Ç Alexis
Violet È
(Jean-Michel Mension)
1934-2006
Alexis Violet a t enterr mercredi 10 juin au
cimetire de Clichy-sud. Parmi une foule de plusieurs centaines de personnes on
remarquait Alain Krivine, Olivier Besancenot, Janos Borovi, Claire Villiers,
Catherine Sinet, Lonce Aguirre, Louis Aloisio, Sophie Zafari, des membres du
MIB, de LOÉ
Le vritable nom dĠAlexis Violet tait Jean-Michel Mension. Tout le
monde lĠavait oubli, lĠexception peut-tre de quelques copains dĠcole,
jusquĠ la publication de son autobiographie en 2001[1].
Heureusement quĠil lĠa fait car des choses dire et raconter il en avait,
Alexis.
Juif (athe), grand buveur et parat-il grand dragueur, il hassait les
flics, les militaires, les curs et tout ce qui avait trait lĠautorit. Il
faut dire quĠil avait eu lĠoccasion de frquenter les maisons de correction
dans son adolescence. Au dbut des annes 50, il rencontrait Guy Debord et
participait activement au mouvement lettriste avant dĠen tre chass pour
indisciplineÉ En 1962, Alexis Violet rejoignit le Parti communiste franais.
Responsable dĠune cellule du quartier latin, il vit arriver un jour arriver un
jeune qui y avait t mut pour avoir dvelopp des positions
oppositionnelles : Alain Krivine. Quelques annes plus tard, il
participait avec lui la fondation de la Ligue communiste[2].
Visiblement Alexis Violet nĠaimait pas le rock et lui prfrait le jazz
et la chanson franaise Ç rive gauche È. Pourtant il partageait un
certain nombre de points communs avec Keith Moon, le dfunt batteur des
Who : le got de la dconnade et de la boisson, mais aussi celui de la
provocation vestimentaire. CĠest peu prs la mme poque du dbut des
annes 60 quĠun diable habill tout de rouge cassait la figure du batteur des
futurs Who pour lui prendre sa place et quĠAlexis adoptait dĠinvraisemblables
tenues violettes qui allaient lui valoir son surnom.
JĠai rencontr Alexis Violet entre la fin des annes 80 et le dbut des
annes 90. Nous tions alors membres lĠun et lĠautre du comit central de la
LCR mais aussi dĠune phmre Ç commission PCF È suppose
suivre ce qui se passait dans ce parti et tisser des liens avec dĠventuels
lments oppositionnels de gauche. Car Alexis avait gard de sa jeunesse
militante la conscience du poids social du PCF et de son caractre
incontournable pour la construction dĠune organisation se voulant rvolutionnaire[3].
Mais, au dsespoir dĠAlexis comme au mien tout le monde sĠen foutait. A
lĠpoque, la LCR tait compose 90 % de Ç babas trotsks È sur le
retour et de plus en voie de dmoralisation assez avance. Alors, le PCFÉ
A part , les ides radicales et htrodoxes dĠAlexis Violet le
plaaient dans les sensibilits les plus ouvriristes et parfois gauchistes de
la Ligue, de Rvolution[4]
en 1969 au Regroupement quand je lĠai connu et lĠactuelle tendance Avanti.
Si Alexis tait en quelque sorte Ç intouchable È cause de
son anciennet dans lĠorganisation, il nervait assez largement la moyenne des
dirigeants. A la diffrence de la plupart dĠentre eux, sa capacit de rvolte
et dĠindignation tait reste intacte. Alors quand Alexis trouvait que lĠorganisation
dbloquait ou ratait quelque chose, sa vhmence tait totale et dpassait
souvent le ton communment admis pour des dbats fraternels. Un soir o il
avait trop bu, il colla mme son poing dans la figure dĠun autre
dirigeant ! Mais encore une fois, il fut seulement admonest. Le fait
dĠtre relativement plus g que les autres membres dirigeants[5]
posa un problme administratif indit la LCR puisquĠil fut le premier
permanent atteindre lĠge de la retraiteÉ
JĠai perdu le contact avec Alexis Violet aprs mon
exclusion de la LCR en 1992, mais jĠai pu constater quĠil poursuivait dans la
mme voie en fondant avec Maurice Rajsfus lĠObservatoire des Liberts publiques
puis en se rapprochant du MIB (Mouvement de lĠimmigration et des banlieues) et
en participant au lancement du Mouvement des Indignes de la Rpublique. Je
crois quĠil y avait l le tmoignage de la constance de quelquĠun qui avait t
envoy se battre en Algrie et en avait gard le dgot du racisme et du
colonialisme. Il restera jamais pour moi lĠhomme qui (avec son ami Jean-Marie
Binoche) avait peint sur un pont de la Seine, au lendemain du massacre du 17
octobre 1961 Ç ici, on noie les Algriens È.
Raymond Debord
[1] Jean-Michel Mension, Le Temps gage, Noesis, 23 euros.
[2] Dissoute en 1973 et reconstitue un an aprs sous le nom de Front puis de Ligue communiste rvolutionnaire.
[3] CĠest dĠailleurs un point commun avec Alain Krivine
[4] Courant qui se spara de la LC pour mener une existence indpendante pendant quelques annes, sur des positions influences par le maosme.
[5] Il y avait encore lĠpoque des grandes figures des annes 30 et 40 comme Rodolphe Prager ou Raymond Molinier, mais trs en retrait politiquement pour des raisons dĠge.