Militant n°2 - juillet 2003
(1912-2003)
UN AMI du peuple est mort. Le
psychiatre Lucien Bonnafé s’est éteint dimanche 16 mars, à l’âge de 90 ans.
Dès 1930, Lucien Bonnafé est membre, à Toulouse, du groupe
surréaliste et rencontrait Aragon, Breton, Eluard... En 1934 il est condamné à deux ans de prison
avec sursis pour avoir participé à une manifestation antifasciste et adhère au
Parti communiste français.
Pendant la guerre, Bonnafé participe aux premiers mouvements
de résistance puis se réfugie dans en Lozère où il travaille dans un hôpital :
Saint Alban.
Celui-ci devient un véritable laboratoire pour un renouveau
de la psychiatrie révolutionnant les relations entre patients et soignants. De
1943 à 1945, Bonnafé assume la direction de Saint Alban.
En 1945, à la libération, Lucien Bonnafé devient conseiller
d’Ambroize Croizat, ministre de la santé et impulse le mouvement
«désaliéiniste».
En 1946, Bonnafé organise de fameuses journées réunissant
toutes les tendances de la psychiatrie et de la psychanalyse.
En 1949, en pleine guerre froide, il accepte de signer un
texte caractérisant la psychanalyse d’ «idéologie réactionnaire au service du
capitalisme américain».
Dès 1950; il se reprend et fait scandale dans le PCF en
énonçant «les bienfaits de la leçon freudienne».
Dès lors il n’a de cesse de combattre la ligne stalinienne
au sein du PCF tout en formant des dizaines de psychiatres «désaliénistes».
«Lucien Bonnafé joua un rôle
central dans le processus de réappropriation par les intellectuels marxistes du
savoir freudien» (Elisabeth Roudinesco, Le Monde du 20/03/03).
En 1975, Bonnafé participe à un débat mémorable à la fête de
l’Humanité sur la malfaisance de la psychiatrie dans les pays socialistes. En
1981, il travaille avec Jack Ralite au ministère de la santé.
Resté membre du PCF jusqu’à sa mort, Lucien Bonnafé s’est
employé à défendre des positions de gauche au sein du parti.
Sa voie a croisée celle de l’Association populaire
d’entraide en 2002, Lucien Bonnafé ayant été spontanément un des signataires de
l’ «appel
pour une nouvelle régularisation des sans-papiers» (cf. supplément au n°31
de la Voie Populaire, avril 2002).