Nous
publions ci-dessous un document de Jean-Ribes du Ç Comit communiste
internationaliste- trotskyste È auquel Vincent Prsumey a rpondu ici
lettre ouverte aux militants et
sympathisants
de Ç lĠIntergroupe È
Chers
camarades,
Des
camarades, franais et trangers nous demandent, sur la foi de ce que nous
avons publi, ce que devient lĠIntergroupe, quĠils jugent une initiative intressante.
Ce nĠest pas personnellement de gat de cÏur que je suis oblig de leur rpondre
quĠil est entr en catalepsie le 20 juin et quĠil ne sĠest pas rveill, malgr
un sursaut dbut septembre.
Je dis Ç personnellement È
parce que jĠai cru, plus que dĠautres sans doute, la voie quĠil ouvrait, vers
la construction dĠun parti ouvrier rvolutionnaire, sur des bases non
sectaires, exemptes de manÏuvres et de coups fourrs entre coteries, non limit
un club de discussion et dĠinformation, mais tourn vers des actions
communes. Je me suis exprim plusieurs reprises l‑dessus. Le bulletin du CCI(T) lui a fait le maximum de
publicit, et cĠest sur notre intervention, et la mienne en particulier, quĠun
minimum de structuration (et le nom dĠIntergroupe) a t dcid, ainsi que la dsignation
dĠun Ç coordinateur È permettant aux responsables de ses composantes
de lĠengager rapidement dans des interventions communes.
fragilit de lĠintergroupe
Tout cela
tait encore incertain et fragile.
Par
exemple lĠengagement pratique de ses composantes tait trs ingal. V. Prsumey,
au nom de la Ç Lettre de Liaisons È tait un pivot trs actif dans la
discussion et les informations. Le CCI(T) y tait compltement engag,
physiquement et politiquement, malgr son effectif rduit Paris. Ç La
Commune È, gnralement absente des runions, avait nanmoins une
contribution politique indniable, y compris en opposition (lections). Par
contre Ç Le Militant È suivait, peut-on dire, sans enthousiasme. On
me permettra de mĠy arrter un instant.
Le
camarade Raymond Debord, seul reprsentant de ce groupe lors des runions (
une exception prs, autant quĠil mĠen souvienne) ne sĠest pas cach, trs tt,
que ses camarades, Ç nĠen voyaient pas lĠintrt È. Bien que, sans doute, les plus
nombreux Paris, nul dĠentre eux ne participera aucune des deux diffusions,
sur les sans-papiers et Jappy au meeting contre les franchises ( la 1re,
8 ou 10 amens par La Commune, 7 ou 8 par le CCI(T), dont 3 ou 4 venus de Lyon
spcialement, 3 de la Lettre de Liaisons – Japy, 2 CCI(T) et 1 LL). De
surcrot les trois questions poses par Raymond le 27 avril sur le sens et lĠavenir
de lĠIntergroupe, auxquelles les trois rponses quĠil donnait taient ngatives,
tmoignaient de son scepticisme [1].
Quant lĠalimentation
politique de lĠIntergroupe (propositions, analyses, dbats), disons quĠelle a
surtout t assure par Vincent et le CCI(T) (Etienne, Louis et moi‑mme), et un peu par La Commune, Raymond se contentant dĠun
accompagnement le plus souvent lapidaire, et pas toujours transparent [2].
Il faut
ajouter lĠincapacit raliser le bulletin de lĠIntergroupe, en principe dcid,
et qui en est rest un collectage informatique, pour un nĦ 1Éindiffusable.
Comme si chez personne nĠexistaient les qualits et dispositifs requis pour
assurer ce travail.
Signe de
fragilit (ou de force ?), lĠattitude prendre face aux lections
avait fait clater un dsaccord entre La Commune et les trois autres groupes.
Mais ce phnomne nĠtait pas anormal non seulement dans le cadre dĠun tel
regroupement, mais aussi dans la perspective dĠune Ç prfiguration È
dĠun futur parti ouvrier rvolutionnaire. La preuve : les lections passes,
lĠIntergroupe a continu, et positivement, comme lĠa montr lĠinitiative sur la
dfense du droit de grve, Ç non ngociable È, propos parÉ La
Commune, et reprise unanimement par les autres groupes.
JĠtais
pour ma part persuad que, dĠune faon gnrale, les dveloppements de la lutte
de classe, qui lui avaient donn naissance avec le combat contre le CPE, dcideraient,
de faon positive, de lĠavenir de lĠIntergroupe pourvu cependant quĠil sache y
jouer son rle. En ce sens, le raidissement prvisible de la lutte de classe
partir de lĠlection de Sarkozy allait pouvoir remdier ses faiblesses et lĠobliger,
en quelque sorte, rpondre ses tches.
CĠest le
contraire qui sĠest pass. Pourquoi ?
Parce que
la pression des vnements a rvl chez
Le Militant ce qui nĠtait que latent dans ses rticences distantes :
une opposition, cette fois active, la fois lĠIntergroupe en tant quĠorganisation (cĠest‑‑dire son fonctionnement) et
son orientation.
Pour viter
tout procs dĠintention, je suis oblig de revenir sur les circonstances du
clash.
legret ou manÏuvre ?
La
Commune ayant propos que lĠIntergroupe engage une campagne en dfense du droit
de grve sur la ligne : Ç Non ngociable È, un texte est mis au point entre
le 29 mai et le 2 juin, et approuv par tous, y compris Raymond Debord (Ç La
conclusion va dans le sens de ce que jĠavais propos È). Le 22, le mme Raymond Debord
nous informe pourtant que Ç nos syndicalistes È ont modifi le texte, et engag
la campagne sur le nouveau (auquel il invite de se rallier), interdisant ainsi
tout retour en arrire. Prsumey sĠy rallie, et propose in fine au CCI(T) de Ç faire
autre chose sur le mme thme È (sic).
Imaginons
un instant une organisation constitue (puisque, aussi bien, notre objectif tait
de la construire) dont la direction dcide une campagne. Mettons que par
exemple sa commission syndicale ait un dsaccord. Que fait celle‑ci ? Sa propre campagne, sur ses positions ? ou
demande‑t‑elle
une nouvelle discussion, avec prsence de Ç ses syndicalistes È ou
une AG, etcÉ pour prserver lĠunit la fois du combat et de lĠorganisation ?
Quant exiger de ses adversaires quĠils se soumettent son orientation, sa direction, sans discussion
possible, cĠest aller directement la scission. Le procd du Militant est
donc tout fait identifiable.
Nous
aurions pu, non sans raison, stigmatiser le mpris de la Ç dmocratie È,
omniprsente dans la propagande du Militant et de la Lettre de Liaisons, et
crier la manÏuvre. Nous avons prfr y voir de la lgret, et constater quĠune
fois de plus il y a, y compris entre militants rvolutionnaires, effectuer
tout un rapprentissage des bonnes manires de correction politique. Le CCI(T)
a donc refus de tenir le fait accompli pour dfinitif et liquidant lĠIntergroupe
dĠun trait de plume.
En rtablissant
la campagne fin aot, sur sa base initiale par un additif inclus dans lĠappel
signer, et en intervenant dans les runions dites Ç de signataires È
(en ralit de lĠIntergroupe, un peu largi, pour celle du 16 septembre, et en peau de
chagrin pour celle du 21 octobre) nous prservions, pensions‑nous, son maintien, et son redressement, amorc nettement
le 16 septembre, avec une remise plat des problmes et une runion prvue
cet effet le 11 novembre.
lĠintergroupe devenu
inutile ?
Aussi
est-ce avec stupfaction que jĠai lu la lettre de Vincent du 5 novembre : Ç coordinateur È
de lĠIntergroupe, il dcidait de dclarer dĠavance cette runion inutile. Les
raisons invoques ne tiennent pas.
1.
Ç Nous
ne discutons pas assez de nos divergences È [3]. CĠest vrai : jĠai dit plus
haut ce que je pense des silences du Militant. Pour ce qui concerne le CCI(T),
la constatation est difficilement recevable.
2.
Il
nous faut donc Ç crire È, Ç propos de nos orientations respectives È. Mme remarque, et le 11 novembre
on aurait pu le dcider et en organiser le cadre. Pourquoi Vincent Prsumey
retire‑t‑il lui‑mme le tapis sous sa proposition ? JĠajoute quĠen
fait nul nĠignore rien de notre orientation, Ç continuatrice de lĠancienne
OCI È, selon
ses propres termes notre dernier camp dĠt. Mais nous sommes prts lĠexpliciter.
3.
Ç Il
ne faut pas mlanger ce qui relve de lĠIntergroupe, et ce qui relve de la
campagne (sur le
droit de grve) sur un appel prcis È. En crivant cela Vincent entrine la thse du
Militant selon laquelle lĠIntergroupe nĠest pour rien dans cette campagne [4] comme si son histoire ne commenait
que par le kidnapping de lĠappel et sa dnaturation par les Ç syndicalistes È
du Militant. Disons quĠil y a l, pour le moins, une certaine distorsion de la
vrit [5].
Il oublie
aussi, ce faisant, que le 1er aot, en appelant le CCI(T) et La
Commune recoller lĠopration du Militant, il ajoutait : Ç Sinon,
ce sera la dcomposition de lĠIntergroupe È. Nous lĠavons fait, et il nous
dit maintenant que celui‑ci nĠa rien y voir, ni nous, par
consquent.
4.
Cela
permet cependant Vincent Prsumey de conclure le 5 novembre : Ç En
fait lĠIntergroupe est au point mort È et plus loin : Ç AujourdĠhui il ne
fonctionne pas vraiment (ce qui est vrai, mais pourquoi ?) et ne pourrait tre un
cadre de regroupement susceptible de sĠlargir È. Tiens ? Pour quelle raison ?
QuĠest-ce qui gne cet largissement ?
Vincent
Prsumey constate de fait la Ç catalepsie È de lĠIntergroupe, mais
il nĠa rien dire sur les causes et les responsabilits. CĠest l‑dessus, pourtant, en tant que Ç coordinateur È,
quĠil serait intressant de lire ce quĠil en pense.
JĠai t tonn
quĠil sĠaligne en juin sur lĠopration du Militant qui se substituait lĠIntergroupe,
en lui grimpant sur les paules. Je ne le suis plus. Car si Prsumey pense que
celui‑ci nĠa plus ni sens ni avenir (ou
sĠil nĠest plus dĠaccord avec ceux‑ci), il est bien normal quĠaprs
en avoir t lĠinitiateur, il le laisse pourrir.
Mais
quels taient donc le sens et lĠavenir de lĠIntergroupe ? Car il nĠtait pas
un club dĠamis sympathiques, mais une initiative politique dont le contenu tait
autre chose que son propre Ç largissement È Et lĠoffensive quĠil a subie tait,
elle aussi, foncirement politique, fonde non sur des Ç dsaccords È
discutables et conciliables en son sein, mais sur sa ngation, et donc sa liquidation, calcule
ou non, en fonction dĠorientations diffrentes des siennes.
Ç Les
siennes È, cĠest‑‑dire
celles de sa dclaration de fondation, le 10 septembre 2006.
quelles taient les
bases de lĠintergroupe ?
Nous
avons publi celles‑ci dans le nĦ 5 de notre
bulletin (Combattre pour en finir avec le capitalisme du 10 octobre
2006). On pourra sĠy reporter. On y trouve, dans le cadre gnral du combat
pour Ç chasser le gouvernement, rompre avec le capitalisme, avec la Vme Rpublique,
abroger les mesures anti-ouvrires È et pour Ç un gouvernement des seuls
partis et organisations du mouvement ouvrier È, les points suivants :
á
Ç Sur
tous les sujets importants pour les travailleurs, combattre pour lĠunit et la
centralisation de leur combat contre le pouvoir et le gouvernement. Sur (cette) mthode, (les groupes signataires) ont
un accord fondamental qui doit permettre une action commune. È (¤ 7)
á
Ç Combattre
pour chasser (le
gouvernement) et (ses)
partis et contre toute complaisance envers (lui) et (sa) politique, telle que la participation syndicale
aux discussions sur le Ç dialogue social È et le soutien (sa) politique È (¤ 8 – mots souligns
par moi, JR)
LĠopration
du Militant sur la dfense du droit de grve rompait avec ce dernier point,
mais aussi (on le verra) avec le prcdent sur la centralisation des combats.
Il nĠest
donc pas tonnant quĠelle ait fait merger des dsaccords non seulement sur la Ç ngociation
– participation È, mais aussi sur syndicalisme et politique,
syndicalisme et appareils, grve gnrale, question du gouvernement, ainsi que
sur la situation politique actuelle.
Les
choses, cependant, ne se sont pas droules comme un fleuve tranquille. Et tout
sĠest pass comme si nous tions devenus des gneurs.
oui ou non contre la
participation ?
Le texte
lanant la campagne dcide par lĠIntergroupe comportait, outre le titre (Ç Le droit de grve nĠest
pas ngociable È),
les phrases suivantes :
Ç Le
principal atout (du gouvernement) pour commencer avancer sur ses objectifs, cĠest que les
directions syndicales y participent en acceptant la Ç concertation È
de soi-disant Ç ngociations È (É). Par consquent pour runir les conditions de la victoire (É), interdire toute remise en cause
du droit de grve, implique le refus de participer toute ngociation sur le Ç service
minimum È. È
CĠtait lĠapplication
fidle de la Ç charte È ci-dessus. La question du service minimum
constituait la premire attaque directe de Sarkozy, dans une situation o de
toute vidence la classe ouvrire tait prte combattre. La Ç ngociation È
quĠil prsentait en forme dĠultimatum aux dirigeants syndicaux pouvait
catalyser le conflit. Son rejet tait ds lors la question centrale. LĠIntergroupe
avait une orientation claire jeter dans la balance. Le texte ci‑dessus correspondait cette tche.
Celui que
le Militant lui a substitu tait non moins clairement sur une autre
orientation. La premire phrase cite ci‑dessus est supprime, et la fin
est modifie ainsi : Ç Nous demandons aux organisations syndicales
dĠexiger le retrait du projet (É) et dvelopper des initiatives de lutte dans lĠunit
syndicale la plus large. È Toute mention du refus des soi-disant ngociations est
supprime et la demande Ç dĠinitiatives È, faite aux appareils syndicaux
dans le langage mme par lequel ils camouflent leur volont de laisser passer,
cĠest leur demander quĠils ne changent rien leur pratique.
Contrairement
lĠacquis du combat contre le CPE, Le Militant mettait lĠIntergroupe la
remorque des appareils.
LĠargumentation
de Prsumey, justifiant son approbation le 28 juin, rvle dĠabord son
embarras devant nos critiques : le refus de ngocier nĠest certes pas
formul, mais il serait implicite. Comme si on pouvait mener un combat sur un
mot d'ordre dĠaction Ç implicite È ! Vincent a assez dĠexprience
pour en mesurer le faux‑semblant. Il ne sĠagit plus alors
dĠaction mais de propagande, voire dĠidologie [6].
Dans le mme
texte, cependant, il donne une raison plus consistante : Ç les
responsables syndicaux du Militant nĠont pas souhait ratifier une dnonciation
explicite de leurs directions confdrales È. Voil qui clarifie. A ceci prs
quĠil ne sĠagissait pas de dnonciation, mais dĠexhortation assumer leurs
responsabilits de classe face Sarkozy et rompre avec lui. Ce que nĠimporte
quel travailleur exprime par : Ç mais bon dieu, quĠest-ce quĠils
foutent ! È Incapables de cette raction lmentaire, les dits
responsables syndicaux affirment au contraire leur solidarit avec Ç leurs
chefs È (ceux que Rosa Luxembourg nommait dj en son temps les Ç fonctionnaires
syndicaux È). Prsumey a raison dĠajouter que cĠest Ç typique de
la situation intermdiaire de beaucoup de responsables syndicaux È. Et alors ? Le problme nĠest
pas de sĠaligner sur cette solidarit Ç intermdiaire È dans lĠappareil
mais de la soumettre (au moins) Ç au feu de la critique È en sĠadressant
aux travailleurs du rang prts se battre.
Le clou
du raisonnement de Prsumey, cĠest quĠen tant Ç hermtique È leur problme, nous ferions Ç
la limite, le jeu des bureaucrates È. En somme, lutter pour exiger de ceux‑ci quĠils refusent dĠtre complices du pouvoir, cĠest
faire leur jeuÉ Comprenne qui pourra.
JĠindiquais
plus haut que le refus de la ngociation - Sarkozy tait au centre de la
situation engendre par le projet de Ç service minimum È. Mais entre
juin et septembre ce refus devenait central pour tous les autres projets du
gouvernement,
commencer par les rgimes spciaux.
un redressement bien gnant
Le 11 septembre,
Etienne transmet donc un texte dfinissant notre position, incluant la ncessit
de la rupture sur toutes les attaques de Sarkozy, essentielle pour crer les
conditions dĠun combat gnral et centralis contre le gouvernement, et
proposant la constitution de collectifs sur cette ligne. Le 13, Prsumey semble
lĠapprouver.
LĠIntergroupe
pouvait en effet sĠappuyer sur la campagne du Ç service minimum non ngociable È
pour tendre son intervention, sur le mme axe, aux rgimes spciaux, la
fusion ANPE-UNEDIC, la question du contrat de travail, etcÉ Il pouvait
montrer quĠ la mme mthode gouvernementale devait tre apporte la mme rponse, celle‑ci permettant dĠunifier
le combat de toutes les catgories.
Cette
question, invitablement, devait venir sur la table la runion du 16
septembre. Runion dite Ç des signataires È des textes sur le service
minimum, elle fut en fait une runion de lĠIntergroupe ouverte ceux‑ci.
La prsence
de 4 ou 5 dĠentre eux sĠest avre dterminante puisque la discussion marqua
une large approbation de nos positions, ce dont tmoigne la dclaration qui en
est issue (voir le bulletin nĦ 10 du CCI(T) du 2 octobre ) o lĠon
peut lire :
á
un
recentrage des questions, passant du droit de grve aux rgimes spciaux, venus
au premier plan ;
á
Ç les
organisations syndicales ne doivent participer en aucun cas aux multiples ngociations
et concertations sur la loi anti-grve ÈÉ, cette affirmation dbouchant sur :
á
Ç prparer
un affrontement dĠensemble È.
Le texte
nĠlargit pas lĠexigence de rupture des ngociations toutes les attaques de
Sarkozy, mais la rtablit pour la campagne en cours sur le droit de grve. Pour
notre part, nous nĠen demandions pas plus cette date.
En mme
temps, la ncessit de la centralisation du combat – cĠest‑‑dire
dĠun mme mot d'ordre pour tous – est clairement indique.
Dans un
fonctionnement normal, ce redressement aurait permis lĠIntergroupe de
relancer sa campagne sur les bases dfinies plus haut. Mais ni Le Militant, ni
Prsumey nĠentendaient revenir en arrire et corriger leur texte. Ce dernier
communiquait un compte-rendu de la runion o il affirmait : Ç Si
tous les prsents taient dans lĠensemble dĠaccord avec ce danger (du Ç dialogue social È),
la ncessit dĠassocier des militants syndicaux, dĠaider leur exprience et
de dvelopper la discussion libre (É) nous conduit ne pas introduire ce point (dans la dclaration).
Position
tonnante : quel meilleur moyen pour associer des militants (syndicaux ou
non) et de dvelopper la discussion que de proposer leur exprience des
objectifs de combat clairs ? Et la meilleure preuve cĠest que Ç ce point È
non seulement avait t dbattu et adopt, mais figurait dans la dclaration (voir plus haut) au moment o
Vincent Prsumey prtendait lĠen carter [7].
Quant
Raymond Debord, sa dconvenue lui fit Ç pter les plombs È en
prtendant donner des ordres La Commune, le 20, et sĠriger en censeur
du CCI(T), le 24 (trop nombreux son got le 16 - o il nĠtait
pas !) au nom de la dfense Ç des signataires ÈÉdont il ne
faisait toujours pas partie ! et toujours sans explication ! CĠest de
la petite histoire, mais cela mesure la fois la tension politique et
lĠimportance majeure que Ç ses syndicalistes È et lui‑mme
accordaient lĠabandon du combat, y compris sur le droit de grve, pour que
les bureaucrates cessent de soutenir le gouvernement par la participation, alors que la question des
ngociations tait en train de devenir, de jour en jour, de la plus brlante
actualit avec la mobilisation sur les rgimes spciaux et lĠaspiration
vidente des travailleurs en dcoudre.
On en
verra plus loin les rsultats, le premier tant de rduire la dclaration du
16/9 un chiffon de papier.
au nom du
Ç syndicalisme È
Le texte
du 9 juin, dont Ç la ligne gnrale tait trs bonne È selon Raymond Debord, et la
conclusion conforme ses vÏux, sĠadressait tous les travailleurs, de toutes
catgories, et pouvait tre contresign par tous, pour que tous organisent le
combat contre Sarkozy.
Mais les
Ç syndicalistes È du Militant ne sont pas des travailleurs
ordinaires. Ils exigrent, parat‑il, des modifications Ç leur
permettant de le signer È. En ralit il ne sĠagit pas de simples syndicalistes,
mais de Ç responsables syndicaux È comme lĠa prcis Vincent
Prsumey le 28, des responsables Ç intermdiaires È, entre lĠappareil central et les
travailleurs du rang.
CĠest
donc au nom de leur Ç syndicalisme È que le texte a t dtourn.
Raymond
avait cependant annonc la couleur dans la discussion prparatoire : Ç Bien
entendu, il faut absolument que notre appel soit un appel de syndicalistes (au moins) et de syndicats (au
mieux) et donc rdig dans des termes qui le permette È. (mots souligns par moi, JR)
JĠavoue
ne pas y avoir pris garde cette date : un texte appelant combattre la
complicit des dirigeants syndicaux avec le pouvoir devait videmment concerner
au premier chef les syndiqus et le signer tait mon sens, lĠun des premiers
devoirs de tout militant syndical qui se respecte. Mais ce quĠcrivait Raymond
Debord avait un autre sens. Il appelle aujourdĠhui quelques remarques :
1.
LĠIntergroupe
tait un regroupement politique, fond sur un accord politique. Si des
syndicalistes voulaient lancer un appel Ç es qualit È, par exemple
ceux du Militant, rien ne les en empchait. Si le Militant, en tant que groupe
politique, voulait en prendre lĠinitiative, rien ne lĠen empchait. Mais Raymond
Debord exigeait de Ç notre appel È quĠil se restreigne cette
catgorie. CĠtait aligner lĠorientation politique sur du syndicalisme, et
faire du texte un machin para-syndical.
Mais pour
quel syndicalisme, de surcrot ?
2.
Envisager
la signature par Ç des syndicats È, cĠest‑‑dire par
des dirigeants,
aurait d nous alerter. Aucun de ceux‑ci ne pouvait accepter de faire
campagne sur un tel texte, les appelant boycotter le Ç dialogue
social È quĠils revendiquent toute occasion. Cette optique ne pouvait
quĠamener une dulcoration de lĠorientation anti-participationniste du texte,
et non pas seulement de ses termes [8].
Par contre des responsables locaux ou sectoriels, coincs entre la dfense de
leurs mandants et la trahison des dirigeants pouvaient tre gagns au combat contre
ceux‑ci,
sur un mot d'ordre clair.
Mais
cĠest prcisment ce quĠil sĠagissait dĠviter, et il faut croire quĠun certain
nombre de Ç syndicalistes È devait estimer notre campagne assez
dangereuse pour lui mettre immdiatement le hol.
Prsumey
devait en donner la clef le 1er aot, en crivant quĠil tait
juste Ç dĠattnuer È le texte (sic – ce compte, la trahison rformiste
est une Ç attnuation È de la rvolution), et quĠil est signable par Ç ceux
qui ne veulent pas avoir lĠair (sic !) de sĠopposer frontalement leurs
dirigeants, ou qui sont eux‑mmes ambigus sur la participation È.
Comment
peut-on combattre Ç sans en avoir lĠair È, sĠopposer Ç sans en
avoir lĠair È ? CĠest un aveu : le texte remani a seulement
lĠair de
combattre contre les Ç ngociations È. Il est lui‑mme
Ç ambigu sur la participation È. Tellement ambigu quĠil ne sĠy oppose pas, et
convient fort bien ceux Ç qui ne veulent pas avoir lĠair È de le
faire. Et quels combattants peut-on regrouper sur la base de telles signatures de
suivistes sans courage ou craignant pour leur situation dans le syndicat ?
Au lieu
de leur offrir une perspective qui leur permette de sortir de cette situation,
les modifications du texte alignaient celui‑ci sur leur suivisme, lui‑mme
align sur les bureaucrates participationnistes.
CĠest au
nom de ce syndicalisme-l que Debord, le 8 septembre, prtendait que le CCI(T)
devait supprimer la rfrence lĠIntergroupe en publiant Ç son È
appel (avec notre additif), ce qui allait Ç lĠencontre de lĠaspect
large que nous avons donn cet appel en tant quĠappel de syndicalistes et pas
en tant que groupes politiques È.
Pour lui
aussi, donc, il faut Ç ne pas avoir lĠair È. Ne pas avoir lĠair de
faire de la politique : on fait Ç seulement È du syndicalisme,
voyez‑vous. En ralit on fait, mais sans le dire, la politique du
Militant.
mais quel
Ç syndicalisme È ?
Dans la
prparation du texte initial, Debord remarquait : Ç Il y a de
toute vidence des divergences trs significatives sur la tactique syndicale,
entre Militant et CCI(T) È. CĠtait vrai depuis longtemps. A telle enseigne quĠ la
CA nationale du SNASUB, Etienne ctoyait Franois Ferrette, membre du Militant,
qui nĠa jamais vot aucune de ses propositions, mme quand elles
correspondaient aux positions de lĠIntergroupe. Membre dĠUnit et Action, il a
toujours suivi les positions de lĠappareil.
Inconnu
de lĠIntergroupe, cĠest lui qui a t charg du Ç bulletin des
signataires È partir de la mi-juillet. Mais surtout cĠest lui qui a
dfini, trs clairement, la Ç tactique syndicale È du Militant dans
un compte-rendu du dernier congrs de la FSU, sous le titre : Ç Redonner
du souffle au syndicalisme È.
On y
trouve dĠabord une apologie Ç critique È du rformisme, Ç tout
fait capable de prendre un aspect trs combatif tel quĠon peut le voir en
Guine (o)
lĠIntersyndicale a pouss la grve gnrale (et) demand le dpart du
Prsident de la Rpublique È. Ce qui est notoirement faux : ce sont les masses
guinennes qui ont oblig les dirigeants dclencher la grve gnrale, et
ceux‑ci se sont arrts prcisment au moment o le renversement du
potentat tait porte de main. Mais passons. Il ajoute : Ç Comment
peser sur le mouvement syndical en tant loin du rformisme ? (É) en ne disputant pas le
leadership aux dirigeants rformistes qui influencent des millions de
syndiqus ? È
Notons
dj que cette conception ne sĠintresse aucunement au mouvement de ces
millions, quĠil sĠagit Ç dĠinfluencer È en prenant la place des leaders
actuels. Ç Sur des bases de classe È videmment. On est
rvolutionnaire, quand mme ! Donc il faut rvolutionner ÉlĠappareil.
Il pose
ensuite la question : Ç Comment faire voluer positivement la
FSU ? È
Sa rponse prend parti les tendances Ç minoritaires È dont Ç la mthode (É) consiste chercher la
distinction permanente (É) malgr la pertinence de certaines analyses È. Il leur reproche leur Ç approche
idologise È,
et leur incapacit comprendre le niveau de conscience des masses.
Il faut
donc Ç investir Unit et Action È. Pourquoi U et A plutt que
lĠUNSA, par exemple ? On ne sait pas. Toujours est‑il que ce sont Ç les
militants Unit et Action È qui ont empch certaines drives. Il faut donc Ç revivifier È cette tendance qui a le mrite de
ne pas tre minoritaire Ç sur des questions idologiques (pour) impulser du tonus aux
dbats È.
Pas un
mot de critique sur le contenu de sa politique. Mais il sĠinterroge : Ç Sur
quels obstacles ont but les syndicalistes depuis des dcennies ? NĠy a‑t‑il
pas un univers mental, revendicatif, dĠanalyse, qui empche dĠavoir un horizon
prometteur ? Il y a des tabous affronter, des perceptions
changer ÈÉ
JĠarrte. Cette bouillie pour les chats est typique des bureaucrates de la FSU.
De mme lorsquĠil entend dfendre le statut de la Fonction publique, tout en Ç questionnant
ses limites È,
etc, etcÉ
La porte
sĠouvre ici, largement aux Ç rflexions È du Ç dialogue
social È.
CĠest ce
syndicalisme‑l qui se refuse exiger des bureaucrates syndicaux quĠils
cessent dĠavaliser les mesures anti-ouvrires, qui refuse dĠavoir mme
Ç lĠair È de sĠopposer aux dirigeants. Ferrette, la FSU, est dans
la majorit. Etienne est avec lui la CA nationale du SNASUB au nom de la
Tendance Front Unique. Mais il y a une diffrence. Etienne est minoritaire mais
lu dmocratiquement par les syndiqus sur ses positions. Ferrette lĠest comme membre de
la liste tablie par lĠappareil. Il a donc vot contre la proposition
Ç Quittez les ngociations sur le droit de grve ÈÉ
Sa
politique de redressement des appareils par infiltration se traduit,
concrtement, par : les mains libres aux bureaucrates.
Le dfaitismeÉ
Pourquoi
la crise de lĠIntergroupe a‑t‑elle clat prcisment lĠheure o
il tait en passe de jouer un rle de catalyseur relativement important dans
les affrontements de classe quĠon pouvait pressentir ds juin, aprs les
lgislatives ? Etait‑elle inscrite dans ses Ç gnes È,
cĠest‑‑dire dans sa composition et les circonstances de sa
cration ?
Celle‑ci
avait eu lieu dans la foule du combat victorieux contre le CPE et du Non au
rfrendum, cĠest‑‑dire dans une phase ascendante du mouvement de
classe. La dclaration inaugurale sĠy rfrait, ainsi quĠ la perspective de
chasser le gouvernement UMP-UDF et posait tout naturellement celle dĠun
gouvernement des travailleurs.
En juin
2006, aprs la victoire de Sarkozy, la situation est objectivement diffrente.
Avec lĠoffensive sgolniste disloquant le PS, lĠeffondrement lectoral du PCF
et les palinodies de la Ç gauche de la gauche È, elle lĠest plus
encore subjectivement pour tous ceux qui mettent au premier plan de leur
horizon politique les organisations existantes et non les capacits
profondes de la classe ouvrire et de son mouvement. A plus forte raison lorsquĠils
pensent, comme Ferrette, que la rvolution viendra des appareils.
Pour ces
camarades, les chances sont reportes, les espoirs reculent, la conscience de
classe est en baisse, et pour certains quasi-inexistante [9].
Ils ont, pourrait‑on dire, Ç le vent en proue È. Il est donc
normal de constater que lĠabandon du combat dfini par la dclaration du
10 octobre 2006 sĠaccompagne, comme cause ou consquence, et de faon
de plus en plus avoue et grandissante, dĠanalyses et de positions dfaitistes.
Le
15 septembre, Vincent Prsumey crit, en rponse aux propositions
dĠEtienne pour la runion du lendemain : Ç Nous nĠappelons pas
Ç lĠaction È, ni la grve, ni la grve gnrale, ni la
prparation de la grve gnrale, nous armons politiquement les travailleurs et
militants pour ces batailles venir È.
En
rponse immdiate Sarkozy, lĠIntergroupe devientÉ une officine dĠducation
pour demainÉ
Le 15
octobre, il crit dans un texte de fond : Ç nous ne saurions nier
quĠil y a eu une dfaite politique È et Ç le processus de monte des masses est
lent È. Ce
qui importe, cĠest donc Ç lĠalimentation politique (É) expliquer, donner tous les lments chaque tape È et non Ç la
gnralisation : bas toutes les rformes ! grve
gnrale ! È Alimentation Ç que lĠappel sur le droit de grve
permet È.
Celui‑ci
nĠest donc pas destin ouvrir une perspective de combat pour Ç bloquer
la loi È,
selon une expression de Raymond Debord, mais un instrument pdagogique.
Le
17 octobre, celui‑ci enverra par mail Ç pour nuancer un peu
les choses È
une dpche de lĠAFP dmontrant par les sondages que la
Ç population È est hostile la grve du 18. Cet
Ç encouragement È, vhiculant lĠintox anti‑grve (voir le
nĦ 11 de CPFC) aura t depuis juin sa seule contribution
Ç lĠarmement È sur la situation politique.
Aussi
bien, quĠexplique Prsumey ?
á
la
classe ouvrire est sous le coup dĠune dfaite. Donc il faut attendre sa
remonte pour formuler des mots d'ordre dĠaction. On croirait lire du Lestang.
En fait, il est intimement persuad que la politique que Sarkozy prpare va
immanquablement passer et que les travailleurs sont impuissants face la
trahison des Ç fonctionnaires syndicaux È ;
á
il
faut donc expliquer, nourrir politiquement, Ç chaque tape È. Mais expliquer quoi ?
chaque attaque de Sarkozy une par une ? ou lĠensemble et la volont
politique qui les lie ? Et ds lors, quelles ripostes possibles, une aprs
lĠautre ? ou la ncessit dĠune riposte gnrale ? Il rpond :
Ç Non, pas de Ç gnralisation È. LĠappel sur le droit de grve
suffit È.
Ainsi
celui‑ci qui, en septembre, devait Ç aider les militants
syndicaux prendre conscience È est dress, en octobre, contre ce qui se prpare sou nos
yeux : la pousse des travailleurs SNCF, RATP, Fonction publique et bien
au‑del vers un combat commun, donc centralis, et dans lequel le
refus des Ç ngociations È Sarkozy est de plus en plus clairement le
premier mot d'ordre unificateur.
É et la question de la
grve gnrale
Dans
cette situation, le CCI(T) en avait avanc un second, celui, pour abattre
Sarkozy [10],
de la ncessit dĠune grve gnrale. On pouvait discuter du caractre immdiat
ou non de ce mot d'ordre, de sa formulation, etc, mais il nous semblait sourdre
de la situation de faon urgente, et de toutes faons ncessaire pour
Ç expliquer, alimenter È et Ç prparer les combats
venir È. La discussion a eu lieu. Elle sĠest traduite, le 16 septembre,
dans la dclaration par : Ç prparer un affrontement
dĠensemble È.
Cependant,
cet accord a minima tait refus dans les faits.
Dans un
texte du 5 novembre, Vincent Prsumey crit ceci : Ç la
Ç grve gnrale È (ne peut) tre mise immdiatement lĠordre-du-jour,
car le problme quĠelle soulve est celui dĠune alternative politique Sarkozy È. Par ailleurs, Ç le
rapport de force reste marqu, forcment, par lĠlection prsidentielle È et Ç la loi anti-grve
nĠest pas une attaque de plus, mais est une pice absolument centrale È. Dans ce cadre, Ç lĠexplication massive de la
stratgie de Sarkozy permet de poser les questions et dĠengager les
discussions, y compris sur la grve gnrale È. Donc Ç cette campagne
doit tre poursuivie sur le seul point (soulign par moi – JR) de
lĠabrogation de la loi anti-grve È.
Sur le
premier point, Prsumey avait dj crit le 15/10 que Ç la grve
gnrale en soi (?),
ni sa prparation ne fondent une politique È et quĠil faut donc Ç ouvrir
la discussion sur quel gouvernement ? È
CĠest une
manire comme une autre de Ç botter en touche È. Je ne vais pas faire
lĠinjure Vincent dĠignorer que lorsque les masses entrent en grve gnrale,
ce nĠest jamais dans le but dĠinstaurer pour lĠavenir tel ou tel gouvernement,
pas plus quĠelles ne se lancent dans la rvolution en fonction dĠun
Ç projet È de socit future, mais pour rpondre leurs problmes prsents,
ici et maintenant. Outre ce quĠen a dit Trotsky, et pour ne parler que de la
France, lĠhistorien doit savoir que ni en 1936, ni en 53, 68 ou 95, les
grvistes nĠont attendu de savoir Ç quel gouvernement È leur
convenait.
En fait
la conclusion est que, pour lui, Ç lĠalimentation politique È ne
doit pas porter sur la rponse des masses. Il faut Ç dfaire Sarkozy È, mais sans
dire comment [11]
et pas avant dĠavoir en poche une autre solution gouvernementale !
Quant
sa conclusion, que dire ? Les faits ont tranch. Au moment o Prsumey,
Debord et Ferrette persistaient faire de la loi anti‑grve la
Ç seule È question centrale de la situation, son vritable centre
tait en train de se dvelopper. CĠtait la mobilisation des grvistes qui tenait tte Thibault, Mailly
et Chrque acharns maintenir les Ç ngociations È (toutes les ngociations) qui ouvraient la
voie Sarkozy.
Et la
campagne lance par Le Militant sur le Ç seul È droit de grve, qui
sĠinterdisait dĠouvrir une perspective, vide de son objet et marginalise, se
perdait dans les sables ds la mi-octobre.
pour quels
rsultats ?
Il faut
voir en effet au bout du compte, quels ont t les rsultats.
Je ne
parle pas du nombre de signatures. Sauf pour recenser le maximum de
sympathisants, tant quĠon nĠen a pas quelques centaines de milliers, cĠest
secondaire. Il est dĠailleurs tout fait honorable.
Une
remarque cependant : le texte Ç amend È en juin a recueilli
127 signatures en 3 mois (bulletin nĦ 6 de septembre). Avec le
redressement apport par notre additif, nous en avons fait 64 en moins de trois
semaines. CĠest dire que Ç le langage utilis, comprhensible par une
minuscule minorit È, comme le regrettait Raymond Debord le 9 juin, nĠa nullement rebut
les travailleurs sollicits [12].
Ce que
jĠentends par rsultats, ce sont les rsultats politiques, cĠest‑‑dire
dĠune part les regroupements vivants, dĠautre part la mise en pratique de la
ligne adopte.
Pour le
premier point, les deux seuls secteurs o il y a eu de vritables lments
dĠorganisation sont le Rhne et lĠAllier. Dans le Rhne sur la ligne des
collectifs, adopte la runion du 16 septembre, dans lĠAllier par des
assembles plus larges runissant y compris des personnalits locales, syndicales
et politiques. Je nĠai par contre not aucun compte-rendu (par exemple dans le
bulletin des signataires, qui tait une excellente ide) dĠinitiatives
analogues dans dĠautres dpartements, en particulier dans la Rgion parisienne,
o Le Militant est le plus implant. Ni au niveau syndical, o il est clair que
95 % des Ç responsables syndicaux È ont jug suffisant de donner
leur nom, ni au niveau politique.
Pour ce
qui concerne le second point, il faut dĠabord noter que les analyses de la
situation, dans le Bulletin des signataires puis dans Le Militant –
Lettre de Liaison aprs sa disparition recoupaient souvent les ntres sur
le fond.
Par
exemple dans les Bulletins nĦ 5 et 6 o Vincent dnonait nettement les
Ç ngociations È, ou dans son compte-rendu de lĠassemble de Moulins
et de la discussion qui suit. Egalement dans Le Militant – Lettre de
Liaison nĦ 2, qui met en avant la ncessit du Ç Tous
ensemble È et dnonce la politique des directions qui obtemprent
Sarkozy pour des ngociations dcentralises, au lieu dĠexiger un retrait
total, et dans le nĦ 4, la fois sur le contenu politique des ces
Ç ngociations È, sur le saucissonnage voulu par les directions contre un affrontement dĠensemble, et
sur le fait que Sarkozy Ç nĠest pas fort de ses propres forces È.
Ces
jugements judicieux [13]
ne sont pas sans oscillations ni timidits, et sĠarrtent toujours avant de
conclure. Le Ç tous ensemble È, par exemple, reste un slogan de
principe algbrique : qui doit y appeler ? Qui lĠorganiser ?
Comment ? Mystre. De mme pour les forces de Sarkozy : sĠil nĠen a
pas, dĠo tire‑t‑il son assurance ? Par culture de
Ç lĠimplicit È, sans doute, on ne va pas jusquĠ rpondre : de
la complicit indfectible des dirigeants syndicaux. De mme encore lorsque Le
Militant – Lettre de Liaison nĦ 2 sĠinterroge sur un possible
Ç Tous ensemble È, cĠest‑‑dire Ç une grve
gnrale ce jour‑l È (cĠest‑‑dire pendant 24 heures), il
sĠoppose en mme temps son prolongement (quelques lignes plus haut), dont le
contenu politique, cĠest‑‑dire dfaire le gouvernement, jetterait
les travailleurs, parat‑il, dans Ç un ocan de perplexit È. Je passe sur les rodomontades du
type Ç No pasaran È ou Ç Pas touche È, sans dire comment
empcher de passer ou de toucher.
CĠest l
le trait commun de tous ces textes : ils se limitent des constats, des dnonciations,
et des discussions. Celle de lĠassemble de Moulins est intressante, mais les
participants se sparent sans autre boussole que de se revoir pour continuer
discuter. A la runion du 21 octobre, une camarade FO de lĠAllier nous a
expliqu que le texte amend Ç avait permis de discuter de tout È. Les travailleurs qui avaient
commenc se mobiliser depuis un mois et allaient affronter la trahison
Ç ngociatrice È de Thibault, Mailly, Chrque et Aschiri pouvaient
tre contents de savoir que dans lĠAllier Ç on discutait de
tout È ! Et ceux qui sĠacharnaient dfendre par la grve les
rgimes spciaux auraient jubil dĠapprendre dans chaque numro de Le
Militant – Lettre de Liaison jusquĠ fin novembre que cĠtait la loi sur le service
minimum qui tait Ç plus que jamais au centre È, et pas la politique de leurs
dirigeantsÉ
Difficile,
cependant, de se maintenir sur une ligne simplement propagandiste sur ce seul
thme lorsque se droule le conflit de classe quĠon vient de connatre. Mais
quelle action proposer ? lorsquĠon refuse de sĠattaquer aux dirigeants sur
lĠaxe : ne participez pas ! Refusez les pseudo-ngociations !
Ferrette
oriente la rponse cette question en prsentant ds le 21 septembre,
comme constituant un point dĠappui, les propositions de la direction du
SNASUB : Ç campagne dĠinformation È, Ç prparation lĠaction
ncessaire È,
Ç se runir et en dbattre È, Ç des initiatives dĠaction nationale, de
grve et de manifestations unitaires ÈÉ En bref, le chewing‑gum habituel des
appareils lorsquĠils ne veulent rien faire, tout fait en accord avec les
Ç initiatives È prnes par les Ç syndicalistes È du
Militant le 22 juin.
La
journe dĠaction du 18 octobre va donner lĠoccasion de prciser. Un projet
de tract pour lĠintersyndicale de lĠAllier, le 10 octobre soutient la
grve et appelle lĠaction pour lĠabrogation de la loi anti-grve, la dfense
des retraites, les 37,5 annuits pour tousÉ Mais rien sur les moyens dĠy
arriver. Delbecke, lui, fait adopter par son syndicat CGT : Ç 18
octobre, tous dans la grve, tous dans les manifestations È. Le 14, Vincent, secrtaire FSU
de lĠAllier, fait adopter un tract, trs clair sur les attaques de Sarkozy,
mais qui en reste Ç tous en grve le 18 È.
Entendons‑nous.
Tout laissait penser que la classe ouvrire pouvait encore une fois se saisir
de cette date pour se manifester. Mais celle‑ci sĠinscrivait nanmoins
dans la tactique des appareils comme une habituelle journe dĠaction, incapable
dĠapporter une rponse lĠampleur des attaques. Se borner, au nom de
Ç lĠaction È pousser sa russite sans rien dire sur son caractre
limit et sans ouvrir aux travailleurs une perspective dĠaffrontement [14],
cĠtait non seulement insuffisant mais entrer dans le dispositif des appareils.
CĠest
aussi ce quĠillustre, par exemple, dans le Bulletin des signataires nĦ 4
la valorisation de leur manifestation-alibi devant le Palais Bourbon, ou dans
le mme numro la publication dĠun appel du SNESup qui se termine par une
demande de ngociations Ç pour une rforme concerte È de lĠUniversit !É au moment
o les tudiants exigeaient le retrait de la loi Pcresse dans les facsÉ
bloques !
En
novembre, cette orientation tait compltement dmunie face des
dveloppements o lĠactualit relguait la marge la question quĠelle
sĠobstinait rver comme centrale, et pour laquelle les signatures
sĠteignirent de leur belle mort ds la mi-octobre.
Pour
lĠviter, rptons‑le, il aurait fallu que lĠexcellente initiative de
lĠIntergroupe soit maintenue et largie en octobre-novembre, en rponse au
dnominateur commun de toutes les attaques du gouvernement, constitu par
lĠultimatum de Sarkozy aux dirigeants syndicaux dĠavoir les
Ç ngocier È.
Il aurait
fallu que soit mene, sous son impulsion, une agitation par motions, tracts,
adresses aux dirigeants, dlgations, manifestes, constitution de Comits
contre les Ç ngociations È, etcÉ pour que la voix et lĠopposition
des travailleurs obligent les dirigeants sĠy refuser, ouvrant la voie un
combat gnral sur leur terrain de classe, dont la logique ultime tait (et il
fallait le dire !) se dbarrasser de Sarkozy et de ses sides.
Le
28 juin, Prsumey crivait lucidement, en dfense de son ralliement au
texte modifi par Le Militant : Ç Soit lĠon pense quĠil va servir
de couverture des bureaucrates syndicaux pour dire Ç Vous voyez, on
lutte È et en fait, participer au Ç dialogue social È,
soit È on
mise sur ses avances, etcÉ
Les faits
ont tranch : oui, je le dis sans ambages, ce texte a servi de base, et
dlibrment pour certains, une politique de couverture des bureaucrates
syndicaux.
Dans des circonstances o, prcisment, de larges
fractions de la classe ouvrire ont cherch comment secouer la tutelle des
dirigeants complices du pouvoir, cĠtait extrmement grave. Et pas seulement
pour apprcier la ligne politique de ses auteurs, mais par ses consquences
pratiques : cette couverture a contribu, sa manire et son chelle
lĠisolement des grvistes des transports, dont le mouvement tait le porteur
dcisif de lĠaffrontement de classe [15].
faillite de
lĠexprience ?
Une dernire question mrite dĠtre clarifie. Comment se
fait‑il que de telles divergences, sur les appareils, le gouvernement, la
grve gnrale, etcÉ aient t souterraines, quĠelles ne soient pas apparues
dans lĠIntergroupe entre octobre 2006 et les prsidentielles ?
Il y a, mon sens, trois raisons.
1.
DĠune
part, lors du combat contre le CPE, la question de la ngociation ne se posait
pas en son seinÉ parce quĠelle avait t rgle par la mobilisation des
tudiants qui sĠy refusaient et par le mpris manifest par De Villepin
lĠgard des appareils CGT, FO, etcÉ dont il avait cru pouvoir se passer. Comme
ceux‑ci avaient ralis le Front unique pour refuser de siger et exiger
le retrait sans condition du CPE, les meilleurs suivistes des dirigeants se
trouvaient dĠaccord avec les anti-paricipationnistes
2.
DĠautre
part, lĠaccord tait galement possible sur la question du gouvernement Chirac,
dont lĠexistence tait mise en cause par la grve des tudiants, et plus
directement encore par la victoire du Non au rfrendum. Il sĠest traduit par
la perspective de Ç le chasser È, qui semblait vidente tous.
3.
Sur
la question du gouvernement promouvoir contre celui de la bourgeoisie, dans
une perspective rvolutionnaire (et tout le monde sĠen rclamait), lĠentente
semblait tablie, avec des variantes selon les rfrences historiques de
chacun. En fait, je pense quĠelle a t obscurcie par les circonstances
lectorales.
Il tait possible, en effet, de faire campagne cte cte
cette occasion, les uns sur un terrain lectoraliste, pour une victoire de
Ç la gauche È et donc pour un gouvernement du mme nom, sous lĠgide
du PS, aux ailes Ç gauches È duquel ils taient lis de faons
diverses, et le CCI(T) en appliquant la tactique historique du Front Unique,
cĠest‑‑dire vote pour les candidats appartenant au mouvement
ouvrier et donc pour le PS au second tour des prsidentielles et au second tour
des lgislatives dans la plupart des cas. Les deux lignes convergeaient.
Les prsupposs politiques pouvaient donc en tre
diffrents : nous appelions, nous, un vote ouvrier contre les partis
du capital, et
non pour un soutien quelconque au PS ou sa Ç gauche È, ou un futur
gouvernement dirig par lui. Sur le plan gouvernemental, un vote massif contre
Sarkozy nĠtait nos yeux, sur le terrain limit des lections, quĠun pas en
avant favorisant le rassemblement de classe sur celui du combat pour un
Ç gouvernement ouvrier È, objectif ultime du Front unique. Rien de
plus, et sans semer dĠillusion sur Ç la gauche È et sa victoire.
Cette diffrence tait largement occulte par la lutte
immdiate. Une victoire se serait sans doute charge de la rvler. Elle nĠeut
pas lieu, et cĠest, comme on lĠa vue, lĠoffensive de Sarkozy qui a mis au jour
les divergences.
Divergences sur la politique mener face aux appareils,
plus gnralement face aux rformistes Ç lieutenants de la bourgeoisie
dans les rangs ouvriers È. Divergence, qui en dcoule sans doute, sur la
question du gouvernement ouvrier et de son programme.
Je dis Ç sans doute È car elle nĠa pas t
vraiment clarifie, et en un sens, il nĠest pas si tonnant de voir aujourdĠhui
Prsumey en faire un pralable la perspective de grve gnrale (quĠil ne
refusait pas, me semble‑t‑il, contre le gouvernement Chirac). sauf
quĠil lĠa dresse de faon purement idologique, en plein combat, comme un
obstacle la mobilisation.
*
* *
Il nĠy a pas sĠoffusquer que tout nĠait pas t clair
lĠorigine de lĠIntergroupe. Il nĠy eut alors, de la part de personne ma
connaissance, ni manÏuvre ni dissimulation. CĠest simplement le risque couru
par toutes les alliances et tous les compromis que lĠhistoire noue et dnoue,
avec succs ou non.
LĠIntergroupe a‑t‑il vcu ? A chacun de
dire sĠil peut tre rappel la vie (sur des rapports corrects et des bases
claires), mais
accepter passivement sa liquidation comme tentative de regroupement dĠune
avant-garde, vers un parti rvolutionnaire, au moment o les derniers
vnements montrent que cette question est de plus en plus sensible parmi les
travailleurs et les jeunes [16],
pose un problme de responsabilit politique. En tout tat de cause, je reste,
pour ma part, fermement partisan de la dmarche qui lui a donn naissance et
que je rappelais en commenant.
Prsumey, dans sa lettre de mise en sommeil, le 5
novembre, en appelait une discussion de fond. JĠai estim quĠune
clarification de fond tait en effet ncessaire, une fois la situation
dcante, et lĠpreuve des rsultats. Aussi bien pour ceux qui ont adhr
cette exprience que pour ceux qui lĠont suivie des yeux.
CĠest le seul objet de cet examen.
Jean RIBES – CCI(T), 15
– 26 janvier 2008.
[1] Vincent y avait rpondu en sortant fort justement du schmatisme Ç ou‑ou È, je lĠavais approuv et je nĠy reviens pas.
[2] Par exemple, propos de ma controverse sur la politique du PT avec le Ç shivardiste marrane È, membre de son organisation, Raymond Ç nĠa t convaincu ni par le fond ni par la forme È de ma rponse. On nĠen saura pas plus, sauf Ç la ncessit dĠun dbat potentiel sur la Nation È. Ailleurs, Ç il faudrait discuter de la question des Verts È, ou encore Ç de lĠattitude dans les syndicats È, mais sans jamais expliciter ni amorcer ces dbats en dveloppant SES positions. De mme sur la question de la ngociation (voir plus loin), justifie‑t‑il son revirement par lĠopposition de ses Ç syndicalistes È, sans dire alors ce quĠil en pense. Et je dcouvrirai plus tard que son nom ne figure pas parmi les signataires, ni de leur texte, ni du ntre, sans explications. Ce qui ne lĠempche pas le 24 septembre de nous prendre parti au nom de leur dfense (?) propos dĠune runion o nous tions, parat‑il, trop nombreux. A dfaut de transparence, Debord ne manque pas dĠair.
[3] Il voque alors des accusations rciproques Ç dĠopportunisme È et Ç de sectarisme È sans dire qui accuserait qui, o et quand. CĠest simplement diffuser de la suspicion, gratuitement. Dcevant.
[4] alors quĠil crivait lui‑mme le 1er aot : Ç Cette initiative nĠaurait pas vu le jour sans lĠIntergroupe È.
[5] A la mi-juillet parat en effet un bulletin Ç des signataires È, sous la houlette de Franois Ferrette, militant du groupe de Raymond Debord, de niveau national, mais totalement inconnu lĠIntergroupe. Il publie une liste Ç dĠallis È, o lĠon trouve, ct du Militant, toutes sortes de gens dont Rsistance Sociale, En avant le PCF, Forum SocialisteÉ mais ni La Commune, ni le CCI(T). Et le nĦ 3, fin juillet, en donne implicitement la raison en rpondant la question dĠun lecteur Ç Qui tes‑vous ? È : Ç La ptition a t initie par des syndicalistes CGT et FSU (dont certains membres du PS et du PCF È. CĠest faux par omission, mais lourd de sens par ses rfrents politiques : non plus lĠIntergroupe mais les appareils. La rponse correcte aurait t : lanc par lĠIntergroupe et modifi par Le Militant.
[6] Il devait reprendre personnellement son compte lĠorientation du Militant dans son dito de la Lettre de Liaisons de mi-juillet (Bulletin nĦ 1 des signataires, p. 5) o Ç lĠimplicite È est dsormais totalement absent.
[7] Plus tard, le 21 octobre, la seconde (et dernire) runion Ç des signataires È (totalement absents), Vincent rcusa ce Ç redressement È en arguant que les problmes taient simplement mis en discussion, et quĠil ne fallait pas confondre signataires et Intergroupe.
[8] CĠest devenu une loi gnrale que, lorsquĠon veut refuser une orientation sans lĠavouer, on sĠen prenne ses termes, son langage, sa forme, etcÉ pour dire la mme chose Ç autrement È, voire Ç implicitement ÈÉ
[9] Dans son compte‑rendu du congrs de la FSU, Ferrette note lĠappui de sa thse sur le rformisme invitable, Ç le reflux de la conscience politique È avec la fin du Ç bloc socialiste È (sic) et ajoute : Ç il faudra que les masses subissent de nouvelles expriences pour en comprendre les limites È.
[10] Et non pas seulement Ç le dfaire È, quoi Vincent Prsumey rduit lĠengagement de la charte du 10/10/06, qui parlait clairement de Ç le chasser È.
[11] Voir plus haut : Ç Nous nĠappelons pas lĠaction. È
[12] CĠest lĠhabitude des aristocrates ouvriers et des bureaucrates que de dire des pkins de base quĠils ne peuvent pas comprendre. Laissons‑leur cet apanage !
[13] Trs diffrents de ceux de Ferrette, notons‑le au passage. En particulier dans un mail trs intressant de Prsumey, le 7 octobre, sur les dessous des Ç ngociations È de la loi anti-grve.
[14] Mais laquelle si on refusait la ntre ?
[15] dont Prsumey ne semble pas avoir compris que la dfense du droit de grve laquelle il sĠattachait tant dpendait de leur victoire, elle‑mme dpendant de leur refus des ngociations.
[16] Cf entre autres les rponses que la LCR et le PT cherchent lui donner, leur profit.