĠimmigration africaine et maghrŽbine, fort taux de ch™mage et dĠallocataires des minima sociaux, fort nombre de familles nombreuses ou monoparentales, fort nombre de jeunes, souvent en Žchec scolaire ou dans lĠaccs ˆ lĠemploi.

 

Dans le cas des banlieues, aux caractŽristiques gŽnŽrales des quartiers populaires doit sĠajouter lĠisolement gŽographique et les phŽnomnes de relŽgation quĠil induit (on peut dire que se cumulent relŽgation spatiale, sociale et raciale). On peut parler aussi des problmes urbanistiques spŽcifiques que sont la laideur de lĠarchitecture HLM (les Ç cages ˆ lapin È) mais aussi une densitŽ de population trop faible pour permettre lĠexistence dĠun tissus commercial Ç de proximitŽ È satisfaisant.

 

Le terme de Ç ghetto È utilisŽ parfois (par les mŽdia bourgeois mais aussi les tenants de certaines formes de sous-culture Ç jeune È) est inexact pour dŽcrire les banlieues et les quartiers populaires : le brassage de population dans la classe ouvrire franaise et le maintien de services publics –mmes en grande difficultŽ- font quĠon est loin des ghettos amŽricains et ˆ fortiori de ceux dĠEurope de lĠEst dans les annŽes 30. Mais la tendance ˆ la ghettoisation est un processus observable depuis les annŽes 1960.

 

Les quartiers populaires sont dans une situation dĠorganisation trs affaiblie par rapport aux autres. Ceci rŽside principalement dans lĠaffaiblissement numŽrique du prolŽtariat industriel et des effets concomitants : recul des capacitŽs organisationnelles des partis ouvriers – en premier lieu PCF – et des syndicats dĠusine – CGT & CFDT, exode de la classe ouvrire Ç blanche È dans les zones Ç rurbaines È.

 

Cet affaiblissement des organisations autonomes du prolŽtariat (quelle que soit par ailleurs la caractŽrisation quĠon puisse faire de leur orientation) laisse la place soit ˆ des formes dŽmobilisantes (les associations cultuelles) soit ˆ un encadrement de la population par des appareils municipaux ou publics : centres sociaux, animateurs, Žducateurs etc.

 

Pour autant, lĠexistence des quartiers populaires comme quartiers o rŽsident les ouvriers et les plus dŽmunis fait que sĠy concentrent un nombre considŽrable de contradictions sociales.

 

La plupart du temps, les quartiers populaires se retrouvent dans ce que le pouvoir a cataloguŽ comme des Ç zones urbaines sensibles È. La rŽvolte des banlieues de 2005 a montrŽ que les rŽvolutionnaires avaient un r™le essentiel ˆ jouer pour que le potentiel de colre existant dans ces quartiers – principalement chez les jeunes – dŽbouche sur un affrontement avec le pouvoir et non dans des explosions de violence aveugle.

 

Force est de constater quĠaujourdĠhui aucune force ne travaille sŽrieusement dans ce sens.

 

Principe dĠorganisation

 

La t‰che premire dĠun comitŽ rŽvolutionnaire dans un quartier populaire est de favoriser lĠŽmergence de mouvements revendicatifs urbains et dĠassurer leur continuitŽ tout en les intŽgrant ˆ sa stratŽgie gŽnŽrale.

 

LĠappui sur les revendications immŽdiates est vital, faute de se couper des masses. Mais la t‰che fondamentale de lĠorganisation est de dŽpasser le niveau revendicatif en lĠutilisant comme plateforme de lancement vers des objectifs plus stratŽgiques.

 

Une mobilisation rŽussie doit toucher ˆ la fois les dimensions Žconomique, politiques et idŽologique.

 

            1Ħ Žconomique

           CapacitŽ ˆ obtenir la satisfaction de la revendication

            2Ħ politique

            CapacitŽ ˆ faire avancer lĠemprise des gens sur les centres de dŽcision

            http://www.le-militant.org/ape/politique.htm

            3Ħ idŽologique

CapacitŽ ˆ faire comprendre davantage la nature du systme et la nŽcessitŽ dĠen changer

 

Modes dĠaction

 

Une activitŽ de longue durŽe sur un quartier peut impliquer des activitŽs de diffŽrentes natures. En voici quelques exemples :

a)    service (ex. distribution de vtements, de jouets aux enfants)

b)   Žducation (ex. alphabŽtisation)

c)    entraide (ex. nettoyage des parties communes dĠun immeuble)

d)   interpellation (ex. courrier aux Žlus)

e)    action directe

 

Sans exclure aucune mŽthode de travail, Militant soutien prioritairement lĠutilisation de lĠaction directe. LĠaction directe est basŽe sur la capacitŽ des gens ˆ engager des actions collectives en leur propre nom. Les gens concernŽs par un problme engagent des actions pour obtenir des rŽsultats immŽdiats. La grve dans lĠentreprise est lĠexemple typique dĠaction directe. Mais il y en a une multitude de possibles : rassemblements, manifestations, occupation de locaux, barrages de routes (ex. les Piqueteros en Argentine) etc.

 

 

ThŽmatiques dĠactions

 

La lutte contre la vie chre et pour la dŽfense du pouvoir dĠachat, puisque la crise pse sur les secteurs les plus faibles Žconomiquement : la crŽation de comitŽs de dŽfense du consommateur populaire peut tre tentŽe par exemple.

 

LĠorganisation pour tout ce qui touche ˆ la question du logement.

 

LĠattention portŽe aux problmes familiaux et aux questions de vie sociale doit tre importante, dans une perspective de tissage de lien social. Ceci peut prendre la forme dĠune aide mutuelle entre voisins, de la cŽlŽbration de festivitŽs, de lutte contre le problme de la drogueÉ

 

Les actions de solidaritŽ revtent un aspect important pour relier les luttes des quartiers ˆ la lutte gŽnŽrale dans le pays et ˆ lĠŽtranger. Elles sont facteur de politisation et dĠouverture dĠesprit (allant ˆ lĠencontre dĠun localisme favorisŽ par lĠisolement gŽographique des banlieues).

 

Une activitŽ de soutien scolaire peut tre engagŽe pour peu de disposer de lĠaccs ˆ un local public et de personnes prtes ˆ faire un peu de bŽnŽvolat. On peut sĠadresser dans ce sens ˆ des Žtudiants, des lycŽens ou ˆ des adultes[1].

 

La participation des adhŽrents aux parents dĠŽlves (si possible FCPE) devra tre encouragŽe.

 

Si nous parvenons ˆ nous lier de manire durable avec des jeunes, la question de constituer des cercles jeunes peut se poser, ainsi que le dŽveloppement dĠactivitŽs spŽcifiques. Si lĠopportunitŽ existe, lĠassociation ne doit pas hŽsiter ˆ sĠinvestir sur le terrain culturel et sportif : soutien aux revendications des jeunes, mais aussi aide ˆ la constitution de groupes de jeunes pŽrennes.

 

En conclusion :

 

LĠensemble des actions doivent tre menŽes avec un style rŽsolument mobilisateur et populaire, cĠest ˆ dire cherchant ˆ impliquer un maximum de personnes dans la prise de dŽcision et le contr™le de ce qui est fait.

 

Le travail de quartier est un test dŽcisif sur la capacitŽ des rŽvolutionnaires ˆ se lier au peuple, ˆ ne pas se diffŽrencier de ses intŽrts, de ses besoins, de ses attentes.

 

LĠindispensable dŽmarche unitaire accompagnant les prises dĠinitiative de lĠassociation doit sĠaccompagner dĠune recherche systŽmatique de la mise en relation des bases sympathisantes des diffŽrentes organisations. CĠest un moyen de garantir le contr™le populaire sur les actions et dans le mme temps dĠŽlargir le rayonnement des thses rŽvolutionnaire et de saper la base des organisations conciliatrices.

 

Militant et les autres forces politiques et sociales

 

La plupart du temps, les forces Ç traditionnelles È sont trs affaiblies dans les quartiers populaires. Elles sont souvent composŽes de membres ‰gŽs et socialement moins dŽfavorisŽs que le reste des habitants. Leurs Ç style dĠintervention È tend ˆ les couper de la jeunesse et des plus dŽmunis. Si elles doivent tre systŽmatiquement associŽes aux actions entreprises, elles ne constituent pas une cible privilŽgiŽe dĠintervention. Tous nos efforts doivent tendent ˆ lĠorganisation directe des masses autour des propositions que nous faisons et qui systŽmatisent leurs besoins.

 

Notre expŽrience, en particulier dans le 18e arrondissement parisien et ˆ Gennevilliers, montre que le principal danger qui menace une organisation se basant sur un travail de quartier est lĠinstitutionnalisation des actions et la satellisation par les pouvoirs publics, ˆ fortiori si les municipalitŽs sont Ç de gauche È.

 

La fonction essentielle de la Ç concertation È telle quĠelle est pratiquŽe par les autoritŽs municipales est la neutralisation dĠune opposition potentielle aux politiques dŽcidŽes. De manire gŽnŽrale les instances de Ç dŽmocratie participative È sont totalement institutionnalisŽes et dŽpolitisŽes. Y participent rŽgulirement des gens qui sĠennuient, qui aspirent ˆ une reconnaissance personnelle de la part des autoritŽs municipales ou dont les horizons sont bornŽs aux questions de lĠenvironnement immŽdiat. Ces instances sont donc le rŽceptacle des aspirations rŽactionnaires. Les militants rŽvolutionnaires doivent gŽnŽralement sĠen tenir ˆ lĠŽcart, ˆ part dans des moments bien particuliers : mise ˆ lĠordre du jour dĠune question dĠintŽrt gŽnŽral, nŽcessitŽ de relayer une campagne, etc.

 

Elever le niveau de comprŽhension politique

 

Chaque lutte engagŽe doit tre lĠoccasion dĠengager une rŽflexion pour comprendre comment se situe le problme structurellement.

Les rŽunions de lĠassociation doivent permettre de se livrer ˆ une Žvaluation sŽrieuse de lĠŽtat dĠavancŽe des luttes revendicatives et de leurs possibilitŽs. Il faut permettre la mise en dŽbat de tout ce qui est accompli et mesurer lĠimpact obtenu, y compris sur le plan politique.

Les Žquipes dirigeantes des comitŽs locaux et les membres les plus motivŽs doivent tre associŽs aux rŽunions dŽbat ˆ dimension thŽorique organisŽes ˆ lĠŽchelle de la localitŽ (Paris). Ceci implique ˆ rebours dĠtre ˆ lĠŽcoute permanente de ce qui intŽresse les gens, fait dŽbat au sein des masses, etc.

Chaque proposition dĠinitiative doit donner lieu ˆ une prŽsentation dŽtaillŽe de ce qui est proposŽ ˆ Ç la base È, des tenants et aboutissants et de la stratŽgie ˆ mettre en Ïuvre.

 

StratŽgie de dŽveloppement

 

Au stade actuel, le dŽveloppement de Militant est trs largement empirique, les opportunitŽs dĠengager quelque chose Žtant gŽnŽralement beaucoup plus nombreuses que la capacitŽ organisationnelle de lĠassociation ˆ en tirer profit. On notera nŽanmoins que lĠexistence dĠopportunitŽs dans le monde du travail et les quartiers populaires tŽmoigne de notre capacitŽ ˆ nous tenir au plus prs des masses.

 

Cette approche doit tre maintenue, en veillant ˆ ce que les reprŽsentants des actions entreprises soient systŽmatiquement cooptŽs au sein des instances dŽcisoire de lĠassociation, faisant de celle-ci un rŽel rŽceptacle des besoins populaires.

 

En fonction de leur dŽveloppement, les groupes existants devront tre scindŽs et cibler des thŽmatiques plus prŽcises ou des zones de peuplement plus restreintes (rue, p‰tŽ de maisonÉ).

 

 

 

 

 

 



[1] Si les rŽvolutionnaires disposent dĠune prŽsence locale dans le PCF ou le PS, ils peuvent en appeler publiquement aux membres de ces organisations pour prter main forte.