ComplŽments sur Pierre Lambert

1920-2008


Vincent PRESUMEY - 6 mars 2008.


J'avais Žcrit rapidement une note biographique sur Pierre Lambert suite ˆ son dŽcs, sous la pression de camarades qui la souhaitaient et parce que les tout premiers communiquŽs publiŽs ˆ cette occasion ne s'Žloignaient gŽnŽralement gure de deux registres, les mŽlangeant mme parfois : soit l'hagiographie bŽate, soit, plus souvent, la diabolisation haineuse. Un point commun aux deux approches : l'ignorance.


J'estime tre allŽ trop vite sur plusieurs aspects dans ce premier texte. Voici donc un texte complŽmentaire, beaucoup plus dŽtaillŽ, sur les racines de la politique syndicale du "lambertisme". Je reviendrai ensuite sur quelques autres aspects, en rŽpondant au passage ˆ un texte qui critique certains de mes premiers commentaires, texte anonyme prŽsentŽ comme Žmanant d'un "ex-cadre du PCI" sur le site "Lutte de classe" (http://www.meltl.com/construction/pourparution1.pdf).


En outre, la diffusion sur le net de ma premire notice sur Pierre Lambert m'a valu de prendre connaissance d'un travail remarquable, le mŽmoire de Jean Hentzgen, Agir au sein de la classe. Les trotskystes franais majoritaires de 1952 ˆ 1955 (http://jeanalain.monfort.free.fr/Hentzgen/agir2.htm). C'est le premier travail systŽmatique sur l'Žvolution et la composition de l'ancienne section franaise de la IV¡ Internationale, future OCI, au moment charnire des trois annŽes qui suivent la "crise pabliste". C'est dŽjˆ un document incontournable pour quiconque voudrait Žtudier l'histoire de cette organisation.


Ici je reviens, en partie pour rectifier mon propre exposŽ des faits, en partie pour approfondir une question politique importante, sur la question clef des relations entre Lambert et les appareils syndicaux.

A nouveau sur Lambert et FO.


Il est en effet incontestable que le r™le politique de Lambert et en particulier la manire dont il a conditionnŽ progressivement la politique de l'OCI-PCI puis du MPPT dŽrive en grande partie d'une alliance structurelle, organique, passŽe dans la confŽdŽration Force Ouvrire avec la direction de celle-ci, ˆ l'Žpoque o le dirigeant de FO Žtait AndrŽ Bergeron. Cette alliance a fait du courant syndical dont Pierre Lambert et Alexandre HŽbert Žtaient les deux principaux reprŽsentants, une sorte de "gauche officielle" de FO qui, ˆ partir de 1969, a votŽ rŽgulirement les rapports moraux et d'orientation de Bergeron, et a placŽ ses partisans et alliŽs ˆ tous les Žchelons de l'appareil confŽdŽral. Finalement, la victoire de Marc Blondel prenant la tte de la confŽdŽration en 1989 en est le fruit. Lorsque la question de la place et de l'orientation de FO est abordŽe dans les publications du PT, ce qui est rare, la confŽdŽration est prŽsentŽe comme un bastion de l'indŽpendance de classe des organisations syndicales, permettant, par son existence mme, ˆ la classe ouvrire de rŽsister aux offensives du capital et de l'Union EuropŽenne. La pierre de touche historique de cette place de la confŽdŽration FO commence ˆ dater mais elle est importante, c'est sa prise de position pour le Non au rŽfŽrendum gaulliste de 1969 qui voulait instaurer un "SŽnat Žconomique et social" intŽgrant les syndicats au fonctionnement de l'Etat, Non qui fut suivi de celui de la CGT et qui, victorieux, entra”na un an aprŽs mai 68 la dŽmission du gŽnŽral De Gaulle de la prŽsidence de la V¡ RŽpublique qu'il avait fondŽe.

1969 : le Non au rŽfŽrendum gaulliste.


Pour rŽsumer la version "lambertiste" de cet Žpisode, au congrŽs FO de 1969, confrontŽ au projet de rŽfŽrendum de De Gaulle, dont l'objectif explicite est de liquider mai 68 au moyen de la "participation", c'est-ˆ-dire de l'intŽgration des syndicats comme rouages de l'Etat, AndrŽ Bergeron dans son rapport introductif se dŽclare dŽfavorable ˆ l'Žvolution lŽgislative voulue par De Gaulle, et Pierre Boussel (Lambert) dans son intervention, prenant appui sur ce qu'avait amorcŽ Bergeron, soulve les applaudissements en rendant complŽtement explicite le fait qu'il s'agit d'appeler ˆ voter Non au rŽfŽrendum. Grace ˆ quoi le Non l'emportera. Dans ItinŽraires, livre d'entretien en tandem de Pierre Lambert et Daniel Glucstein (2002, Editions du Rocher), Lambert dit ceci :


"Quand, beaucoup plus tard, un certain SŽguin, alors ministre du gouvernement Balladur, tirera le bilan de cette Žpoque, il dira : la grve gŽnŽrale de 1968 et l'Žchec du rŽfŽrendum de 1969 nous ont fait perdre vingt-cinq ans dans notre politique d'intŽgration des organisations syndicales et de destruction de la SŽcuritŽ sociale. Je pense qu'il a raison et que ce que nous avons fait ˆ cette Žpoque, dans le respect de l'indŽpendance entre partis et syndicats, dans le respect des prŽrogatives des organisations syndicales, a contribuŽ ˆ ce rŽsultat pour la classe ouvrire."


Parfaitement exact, en ce qui concerne l'apprŽciation du rapport de force politique entre les classes tel que mai 68 et le Non en 69 l'ont marquŽ de manire durable en France. Cependant, ce n'est pas "le respect des prŽrogatives des organisations syndicales" qui a permis ce dernier rŽsultat. C'est, d'une part, la grande inquiŽtude politique des cadres syndicaux devant le projet gaulliste, et plus encore la difficultŽ o se trouvaient d'accepter ou de para”tre accepter de se faire les complices de De Gaulle ceux qui l'auraient voulu, de par la pression de la classe ouvrire aprŽs la grve gŽnŽrale. C'est, d'autre part, une vŽritable stratŽgie de fraction intervenant de manire concertŽe dans le syndicat, et non pas "le respect des prŽrogatives ... etc.", qui est mise en oeuvre au congrŽs. Raymond GuillorŽ, qui analyse le congrŽs pour la revue syndicaliste rŽvolutionnaire La RŽvolution prolŽtarienne (la "RP"), la dŽcrit ainsi :


"Le camarade Boussel (des employŽs de la SŽcuritŽ Sociale) va inaugurer la sŽrie des interventions de la tendance trotskyste. (...) Il va tout de suite rŽvŽler ce que sera la tactique commune ˆ tous les intervenants de sa tendance. On peut appeler cela une interprŽtation optimiste du rapport de Bergeron, ou encore une mŽthode d'enveloppement qui consiste ˆ vous faire prisonnier de quelques phrases que vous avez prononcŽes. On les met en valeur, on les prolonge ... finalement on leur fait dire beaucoup plus qu'elles n'ont voulu dire. Cela permet de fŽliciter Bergeron pour la "nettetŽ" d'une prise de position qui n'Žtait peut-tre pas aussi catŽgorique : cela permet aussi d'ouvrir la voie ˆ une motion de synthse que l'on adoptera en fin de compte."


Parmi les intervenants du dŽbat gŽnŽral, cette orientation est aussi celle d'Alexandre HŽbert. Cependant, plusieurs dŽlŽguŽs ne partagent pas, eux, l' "interprŽtation optimiste" du rapport de Bergeron et sont franchement critiques, comme Malno‘ des MŽtaux de Saint-Nazaire, Maurice Joyeux (connu par ailleurs comme dirigeant de la FŽdŽration anarchiste) qui demande, et n'obtient pas, une prise de position explicite selon laquelle FO ne siŽgerait pas dans le "SŽnat" en cas de victoire du Oui, ou encore RenŽ Dumont, des Bibliothques publiques, dont je ne sais pas s'il est encore membre de l'OCI ˆ cette date, mais c'est fort possible, qui condamne l'expression de "partenaires sociaux" dans le rapport confŽdŽral pour lequel Lambert et HŽbert s'apprtent ˆ appeler ˆ voter. Ce qui ressort des compte-rendus forts prŽcis de la "RP", qui est ˆ cette date de 1969 la voix autorisŽe des militants lutte de classe de FO autres que ceux que reprŽsentent HŽbert et Lambert, c'est que le "Non" de Bergeron n'est pas un Non pur et simple, mais plut™t un "Non, mais ...". Il donne blanc seing aux instances confŽdŽrales pour participer Žventuellement aux organismes que De Gaulle veut crŽer, et il s'ensuit que l'interprŽtation "gauche" de la ligne Bergeron donnŽe par Lambert puis par HŽbert devant le congrŽs consiste en fait aussi ˆ lui laisser ouverte cette possibilitŽ ...


L'histoire en dŽcidera autrement : le Non l'emportera, ˆ la fois en raison du mouvement de la classe ouvrire, la CGT appelant ˆ son tour aprŽs FO (alors que la CFDT et la plus grande partie de l'extrme-gauche dont la Ligue et LO s'abstiennent), et de la crise de la bourgeoisie, le ministre des Finances Giscard d'Estaing dŽcidant d'appeler au vote Non pour pousser De Gaulle vers la sortie. Toute la stratŽgie de Lambert au congrŽs en est-elle pour autant validŽe ? Non, pas toute, car le climat du congrŽs dŽs son intervention et probablement avant montrait que rien ne pouvait empŽcher la prise de position pour le Non ; d'ailleurs, selon la biographie d'AndrŽ Bergeron accrŽditŽe par lui-mme (AndrŽ Bergeron, une force ouvrire, par Jean-Louis Validire, Plon, 1984) il appara”t que la dŽcision Žtait acquise avant mme le congrŽs, mme s'il est probable que Lambert a poussŽ le congrŽ ˆ lui donner une publicitŽ plus ample que ce qu'aurait souhaitŽ au dŽpart Bergeron. Aider celui-ci ˆ se mŽnager la possibilitŽ de participer au "SŽnat" n'Žtait donc pas une conciliation nŽcessaire pour faire passer le Non, mais un gage donnŽ pour fusionner avec la direction confŽdŽrale comme son aile gauche officielle, blanchie en quelque sorte dans cette intŽgration ˆ l'appareil par l'appel au vote Non. S'intŽgrer ˆ un appareil syndical n'est pas forcŽment contre-rŽvolutionnaire, mais toute la question est de savoir ce qui est donnŽ en Žchange : lˆ, le deal est clairement que dans son mouvement vers la gauche, FO n'ira pas plus loin. La "RP" laisse nettement entendre qu'il y a eu entente prŽalable entre les tenants de la tactique mise en oeuvre par Lambert et Bergeron, ce qui expliquerait d'ailleurs que Lambert ait ŽtŽ le tout premier intervenant du dŽbat gŽnŽral, juste aprŽs le rapport de Bergeron. La stratŽgie de fraction a donc ici pris la forme d'une entente entre chefs : est-ce cela que Lambert entend par "respect des prŽrogatives ..." ? Trs probablement.


On le voit, le retour sur les faits, sur le dŽroulement prŽcis du congrŽs historique de 1969 porte un coup aux deux lŽgendes complŽmentaires, la lŽgende hagiographique et la lŽgende diabolique. Selon la premire, en usage dans l'OCI depuis les annŽes 1970, Lambert par un coup de gŽnie de stratŽge syndical a renversŽ De Gaulle en 69. Selon la seconde, il n'a fait que s'allier avec Bergeron qui serait la droite, la CIA et tutti quanti. En rŽalitŽ, la manoeuvre de 69 s'inserre bel et bien dans la contre-attaque ouvrire qui va chasser De Gaulle sur la base de mai 68, bien que sans alternative contre lui, et elle la renforce, mais elle se complte de manire non nŽcessaire d'une alliance au sommet pour que le mouvement vers la gauche de FO dans le sens de l'indŽpendance de classe n'aille pas plus loin, Lambert et HŽbert devenant les garants de Bergeron.

 
Il est important de comprendre la dualitŽ de ce qui s'est passŽ en 1969. Faire passer les alliances d'appareil pour un bloc prŽservant l'indŽpendance syndicale, c'est pour le moins de l'opportunisme, mais croire que tout bloc n'est qu'une alliance d'appareil n'en serait que le reflet gauchiste.

Savoir dŽmŽler les deux faces de l'hŽritage


Deux choses sont entremŽles ici.

 
Faire bloc avec les courants rŽformistes et l'appareil confŽdŽral ˆ un moment donnŽ en s'appuyant sur la pression de la classe ouvrire Žtait parfaitement justifiŽ du point de vue rŽvolutionnaire.

 
Mais la ligne de "montŽe dans l'appareil", peu regardante sur la rŽalitŽ de sa politique, qui se greffait lˆ-dessus, n'en dŽcoulait pas automatiquement. Si le premier aspect a fortement contribuŽ ˆ ce "retard de 25 ans" dans la mise en oeuvre des soi-disant "rŽformes" que dŽplorent les reprŽsentants du capital, le deuxime aspect, lui, n'y a pas contribuŽ du tout, au contraire sa mise en oeuvre systŽmatique depuis a aidŽ ˆ l'adaptation progressive de FO ˆ certaines des dites "rŽformes", contre la classe ouvrire.

 
De faon un peu schŽmatique, mais historiquement valable, on peut dire que l'Žquation qui porte Marc Blondel ˆ la tte de FO en 1989 est issue de l' "alliance de 1969" et que Jean-Claude Mailly son successeur en est donc issu aussi. Or, les nombreux responsables d'Unions dŽpartementales et de fŽdŽrations que le PT compte dans FO n'ont pas ŽtŽ en mesure de conduire cette confŽdŽration ˆ un engagement explicite pour le Non, sur une question qui n'est pas sans analogies nombreuses avec celle de 1969, lors du rŽfŽrendum de 2005 -ils n'ont d'ailleurs pas essayŽ- ; et rŽcemment, ils ont sans doute dŽplorŽ, mais n'ont ni pu ni vraiment cherchŽ ˆ empŽcher la signature (avant mme la CFDT ! ) de l'accord dit de "modernisation du marchŽ du travail" de janvier 2008 par la confŽdŽration, et ils s'opposent ˆ toute dŽnonciation de cette signature en expliquant que ce serait casser la barraque par rapport ˆ la direction confŽdŽrale : l'intŽgration ˆ l'appareil syndical a donc plus d'importance que les intŽrts de la classe ouvrire. On dŽnonce vigoureusement ˆ longueur de colonne "l'Union europŽenne", mais pas Sarkozy ni la signature d'accords de ce type par FO : telle est la politique des hŽritiers du second aspect de la stratŽgie de Lambert en 69, le compromis d'appareil abusivement confondu avec un bloc pour la dŽfense de l'indŽpendance syndicale envers l'Etat et le patronat. Cet hŽritage a fourni une rente de situation dans laquelle sont installŽs ces permanents syndicaux ˆ des Žchelons divers, mais aujourd'hui ils seraient bien incapables d'entra”ner ˆ nouveau leur confŽdŽration dans un acte fort comme ce que fut le Non en 1969 : otages de leur politique et attachŽs ˆ leur rente, ils risqueraient d'accompagner l'intŽgration ˆ l'Etat en cultivant en diverses proportions silence complice, regrets hypocrites, justifications tortueuses et invocations rituelles envers le "respect des prŽrogatives", ˆ moins (car l'histoire n'est jamais Žcrite ˆ l'avance) que les pressions de la classe ouvrire et peut-tre un peu de la culture de lutte de classe qu'il leur reste n'en fassent pencher dans le bon sens un nombre significatif ...

 
Ironie suprme de l'histoire, la composante "HŽbert" du courant historique "HŽbert-Lambert", les militants et responsables qui s'inspirent d'un certain anarcho-syndicalisme, est aujourd'hui en opposition ouverte ˆ plusieurs aspects de la politique confŽdŽrale, de l'adhŽsion ˆ la ConfŽdŽration Syndicale Internationale ˆ la signature de cet accord phare de janvier 2008. Alors qu'ˆ l'origine Lambert avait dŽveloppŽ, thŽorisŽ et systŽmatisŽ ce que faisait Alexandre HŽbert, ce dernier et les militants qu'il inspire ont ŽtŽ largement doublŽs vers la droite par les tenanciers de la rente de situation marchandŽe en 1969 ...

1959 : pas de Non ˆ la V¡ RŽpublique !


Si, dans la combinaison de 1969, se mlent deux mŽthodes, amalgamŽes l'une ˆ l'autre par Lambert et aussi par beaucoup de ses dŽtracteurs, cet amalgame est, lui, plus ancien.

 
C'est en Žcrivant mon article biographique sur Pierre BrouŽ en 2005 (http://site.voila.fr/bulletin_Liaisons/docs/Pierre_Broue.doc, en anglais dans Revolutionnary History, vol. 9, n¡4) que j'ai ŽtŽ amenŽ ˆ Žtudier les congrŽs de la CGT-FO et l'orientation du PCI-groupe la VŽritŽ-OCI dans les organisations syndicales durant les annŽes 1950 et 1960, aboutissant ˆ une petite dŽcouverte qui, formulŽe trop abruptement, conduisait ˆ une erreur factuelle. Je cite mon article sur Pierre BrouŽ :

 
" ... faire jouer son r™le au syndicat ne veut pas dire cautionner n'importe quoi pour s'intŽgrer ˆ sa direction.

 
Or, c'est bien en 1959 que Lambert et HŽbert votent le rapport moral de FO pour la premire fois : en 1959, alors que le bilan de la direction Bothereau face au gaullisme est pitoyable, ˆ la diffŽrence de la FEN ˆ cette Žpoque et ˆ son avantage : la FEN a appelŽ ˆ voter Non ˆ la constitution gaulliste, et la CGT aussi, pas mme FO. Ce vote est un moment important et ignorŽ des divers "historiographes" du "lambertisme". Ses adversaires vouent une hostilitŽ cosmique ˆ Lambert qui les pousse ˆ le charger le plus possible en remontant aux temps les plus reculŽs (...), tandis que l'hagiographie Žcrite par les intŽressŽs eux-mmes accorde une valeur historique au vote du rapport moral de FO par Lambert en ... 1969 qu'elle prŽsente mensongrement comme la premire fois (voir par exemple le livre ItinŽraires, de Daniel GlŸckstein et Pierre Lambert).

 
Il est Žvidemment plus "convenable" du point de vue "rŽvolutionnaire" de relier son ralliement ˆ la direction de Force Ouvrire ˆ la victoire ouvrire et dŽmocratique que fut le Non au rŽfŽrendum gaulliste de 1969 plut™t qu'au cautionnement du refus de voter Non ... en 1958."


Or, en 1959, Lambert n'est pas ˆ FO et donc pas prŽsent ˆ son congrŽs. En outre, les dŽlŽguŽs membres de son organisation (Daniel Renard et RenŽ Dumont) prŽsents ˆ ce congrŽs ne votent pas le rapport moral, mais s'abstiennent et s'expriment en ce sens -ce qui constituait dŽjˆ une premire, jusque lˆ ils avaient votŽ contre. C'est Alexandre HŽbert qui vote pour le rapport moral en 1959, pour la premire fois -il ne le revotera plus jusqu'en 1969, cette fois-ci avec Lambert bien prŽsent et jouant le premier r™le, pour le revoter ensuite ˆ tous les congrŽs confŽdŽraux sans exceptions. Lambert ne sera syndiquŽ ˆ FO, au syndicat des employŽs et cadres de la SŽcuritŽ sociale de la rŽgion parisienne, qu'ˆ partir de 1961. Je dois donc rectifier ce que j'ai Žcrit concernant les faits. Mais je suis, par ces mmes faits, conduit ˆ en confirmer l'apprŽciation politique que j'en avais tirŽe, tout en l'affinant.


Ce congrs de 1959 se dŽroule en effet dans un contexte qui est pour ainsi dire l'inverse de ce qui se prŽsentera dix ans plus tard, en 1969.

 La classe ouvrire a subi une dŽfaite grave avec le coup d'Etat de mai 1958, conduisant ˆ l'instauration de la V¡ RŽpublique. Un aspect majeur de cette dŽfaite est qu'elle s'est produite sans combat sŽrieux contre la venue au pouvoir de De Gaulle. La poussŽe la plus avancŽe vers ce combat fut la manifestation du 28 mai 1958 provoquŽe par la FEN (la FŽdŽration de l'Education Nationale), mais elle fut sans lendemain. Les carottes Žtaient cuites quand De Gaulle soumit sa constitution ˆ un rŽfŽrendum qui Žtait en rŽalitŽ le plŽbiscite de sa prise de pouvoir. Si le PCF, la CGT, la FEN, le Parti Socialiste Autonome (formŽ par les exclus et dissidents de la SFIO hostiles ˆ sa politique algŽrienne et au ralliement de Guy Mollet ˆ De Gaulle) appelrent ˆ voter Non, la direction Mollet de la SFIO appellant ˆ voter Oui, FO refusa de donner une consigne de vote de mme que sa direction nationale avait refusŽ d'appeler ˆ quelque action que ce soit contre le coup de force tout au long du mois de mai, mme quand l'avant-poste de la lutte semblait tre tenu non par "les communistes", mais par les cousins rŽformistes et la•ques de la FEN. Au lendemain de la victoire du Oui, instaurant le rŽgime de la V¡ RŽpublique, Robert Bothereau, prŽdŽcesseur de Bergeron, qualifia ce Oui comme un "Oui de la dŽmocratie", censŽ noyer les "ultras" d'AlgŽrie (qui avaient ŽtŽ ses initiateurs ! ) dans le soutien ˆ De Gaulle au nom de la "dŽmocratie". Cette formule Žtait par un apparent paradoxe la mme que celle du dirigeant du PCF Thorez et du dirigeant de la CGT Frachon, qui, eux, aprŽs avoir prŽsentŽ De Gaulle comme un "agent du fascisme" le virent soudain en "rempart de la dŽmocratie". Cependant une aile de la confŽdŽration, reprŽsentŽe dans sa direction par d'anciens "rŽvolutionnaires", AndrŽ Lafond et Raymond Le Bourre, est ˆ la fois "AlgŽrie franaise" et ouvertement ralliŽe ˆ la V¡ RŽpublique. Un incident fumeux a ŽtalŽ au grand jour leurs rencontres officieuses avec Michel DebrŽ, le pre de la constitution de la V¡ RŽpublique, alors premier ministre, et les chefs gaullistes : une panne d'ascenseur suite ˆ laquelle le rŽparateur est arrivŽ avec des photographes de presse, ce qui provoqua ou accŽlŽra la dŽmission de Lafond de tous ses mandats syndicaux et l'Žviction de fait de cette tendance, juste avant le congrŽs d'avril1959. Cette rupture pse sans doute beaucoup aux yeux d'HŽbert pour considŽrer que la direction Bothereau a finalement rŽsistŽ ˆ la tentation gaulliste et mŽrite d'tre fŽlicitŽe pour cela, alors que son attitude se situe trŽs en deˆ de celle de la FEN.

 Un courant s'Žtait bien dŽgagŽ dans FO pour que la centrale appelle au vote Non en septembre 58, avec un appel de 58 responsables -parmi lesquels ClŽment Delsol, liŽ ˆ la "RP", Pierre BŽrŽgovoy de Gaz de France (le futur premier ministre de Mitterrand), Maurice Labi de la Chimie (qui passera plus tard ˆ la CFDT) et les anciens du PCI Michel Lequenne et Marcel Gibelin. Mais ni HŽbert, ni Renard, ni Dumond ne figurent parmi les 58 dans la liste que donne la RP n¡431, sept. 1958. Au congrŽs d'avril 1959 l'opposition de gauche est vive et s'exprime par les voix de Soffietto, secrŽtaire de l'UD de la Loire, Henri Lapeyre, secrŽtaire de la fŽdŽration des Travaux publics et des Transports, Laval, de la MŽtallurgie, et les votes contre le rapport moral sont nombreux (environ 11,5 % des mandats, qui correspondent essentiellement ˆ cette opposition portant notamment sur l'attitude envers le coup d'Etat gaulliste). Et c'est dans ce contexte prŽcis qu'Alexandre HŽbert choisit de se dŽclarer satisfait de l'orientation confŽdŽrale et d'appeler ˆ voter pour : les 11,5% sont donc atteints sans lui. Henri Lapeyre exprime sa surprise : "Mon ami Alexandre HŽbert ne m'a pas facilitŽ la tache, car je pensais qu'il aurait dit un certain nombre de choses. Il ne les a pas dites." (la RP n¡ 429 de mai 1959). HŽbert apporte aussi son soutien ˆ une rŽsolution rejetant "toute action commune avec la CGT communiste" ˆ laquelle les autres militants lutte de classe s'opposent. Raymond GuillorŽ, chroniqueur de la RP, exprime sa perplexitŽ devant ce qui appara”t comme un revirement ˆ un moment stratŽgique, et cela en contradiction avec l'ambiance gŽnŽrale trŽs "gauche" des dŽlŽguŽs au congrŽs.

AprŽs quoi GuillorŽ poursuit malicieusement :


"J'aimerai seulement comprendre un peu mieux. Je me suis adressŽ ˆ Lambert qui -autre sujet d'Žtonnement- a approuvŽ sans rŽserve la position de HŽbert. Comme lui, il m'a mis en garde contre la "phrase gauchiste" et comme lui, il m'a fait valoir que le "rapport des forces" n'Žtait plus en faveur de la classe ouvrire. Ah ! Ce fameux "rapport des forces" ! J'admets, en effet, qu'il s'est modifiŽ. J'avoue que je ne vois pas trŽs bien pourquoi, de ce fait, le bureau confŽdŽral n'a plus droit qu'a des louanges. Et puis, comment Lambert saura-t'il que le rapport des forces est en train de se modifier ˆ nouveau, et cette fois en faveur de la classe ouvrire ? Quand Lambert s'en sera rendu compte, il voudra bien nous le faire savoir au plus vite." (RP de mai 59).


Nous voila, dix ans avant 1969, aux racines non de la victoire du Non cette annŽe lˆ, qui fut un effet diffŽrŽ dŽcisif de mai 68, mais aux sources du "pacte" conclu avec la couche dirigeante de l'appareil confŽdŽral. En 1959 les courants gauche de FO, d'inspiration socialiste de gauche, syndicaliste rŽvolutionnaire, anarcho-syndicaliste, trotskyste, ou tout simplement basŽs sur des militants combatifs, voulaient une opposition rŽelle au rŽgime nŽ du coup d'Etat de 58, et reprŽsentaient une force et un potentiel importants.

 
En 1969 et par la suite ils ont ŽtŽ soit phagocytŽs, soit ŽliminŽs (certains s'Žtant ŽliminŽs tout seuls comme Maurice Labi qui rejoint la CFDT du temps de l'autogestion) et leur terrain est occupŽ par le dirigeant de l'UD de Loire-Atlantique, HŽbert, se rŽfŽrant ˆ l'anarchisme, avec Lambert qui rejoint FO en 1961, et l'on peut douter que ce fut une simple adhŽsion syndicale de base et non pas une entrŽe nŽgociŽe au sommet en relation avec les gages donnŽs en 59. Lors du congrŽs de 59 o cette politique fut inaugurŽe les dŽlŽguŽs membres du groupe la VŽritŽ (Renard et Dumont) s'Žtaient abstenus sur le rapport moral -un compromis entre la nouvelle orientation d'HŽbert, soutenue et probablement conseillŽe par Lambert, et leur attitude antŽrieure.

 
Certes je fais lˆ un rŽsumŽ un peu schŽmatique : cette orientation s'est dŽployŽe progressivement, puisque les deux larrons voteront ˆ nouveau en "contre" jusqu'en 1969, mais elle s'est tout de mme affirmŽe nettement en 1958-1959, c'est-ˆ-dire pas n'importe quand, mais prŽcisŽment lors de l'avnement de la V¡ RŽpublique, et pour protŽger une direction syndicale qui n'avait pas voulu s'opposer ˆ ce rŽgime. Ce qui, pour le coup, est exactement le contraire du rŽcit hagiographique ˆ destination des militants de l'OCI, puis du PT, sur le Non ˆ De Gaulle en 69 comme acte originel de l'intŽgration ˆ l'appareil confŽdŽral, censŽ lui confŽrer une aura rŽvolutionnaire ...

En amont de FO : Lambert et la tradition syndicale


Nous dirons donc qu'en 1961 Lambert adhre ˆ FO ...


En ce qui concerne mon erreur dans mon prŽcŽdent article sur Pierre BrouŽ, reprise dans mon premier article sur Pierre Lambert, il faut dire qu'il y a un certain flou ˆ propos de la date exacte d'adhŽsion de ce dernier ˆ la CGT-FO.

 
Le bruit selon lequel il aurait "votŽ le rapport moral" au congrŽs de 1959 date en effet ... de 1959, puisque selon le "journaliste d'investigation" Christophe Bourseiller (Cet Žtrange Monsieur Blondel, Bartillat, 1997), le journal La VŽritŽ des Travailleurs n¡ 29 de mai 1959 critique Daniel Renard, Alexandre HŽbert et Pierre Lambert pour avoir votŽ le rapport moral de Bothereau. En fait comme nous l'avons dit seul HŽbert l'a votŽ, Renard s'est abstenu et Lambert n'Žtait pas lˆ. La VŽritŽ des Travailleurs Žtait le journal du PCI "minoritaire" formŽ lors de la scission de 1952 autour de Pierre Franck, quand la majoritŽ du PCI fut exclue bureaucratiquement de la petite IV¡ Internationale -c'est donc l'organe du courant anctre de la LCR. Erreur ou malveillance de la part de ce journal, Christophe Bourseiller tombe dans le panneau et en dŽduit que Lambert, employŽ de la SŽcuritŽ sociale, est ˆ FO ˆ cette date.

 
Mais Bourseiller s'appuie sur ce qu'en dit l'auteur de la notice du Maitron, le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, auteur qui est Pierre BrouŽ : "En 1958, tout en occupant des responsabilitŽs ˆ Force ouvrire, il [Lambert] Žtait Žgalement membre d'honneur du syndicat CGT des monteurs-levageurs et avait ˆ ce titre un bureau dans leur local de la Bourse du travail de Paris." L'on doit dŽduire de tout cela qu'ˆ la fin des annŽes 1950, bien que Lambert ne soit pas encore en fait syndiquŽ ˆ FO et ne puisse donc s'exprimer dans ses congrŽs, il a dŽjˆ la rŽputation d'agir dans FO et d'y avoir de l'influence au point que dans la mŽmoire de son camarade (dans cette pŽriode) Pierre BrouŽ il y est dŽjˆ. Chose plus originale et qui ne manque pas de panache, il passe mme pour tre ˆ la fois ˆ la CGT et ˆ FO (en pleine guerre froide ! ), Žtant, professionnellement, d'une part employŽ de la caisse primaire d'Assurance maladie depuis le dŽbut des annŽes 1950 selon la plupart des sources (imprŽcises), et d'autre part ˆ demi-permanent pour le syndicat CGT des monteurs-levageurs.


Dans ItinŽraires Pierre Lambert ne donne pas de date sur son adhŽsion ˆ FO, mais acquiesce ˆ Daniel Glucstein qui rŽsume ainsi plusieurs annŽes : "Militant ouvrier, militant syndical, membre de la CGT jusqu'en 1952, tu demandes ˆ tre rŽintŽgrŽ pendant plusieurs annŽes. Finalement, c'est au dŽbut des annŽes soixante que tu rejoins Force ouvrire ?". Dans une interview au Monde le 20 avril 1988 c'est en 1962 qu'il dŽclare avoir adhŽrŽ. Dans le supplŽment spŽcial ˆ Informations Ouvrires publiŽ lors de son dŽcŽs, la date donnŽe est 1961 -je l'ai retenue ici mais on voit qu'elle reste un peu incertaine.

 
Ces variations confirment ˆ mon avis le fait que Pierre Lambert n'adhŽre pas comme un simple syndiquŽ, mais dans le cadre d'un accord avec des responsables avec lesquels il travaille dŽjˆ, le faisant secrŽtaire de la Chambre syndicale des employŽs et cadres FO de la rŽgion parisienne (toujours d'aprŽs Lambert lui-mme dans ItinŽraires). En mme temps, il est toujours secrŽtaire des monteurs-levageurs CGT, pour quelques annŽes encore jusqu'ˆ la disparition de ce mŽtier -il dŽclare l'avoir ŽtŽ pendant prŽs de 10 ans, sans donner de dates : "Un bureau au troisime Žtage de la Bourse du travail et un bureau au cinquime Žtage ! "

 
Un bureau ˆ la CGT, un bureau ˆ FO, en pleine guerre froide, chapeau l'artiste !

Les gars du b‰timent.


Mais Pierre Lambert n'Žtait pas monteur-levageur !


Ce syndicat, comme celui des Charpentiers en fer, perpŽtuait dans la fŽdŽration du b‰timent des traditions rŽvolutionnaires fortes dans ce milieu, associŽes ˆ un syndicalisme de mŽtier, et non ˆ un syndicalisme d'industrie : contrairement ˆ la reprŽsentation la plus courante, qui il est vrai a souvent correspondu ˆ la rŽalitŽ, il est arrivŽ, notamment dans le b‰timent, que ce soient de vieux syndicats de mŽtiers, avec une identitŽ professionnelle, corporative, trs forte, vŽhiculant parfois des souvenirs des compagnonnages, qui reprŽsentent des traditions rŽvolutionnaires face ˆ un syndicalisme d'industrie plus centralisŽ et plus bureaucratique.

 
Dans la seconde partie des annŽes 1930, les syndicats CGT des terrassiers, puisatiers, tubistes, poseurs de rail ... Žtaient autant de petits bastions antistaliniens et souvent aussi antirŽformistes, prŽsents dans la tendance rŽvolutionnaire des Cercles syndicalistes Lutte de classe aux c™tŽs des instituteurs de l'Ecole EmancipŽe et de groupes de mŽtallurgistes animŽs par un exclu du PCF, Eugne Galopin. Leur principal porte-parole, Pierre Dichamp dit Riguidel, a Žcrit souvent dans la presse anarchiste ainsi que dans la RP aprŽs la guerre.

 
Pendant la seconde guerre mondiale, un jeune militant trotskyste, Henri Souzin, devient secrŽtaire des Peintres en b‰timent de la rŽgion parisienne ; il "tombe" en novembre 1942 et sera tuŽ par les nazis. En nouant une relation particulire avec un petit syndicat de mŽtier de culture anarcho-syndicaliste, Pierre Lambert s'inscrit donc dans une certaine tradition. Mme le fait d'tre choisi par le syndicat alors que l'on n'appartient pas ˆ la profession, parce qu'on est un militant rŽclamŽ comme porte-parole et porte-plume, relve sans doute plus ici de ces traditions que d'une pratique qui, en d'autres temps et dans un autre contexte, pourrait tre plut™t bureaucratique.

 
Pour rŽussir l'exploit d'tre ˆ la fois ˆ la CGT et ˆ FO pendant quelques temps au dŽbut des annŽes 1960 il faut avoir une solide expŽrience et de bonnes relations avec de nombreux militants, une trŽs bonne connaissance des milieux concernŽs. Les adversaires du "lambertisme" ont naturellement tendance ˆ voir de la magouille et de la maneuvre dans ces relations. Sans nier leur part probable de roublardise et d'entregent, je considre qu'il n'est pas de bonne mŽthode historique de transposer sur le passŽ et sur toute la vie d'un militant les critiques qu'on peut lui faire sur le r™le qu'il a jouŽ par la suite, et j'incline donc ˆ penser que ce Lambert lˆ, celui de la Chambre des employŽs et cadres et de la petite fraternitŽ des monteurs-levageurs, est un militant syndicaliste remarquable qui bŽnŽficie, dans des circonstances difficiles, d'une reconnaissance peu courante.

 
Comment l'est-il devenu ?

1944 : la mŽtallurgie parisienne.


Pour le comprendre il nous faut remonter encore en arrire, en 1944. J'ai conscience que le texte que j'Žcris contredit le le cours du temps : nous sommes remontŽs de 69 ˆ 59, nous voici en 44, et nous allons d'ailleurs remonter un peu plus haut encore. Mais je ne souhaite pas, ˆ ce stade, donner un rŽcit organisŽ o les explications ressortent d'elles-mmes. Aux lecteurs de rŽflŽchir. La trajectoire de Pierre Lambert est un bloc de l'histoire du mouvement ouvrier qui mŽrite d'tre connu et dŽcortiquŽ. Poursuivons donc cette rŽflexion ˆ la recherche des faits.

En 1944, sortant de la clandestinitŽ, le jeune PCI (Parti Communiste Internationaliste) voit plusieurs de ses militants jouer un r™le dirigeant au plan local dans la CGT, en mme temps que dans une sŽrie d'organismes qui ne survivront pas quand la situation rŽvolutionnaire ouverte par l'effondrement de l'occupation et du rŽgime de Vichy aura pris fin : commissions ouvrires ˆ la production, milices ouvrires patriotiques ... Dans ce contexte l'ascension du jeune Lambert, qui semble avoir commencŽ au printemps 1944, donc encore dans la clandestinitŽ, est probablement la plus rapide au niveau de la CGT. Dans ItinŽraires, il Žvoque sa responsabilitŽ comme secrŽtaire de l'union locale CGT de Clichy, ˆ la confŽrence ouvrire ˆ la production organisŽe par l'union CGT de la MŽtallurgie parisienne o il explique avoir ŽchouŽ ˆ imposer une vŽritable commission d'organisation de la production parce que les staliniens n'en voulaient pas, mais la suite de l'entretien avec Daniel Glucstein ne dit pas comment cette premire ascension syndicale s'est dŽnouŽe.

 
Michel Lequenne, dans Le trotskysme, une histoire sans fard (Syllepse, 2005) donne sa version :


"Tous les trotskytes que j'avais rencontrŽs depuis mon entrŽe dans le mouvement jusqu'ˆ la libŽration de Paris m'avaient impressionnŽ par leur caractre et leurs connaissances. (...) Un seul m'Žtait apparu comme peu sŽrieux : mon responsable de rayon [le rayon Paris Nord], Lambert. Je devais apprendre plus tard que, s'il s'Žtait lui aussi investi dans une entreprise, il n'y avait pas fait, comme tous les autres, un travail d'implantation ˆ la base, mais avait trouvŽ le moyen de se mettre en contact avec l'appareil clandestin de la CGT et d'y monter, sous le pseudonyme de Temansi, et ... si haut que notre direction dŽcouvrit tout ˆ coup que ce trotskyste, sous sa fausse identitŽ, Žtait sur le point de devenir membre de la direction confŽdŽrale, ce qui aurait pu tre la source d'un Žnorme scandale, avec l'accusation de provocation. Il fallut faire dispara”tre Temansi de la circulation."


Je crains que nous ayons lˆ un exemple d'hostilitŽ cosmique rŽinterprŽtant le passŽ pour montrer combien Žtait a priori rŽprŽhensible le personnage : ce que suggre Lequenne (qui fut exclu du PCI avec Marcel Bleibtreu et leur tendance par Lambert en 1955), c'est que Pierre Lambert, pourvu en quelque sorte de talents bureaucratiques innŽs, sit™t rentrŽ en usine se retrouve permanent et dirigeant parmi les dirigeants staliniens, sous un faux nom. Une version dŽrivŽe de cette interprŽtation se trouve dans le livre de Bourseiller, qui a mŽlangŽ cet Žpisode avec celui des monteurs-levageurs. Mais en quoi Žtait-ce un mŽfait que de "monter" rapidement dans une CGT en pleine Žbullition, en pleine rŽorganisation, soumise ˆ la pression de milliers et de milliers de travailleurs qui tendaient ˆ s'emparer des usines et s'Žtaient effectivement emparŽs de beaucoup, les patrons collabos Žtant en fuite ? Est-ce que cette ascension rapide ne montre pas plut™t qu'une intervention concertŽe, nŽcessitant une approche moins gauchiste, du jeune PCI, aurait pu avoir des fruits bien plus importants ? A la date de 1944 l'effectuer sous un faux nom n'a rien d'Žtonnant. Mme le risque invoquŽ d'accusation de provocation par les staliniens est en rŽalitŽ amplifiŽ par la politique du PCI qui ne comprend pas l'intŽrt en 44 d'un travail d'implantation syndicale systŽmatique puisque les "soviets" sont ˆ l'ordre-du-jour : si "Temansi" avait ŽtŽ dŽcouvert il aurait ŽtŽ possible de demander pourquoi le PCF dŽnonait un dŽlŽguŽ ouvrier et organisateur syndical au prŽtexte d'un pseudo alors que ses propres militants et responsables Žtaient eux aussi souvent connus sous des pseudos.

 
Tout cela Žtant dit, la surprise de Michel Lequenne traduit sans doute les sentiments de la direction et de la plupart des autres militants du PCI : Lambert avait agi en franc tireur en prenant des risques et en en faisant prendre au parti. Il aura donc retirŽ ses billes ˆ la demande du PCI avant d'tre "dŽcouvert".


De l'avis de Lambert dans ItinŽraires, bien qu'il ne dŽtaille pas du tout ses expŽriences et ne dise rien des problmes de discipline interne alors rencontrŽs avec le PCI, l'annŽe 1944 est fondatrice : elle lui apprend la lutte des classes et fait de lui un syndicaliste. Ce qui nous conduit, une dernire fois, ˆ revenir en arrire : en 1944 Lambert est militant depuis dix ans.

La prŽhistoire, fondatrice aussi.


A 13 ans et demi-14 ans, il rejoint les Jeunesses communistes suite aux Žvnements de fŽvrier 34 : l'unitŽ ouvrire, les combats de rue contre les fascistes. Il est exclu pour trotskysme en 1935 alors qu'il ne l'est pas encore. Il rejoint en fait la Gauche rŽvolutionnaire de la SFIO de Marceau Pivert, mais est dŽsormais proche des trotskyste du groupe de Raymond Molinier, dont il sera membre ˆ part entire, selon les versions, entre 1936, 1937 ou 1938. Il poursuit des Žtudes d'Histoire lorsque la guerre commence et est arrŽtŽ avec 10 autres militants en fŽvrier 1940 pour "propagande communiste nuisant ˆ la dŽfense nationale" et se serait ŽvadŽ ˆ la faveur de la dŽb‰cle. Il mne alors une existence difficile, clandestine, comme d'autres militants, pendant quatre ans, avec de nombreux pseudonymes.


Il appartient ˆ l'ancien courant "Molinier", qui n'est pas le principal groupe trotskyste, sous ses noms successifs de groupe "Que faire ?", groupe "La Seule Voie", ComitŽ Communiste Internationaliste. Il s'y oppose ˆ la ligne prŽconisŽe par son principal dirigeant au dŽbut de la guerre, Henri Molinier, dit Testu qui prŽdisait une longue stabilisation de l'Europe partagŽe entre Hitler et Staline et en dŽduisait qu'il fallait faire un travail de longue haleine dans le PCF et dans le RNP vichyste (le Rassemblement National Populaire de DŽat) : contre cette position Lejeune (pseudo de Boussel) argue que le plus probable est l'extension de la guerre et refuse les conclusions de Testu. Ce dŽbat est interrompu par l'invasion de l'URSS en juin 41 qui pousse Testu ˆ changer d'avis. Lejeune s'opposera bient™t ˆ nouveau, fin 1943, ˆ la direction du groupe reprŽsentŽe par Jacques Grinblat dit Privas, qui nie la rŽalitŽ d'une rŽvolution indŽpendante de l'impŽrialisme en Italie : contre Privas il rejoint cette fois-ci Testu ainsi que le militant espagnol Fon Ferran et Claude Bernard dit Raoul. Il est exclu du CCI pour avoir tentŽ de rallier ˆ la position de sa tendance des stagiaires non encore intŽgrŽs au comitŽ.

 
Mais cette exclusion intervient alors que le processus de fusion des principaux courants trotskystes franais, donnant naissance au PCI, est en cours. Rejoignant pour la circonstance un petit cercle d'une quinzaine de membres, le groupe Octobre, Lambert-Lejeune-Temansi se retrouve avec les autres trotskystes, dont ceux qui venaient de l'exclure, dans le jeune PCI, section franaise de la IV¡ Internationale. Commence alors cette expŽrience des usines parisiennes et de la CGT qui instaure, de son propre avis, sa maturitŽ militante dŽfinitive.


Trois remarques importantes doivent tre faites pour situer son expŽrience par rapport ˆ celle de l'ensemble des militants trotskystes de l'Žpoque.


Premirement, le jeune Lambert est dans la norme de ces militants au plan social : jeune, sans travail stable, pouvant tre considŽrŽ selon les angles comme un jeune travailleur pauvre, un intellectuel dŽclassŽ, un rŽvolutionnaire professionnel ou une personnalitŽ d'aventurier. Les conditions historiques sont ici dŽterminantes. Il n'y a pas d'ancrage syndical ni en gŽnŽral d'ancrage dans un milieu rŽgulier d'intervention, dans la classe ouvrire, pour lui jusqu'en 1944.


Deuximement et ce point est important, ces annŽes d'apprentissage se font dans le cadre du courant "Molinier" (Raymond Molinier, son frre Henri, et Pierre Frank en sont les animateurs). Ce courant depuis 1935 est tenu en suspicion par Trotsky. Si la rupture a eu pour cause la volontŽ de Molinier de rester ˆ la SFIO lors de l'exclusion des trotskystes et une certaine tentation de trouver des "raccourcis" et de s'adapter ˆ la "mystique Front populaire", ce qui lui est vraiment reprochŽ ce sont ses mŽthodes : il finance, en choisissant celles qui ont son accord, les activitŽs politiques du mouvement grace ˆ une entreprise de recouvrement de dettes qu'il avait montŽe ... Le "style" est quelque chose d'important : il est ici trŽs activiste, parfois anti-intellectualiste, dynamique mais souvent sectaire et agressif. Le POI (Parti Ouvrier Internationaliste, sigle de la section officielle de la IV¡ Internationale ˆ la fin des annŽes trente puis ˆ nouveau ˆ partir de fin 1942) est critiquŽ par les "moliniŽristes" comme trop intellectuel, trop molasson. Cependant c'est aussi au POI que se sont trouvŽs les quelques militants trotskystes ˆ avoir eu de vraies responsabilitŽs syndicales : les frres Bardin chez les postiers et les techniciens dans les annŽes 1930, Henri Souzin chez les Peintres en b‰timent sous l'occupation. Il y a en effet fort peu de militants trotskystes rŽellement reconnus comme syndicalistes. A cet Žgard, le "pŽchŽ originel", si l'on peut dire, du trotskysme franais s'est produit dans les deux annŽes qui suivent sa premire organisation, en 1929 : Trotsky lui-mme tire ˆ boulets rouges sur son ancien ami Pierre Monatte lorsque celui-ci lance un appel ˆ la rŽunification syndicale en le traitant de rŽformiste, l'alliance des trotskystes avec les anciens animateurs, rŽcemment exclus du PC, de la fraction communiste de l'enseignement, qui dirigent la fŽdŽration CGTU des instituteurs et formeront bient™t la tendance dite de l'Ecole EmancipŽe, alliance effectuŽe dans le cadre de l'Opposition Unitaire de la CGTU, tourne court, et le premier rassembleur du courant trotskyste en France, Alfred Rosmer, figure historique du syndicalisme, prend ses distances, excŽdŽ notamment par Raymond Molinier. Donc, des deux courants du trotskysme franais qui se rassemblent dans le PCI en 1944, celui qui a formŽ Lambert est le moins "syndicaliste". Lambert est le premier "syndicaliste" affirmŽ issu de ce courant.


Troisimement, Lambert, opposant minoritaire exclu du CCI, donc de l'ancien courant "Molinier", est en somme de la minoritŽ de la minoritŽ au moment de la rŽunification qui forme le PCI. Autant dire qu'il est ˆ part.


Consciemment ou non, faire une percŽe, en outsider, sur le terrain de l'action syndicale, lui permet d' "exister" dans une organisation dans laquelle il risquait de ne pas avoir de poids. Et effectivement s'il est critiquŽ, et peut-tre jalousŽ, il est reconnu : ˆ partir de 1945 ou de 1946 il anime, avec Marcel Gibelin avec lequel les relations n'ont sans doute jamais ŽtŽ bonnes, la commission syndicale ou "commission ouvrire" du PCI. D'autres militants syndicaux de valeur s'affirment dans les annŽes qui suivent et travaillent dans le cadre de cette commission, notamment Daniel Renard aux usines Renault, qui y est l'un des dirigeants de la grande grve de 1947. Je ne reviens pas ici sur les batailles dans les grves et les syndicats, puis lors de la scission de la CGT et du maintien de l'unitŽ de la FEN, qui marquent les annŽes suivantes, et je reprends la piste des affiliations syndicales de Lambert, en reprenant enfin la chronologie dans le bon sens !

Les annŽes cinquante n'ont pas ŽtŽ une parenthse.


Donc, en 1950, Lambert, qui semble avoir travaillŽ dans la mŽtallurgie depuis 1945, conduit en 1950 une dŽlŽgation de militants de la CGT et de la FEN en Yougoslavie. C'est au mme moment qu'il participe, comme sa cheville ouvrire, au lancement du journal L'UnitŽ, dans le cadre duquel il a fait la connaissance d'Alexandre HŽbert. A son retour est dŽclenchŽe une procŽdure d'exclusion de la CGT qui n'aboutira qu'en 1952.

Dans ItinŽraires il explique alors :


"Contrairement ˆ la lŽgende, je n'ai adhŽrŽ ˆ Force ouvrire qu'en 1961 ou 1962 [nous retrouvons cette incertitude ! ]. Pendant prŽs de dix ans, je suis restŽ non syndiquŽ. Pour des raisons de nŽcessitŽ politique, j'ai concentrŽ mon militantisme pour garantir -avec d'autres, bien entendu- l'organisation trotskyste."


Cette affirmation est fausse. Au demeurant, ce n'est pas en ne faisant plus de syndicalisme que Lambert a -effectivement- contribuŽ de manire dŽcisive ˆ prŽserver l'organisation trotskyste dans les annŽes 1950. Au contraire.


Ici intervient le travail prŽcieux de Jean Hentzgen qui a ŽpluchŽ les procŽs verbaux des comitŽs centraux du PCI pendant ces annŽes.

 
D'abord, c'est par le travail "dans la classe", lors des grves de 1953, et dans les syndicats, toujours dans la CGT ou en sa direction (dans le cas de campagnes pour la rŽintŽgration des exclus), que le PCI maintient son existence, et pas par les polŽmiques contre Pablo qui sont alors surtout nŽcessaires d'un point de vue interne, mais Žvidemment pas ˆ la porte des usines.

Ensuite, Lambert, dŽs le lendemain de la scission avec les pablistes, dŽveloppe justement de manire systŽmatique cette idŽe que c'est le travail dans la classe et dans les syndicats qui doit tre le fil ˆ plomb et passer au premier plan.

 
Cela se traduit par des campagnes pour l'unitŽ syndicale lors desquelles Lambert, autre apport du travail de Jean Hentzgen, porte une apprŽciation positive sur le dirigeant de la CGT, le stalinien Benoit Frachon, qui veut selon lui prŽserver la CGT des tournants du PCF et qu'il faut appuyer lorsqu'il parle d'unitŽ syndicale, ce qui lui arrive en effet souvent dans la premire partie des annŽes 1950. Et, en fait, Lambert sera rŽintŽgrŽ ˆ la CGT fin 1954, seul trotskyste connu dans ce cas : Daniel Renard, licenciŽ de chez Renault pour avoir fait grve ˆ l'appel de la CGT et exclu de la CGT la mme annŽe, n'aura pas cette possibilitŽ.

 
Voila qui explique d'ailleurs ... le secrŽtariat des monteurs-levageurs, qui n'auraient sans doute pas poussŽ le dŽfi envers la direction PCF jusqu'ˆ rŽtribuer un secrŽtaire non membre de la CGT ! Et voila ce que Lambert dans ItinŽraires oublie ou ne veut pas dire.


Mais il y a plus. Voici ce que rapporte J.Hentzgen, en se rŽfŽrant systŽmatiquement aux PV du CC du PCI, sur les circonstances politiques de cette rŽintŽgration : elle a ŽtŽ convenue directement avec Benoit Frachon !


"Au cours de la mme rŽunion du comitŽ central [le 26 septembre 1954], M. Lequenne dŽpose une rŽsolution contre la rŽintŽgration de P. Lambert dans la CGT. Selon M. Lequenne, B. Frachon a dŽcidŽ cette rŽintŽgration lors dÕune rŽunion avec P. Lambert et R. ChŽramy. Le dirigeant CGT juge peu dangereuse la campagne du PCI pour les comitŽs paritaires [des comitŽs d'unitŽ syndicale]. La direction du PCI essaye de sÕallier avec lÕappareil de la CGT, elle minimise la responsabilitŽ de ce dernier dans lÕŽchec du 28 avril [un appel ˆ la grve de la CGT]. M. Lequenne accuse la direction du PCI de vouloir Ç monter È dans lÕappareil de la confŽdŽration. P. Lambert reconna”t que sa rŽintŽgration a ŽtŽ dŽcidŽe par B. Frachon. Finalement, le comitŽ central adopte une rŽsolution Renard qui juge celle de M. Lequenne malhonnte car elle accuse P. Lambert de capitulation devant lÕappareil stalinien."


Jean Hentzgen observe qu'au milieu des annŽes 1950 il n'y aucune "prŽfŽrence pour FO" de la part des trotskystes du PCI. La cellule ouvrire de Loire-Atlantique, chez HŽbert, est ˆ la CGT. En gŽnŽral on se retrouve ˆ FO ˆ cause des exclusions staliniennes, parce qu'on n'a pas pu faire autrement. La FEN est extrŽmement valorisŽe, surtout quand, aprŽs avoir en 1956 pris position ˆ la fois contre la rŽpression stalinienne en Hongrie et l'intervention nŽocoloniale franco-britannique ˆ Suez, elle lance une campagne pour l'unitŽ syndicale sous le nom de MSUD (Mouvement Syndical Uni et DŽmocratique). Mme les syndicalistes CFTC sont considŽrŽs alors par le PCI comme devant tre associŽs aux campagnes pour l'unitŽ syndicale. En mme temps, la mŽthodologie de Lambert comporte des ŽlŽments qui annoncent ce que sera, ˆ partir de 1959 (bien qu'il n'y Žtait pas encore syndiquŽ comme tel) puis surtout de 1969, sa stratŽgie de "montŽe" dans FO. Posons-nous explicitement la question : a-t'il "draguŽ" Frachon comme il fera plus tard avec Bergeron ? Mais c'est lˆ mal poser la question. En effet il n'y avait rien de scandaleux ˆ prendre appui sur les dŽclarations unitaires de Frachon et les contradictions rŽelles qui Žclataient dans la CGT entre la pression des militants ouvriers et les exigences du PCF, et mme le fait que la campagne pour l'unitŽ syndicale impulsŽe par le PCI ait permis ˆ Lambert d'appara”tre comme pro-CGT et d'obtenir sa rŽintŽgration, sans "autocritique" ou autre de sa part, ne constitue pas en soi une compromission avec l'appareil. Mais ce que l'on ne peut que supputer, c'est l'Žtat d'esprit dans lequel il a probablement rencontrŽ Frachon. Comme en 1944, il la joue "outsider" alors mme qu'il est le principal dirigeant cette fois-ci, du PCI. Il semble en effet que le comitŽ central en tant que tel dŽcouvre les faits ˆ sa rŽunion de septembre 1954. A peine plus d'un an avant, Marcel Gibelin Žtait exclu pour s'tre rendu en URSS en tant que syndicaliste FO sans en avoir avisŽ l'organisation -en 1953 juste aprŽs la mort de Staline, en effet une sacrŽe indiscipline ! Mais lˆ Lambert n'encourre aucun bl‰me pour avoir traitŽ directement avec Frachon, secrŽtaire gŽnŽral de la CGT, membre du bureau politique du PCF ...

 
Concluons : ce que rŽvle cet Žpisode, ce n'est pas un opportunisme congŽnital de Lambert, c'est que le fonctionnement de son parti en a dŽjˆ fait, ˆ cette date, un de ces militants "plus Žgaux que les autres" comme aurait dit Georges Orwell. C'est dans ce fonctionnement du "parti", dont il n'est pas le seul responsable bien qu'il en devienne vers cette date le principal bŽnŽficiaire, et non pas dans la pratique syndicale en soi, que germent les conditions de la "dŽgŽnŽresence" ultŽrieure.