Je ne suis qu'un modeste RMIste de 53 ans. Avant de me retrouver exclu de ce système que j'ai combattu et combats toujours, j'ai été enseignant spécialisé et même directeur d'établissement spécialisé.
A ce titre, j'ai cotoyé des familles qui, de près ou de loin, vivent ce que vivent des sans-papiers. Aujourd'hui,avec mon fils de 18 ans, nous vivons une totale précarité, dans un logement dont on veut nous expulser, avec 510,70 euros par mois.
De ce fait, je partage tout à fait les idées de votre mouvement, même si je ne puis m'y associer concrètement : je ne serai pas à Belleville (1).
Toutefois, il me paraît indispensable de dépasser le cadre que vous semblez avoir défini: certes, il y a des ouvriers sans-papiers, mais il y a les sans-papiers tout court. Et puis, il y a tous ceux que les sociologues commencent à nommer les "ANOMISTES", c'est-à-dire les "sans-droits": quels sont les droits d'un RMIste qui ne peut être représenté nulle part, d'un handicapé qui ne peut toujours pas accéder aux édifices publics, d'un
jeune qui demeure dans un quartier ghetto où ne se trouve aucun local où il peut retrouver ses potes, d'une mère qui fait la queue tous les jours dans les associations charitatives pour quémander de la nourriture pour ses enfants, pour les millions d'illettrés fabriqués par le système "éducatif" français et qui sont incapables de lire une lettre de la CAF et encore moins de défendre leurs droits....qu'ils perdent de ce fait.
Il faut aussi dépasser la stérilité des querelles politiques fumeuses qui nous ont empoisonné la vie depuis des décennies.
Prenons CHIRAC au mot: il veut de l'action !!!! SOIT!!!
Ou il agit au mieux de nos intérêts, et cela commence par les intérêts des plus défavorisés, ou alors les plus défavorisés passent à l'action... et rien ne pourra les arrêter car, eux, ils n'ont rien à perdre et tout à gagner. La lutte, jusqu'à présent, est restée dans les limites du "démocratique" mais quelques signes avant-coureurs (Nanterre, par exemple) ont montré que l'impatience et la frustration avaient leurs limites.
Je ne serai pas à Belleville mais vous pouvez ajouter mon nom sur votre liste (2), à côté de celui de mon ami Wilfrid Winieski.
Avec mes salutations humanistes et fraternelles.
Michel FOURNIER
51100 - REIMS
(1) Lieu de la manifestation des ouvriers sans-papiers des foyers du 7 juillet. Voir article page précédente.
(2) Appel pour une nouvelle régularisation des sans-papiers, cf. La Voie Populaire n°32