Date : lundi 18 avril 2005 17:00
Objet : [La Fabrique Infos] deux nouveautés aux éditions La Fabrique
Lettre d'information
En librairie le 15 avril
EN GARDE À VUE. MÉDECIN DANS LES LOCAUX DE POLICE
de Patrick Chariot
144 pages 14 euros
Art. 63-3 du code de procédure pénale : toute personne placée en garde à vue peut, à sa demande, être examinée par un médecin désigné par le procureur de la République ou l’officier de police judiciaire. Médecin, P. Chariot intervient depuis plus de quinze ans dans les locaux de la police et de la gendarmerie auprès des personnes gardées à vue. Il s’agit de vérifier que tout se passe bien, que la personne ne court pas de risque pour sa santé en restant dans les locaux de police, qu’elle recevra effectivement les traitements dont elle peut avoir besoin. Organisé en chapitres illustrant les principaux aspects de la vie en garde à vue, tels que peut les voir le médecin, dans sa position particulière - ni gardien, ni gardé - le livre présente les acteurs dans leur quotidien : ce qui précède la garde à vue (la vie au dehors, l’arrestation, les menottes), ce qui la compose (les gardiens, les fouilles, les vêtements, le bruit, l’alimentation, le sommeil, la température, les interrogatoires...), ce qui la suit (la famille, l’employeur, la sortie, le dépôt du tribunal, la prison) ; et aussi la violence, les stupéfiants, l’alcool, les médicaments, les adolescents, les femmes, les étrangers, l’avocat, l’asthme, le diabète, le sida et la psychiatrie... L’auteur expose cette expérience à travers une série de « vignettes cliniques » qui mêlent la pratique professionnelle du médecin légiste et le regard d’un homme confronté à une page sombre de la vie citoyenne. À travers des courts extraits de vie, il cherche aussi à donner un sens au rôle du médecin dans la garde à vue. Plus encore que donner une pilule, parfois utile, il peut rassurer, calmer le jeu, essayer de faire le lien avec la vie à l’extérieur. Il lui arrive aussi de se faire envoyer promener. Questionnement aussi sur l’institution : et si la garde à vue était passée entièrement aux mains de la police, le contrôle judiciaire n’étant qu’une simple formalité ? et si son but théorique était souvent détourné pour en faire une fin en soi, une sanction ? et si cette plongée dans l’obscurité était un moyen de rendre un suspect plus mallélable, plus diposé aux aveux ?
Patrick Chariot est médecin légiste, toxicologue et alcoologue. Depuis quinze ans, il pratique en région parisienne la médecine légale de terrain : il intervient quotidiennement dans les locaux de police et de gendarmerie auprès des personnes placées en garde à vue. En 1998, il a fondé un journal, Médecine légale & Société. En 2004, il a organisé une conférence nationale sur l’intervention du médecin auprès des personnes gardées à vue.
En librairie le 15 avril
SEXPOLITIQUES. QUEER ZONES 2
de Marie-Hélène Bourcier
304 pages ; 15 euros
Avec Sexpolitiques, Queer Zones 2, Bourcier récidive et reprend là où elle nous avait laissé trois ans plus tôt : sur cette zone mobile et brûlante qu’est la frontière entre la sexualité, les genres, la race et l’espace public. Jamais le sujet n’a semblé plus pressant. À l’heure du mariage gai et du gay friendly, Bourcier frappe fort avec comme cible première : la république, ou plutôt ce qu’il en reste, « la Rep », avec son hétérocentrisme et son racisme vicéral. Derrière la Rep rose, c’est l’homonormalité bon teint qui se dresse, derrière la Rep de l’intégration, c’est l’impudence post-coloniale qui continue de dépolitiser ou de victimiser les minorités sexuelles, de genre et ethniques. Mais alors que pour les Américains, la politique des différences et des post-identités peut espérer contrecarrer l’évangéliste Bush, l’auteur montre qu’en France, c’est l’élitisme idéologique faux-fuyant du régime républicain assorti d’un intellectualisme prudent qui domine et bloque les minorités et les politiques respectueuses de la diversité. Bourcier propose donc une impitoyable généalogie des maîtres et des savoirs en chef, n’épargnant ni Bourdieu (et ses blocages antiféministes) ni la reine psychanalyse, ou encore le lesbianisme radical qui méconnaît les bienfaits des concerts de Madonna en frac. Et quand l’auteur évoque Foucault, ce n’est pas l’intégrale, l’intégriste, le souci de soi ou un Foucault momifié et béatifié qui émerge, mais un Foucault actualisé, hybride, cyborguisé, d’autant plus séducteur et politique. Une des forces de ce livre consiste à surimposer les espaces de controverse pour faire émerger les aberrations identitaires qui nourrissent tant les prétentions politiciennes classiques que les revendications gaies et lesbiennes. Mais Bourcier n’oublie pas de visibiliser les subcultures émergentes, les nouvelles formes de résistance politico-sexuelles, la révolte des anormaux, la post-pornographie, les masculinités, les féminités et les nouveaux corps qui surgissent dans un monde décidément trop étroit.
Marie-Hélène Bourcier est sociologue, activiste queer et maître de conférences chargée de recherches à l’université de Lille III et à l’EHESS (Cadis). Elle est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur la théorie queer, les subcultures sexuelles et les minorités en France et à l’étranger. Elle est également chroniqueuse sur Pink TV. Dernier ouvrage publié : Queer Zones, politiques des identités sexuelles, des représentations et des savoirs, Balland, 2001.