UEC : A COEUR OUVERT
Interview publiée dans Autre
Chose à l'université, document de propagande de 4 pages des Jeunesses
communistes révolutionnaires (1) - 1986
Autre Chose donne la parole à
Anna, Marc et Raymond qui tous militaient l'an dernier à l'UEC, à l'Université
de Caen. En septembre 85, ils rejoignaient les JCR. Ce qu'ils racontent met en
lumière la crise d'identité que connaissent les étudiants communistes
aujourd'hui.
Pouvez vous nous expliquer les
raisons de votre départ de l'UEC ?
Marc J'ai toujours eu une sensibilité internationaliste.
A chaque fois que j'essayais de parler de problèmes, je n'arrivais jamais à
faire valoir mes idées. Par exemple, je n'approuvais pas les méthodes de
répression utilisées en Afghanistan. Sur ce problème, les camarades de l'UEC
jouaient les aveugles et me taxaient d'anticommuniste primaire, chose qui me
gênait beaucoup.
Raymond J'ai quitté l'UEC parce que je me suis fait mettre
dehors à coup de pompes dans le cul. La direction fédérale du PC m'a dit texto
: écoute, ou tu pars ou on te casse. Je suis parti tout de suite parce que je
n'avais pas le rapport de force pour rester dans le Parti. On peut dire que
j'avais les 2/3 des idées que je défends maintenant. Par ailleurs, au niveau de
l'UEC je ne sais pas si on pouvait appeler ça une organisation. Parce que l'UEC
n'existe pas réellement. C'est une fédération de gens plus ou moins proches du
PCF, mais qui est en décomposition avancée, tellement qu'elle ne peut pas
sortir son journal à part tous les quatre mois.
Anna Je pense qu'il y a beaucoup de points faibles au
niveau de l'UEC, qui font qu'elle est incapable de répondre aux besoins des
jeunes. Je trouve qu'il y a une mentalité assez conformiste, qui fait qu'il n'y
a pas vraiment de différences avec les partis traditionnels. En fait, pour moi
un parti communiste c'est un parti révolutionnaire mais rien dans le PC ne
justifie ce titre.
Marc Cela a été déchirant de quitter l'UEC, dans la
mesure où je considérais que le PC était le seul à défendre les ouvriers. Mais
je me suis aperçu peu à peu que ce n'était pas le cas.
Et aujourd'hui, comment ça se
passe dans les JCR ?
Raymond L'un des clivages qu'il y avait dans l'UEC tournait
autour du travail syndical. A l'époque j'ai décidé d'adhérer à l'UNEF-ID parce
qu'à mon avis si une organisation veut avoir un contact réel avec les
étudiants, il fallait non seulement lancer des débats idéologiques mais aussi
être près des étudiants dans leurs problèmes quotidiens. Cela m'a amené un jour
à débouler au local pour demander ma carte. Etant encore membre de l'UEC, vous
imaginez la surprise des camarades de l'UNEF-ID (syndicat de Caen dirigé par la
LEAS (1). Aujourd'hui, nous avons un investissement important dans le travail
syndical, ce qui permet d'avoir une assise de masse que n'avait pas l'UEC.
Marc Les JCR me conviennent beaucoup mieux, par exemple
sur le Nicaragua. Quand j'étais à l'UEC on me disait : on prépare quelque chose
sur le Nica, mais c'était toujours du vent. Aux JCR, on s'est mis d'accord pour
qu'il y ait toujours à l'ordre du jour un point Nicaragua et on envisage un
porte à porte en cité pour vendre du café sandiniste. Disons que les JCR ont une
intervention plus concrète.
Raymond C'est satisfaisant parce que dans tout ce qu'on
fait, il n'y a aucun moment où on est freiné par des bureaucrates, et puis on
est à l'aise.
Anna A l'UEC, on ne rencontrait jamais que des
étudiants. Aux JCR on côtoie des lycéens et des chômeurs et on est amené à
s'ouvrir à d'autres problèmes. En fait, on appartient à une véritable
organisation de jeunes, ce qui n'était pas le cas à l'UEC.
(1) Luttes étudiantes action
syndicale, tendance animée par la LCR et les JCR