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Ted Grant (1913-2006)

 

Par Vincent PrŽsumey

Aožt 2006

 

Avec la mort d'Isaac Blank, connu dans le mouvement ouvrier international sous le nom de Ted Grant, c'est l'une des dernires grandes figures du combat rŽvolutionnaire ayant traversŽ le XX¡ sicle qui s'en va. C'est aussi le "pre" de l'un des "vieux" courants historiques du trotskysme qui dispara”t (parmi les derniers survivants dont on peut en dire autant, restent Guillermo Lora et Pierre Lambert).

Le chauvinisme conscient ou inconscient qui sŽvit en France fait que pour beaucoup, ce nom ne dit rien, et qu'apprendre qu'il s'agit du fondateur d'un courant trotskyste risque de ne pas tre trŽs encourageant. Il est vrai qu'avant mme d'tre un militant ouvrier rŽvolutionnaire, ce qu'il fut de sa quinzime annŽe (1928) ˆ sa mort, Ted Grant avait l'avantage d'tre issu d'une famille anglophone et juive, ce qui l'aura sans doute aidŽ ˆ penser ˆ l'Žchelle de la plante.

 

Afrique du Sud.

 

Isaac Blank fut gagnŽ au marxisme par un militant du Parti communiste sud-africain que logeait sa mre, Ralph Lee, en 1928. L'annŽe suivante c'est ensemble qu'ils lisaient le journal des trotskystes amŽricains, The Militant, et se ralliaient aux idŽes qu'il contenait, fondant un petit groupe trotskyste ˆ Johannesburg, qui devait gagner des militants et construire des syndicats dans les milieux noirs et indiens la blanchisserie et le nettoyage, d'o des liens ultŽrieurs de Ted Grant avec des militants indiens et ceylanais.

 

La WIL.

 

En 1934 il part vivre ˆ Londres, rencontre au passage en France LŽon SŽdov (fils de Trotsky), et devient (pour protŽger sa famille) "Ted Grant". Il milite dans plusieurs groupes trotskystes britanniques, participant notamment ˆ des affrontements de rue avec les fascistes d'Oswald Mosley, avant de mettre en place son propre bulletin local, intitulŽ le Militant, puis de participer avec Ralph Lee venu ˆ son tour d'Afrique du Sud ˆ la direction d'un nouveau groupe, la WIL (Workers International League). Pour Ted Grand et plusieurs militants significatifs de la WIL comme Jock Haston et Gerry Healy, l'histoire du trotskysme britannique commence vraiment avec la WIL (ce qui n'est pas vrai), les autres groupes, regroupŽs dans la RSL (Revolutionnary Socialist League) Žtant des intellectuels mollassons.

Mais la IV¡ Internationale, proclamŽe en 1938, ne les considre pas comme la section officielle et qualifie de "clique" le "groupe Lee", formŽ sur la base de relations personnelles et non sur une orientation politique distincte. Avec le groupe franais de Pierre Frank et Raymond Molinier et le groupe belge de Georges Vereecken, la WIL fait partie des groupes visŽs par le passage du Programme de transition contre le sectarisme. L'opposition de caractres et de mŽthodes qui existe alors entre la WIL et la section officielle ressemble en effet ˆ celle qui exista en France entre le courant "Molinier" et le POI (Parti Ouvrier Internationaliste).

La WIL, sans Ralph Lee reparti en Afrique du Sud et qui avait jusque lˆ ŽtŽ son "chef" et sa tte politique, jouera un r™le important ˆ partir de 1940.

 

Le RCP.

 

Un fait y fut pour beaucoup : elle fut pratiquement le seul groupe trotskyste qui a non seulement eu connaissance des textes de Trotsky de 1940 sur la "Politique Militaire du ProlŽtariat" mais qui l'a prise au sŽrieux et l'a mise en oeuvre, sans la caricaturer.

La "Politique Militaire du ProlŽtariat" est une orientation nouvelle, nettement dessinŽe dans les derniers textes de Trotsky, suite ˆ l'occupation des deux tiers de la France par les nazis : elle entend prolonger les positions internationalistes des rŽvolutionnaires en 1914-1918 (le fait de condamner les deux camps impŽrialistes en guerre l'un contre l'autre), mais sans les imiter comme si rien n'avait changŽ, notamment en prenant en compte la volontŽ populaire de combattre l'occupation Žtrangre, de dŽfendre les libertŽs, et de combattre le fascisme et le nazisme, en refusant tout "pacifisme". Ce point de vue n'a pas ŽtŽ connu des trotskystes europŽens hors de Grande-Bretagne et le SWP (Socialist Workers Party) des Etats-Unis a affirmŽ l'avoir appliquŽ en se contentant de rŽclamer une formation militaire sous contr™le syndical.

Le RCP, par contre, sans aller complŽtement dans le sens indiquŽ par Trotsky, a rŽalisŽ une importante propagande dans l'armŽe britannique sur le thme "comment faire rŽellement la guerre au fascisme en Europe ? ", influenant les assemblŽes de soldats suscitŽes ˆ l'origine par le commandement en Libye (interrompues une fois que les staliniens eurent dŽnoncŽ les meneurs ˆ l'Žtat-major). Ted Grant fut responsable de la presse de l'organisation et de son travail dans l'armŽe.

De la fusion entre la WIL et la RSL, qui fut plut™t une intŽgration des restes de la RSL dans la WIL qui seule s'Žtait vŽritablement construite, naquit le RCP (Revolutionnary Communist Party), section britannique de la IV¡ Internationale telle qu'elle avait ŽtŽ reconstituŽe en 1944-1946, fort de quelques centaines de membres et influent dans la jeunesse ouvrire (apprentis, dockers, mineurs). Le RCP fut une section turbulente, prometteuse, et, pourrait-on dire, "non conformiste", de cette organisation internationale. C'est ainsi qu'alors que le SecrŽtariat EuropŽen de la IV¡ Internationale (devenu SecrŽtariat International en 1946) et le SWP des Etats-Unis expliquaient qu'aucun rŽgime n'Žtait plus possible en Europe en dehors de la dictature et de l'occupation militaire, d'un c™tŽ, ou de la rŽvolution socialiste, de l'autre, le RCP lui ne croyait pas ˆ l'impossibilitŽ de toute stabilisation de rŽgimes "dŽmocratiques" en Europe et la pensait au contraire tout ˆ fait possible, ainsi que le maintien de l'influence rŽformiste dans le mouvement ouvrier.

Dans un amendement repoussŽ par le "CongrŽs mondial" de 1948, Haston, avec le dirigeant trotskyste argentin Nahuel Moreno, dŽfendait l'idŽe que le plan Marshall allait permettre une longue pŽriode de reprise de l'Žconomie capitaliste, tout en aggravant ˆ terme la concurrence et les contradictions du systme. Ernest Mandal qui devait thŽoriser 20 ans plus tard sur les "ondes longues" dans le capitalisme, Žtait alors avec la majoritŽ qui prŽdisait la crise et l'effondrement inŽluctables et imminents ...

Le RCP fut aussi le premier ˆ dire que le capitalisme avait disparu dans les pays occupŽs par l'armŽe russe, ˆ estimer que la bureaucratie stalinienne avait encore de beaux jours devant elle tout en soulignant ses c™tŽs "capitalistes" et son incapacitŽ ˆ tolŽrer la moindre dŽmocratie.

Le "SecrŽtariat international" considŽra assez vite qu'il fallait mettre au pas cette section qui marchait et pensait par elle-mme, sans se prŽoccuper des mŽthodes et des dŽg‰ts.

 

La destruction du RCP.

 

Les deux compres qui conduisirent cette vŽritable opŽration de destruction bureaucratique furent Gerry Healy, "oeil de l'Internationale" (au sens o l'on parle d' "oeil de Moscou") et Pierre Frank. Ils s'appuyrent sur un vrai problme : le RCP se prŽsentait comme l'embryon du parti rŽvolutionnaire de la classe ouvrire alors que celle-ci dans son ensemble soutenait le Labour Party alors au pouvoir, lequel, qui plus est, rŽalisait ˆ l'Žpoque de vŽritables rŽformes. Alors qu'ailleurs l'Internationale appuyait l'autoproclamation de petites sections comme autant de "noyaux" du futur parti, en Grande-Bretagne, par traitement spŽcial destinŽ ˆ casser le RCP, elle prŽconisait l' "entrisme" dans le Labour party, mis en oeuvre par G.Healy et le groupe dŽnommŽ le "Club" autour de son journal Socialist Outlook.

En 1949 le "SecrŽtariat international" dŽcida de placer ce groupe minoritaire ˆ la tte du RCP, ce qui lui permit de dissoudre formellement celui-ci dans le "Club". Jock Haston, dirigeant historique du parti, dŽmissionna de la direction et fut exclu pour "dŽsertion". Puis ce fut le tour de Tony Cliff (Ygael Glucstein), pour ses idŽes (sur l'URSS "capitalisme d'Etat") et de tous ceux qui ne cautionnaient pas les exclusions prŽcŽdentes, Ted Grant, Sam LŽvy, Sam Bornstein, Arthur et Jimmy Deane ... Le RCP Žtait dŽtruit.

Cet Žpisode ne fait pas partie des "histoires du trotskysme" et autres "histoires de la IV¡ Internationale" en versions franaises. Il Žclaire pourtant ce qui s'est passŽ ensuite, la "crise pabliste" dont les trotskystes franais furent victimes, et dont les orchestrateurs furent la mme "direction internationale" imbue de sa mission et rendue totalement irresponsable par ses conceptions et ses mŽthodes.

En fait, mais cela les acteurs du drame ne le savaient pas, l'acte inaugural des trois grands courants du trotskysme britannique, trois cultures et trois histoires croisŽes, venait de se produire. A la diffŽrence de la France o les "trois grands" LCR, PCI/OCI/PT et LO coexistent dans l'espace, leur domination en Grande-Bretagne s'est succŽdŽe dans le temps : ˆ l'Žpoque de la SLL puis du WRP de G.Healy (annŽes 1960-1975) succŽdera celle du Militant de Ted Grant (fin des annŽes 1970 et annŽes 1980) et actuellement celle du SWP issu du courant de Tony Cliff. A ces trois courants il convient d'ajouter l'influence diffuse de dizaines de militants semŽs dans la nature, mais qui furent pour beaucoup d'entre eux des constructeurs de syndicats et des meneurs de grve, et pour quelques uns des bureaucrates des Trade Unions.

 

Vieux RCP et vieux PCI : la Manche est-elle un si grand mur ?

 

IndŽpendemment des apprŽciations que l'on peut porter sur son orientation politique, il appara”t, d'un point de vue historique que c'est le courant de Ted Grant qui se situe le plus en continuitŽ du vieux RCP de Jock Haston. Il s'organisa pŽniblement avec une vingtaine de militants ˆ Londres et une dizaine ˆ Liverpool (mai 1951), avec quelques "rescapŽs" comme Jimmy Deane et Sam LŽvy, et dŽcida, pour des raisons de survie, d'intervenir dans le Labour Party.

Paradoxalement le groupe (qui ne portait pas de nom spŽcial) animŽ par Ted Grant, entra ˆ nouveau en contact avec le "SecrŽtariat International" (SI) en 1956 et fut reconnu, sur proposition de Michel Pablo, "section britannique de la IV¡ Internationale", Ted Grant redevenant permanent (il l'avait ŽtŽ dans les annŽes quarante avant son licenciement-exclusion par G.Healy).

Dans l'intervalle en effet, la scission de 1952-1953 avait vu le courant de Healy, auparavant tout ˆ fait "pabliste" c'est-ˆ-dire prostalinien, se joindre au "ComitŽ international" formŽ par le PCI franais (Pierre Lambert, Daniel Renard, Marcel Bleibtreu) et le SWP des Etats-Unis. Michel Pablo avait tentŽ de pousser les trotskystes ˆ s'identifier aux staliniens, dans le pronostic d'une troisime guerre mondiale entre URSS et Etats-Unis et en estimant que la lutte des classes devenait une lutte de "camps" gŽostratŽgique et donc qu'il fallait choisir le camp soviŽtique. Invoquant la "discipline" et le "centralisme dŽmocratique international" pour appliquer son orientation, il produisit l'exclusion de la majoritŽ du PCI franais (origine du courant dit "lambertiste") puis le regroupement du PCI, du SWP amŽricain, du groupe de Healy et de quelques autres dans un "ComitŽ International" (1953). Il y eut lˆ une volte-face de Healy qui avait d'abord ŽtŽ un chaud partisan de Pablo.

Par ce chassŽ-croisŽ, les contacts Žtaient compromis entre les deux noyaux historiques du trotskysme en Grande-Bretagne, ce qu'Žtait le groupe de T.Grant, et du trotskysme en France, ce qu'Žtait le PCI. Les positions de Jock Haston et de Ted Grant sur le stalinisme et les pays d'Europe centrale Žtaient rŽtrospectivement considŽrŽes par Marcel Bleibtreu comme ayant anticipŽ celles de Pablo. Le PCI puis le "groupe La VŽritŽ" connu comme "groupe Lambert" se laissa d'autant plus volontiers Žloigner de T.Grant, sans mme chercher ˆ en prendre connaissance, que son alliŽ anglais "healyste" fut de loin, dans les annŽes 1950 et 1960, la plus grosse organisation trotskyste europŽenne, et qu'il lui prŽsentait les "grantistes" comme une des pires variŽtŽs de "pablistes" -alors que ceux-ci avaient dŽnoncŽ la politique pro-stalinienne de Pablo quand elle avait ŽtŽ mise en oeuvre par ... Healy.

Faits significatifs cependant, Raoul (Claude Bernard) avait gardŽ des contacts avec Jimmy Deane, qui avait sŽjournŽ ˆ Paris ˆ la fin des annŽes 1940, en aurait eu par la suite avec Ted Grant selon les partisans de celui-ci, et dans les annŽes 1990 Pierre BrouŽ, aprŽs son exclusion du courant "lambertiste", se rapprochera ˆ la fin de sa vie du courant de Ted Grant.

 

D'une Žpoque ˆ une autre.

 

Ses expŽriences de 1938 (la non reconnaissance de la WIL comme "section officielle" lors de la proclamation de la IV¡ Internationale) et de 1949 (la destruction du RCP par le SI et Healy) l'avaient mis en dŽfiance profonde contre les grands dirigeants internationaux autoproclamŽs, et il avait estimŽ que le ComitŽ international ne s'Žtait pas formŽ, en 1953, sur des bases de principes. Aussi peut-on s'interroger sur cette alliance d'opportunitŽ nouŽe avec Pablo en 1956 qui produisit d'ailleurs l'Žloignement d'un petit groupe de vieux militants autour de Sam LŽvy.

Le groupe de T.Grant, devenu Revolutionnary Socialist League (RSL) en 1957, forgea dans ces annŽes lˆ quelques unes de ses conceptions thŽoriques spŽcifiques durables : la "tactique flexible" mettant l'accent sur l'entrisme de longue durŽe dans les organisations traditionnelles de la classe ouvrire, l'emploi de la catŽgorie de "capitalisme d'Etat" pour expliquer la situation de plusieurs pays anciennement coloniaux comme la Syrie, l'Irak, la Birmanie ..., combinŽ au maintien de la conception trotskyste traditionnelle sur l'URSS Etat ouvrier bureaucratiquement dŽgŽnŽrŽ (en opposition aux thŽories de Tony Cliff qui avait cependant ŽtŽ influencŽ, au dŽpart, par les rŽflexions initiales de Ted Grant sur ce sujet).

Il fut amenŽ ˆ s'opposer de plus en plus aux orientations du SI ˆ partir de 1960, dont il jugeait les dirigeants opportunistes envers les rŽgimes russe ou chinois. Une organisation concurrente, issue d'une tendance impulsŽe par Pablo dans le groupe de T.Grant et d'anciens militants du PC rŽunis autour d'un journal d'une tonalitŽ "nouvelle gauche moderne", fut soutenue par le SI (qui devient SU, SecrŽtariat UnifiŽ, en 1963) : l'International Marxist Group de Pat Jordan (issu du groupe de T.Grant) et Ken Coates (futur dirigeant travailliste) anctre de l'actuelle ISG, International Socialist Group, section soeur de notre LCR nationale. Quand en 1965 le SU dŽcida de "rŽtrograder" le groupe de T.Grant au rang d' "organisation sympathisante", celui-ci estima que c'en Žtait dŽfinitivement fini pour lui de ceux qu'il voyait comme des dirigeants "planŽtaires" inconnus en dehors de leur bocal, prŽtentieux et aux mŽthodes d'apparatchiks, et qu'il fallait leur tourner le dos une bonne fois pour toute en s'immergeant dans les profondeurs de la classe ouvrire.

Moyennant quoi les "grantistes" observrent dŽsormais une profonde indiffŽrence envers les agitations, scissions et rŽflexions des diverses organisations d'extrme-gauche, ˆ la veille mme de l'annŽe 1968. Selon les souvenirs de Sean Matgamma, animateur d'un groupe de jeunes mis ˆ l'Žcart de la RSL en 1966 (et ˆ l'origine de l'actuelle Allance for Worker's Liberty), le caractre "paisible" de ce groupe Žtait le reflet inversŽ de l'activisme des partisans de Healy, et la conception qui y dominait Žtait celle d'une Žvolution pacifique possible vers le socialisme, par le biais de nationalisations Žtendues avec un gouvernement du Labour poussŽ vers la gauche.

Selon Rob Sewell, ce fut alors le moment le plus difficile de l'histoire de ce courant. Il Žtait en fait rŽduit ˆ un groupe national, avec des difficultŽs sŽrieuses de finance et d'organisation. Jimmy Deane, figure de militant ouvrier anglais, plus ou moins dŽmoralisŽ par les espoirs qu'il avait mis dans des projets de fusion avec l'IMG ainsi qu'avec le groupe de Tony Cliff, projets dont Ted Grant ne voulait pas, cessa de militer activement. La situation du groupe dans le mouvement ouvrier Žtait difficile, car son principal lieu d'intervention Žtait les Jeunesses socialistes (reconstituŽes en 1960), mais celles-ci Žtaient dominŽes par le courant healyste qui mŽprisait la dŽmocratie, insultait et agressait ses contradicteurs ˆ gauche.

C'est cependant ˆ ce moment lˆ que quelques points d'ancrage, importants pour l'avenir, furent acquis, comme la formation d'un groupe de jeunes ouvriers dans la rŽgion de Liverpool, autour du futur dŽputŽ travailliste trotskyste Pat Wall, recrutŽ d'ailleurs par Jimmy Deane, la formation d'un noyau Žtudiant ˆ partir de Brighton o se trouvaient Alan Woods et Rob Sewell, le recrutement de Peter Taaffe, bient™t responsable d'une presse en pleine renaissance, et Roger Silverman ˆ une confŽrence des Jeunesses socialistes en 1964 ...

 

Militant et le CWI.

 

Deux faits rŽalisrent la transformation de que l'on pourrait appeler le courant "grantiste" anglais en un courant international.

En 1970 le cours ultra-gauchiste, les mŽthodes bureaucratiques et les provocations healystes avaient finalement abouti ˆ leur dŽpart du Labour Party et ˆ la tentative de proclamer le parti rŽvolutionnaire britannique dans la perspective de la rŽvolution imminente, le WRP (Workers Revolutionnary Party), ce qui n'aboutit ˆ rien d'autre qu'ˆ une dŽrive bureaucratique aggravŽe avec des compromissions avec les rŽgimes syrien, irakien, et mme koweiti. La place Žtait laissŽe libre dans les Jeunesses socialistes dont la direction Žtait prise par les "grantistes" (Andy Bevan, Peter Doyle).

D'autre part durant les annŽes 1970 le courant "grantiste" commena sŽrieusement ˆ s'exporter, avec l'envoi en Espagne d'Alan Woods, dans le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol). A partir de lˆ des groupes Žtaient recrutŽs dans plusieurs pays et naissait une "Internationale" de plus, diraient les mauvaises langues, mais qui s'appelait ComitŽ Pour une Internationale Ouvrire (en anglais CWI).

Le recul du gauchisme, dont l'incarnation la plus caricaturale en Grande-Bretagne avait ŽtŽ le courant de Healy, n'Žtait pas un recul de la classe ouvrire. L'entrisme de longue durŽe dans le Labour Party et dans les syndicats porta peu ˆ peu ses fruits. D'une centaine de membres ˆ la fin des annŽes 1960, le courant fondŽ par Ted Grant atteignait le millier ˆ la fin des annŽes 1970, et environ 8000 membres ˆ la fin des annŽes 1980. C'est dŽsormais un courant mondialement connu, mme si on ne le conna”t en fait pas bien, et qui a sa rŽputation mystŽrieuse de force nichŽe au plus profond du Labour Party, dŽnoncŽe par la presse bourgeoise et considŽrŽe dans les sommets du vieil Etat britannique et dans l'entourage de Margaret Thatcher, des gens qui savent ce que c'est que la lutte des classes, comme l'ennemi ˆ abattre par excellence : la tendance Militant du Labour Party.

 

Au coeur de la gauche et de la lutte sociale.

 

En 1977 une rŽsolution prŽsentŽe par un dŽlŽguŽ membre du courant, Terry Duffy, au congrŽs du Labour Party, condamne la politique salariale du gouvernement de ce mme Labour Party. En 1979 Margaret Thatcher arrive au pouvoir ; c'est loin d'tre tout de suite le triomphe pour la nouvelle droite nŽo-libŽrale, qui promulgue pourtant les lois anti-grves (qui Žtaient dans les cartons des gouvernements de droite et du Labour depuis au moins 10 ans) et triple le taux de ch™mage. Au contraire ce gouvernement a souvent paru trŽs faible dans ses premires annŽes, o il Žtait le plus impopulaire de l'histoire contemporaine du pays.

Pour tre vraiment en mesure d'affronter la classe ouvrire, il lui a fallu bŽnŽficier d'une scission du Labour sur la droite (dont beaucoup de futurs blairistes) et de la rŽalisation de l'union sacrŽe ˆ l'occasion de la guerre des Malouines avec l'Argentine. Durant cette pŽriode le Labour est passŽ sous la direction de son aile gauche, avec Michael Foot et Tony Benn, sur un programme de nationalisations Žtendues et de rupture avec l'OTAN. Le Militant est notoirement l'alliŽ et l'aiguillon de gauche de cette gauche "Old Labour" : sa place politique est devenue centrale, cependant ce n'est pas (ou pas encore ? avait-il la capacitŽ de le devenir ?) celle d'un courant rŽvolutionnaire en train d'tre reconnu comme sien par la majoritŽ de la classe ouvrire, mais plut™t celle d'une organisation reconnue par la classe comme sŽrieuse et gardienne de ses meilleures traditions de lutte, celle des grandes grves des mineurs, des dockers et des cheminots.

 

La grve des mineurs.

 

AprŽs sa rŽŽlection en 1983, c'est justement cette tradition que Thatcher entend affronter, et briser. Ce n'est pas un hasard si c'est au mme moment que les rŽdacteurs du Militant, Ted Grant en tte, sont exclus du Labour Party. Suite aux dŽfaites Žlectorales son aile droite vient de reprendre sa direction, avec Neil Kinnock, et son aile gauche vacille, Michael Foot ayant pris part ˆ l'union sacrŽe lors de la guerre des Malouines. L'affrontement central entre les classes Žclate, avec la grande grve des mineurs.

La victoire sur Thatcher -qui aurait signifiŽ ˆ court ou moyen terme l'ouverture de la rŽvolution socialiste en Grande-Bretagne- passait probablement par la grve gŽnŽrale, contre laquelle le premier obstacle Žtait constituŽ par les dirigeants mme du NUM, le syndicat des mineurs au langage et ˆ la pratique pourtant trŽs "lutte de classe", mais qui disaient quand les dockers ˆ leur tour entraient dans la grve :  "La grve des mineurs c'"est la grve des mineurs, la grve des dockers c'est la grve des dockers." (Arthur Scargill). Cette victoire demandait une transcroissance, un dŽpassement, des vieilles traditions de grandes grves Žconomiques vers la grve politique offensive de masse, et du Militant de courant rŽvolutionnaire lutte de classe du travaillisme, qu'il Žtait de fait, en force dirigeante de cette transformation.

Cela ne s'est pas produit : en Žcrivant cela, je ne porte pas de jugement sur ce qu'il aurait fallu faire ou ne pas faire et sur ce qu'il Žtait possible de faire ou non, mais j'incite les militants franais ˆ Žtudier cette dŽfaite, qui est celle-lˆ mme que nos gouvernants rvent de nous infliger depuis des annŽes, et les militants britanniques ˆ nous communiquer les leons et souvenirs de cette pŽriode. Nous ferions bien, en France, d'Žtudier cette pŽriode aussi bien que, de leur point de vue ˆ eux, les Seillres et les Parisot l'ont ŽtudiŽe.

 

Liverpool.

 

Nous savons en effet aujourd'hui que la dŽfaite de la grve des mineurs Žtait profonde et dŽgradait le rapport de force ˆ l'Žchelle europŽenne. Le Militant a cependant continuŽ ˆ progresser et ˆ considŽrer que la situation Žtait ascendante pendant plusieurs annŽes, o ont germŽ les ŽlŽments de sa future crise. En 1983 ses militants, en tant que travaillistes (mais connus comme trotskystes du Militant) gagnent la mairie de Liverpool, et durant les annŽes 1980 il a 3 dŽputŽs. Les Žlus de Liverpool grent la municipalitŽ de faon "rŽvolutionnaire" en mettant en oeuvre de nombreuses conqutes sociales, mais sans hŽsiter ˆ mettre la commune en faillitte. Ils engagent un bras de fer avec le pouvoir central qui se termine par la mise en tutelle de la municipalitŽ, en 1987. La presse bourgeoise mondiale les calomnie (en France Le Monde titre, ˆ propos de leur recherches de financements : Les gnomes de Zurich soutiennent les trotskystes de Liverpool, le terme "gnomes de Zurich" dŽsignant les banquiers suisses ...).

Dans la mme pŽriode Thatcher a dissous le Conseil du Grand Londres dont le prŽsident Žlu Žtait Ken Livingstone alors liŽ souterrainement au courant healyste (rŽŽlu au mme poste, rŽtabli en 2000, mais devenu une sorte de libŽral-libertaire branchŽ). L'implosion du WRP healyste en 1985 suite ˆ la diffusion d'information sur les pratiques de droit de cuissage de G.Healy dans son organisation sert la campagne anti-trotskyste, alors Žtroitement calibrŽe pour en finir avec les "trotsks", c'est-ˆ-dire les fauteurs de grves en gŽnŽral. La question se pose d'une alliance, d'un front commun national pour la dŽfense des libertŽs, et en l'occurence la dŽfense des libertŽs communales "bourgeoise", contre Thatcher, qui ne s'est pas rŽalisŽ. Lˆ encore il est nŽcessaire de retravailler les leons et souvenirs de cette pŽriode.

 

La Poll Tax.

 

Comme l'Žcrit Raymond Debord :

"Mais finalement, c'est Militant qui remporta la guerre avec Thatcher."

C'est vrai, puisque c'est le Militant qui a impulsŽ et organisŽ, en 1990, une extraordinaire campagne de masse de dŽsobŽissance civile contre l'inique Poll Tax, qui devait tre la dernire Žtape de la recentralisation de l'Etat et du dŽmantlement des libertŽs civiles par Thatcher, et qui Žchoua, provoquant la mise ˆ la retraite de Maggy Thatcher ˆ l'intŽrieur de l'establisment conservateur.

C'est vrai, mais ce fut une victoire ˆ la Pyrrhus, car si elle marquait les limites de la rŽaction thatchŽrienne, celle-ci avait rŽalisŽ ses objectifs fondamentaux : les relations de travail au quotidien, les rapports de force entre les classes, avaient ŽtŽ modifiŽs. Les grves de solidaritŽ, les grves interprofessionnelles, les grves politiques et les piquets de grve (lŽgaux depuis 1874 ! ) sont interdits, et toute grve est conditionnŽes par un large prŽavis et un vote postal de la totalitŽ du personnel concernŽ : ces lois promulguŽes en 1979-1980 ne s'appliquent que suite ˆ la dŽfaite des mineurs, mais lˆ elles s'appliquent. Les petits boulots prŽcaires sont la loi pour les jeunes et les moins jeunes.

La magnifique mobilisation contre la Poll Tax exprime d'ailleurs dans ses formes ces modifications des rapports entre les classes, s'appuyant surtout sur des comitŽs locaux et des rŽseaux informels et peu sur les entreprises et les municipalitŽs, ces bastions traditionnels du mouvement ouvrier. La victoire sur la Poll Tax contribue mme ˆ masquer la rŽalitŽ au Militant, rendant d'autant plus difficile son adaptation ultŽrieure.

Le maintien d'un langage triomphaliste, voire catastrophiste concernant le devenir du capitalisme -selon P.Taaffe T.Grant aurait pris le krach boursier de 1987 pour la rŽpŽtition de la crise de 1929- caractŽrise probablement toutes les composantes du Militant jusqu'au dŽbut des annŽes 1990.

 

La crise du courant selon Ted Grant et ses partisans.

 

Eclate alors la crise du courant.

Selon Ted Grant, Alan Woods, Rob Sewell, la croissance de l'organisation s'Žtait accompagnŽe de la formation d'une couche de cadres intermŽdiaires ayant une mauvaise formation politique, un certain mŽpris de la thŽorie, pratiquant la fuite des problmes dans l'activisme et respectant de moins en moins la dŽmocratie interne. Peter Taaffe, par ambition, aurait formŽ une sorte de clique se portant ˆ la tte de ce qu'il faut bien appeler des petits bureaucrates. De faon pathŽtique, raconte Rob Sewell, Ted Grant, dans une session du comitŽ central peu avant son exclusion, aurait dŽclarŽ : " I have seen these methods before. This is Healysm ! This is Cannonism ! This is Stalinism ! "

Leurs mŽthodes d'apparatchiks sectaires auraient lancŽ les partisans de Peter Taaffe dans une fuite en avant, consistant ˆ rompre avec l'intervention dans le Labour Party et ˆ proclamer un parti d'extrme-gauche indŽpendant, vouŽ ˆ devenir une secte et ˆ saboter des dŽcennies de travail patient, si Ted Grant et la vieille garde n'avaient pas gardŽ allumŽ le vieux flambeau.

Le moment clef du tournant correspondrait ˆ la dŽcision de lancer une organisation indŽpendante en Ecosse, autour de Tommy Sheridan, dirigeant de masse de la lutte anti-Poll Tax alors emprisonnŽ, ainsi que celle de prŽsenter un candidat contre le candidat officiel du Labour ˆ Walton puis de proclamer "succŽs" son rŽsultat dŽrisoire (tout de mme 11% des suffrages), virage sectaire prŽcŽdant de peu l'exclusion bureaucratique de la vieille garde (et rŽpŽtant, mais cela Ted Grant et ses camarades ne l'ont pas Žcrit, l'histoire de la sortie du courant Healy du Labour et sa fuite en avant dans la proclamation du WRP).

L'explication ici avancŽe de la crise du courant du Militant est purement descriptive. Ted Grant, Alan Woods et Rob Sewell n'expliquent pas pourquoi et comment, dans l'organisation que Ted Grant est censŽe avoir construite, parmi les cadres qu'il est censŽ avoir formŽs, le ver a ainsi mangŽ le fruit. Le scŽnario d'une jeune gŽnŽration qui dŽvore ses ainŽs ou qui dŽforme leurs projets est pourtant un phŽnomne rŽcurrent dans l'histoire du mouvement ouvrier, depuis les populistes russes des annŽes 1860 quand les "pres" ne reconnaissaient pas leurs "fils" aux mŽthodes immmorales ˆ leurs yeux, et particulirement dans le mouvement trotskyste qui connait d'autres Žpisodes de liquidation d'une "vieille garde" par des "jeunes", le plus important Žtant celui du SWP des Etats-Unis ˆ la fin des annŽes 197O (voir ˆ ce sujet mon article sur la vie et l'oeuvre de Pierre BrouŽ sur le site de Liaisons).

 

La scission vue par Peter Taaffe.

 

Mais on ne saurait s'en tenir ˆ une seule version de l'histoire. Celle de Peter Taafee prŽsente bien des aspects symŽtriques de celle de Ted Grant et ses camarades, mais ici, l'autoritarisme impermŽable ˆ la discussion et aux arguments se prŽsentent du c™tŽ de Ted Grant. Le choix entre rester ou non dans le Labour Party n'aurait ŽtŽ mis en avant, comme ŽlŽment de rupture, par Ted Grant que tout ˆ fait ˆ la fin de la crise, aprŽs qu'il n'ait en rŽalitŽ pas combattu les premiers pas vers ce choix, effectuŽs en Ecosse en 1991. Ses affirmations dŽjˆ ŽvoquŽes sur la crise Žconomique, son soutien aux putshistes de Moscou en 1991, pris pour un secteur de la bureaucratie rŽsistant ˆ la restauration du capitalisme, le refus thŽorisŽ d'admettre qu'une telle restauration soit possible en URSS, la conviction, lors de la premire guerre du golfe en 1991, que l'histoire se rŽpŽtait et qu'il allait y avoir conscription, qu'il ne fallait donc pas engager de campagne contre l'envoi de troupes en Irak mais se prŽparer ˆ un travail de longue durŽe dans les troupes, comme en 1940 : autant d'erreurs politiques de Ted Grant, plus ou moins graves, mais toutes fortement aggravŽes par la conviction d'incarner la vŽritŽ -d'incarner les "idŽes du marxisme", pour employer une expression constamment rŽpŽtŽes par les "grantistes" et qui n'est pas dŽpourvue, en effet, de relents idŽalistes.

Peter Taaffe estime que le dogmatisme et la rigiditŽ de la vieille direction reprŽsentŽe par Ted Grant la rendait incapable de faire face ˆ la nouvelle situation, moins favorable depuis le dŽbut des annŽes 1990, et qu'une "sortie" du Labour pour organiser un p™le indŽpendant pour Žviter la dŽfaite aurait peut-tre dž tre opŽrŽe en 1987, voire en 1983, ce que Ted Grant aurait d'ailleurs briŽvement envisagŽ pour mieux l'Žcarter ensuite.

Voulant rendre hommage au vieux thŽoricien, il achve de l'assassiner en le comparant ˆ Plekhanov, l'introducteur du marxisme organisŽ en Russie, qui s'opposa dans la seconde partie de sa vie au bolchevisme, le marxisme vivant.

On remarquera que si la vision des choses de Ted Grant tend ˆ faire de Peter Taaffe le petit Staline de l'histoire du Militant, et donc implicitement ˆ faire de Ted Grant lui-mme une sorte de LŽnine trahi, la comparaison faite par Peter Taaffe entre Ted Grant et Plekhanov suggre que LŽnine, c'est lui !

 

Nos querelles et le cours des choses.

 

Etre conscients de la dimension psychologique et gŽnŽrationnelle, et donc passionnelle, de cet affrontement, ne doit pas nous conduire aux remarques stupides des dŽsabusŽs et des blasŽs qui croient savoir et qui ne savent pas, du genre "deux trotskystes, une scission, ouaf, ouaf, ouaf" ...

Car ce dont il s'agit ici, c'est l'histoire vivante d'hommes qui luttent, et ce qui a ŽtŽ en jeu dans leur lutte, c'est la victoire ou la dŽfaite du thatchŽrisme, d'une part, du socialisme, de l'autre, en Grande-Bretagne, il y a 20 ans, avec toute la portŽe europŽenne et mondiale de la chose. Ne l'oublions jamais, et laissons les philistins ˆ leur ignorance.

 

De Militant Labour au Socialist Party.

 

Raymond Debord, dans son article dŽjˆ citŽ de 2003, donne des ŽlŽments qui permettent de nuancer fortement les deux versions sur la scission du Militant qui viennent d'tre prŽsentŽes.

Le courant dirigŽ par Peter Taafee, fort encore de quelques milliers de membres, n'est pas devenu du jour au lendemain la "secte" que serait le Socialist Party qui en est issu. Il a d'abord ŽtŽ le courant de masse (ou voulant tre de masse) Militant Labour, cherchant ˆ combiner les qualitŽs du vieux Militant avec la dŽcouverte de pratiques nouvelles faites par ces camarades depuis la campagne anti-Poll Tax, incluant les campagnes fŽministes, antiracistes et autres campagnes ˆ thme jugŽes gauchistes-petites-bourgeoises dans la tradition "Old Militant".

Selon Raymond Debord, le repli sectaire, rŽel, serait intervenu un peu plus tard, aprŽs que le Militant Labour ait reculŽ devant les oukazes du dirigeant des mineurs, Arthur Scargill, qui venait de fonder "son" parti et qui ne voulait pas du Militant.

Le Socialist Party a depuis rompu avec la majoritŽ de ses militants Žcossais, qui sont ˆ l'origine du Scottish Socialist Party qui reprŽsente un peu plus de 7% des voix aux dernires Žlections, avec la majoritŽ de son groupe aux Etats-Unis, et encore avec le Labour Party du Pakistan construit par des camarades de ce courant.

 

ContinuitŽ.

 

Ted Grant, de son c™tŽ, a repris son travail, pourrait-on dire, et a ŽtŽ la figure tutŽlaire de l'International Marxist Tendency, qui, avec une grande partie du CWI de 1992 (je laisse de c™tŽ ici la polŽmique pour savoir qui avait la majoritŽ au plan international), a formŽ, reconstituŽ, ou continuŽ (comme on voudra) un courant international tout ˆ fait vivant, avec des petits groupes prŽsents dans de nombreux pays et une accumulation importante de cadres politiques.

En Grande-Bretagne les militants groupŽs autour de Socialist Appeal ont continuŽ, contre vents et marŽes, ˆ intervenir dans le Labour Party, aussi "New Labour" fut-il devenu.

En France ce courant est reprŽsentŽ par le groupe La Riposte qui a fait le choix d'agir entirement dans le cadre du PCF. L'entrisme de longue durŽe dans les partis socio-dŽmocrates ou issus du stalinisme, mais aussi dans les partis populistes des pays pauvres, comme le Parti du Peuple Pakistanais de Benazir Bhutto ou le Parti de la RŽvolution DŽmocratique au Mexique, ainsi que le soutien critique au prŽsident vŽnŽzuelien Chavez, caractŽrisent la politique de ce courant, qui estime reprŽsenter les "idŽes du marxisme" dans une relative indiffŽrence par rapport ˆ toutes celles et ceux qui brassent ces idŽes en dehors d'eux ...

 

Gardons-en de la graine.

 

Nos camarades du groupe franais Le Militant ne se rŽfrent pas pour rien au meilleur des traditions qu'enseigne la vie d'un combattant tel que Ted Grant.

Ce n'est pas ici qu'on en fera une ic™ne ou qu'on le sacrera "plus grand thŽoricien marxiste de notre temps". Nous n'en garderons pas tout. Tout un c™tŽ de Ted Grant correspond ˆ celui des chefs infaillibles et des petits appareils qui hante l'histoire du trotskysme, petit reflet des tragŽdies de l'Histoire du XX¡ sicle.

Mais nous aurons ˆ coeur d'en garder la comprŽhension de ce que le marxisme, c'est la dŽfense des intŽrts gŽnŽraux de la classe ouvrire, d'en garder la volontŽ de dŽfinir une politique en relation avec le mouvement rŽel des couches profondes de la classe ouvrire, d'en garder le sŽrieux dans les questions de thŽorie et d'organisation et la pondŽration, le respect dans les relations entre militants et entre courants politiques, d'en garder, d'en apprendre, enfin, tout le sens de la tŽnacitŽ, de l'obstination, de la patience, de la confiance dans la conscience.

Vincent PrŽsumey, 8 aožt 2006.

 

PS. Scandaleusement peu de textes de Ted Grant sont disponibles en langue franaise. Signalons la mise en ligne progressive de son livre Žcrit avec Alan Woods, La Raison en rŽvolte : philosophie marxiste et science moderne sur le site de La Riposte, http://www.lariposte.com/ , et celle d'un article paru dans Quatrime Internationale en 1946 contre les positions apocalyptiques du SecrŽtariat International, DŽmocratie et bonapartisme en Europe, sur http://www.marxists.org/francais/grant/index.htm .

 

Sources de cet article :

 

Rob Sewell (partisan de Ted Grant), Ted Grant, a brief biographie, sur http://www.marxist.com/.

Ted Grant, History of British Trotskysm, mme site.

Rob Sewell, Postcript ˆ History of British Trotskysm, idem.

Contestation des faits rapportŽs et des apprŽciations politiques de la part de Peter Taafe : Militant's Real History, sur http://www.marxist.net/grantreply/reply2frame.htm?intro.htm .

Les CongrŽs de la IV¡ Internationale, volume I, 1978, Žd. La Brche, RŽsolution de 1938 sur l'organisation en Angleterre, p.p. 286-289.

Sur cette pŽriode voir aussi Harri Ratner, Reluctant Revolutionnary, Socialist Platform Ltd, 1994.

Pierre BrouŽ aborde le travail du RCP dans l'armŽe britannique dans Histoire de l'Internationale communiste, p. 783, Remous dans l'armŽe britannique, et il y fait allusion dans Trotsky et les trotskystes face ˆ la seconde guerre mondiale, Cahier LŽon Trotsky n¡ 23, septembre 1985.

Les amendements du RCP britannique au "congrŽs mondial" de la IV¡ Internationale de 1948 sur la situation mondiale (dont un en commun avec Miguel Capa-Nahuel Moreno) et sur l'URSS se trouvent aux p.p. 122-126 et 201-206 du volume 3 des CongrŽs de la IV¡ Internationale, Paris, La Brche, 1988.

L'allusion de Marcel Bleibtreu faisant des positions de Jock Haston une anticipation de celles de Pablo se trouve dans son article de juin 1951, O va le camarade Pablo ?, reproduit dans le volume 4 des CongrŽs de la IV¡ Internationale, Paris, La Brche, 1989, p.95. Dans le mme volume, p.305, dans le rapport d'activitŽ d'Ernest Mandel au "III¡ CongrŽs mondial", un bel exemple de bureaucratisme apolitique : l'Žvacuation de la manire dont a ŽtŽ liquidŽe la section anglaise !

Les contacts entre Raoul et Ted Grant sont ŽvoquŽs dans un article de Paolo Brini et Francesco Giliani sur le site marxist.org. J'ai critiquŽ beaucoup d'allŽgations de cet article dans mon texte sur la vie et l'oeuvre de P.BrouŽ (http://site.voila.fr/bulletin_Liaisons/index.html ).

Sean Matgamma, The RSL (Militant) in the 1960s -a study in passivity., sur le site de l'AWL,(http://www.workersliberty.org/node/6676 ).

Sur le mme site : Liverpool, What went wrong ?, de Martin Thomas, critique la politique du Militant ˆ la mairie de Liverpool.

La version du courant Militant sur l'expŽrience de Liverpool est exposŽe dans le livre de Peter Taaffe et Tony Mulhearn, Liverpool. A city that dared to fight, Fortress Žd., Londres, 1988, et en ligne sur le site du Socialist Party : http://www.socialistparty.org.uk/liverpool/ .

J'ai volontairement laissŽ de c™tŽ pour cet article les faits et apprŽciations de ces Žcrits sur Liverpool car ils demandent une Žtude critique et, d'abord, des traductions qui manquent aux militants franais et cela d'autant plus pour ceux qui ne s'en doutent mme pas alors qu'ils ont tant ˆ apprendre !

Raymond Debord, Militant Labour et le Comittee for a Workers International : une occasion manquŽe, article d'aožt 2003, http://www.le-militant.org/faq/militantlabour.htm .