UN REQUISITOIRE
COLLECTIF IMPLACABLE
Ç De la destruction du savoir en temps de paix
Ecole, UniversitŽ, Patrimoine, Recherche È
Sous la direction de Corinne Abensour
Îuvre collective de Kathleen Barbereau,
FrŽdŽric Kleman, Jean-Lo•c Le Quellec,
Jacques
Maillard, Pascal Polisset, Bernard Sergent,
Jean-Philippe Testefort et Edith Wolf.
Editions Mille et une nuits
456 pages
19 Û
mars 2207
Il ne sÕagit pas lˆ du nime livre Žcrit par un parent en colre ou un enseignant dŽcouragŽÉ
CÕest une Ïuvre collective de rŽflexion et dÕanalyse qui nous est offerte.
Les auteurs quÕils soient enseignants, chercheurs ou
sociologues Žtablissent le mme diagnostic et mnent le mme combat contre tous
ceux qui voudraient mettre fin ˆ la transmission des savoirs.
Les diffŽrentes rŽformes qui se sont succŽdŽ depuis la loi
Haby de 1975 prŽsentent une continuitŽ et non une rupture dÕaprs les auteurs
qui y voient une adaptation du systme scolaire aux directives europŽennes et
aux besoins propres du patronat. Il faut ˆ la fois des dŽpenses publiques les
plus rŽduites possibles et ˆ la fois disposer dÕune main dÕÏuvre corvŽable,
jetable et capable de sÕadapter.
La loi prŽtendue progressiste dite loi dÕorientation
Jospin de juillet 1989 a permis de remettre en question les rgles dÕŽgalitŽ de
traitement entre les Žtablissements et ˆ instituer une concurrence entre Žcoles,
prŽparant le terrain ˆ de nouvelles Ç innovations È.
Ç Le Ç projet dÕŽtablissement È a beaucoup
contribuŽ ˆ domestiquer les rŽcalcitrants. Les dotations budgŽtaires des Žtablissements
sont devenues systŽmatiquement insuffisantes pour assurer les horaires encore dŽfinis
nationalement. LÕastuce a consistŽ pour les inspections acadŽmiques ˆ moduler
ces dotations par des crŽdits occasionnels en fonction de la docilitŽ manifestŽŽ
aux Ç innovations È destructrices pr™nŽes par la loi de 1989.Ds
lors, les Žtablissements se sont retrouvŽs en concurrence les uns avec les
autresÉ. È
Effectivement, il y a lˆ un risque de
voir se mettre en place une Žducation qui perde son caractre national.
Des voix commencent ˆ sÕŽlever pour
demander que la dŽcentralisation soit menŽe ˆ son terme avec des Žtablissements
dŽtenant un caractre propre et des chefs dÕŽtablissements vŽritables chefs dÕentreprises
cherchant des sources de financementsÉ.
Mme une certaine Ç gauche È
rompt avec les principes rŽpublicains affichŽs en prŽconisant une certaine
marchandisation de lÕŽcole. Ç ÉLa campagne sur le respect de lÕŽcole lancŽe par Jack
Lang Žtait sponsorisŽe par la firme Morgan et on pouvait commander dÕun simple
clic un tee-shirt de cette marque, sur le site du ministre È.
L'argumentation dŽveloppŽe est
pertinente et rigoureuse et le lecteur y trouvera des clefs de comprŽhensiion
sur les Žvolutions en cours et les politiques de destruction du savoir. Je n'ai
qu'une critique ˆ formuler c'est d'y retrouver encore une fois une condamnation
un peu expŽditive, sans rŽelle dŽmonstration de la mŽthode dite semi
globale....
Ceci Žtant dit, l'intŽrt du livre c'est
aussi d'aborder aussi la question du patrimoine et de la recherche, sujet de prŽoccupation
et d'inquiŽtude qu'il le faut pas minimiser.
Dans l' une des contributions , intitulŽe
Ç Trois musŽes aux gŽmonies È, Bernard Sergent, chercheur au CNRS
explique bien que derrire l'initiative personnelle, trs mŽdiatique du prŽsident
Jacques Chirac conduisant ˆ crŽer un nouveau musŽe dit d'art premier, vouŽ
exclusivement au tourisme, se cache une opŽration peu reluisante.
Ç le musŽe de l'Homme de Paul Rivet
a cessŽ d'exister È, l'ethnologie
mise en caisses n'a surtout
pas ŽtŽ dŽmŽnagŽe au quai Branly.
Ç Le rŽsultat est, avec la casse de trois musŽes,
une trs grande catastrophe culturelle qui n'a rien ˆ envier ˆ la RŽvolution
culturelle chinoise, ou mme ˆ l'Afghanistan des talibans. Avec cette Ç nuance È
que la casse franaise se dŽroule dans un pays qui se veut dŽmocratique, en
temps de paix. È....
Ce processus de marchandisation, de
destruction de savoirs Ç non rentables È , de dŽmantlement des
services publics de la Recherche, de l'Education et de la Culture se poursuivra
inŽluctablement, ˆ moins que nous puissions l'arrter.
Jean-Franois CHALOT