GŽrard LE METEIL

(1959-2007)

 

Parler de GŽrard LE METEIL sur ce site peut sembler Žtrange tant Žtaient ŽloignŽes nos conceptions politiques. Pourtant, la Ç frŽquentation È, gŽnŽralement conflictuelle, de celui que je connaissais uniquement comme Ç GŽrard È a marquŽ toute une pŽriode de ma vie : celle o je cherchais ma voie dans les dŽdales de lĠextrme gauche.

 

Ayant fait ses premires armes dans une organisation sportive proche du PCF, GŽrard rejoignit la LTF (Ligue trotskyste de France) en 1982, sous lĠinfluence de ses activitŽs antifascistes et de sa dŽfense virulente de lĠURSS contre les puissances occidentales. GŽrard voulait demeurer communiste et cĠest pour cela quĠil devient trotskyste, en toute logique sommes toutes.  LĠŽpoque Žtant celle o le syndicat polonais Solidarnosc avait le soutien de la quasi totalitŽ de la gauche mondiale (quelle illusion !), GŽrard sĠest tournŽ vers la LTF, groupuscule par ailleurs typique dĠune certaine extrme-gauche sectaire et surtout parasitaire. JĠai eu ˆ cette Žpoque des discussions passionnantes avec GŽrard, tout comme avec William Cazenave (lui aussi issu des milieux PCF via la Ligue communiste) et sa compagne Susan Adams. Mais la LTF, comme toutes les sectes politiques – et plus encore que les autres semble t-il – avait le chic pour formuler des positions assez raisonnables (ne pas cirer les pompes ˆ Mitterrand, ni soutenir les rŽactionnaires clŽricaux ˆ la Walesa et encore moins les seigneurs de guerre financŽs par la CIA en Afghanistan) de manire tout ˆ fait inacceptable pour le commun des mortels.

 

En 1991, au Xe congrs des JCR (dont jĠŽtais ˆ lĠŽpoque le porte-parole), il y avait deux invitŽs. LĠun, de marque, Žtait un autre GŽrard, Filoche, encore dirigeant de la LCR, qui Žtait ˆ la tribune et venait de publier un article sur la chute de lĠURSS au titre aussi explicite que manquant de clairvoyance : Ç champagne ! È. Au fond de la salle, sagement pour une fois, se tenait GŽrard qui diffusa ˆ la sortie un tract intitulŽ Ç ni champagne, ni alka-seltzer : le programme rouge ! È. Car ses amis et lui savaient aussi avoir de lĠhumour.

 

Lutte Ouvrire ayant eu la Ç subtilitŽ È dĠinterdire sa fte ˆ Act Up et ˆ la LTF, jĠai aussi le souvenir de GŽrard brandissant au milieu dĠun chapiteau de Presles une pancarte avec le slogan savoureux Ç non ˆ lĠexclusion des homosexuels et des trotskystes ÈÉ

 

Mais bon, gŽnŽralement cĠŽtaient de vrais casse-pieds. Leurs attitudes parasitaires et perpŽtuellement provocatrices allrent jusquĠˆ crŽer une exaspŽration source de violence physique. Fort heureusement, je fis machine arrire. Eux aussi. Quelques annŽes plus tard, ˆ mĠa permis de reparler ˆ GŽrard, toujours curieux de conna”tre les Žvolutions politiques des uns et des autres. Car une des caractŽristiques de la tendance dont faisait partie GŽrard est son sŽrieux, le local parisien ressemblant plus ˆ une bibliothque universitaire (avec petites lampes de chevet sur chaque table) quĠˆ lĠantre dĠune organisation politique.

 

Si on peut penser que GŽrard sĠest fourvoyŽ pendant des annŽes dans une organisation sans influence ni perspectives autres que de justifier son existence sŽparŽe, je crois quĠil nĠa pas eu ˆ rougir de ses engagements. CĠŽtait un brave type et cĠŽtait un rŽvolutionnaire.

 

Raymond DEBORD

septembre 2007