Imaginer une autre société
Patrick Kruissel (décembre 2003)
Conséquences du chômage.
La principale conséquence du chômage dans un ménage
est la perte de revenu (allant de 25 % jusqu’aux minima sociaux pour les
personnes en fin de droits). Le chômage génère une exclusion
multidimensionnelle (sociale, politique, économique…). Cette exclusion a très
souvent des conséquences dramatiques sur l’éducation des enfants (alimentation,
habillement, confort, espace habitable, prévoyance santé, soutien scolaire,
loisirs, sport, culture, vacances…). Le surendettement aboutit, dès la
suspension de paiement, au déclenchement des procédures de recouvrement
(rappel, intervention des huissiers de justice, saisies diverses).
Le chômeur bénéficie d’un espace temps dont rêvent
tous les actifs, mais ne profite pas de ce loisir pour tisser des liens sociaux
et se renferme, au contraire, dans un isolement relationnel. Chez les chômeurs,
les décès par maladies cardio-vasculaires et rénales augmentent de 50 % et le
risque de décès par suicide double.
En plus des
conséquences néfastes au niveau individuel, de nombreuses études montrent la
corrélation entre chômage et délinquance, donnée que les pouvoirs publics ne
peuvent ignorer. Si, face aux achoppements de la recherche d’un premier emploi,
des moyens illégaux d’argent facile se présentent, notamment le trafic de drogue,
il est fatal que certains basculent dans la délinquance.
La plupart des
personnes arrêtées et condamnées à l'emprisonnement pour vols ou violences sont
issues des milieux touchés par la pauvreté et le chômage. Un million de
chômeurs supplémentaires sur 5 ans entraînent 50 000 morts supplémentaires, 60
000 cas de maladies mentales, 14 000 condamnations pénales. D’après Brenner, 10
% de chômage supplémentaire entraine une hausse de 1,3 % du taux de mortalité
attribuable aux cirrhoses, de 4 % du taux d’arrestations, de 6 % du nombre
d’incarcérations, de 3,4 % du nombre de crimes économiques, de 0,8 % du nombre
de crimes violents (1,9 % chez les jeunes).
Le chômage génère indéniablement du stress à l’intérieur même des
entreprises, surtout celles soumises à la concurrence internationale et au
risque de délocalisation. Les employeurs eux-mêmes, se servent du chômage pour
augmenter la pression sur les salariés (refus de hausses de salaire,
accélération des cadences…). L’OIT signale que le coût des problèmes de santé
mentale liés au travail, dont le stress, représente 3 % du PIB. Enfin ces
désordres sociaux créent un sentiment d’insécurité, une perte d’identité et un
refuge vers des solutions parfois peu adaptées (votes extrémistes, intégrisme
religieux, dérives sectaires, mépris des valeurs citoyennes).
La facture officielle se monte à 70 milliards (cotisations
URSSAF, ASSEDIC et caisses de retraite, perte fiscale pour l’Etat et les
collectivités locales…) à laquelle il faut ajouter une grande partie du coût
des minima sociaux et du coût des allégements de charges patronales. Les coûts
économiques du chômage représentent 6 % du PIB. Une étude canadienne donne une
fourchette comprise entre 5 et 12 % du PIB.
Aux coûts économiques,
il faut rajouter les effets externes provoqués par les conséquences sociales du
chômage. Jacques Nikonoff évalue le coût global du chômage à 13 % du PIB,
chiffre contestable en l’absence d’études sérieuses des pouvoirs publics. On peut
cependant certifier que la réduction du chômage permettrait de faire des
économies non négligeables dans un certain nombre de domaines :
·
Forces de police et de
gendarmerie en manque d’effectifs. La baisse de la délinquance n’est-elle pas
une solution efficace à ce problème ?
·
Tribunaux croulant sous
les dossiers. Là encore la baisse de délinquance liée au chômage ne serait-elle
pas une aubaine pour soulager l’administration judiciaire et remédier à sa
lenteur ?
·
Surpeuplement carcéral,
le gouvernement a choisi de construire de nouvelles prisons. S’attaquer aux
causes de la criminalité n’est-elle pas une meilleure solution ?
Causes du chômage
Définition de la productivité : quantité de production fabriquée par
unité de temps, d’où la formule :
Productivité = Consommation / Temps de travail ou C = P x T. La consommation
est la consommation au sens large du terme,
c’est-à-dire le PIB.
|
|
De 1946 à nos
jours |
paramètres
|
multipliés
par : |
ou en % : |
|
production (PIB) |
9,5 |
+ 850 % |
|
|
temps de travail |
0,9 |
- 10 % |
|
|
productivité |
10,5 |
+ 950 % |
|
|
population française |
1,46 |
+ 46 % |
|
|
production par habitant |
6,5 |
+ 550 % |
|
La baisse du temps de travail de 10 % est en fait la
résultante de 2 paramètres :
·
La population active a
augmenté de 26 %
·
la durée annuelle du
travail a diminué de 28 %
|
Paramètres |
Unités |
1946 |
2002 |
|
Population active occupée |
Millions |
18,9 |
23,8 |
|
Age de cessation
d’activité |
Années |
66 |
58,5 |
|
Age d’entrée dans la vie
active |
Années |
16 |
20,5 |
|
Taux d’emploi des femmes |
% |
20 |
45 |
|
Durée annuelle moyenne du
travail |
Heures |
2100 |
1510 |
|
Durée hebdomadaire du
travail |
Heures |
43 |
37 |
|
Nombre de semaines de
congés payés |
|
2 |
5 |
|
Taux de salariés à temps
partiel |
% |
5 |
15 |
|
Taux de chômage |
% |
2 |
9 |
Suivant la formule de
la productivité citée ci-dessus (C = P x T), si le taux de croissance est
inférieur à l’augmentation de productivité, le temps de travail doit diminuer.
De 1946 à 1975, la moyenne annuelle de la productivité horaire a été très forte
(5,5 %) et la croissance a permis de limiter la montée du chômage. Depuis 1975,
la productivité est plus réduite (2,6 % en moyenne) et la croissance n’a
atteint ce niveau que durant le tiers des 25 dernières années, ce qui a eu un
effet négatif sur la création d’emplois et a développé le chômage.
Il y a trois solutions à ce problème :
·
Ne plus générer de gains
de productivité
·
Favoriser la croissance
·
Réduire le temps de
travail
Sans augmentation de productivité et à consommation
stable, le chômage n’augmenterait pas. Remplacer le tracteur par la bêche,
remplacer l’ordinateur par la gomme et le crayon, remplacer les moyens de
transport moderne par le cheval ; l’ensemble de ces moyens permettrait de
réduire considérablement les gains de productivité et de donner du travail à
tout le monde. Absurdité ! “ On n’arrête pas le progrès ”. Le facteur
productivité paramètre intangible, a un taux de progression annuelle de 2,5 %.
Ce qui signifie, que chaque année, on a le choix entre :
·
à temps de travail fixe,
augmenter
la consommation de 2,5 %,
·
à niveau de consommation
fixe, diminuer le temps
de travail de 2,5 %.
La situation intermédiaire de partage des gains de
productivité entre croissance et RTT est bien sûr possible. Les chiffres cités
ci-dessus montrent clairement que notre civilisation a privilégié le premier
(production par habitant multipliée par 6,5) au détriment du second (réduction
du temps de travail de 10 %).
Depuis 1946, un taux moyen annuel de croissance de 4,5 %
est un fait sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Pour contenir
l’augmentation du chômage, un taux de croissance minimum de 3 % est nécessaire.
Avec ce taux, notre production serait multipliée par 19 en un siècle, par 370
en 2 siècles et par 7100 en 3 siècles. L’absurdité des chiffres suffit à
admettre que, non seulement notre développement n’est pas durable, mais que
notre niveau de consommation actuel n’est même pas exportable à l’ensemble des
pays de la planète.
Si chaque habitant de
la planète avait notre niveau de vie, nous rejetterions dans l’atmosphère, une
quantité de gaz à effet de serre 4 fois supérieure (10 fois pour les USA), à ce
que la nature est capable d’absorber. Ne va-t-on pas dans le mur en continuant
sur cette lancée ? Si des mesures sérieuses ne sont pas prises pour inciter nos
concitoyens à consommer moins d’énergies non renouvelables, notamment en
utilisant des moyens de transport plus respectueux de l’environnement, les
injonctions prises par nos gouvernants, face aux catastrophes naturelles
(canicule, désertification, pluies diluviennes, inondations) risquent d’être
fortement liberticides. L’écolo-fascisme imposé par les autorités pour tenter
de sauver les dernières espèces vivantes nous fera regretter notre imparfaite
démocratie. Au rythme où nous gaspillons les carburants fossilisés, en 200 ans,
nous aurons consommé ce que la nature a fabriqué en plusieurs millions
d’années. Au nom de quel droit, les compagnies pétrolières extraient,
transforment et vendent toute cette énergie en si peu de temps ? Comment
expliquerons-nous à nos descendants une telle exploitation abusive des
ressources énergétiques ?
Les 225 plus grosses
fortunes du monde représentent l’équivalent du revenu annuel des 47 % d’individus
les plus pauvres de la planète, soit 2,5 milliards de personnes. Il suffirait
de prélever 4 % de cette richesse, soit 40 milliards de dollars, pour donner à
toute la population du globe l’accès aux besoins de base (nourriture, eau
potable, éducation, santé). Cette somme permettant de sortir le monde de la
misère correspond à 0,17 % de la richesse des pays de l’OCDE, soit 17 centimes
sur chaque centaine d’Euros dépensée. Personne ne nous fera croire que
l’objectif est inaccessible. A titre de comparaison, voici quelques montants
(en milliards $) :
·
Les transactions
financières 1800
·
Dépenses d’armement dans
le Monde 840
·
Dépenses de publicité
dans les pays riches
400
·
La consommation de
stupéfiants 400
·
Les 225 plus grosses
fortunes 1000
·
La dette des pays en “
voie de développement ” 2500
·
L’aide des pays riches
aux pays en voie de développement 50
La misère n’est pas une fatalité, mais l’égalité est
loin d’être en marche. En 1960, les 20 % de la population mondiale des pays
riches avaient un revenu 30 fois supérieur à celui des 20 % les plus pauvres,
en 1995 leur revenu était 82 fois supérieur. Pays en voie de développement ? Le
vocable est peut-être à revoir. Tant que de telles inégalités subsisteront,
tant que les droits de l’Homme ne seront pas instaurés de façon homogène au
niveau de la planète, nous ne pourrons juguler l’immigration clandestine. Le
sujet devient d’autant plus crucial qu’au problème d’écart de richesse s’ajoute
la pression démographique. Notre niveau sanitaire et éducatif a permis une
relative stabilisation de notre population, ce qui est loin d’être le cas dans
les pays pauvres.
Tant que seront maintenus les écarts de salaire
exorbitants entre pays riches et pays pauvres, les entreprises continueront à transporter
les matières premières vers les pays à faible coût de main-d’œuvre et les
produits finis vers les pays dans lesquels la population est solvable. Les
gains financiers de telles opérations permettent largement de rentabiliser les
coûts de transport, même si elles induisent des coûts sociaux restant à la
charge de la collectivité (consommation d’énergie, bruit, congestion,
pollutions, misères…).
Utilisant le PIB comme indice de performance
économique, on oublie de spécifier que cette agrégation comporte deux sortes de
coûts :
·
Ceux d’un effet positif
sur le bien-être (production alimentaire, amélioration de l’habitat, éducation,
prévention sanitaire…)
·
Ceux d’un effet négatif
sur le bien-être (pollutions diverses, destruction de ressources, coûts
sociaux…)
Si on supprimait les causes des conflits armés dans le
monde, ce serait un progrès considérable pour l’humanité, mais une véritable
catastrophe dans notre système économique. Des dizaines de millions de salariés
dépendant de ce commerce se retrouveraient sans travail. Pour préserver
l’emploi, l’économie maintient des activités inutiles ou nuisibles au bien-être
collectif (ex. la publicité), mais délaisse des activités indispensables à la collectivité
sous prétexte qu’il n’y a pas de profit à la clé.
Le PIB mesure un flux
de dépenses, mais la difficulté commence lorsque l’on veut lier cet agrégat et
un indicateur de satisfaction, de bien-être, voire de bonheur, notion par
nature subjective. Efficace sur le plan de la croissance, le marché profite
plus à l’économie qu’à l’écologie, plus aux actionnaires qu’aux salariés, plus
à la création de richesse qu’à sa distribution.
L’élaboration d’un
Indicateur de Progrès Véritable (GPI) a été cautionnée par plus de 400
économistes américains. Le GPI a évolué parallèlement à l’augmentation du PIB
pendant la période 1950-1975. Depuis, l’augmentation du niveau de consommation
des américains a globalement fait chuter l’indicateur de progrès.
Etats-Unis
|
1950-1975 |
1975-2000 |
|
PIB |
+ 60 % |
+ 70 % |
|
GPI |
+ 60 % |
- 16 % |
L’analyse de cet indicateur aurait dû nous inciter,
depuis 1975, à transformer notre productivité en loisirs (réduction du temps de
travail de 45 %) car malgré (ou à cause de) la croissance économique, le
bien-être a subi une régression. L’augmentation du temps de loisir et du temps
consacré au bénévolat aurait eu un effet positif sur le GPI. Vivre avec moins
de croissance, pour plus de bien-être.
La croissance économique:
·
n’offre pas de solution
pour le problème du chômage,
·
ne permet pas un
développement durable pour les populations futures,
·
n’assure pas le
bien-être de la population.
Il y a deux façons de réduire le temps de travail, ou
bien diminuer le nombre de travailleurs ou bien pour chacun d’eux, diminuer la
quantité d’heures travaillées. A chacune de ces 2 solutions, correspondent de
nombreuses adaptations possibles.
1ère solution : baisse de la
population active
Renvoyer les immigrés dans leur pays ou la femme au foyer sont les solutions simplistes de quelques
extrémistes, recevant cependant quelque écho d’un point de vue électoral.
La baisse de l’âge de la retraite était la revendication légitime d’une
classe d’âge qui a subi une vie active
longue et pénible. Aujourd’hui, l’amélioration des conditions de travail et
l’allongement de l’espérance de vie changent les données du problème, mais la
volonté du gouvernement de financer les retraites, par l’allongement de la
durée de cotisation, sans modifier les autres paramètres économiques (taux de
cotisation, mode de financement…) aura des conséquences désastreuses sur le
taux de chômage. Si les entreprises se décident à considérer les sexagénaires
comme une source d’expérience, et non plus comme une charge salariale, des
personnes de 60 ans et plus vont continuer à travailler, freinant du même coup
l’entrée des jeunes sur le marché du travail. Rappelons que l’âge moyen de
cessation d’activité est en France inférieur à 60 ans.
L’augmentation de la scolarité a permis de réduire le taux
d’analphabétisme, d’améliorer le niveau de compétences professionnelles et de
culture générale. Aujourd’hui, la poursuite des études sert à reculer l’étape
d’entrée dans la vie active. Avec un taux de chômage double de celui de la
population active, les jeunes subissent de plein fouet l’aggravation du
chômage.
La mise au chômage de 10 % des actifs, choix ignoble pour les victimes et
dispendieuse pour la société.
La baisse
de la population active n’est pas la solution au problème. Reste la dernière
solution.
Par rapport aux 39 heures, les 35 heures représentent
une réduction de 10 % du temps de travail, taux équivalent au taux de chômage.
Quels sont les effets sur les créations d’emplois et sur le chômage ? Toute
réduction du temps de travail s’accompagne de gains de productivité non
négligeables, pour plusieurs raisons :
·
Les salariés travaillent
moins, sont moins fatigués, moins souvent absents, plus productifs.
·
Les entreprises
profitent de cette réduction pour aménager le temps de travail (réduction de
pauses, augmentation de l’utilisation des équipements…). Ce n’est plus
seulement la RTT, mais l’ARTT (aménagement et réduction du temps de travail).
Le Conseil Economique
et Social chiffre ces gains de productivité liés à une RTT :
·
Un salarié à 50 %
produit comme 0,64 salarié
·
Un salarié à 60 %
produit comme 0,77 salarié
·
Un salarié à 70 %
produit comme 0,87 salarié
·
Un salarié à 80 %
produit comme 0,92 salarié
·
Un salarié à 90 %
(passage aux 35 h) produit comme 0,96 salarié
Plus la réduction du
temps de travail est faible, plus elle génère de gains de productivité, et donc
plus le nombre d’emplois créés est réduit. Le cabinet de Martine Aubry avait
estimé que le passage aux 35 heures aurait créé un million d’emplois, soit 4 %
de la population active. En réalité la DARES les estime à 370 000, auxquels on
peut rajouter 100 000 emplois préservés (limitation de certains plans sociaux).
Pourquoi cet écart entre le million prévu par le ministère et les 470 000 créés
ou sauvegardés ? 2 explications :
·
L’estimation a été
sensiblement surévaluée,
·
Seuls, 55 % des salariés
ont bénéficié des 35 heures.
Quel a été l’impact sur le chômage de cette création
de 370 000 emplois ? En période de croissance économique, les entreprises
augmentent les heures de travail et la productivité avant d'embaucher, ce qui
génère une production supplémentaire. En période de récession, les taux de
chômage sous-estiment le nombre réel de chômeurs, parce que certaines personnes
découragées ne sont plus comptabilisées. Dans un contexte de croissance, ces
personnes, en retournant sur le marché du travail, réintègrent la population
active. La loi d'Okun précise que la création des 370 000 emplois génère une
baisse du chômage de 185 000 (2 fois moins). Il reste encore 2 millions et demi
de chômeurs. Compte tenu des gains de productivité générés et du coefficient
d’Okun, pour enrayer le chômage, il faudrait que chaque salarié travaille à
mi-temps, ce qui pourrait entrainer la création de 5 à 6 millions d’emplois.
Les 2 seuls paramètres
à notre disposition pour résoudre le chômage semblent peu prometteurs :
·
ne génère pas
suffisamment d’emplois pour résoudre le problème du chômage,
·
s’avère désastreuse d’un
point de vue écologique,
·
n’offre pas les espoirs
escomptés en matière de bien-être social.
·
est peu créatrice
d’emplois (une baisse du temps de travail de 10 % pour 55 % des salariés a
induit, en France, une baisse du chômage équivalente à 0,7 % de la population
active),
·
génère des tensions sur
le marché du travail, créant localement des pénuries de main-d’œuvre,
·
généralisée, la RTT ne
correspond pas forcément aux souhaits individuels des citoyens (certains
veulent travailler moins, d’autres préfèrent gagner plus).
Comme le montre les
statistiques du G8, les pays où l’on travaille le moins affichent les taux de
chômage les plus importants. Mais l’analyse des chiffres bruts devrait être
complétée par un indice de la qualité des emplois créés. Les emplois créés dans
les pays anglo-saxons ont fortement augmenté la précarité de la population
active. Le stress dans les entreprises japonaises a atteint un sommet inquiétant.
Aux Etats-Unis, le taux d’incarcération est huit fois plus fort qu’en France (8
prisonniers pour mille habitants). De deux maux, choisissons le moindre. Il est
sans doute préférable, pour notre société, d’indemniser un chômeur que de
supporter les conséquences socio-économiques d’une incarcération.
Doit-on en déduire que
notre société doit se complaire, comme elle le fait depuis trois décennies,
avec un taux de chômage désastreux d’un point de vue économique,
incompréhensible d’un point de vue social et intolérable d’un point de vue
humain ? Si tel était le cas, ce texte n’aurait pas vu le jour.
La conséquence des gains de productivité est la transition
d’une économie de rareté à une économie d’abondance, d’une économie dans
laquelle l’agriculture était dominante à une économie de services. En 1830, 64
% des travailleurs étaient des paysans, aujourd’hui malgré une réduction à
moins de 5 % de la population active, la communauté européenne est contrainte
d’imposer des quotas, et de stocker, aux frais du contribuable, les surplus
d’une agriculture hyper-productiviste. Aujourd’hui plus de 70 % des salariés
travaillent dans le tertiaire. Si nous continuons sur cette lancée, les
productions agricole et industrielle seront automatisées et nous nous paierons
mutuellement pour nous rendre des services.
· Quelle économie souhaitons-nous ?
Voici des extraits de la Déclaration Universelle des
Droits de l’Homme, chaque jour bafouée, à cause de la persistance d’un taux de
chômage structurel depuis de nombreuses décennies.
Article 3
Tout individu a
droit à la vie…
Article
23 Toute personne
a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables
et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage… Quiconque
travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant
ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée,
s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale…
Article
25 Toute personne
a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et
ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement,
les soins médicaux… elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie,
d'invalidité, de veuvage, de vieillesse…
Article 29 L'individu a des devoirs envers la
communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa
personnalité est possible…
Grâce à notre technologie, nous serions capables de
satisfaire les besoins vitaux de l’ensemble des habitants de la planète. Dans
les pays industrialisés, nous allons bien au-delà. La répartition du budget des
ménages faite par l’INSEE montre que les besoins physiologiques (nourriture,
logement, habillement et santé) sont satisfaits avec environ la moitié du
budget d’un ménage type (avec des disparités importantes). Notre économie est
largement en capacité de satisfaire ces besoins de base cités par la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Pour que chacun puisse en
bénéficier, il y a deux solutions :
·
Nous donnons à chaque
citoyen le revenu nécessaire, qu’il travaille ou non, et nous dérivons vers une
société d’assistance. Certains se contenteront de ce revenu sans participer à
l’effort collectif, d’autres participeront et auront un revenu et un statut
social conséquent. C’est une société duale, qui n’est sans doute pas
souhaitable, même si elle a l’avantage, par rapport à notre situation actuelle,
de sortir de la misère bon nombre d’exclus.
·
On considère que “ Toute
personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son
bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement,
le logement, les soins médicaux… ”
article 25 et que “ L'individu a des devoirs envers la communauté ”, article 29, car les besoins physiologiques de tous
nécessitent une participation collective la plus large possible.
En fait, le travail n’est pas un droit, ce serait
plutôt un devoir. La richesse est à mettre à l’actif de notre société (colonne
recettes), mais les moyens d’y parvenir (travail, énergie, matières premières…)
sont à mettre au passif (colonnes dépenses). Considérant que la moitié des
heures de travail est nécessaire pour satisfaire nos besoins de base et l’autre
moitié pour des besoins moins indispensables, il est logique que tout citoyen
participe à cette première moitié de labeur, la seconde restant au bon vouloir
de chacun. On peut se passer d’une résidence secondaire, de vacances, de
voiture, … on ne peut vivre sans nourriture et soins médicaux, et le logement
est également un bien indispensable à une vie digne. Si on répartit 50 % des
heures travaillées sur l’ensemble des citoyens valides de 16 à 65 ans (42
millions de personnes), on obtient un temps de travail annuel de 430 heures, soit
une journée de travail par semaine. Ce temps de travail laisse aux salariés le
loisir d’avoir un contrat de 3 ou 4 jours par semaine avec une entreprise, pour
obtenir un complément de revenu, il permet aux étudiants de poursuivre
sereinement leurs études aussi longtemps qu’ils le souhaitent, aux artistes de
vivre pleinement leur passion sans le souci d’obtenir un travail alimentaire.
Il permet à chaque citoyen d’avoir le loisir nécessaire pour s’investir
bénévolement dans des tâches vitales que l’Etat accomplit de façon très
imparfaite et très coûteuse pour le contribuable (aide aux personnes âgées,
assistance aux handicapés, soutien scolaire…).
Il faut savoir ce que l’on veut ; soit une économie au
service de l’être humain, soit une économie au service du capital. Ce texte est
le résumé d’un texte plus détaillé (avec références bibliographiques et
graphes) que vous pouvez demander à l’adresse suivante : patric.kruissel@laposte.net tél. 01 39 32 18 89