PrŽsentation :
Ce texte de Vincent PrŽsumey est une rŽponse ˆ la
Ç lettre ouverte aux militants et sympathisants de lÕIntergroupe È de
Jean Ribes, militant du CCI(t), datŽe du 26 janvier 2008.
Essai de rŽponse
ouverte ˆ la lettre ouverte de Jean Ribes
L'intergroupe.
L'intergroupe Žtait la formalisation d'un accord et
de rencontres rŽgulires entre quatre groupes politiques rŽalisŽs lors du
mouvement contre le CPE au printemps 2006. Ces quatre groupes Žtaient la Lettre
de Liaisons, le Militant, la Commune et le ComitŽ Communiste Internationaliste
(Trotskyste). Cette rencontre avait ŽtŽ permise par plusieurs prŽcŽdents, dans
lesquels la prŽsence de divers autres groupes avait variŽ, consistant en des
rŽunions nationales ˆ l'initiative de la Lettre de Liaisons, dont l'objet Žtait
de dŽgager une perspective politique d'affrontement avec Chirac et ses
gouvernements successifs (Raffarin, De Villepin) ; le mot d'ordre "Dehors
Chirac" en Žtait la base et en donnait la continuitŽ. La rencontre du printemps
2006 n'aurait pas ŽtŽ possible sans ce travail antŽrieur qui remonte en fait ˆ
dŽbut 2003. Au printemps 2006 la convergence portait, sur cette base
("Dehors Chirac"), sur la volontŽ de centraliser l'affrontement, par
exemple ˆ un moment donnŽ dans le mot d'ordre de manifestation nationale,
appuyŽe sur une grve gŽnŽrale pour monter ˆ Paris, contre le gouvernement.
L'intergroupe n'Žtait pas l'embryon du parti
rŽvolutionnaire, mais un cadre d'action commune et de discussion qui pouvait
Žventuellement s'Žlargir et permettre de fŽdŽrer des forces plus importantes
autour de la volontŽ de poser la question du pouvoir politique et du dŽbouchŽ
politique pour la classe ouvrire en France, et non de la taire ou de faire
comme si ce problme n'existait pas. Evidemment, ceci a ˆ voir avec la
construction d'une reprŽsentation politique fidle et dŽmocratique de la classe
ouvrire, c'est-ˆ-dire d'un parti rŽvolutionnaire, mais ceci ne faisait pas de
l'intergroupe en tant que tel, et encore moins bien sžr de chacune de ses composantes,
le "noyau" du futur parti. Ce cadre a effectivement permis de
rŽaliser la fusion du Militant et de la Lettre de Liaisons, ce qui n'est pas
nŽgligeable.
Pourquoi
l'intergroupe a cessŽ de fonctionner.
Je n'ai pas "mis en sommeil"
l'intergroupe par mon mail du 5 novembre 2007 qui proposait d'ajourner la
rŽunion initialement envisagŽe le 11 novembre, mail auquel personne n'a rŽagi
et que personne n'a contredit ˆ ce moment lˆ, et qui proposait aussi de
reprendre le dŽbat, avec des pistes de discussion et en signalant que le
matŽriel publiŽ sur la campagne droit de grve, notamment, devait nourrir
celle-ci (le compte-rendu de la rŽunion du 21 octobre l'accompagnait et
reprenait tous les ŽlŽments de la discussion sur la "grve
gŽnŽrale").
Pour une "mise en sommeil", c'aurait donc
ŽtŽ tout de mme une mise au lit avec de la lecture et des taches.
Mais l'intergroupe Žtait alors dŽjˆ en sommeil et
son "coordinateur" n'y pouvait rien, pour trois raisons politiques :
1¡) Des divergences, connues mais nŽanmoins peu
discutŽes directement entre nous, sur l'appel au vote pour les reprŽsentants
des partis "traditionnels", cristallisŽes naturellement lors des
Žlections prŽsidentielles de 2007, les camarades de la Commune ayant appelŽ au
vote Arlette Laguiller au premier tour et ˆ ne pas voter au second, la Lettre
de Liaisons, le Militant et le CCI(T) ayant, avec des nuances sur lesquelles je
ne reviens pas ici, appelŽ au vote Royal (entendu plut™t comme vote contre
Sarkozy, mais reposant sur le fait qu'elle Žtait "malgrŽ tout" la
candidate du PS, parti issu du mouvement ouvrier) au second tour au moins.
La Commune n'a participŽ aux rŽunions de
l'intergroupe que de manire trs distante et intermittente depuis le dŽbut de
la campagne prŽsidentielle. On peut dire que de fait ce groupe n'y Žtait pas ou
plus impliquŽ.
2¡) Les divergences survenues entre le CCI(T) et
les deux autres composantes, devenues une seule, ˆ l'automne 2007, sur la
manire d'aborder le thme de la grve gŽnŽrale (je reviendrai rapidement ci-dessous
sur la position de la Commune au mme moment, mais elle n'est pas intervenue
dans le dŽbat).
On voit que je n'ai pas ici le mme calendrier des
Žvnements que la reconstruction a posteriori ˆ laquelle se livre Jean Ribes
dans son texte. Cette reconstruction amre et agressive, sur laquelle je vais
revenir puisqu'il le faut bien, a laissŽ mal ˆ l'aise y compris des camarades
qui pensent qu'on aurait dž lancer haut et fort le mot d'ordre de "grve
gŽnŽrale" ˆ l'automne 2007, en apparence donc plus proches de la position
de Jean sur le fond, mais embtŽs sincrement par la forme. L'intergroupe n'est
pas "entrŽ en catalepsie" le 20 juin 2007 sous l'effet d'une
injection de poison bureaucratique par d'odieux personnages tapis dans l'ombre
tels les "syndicalistes" (avec guillemets, sympa camarade Jean !) du
Militant. C'est pourquoi je reviendrai d'abord ci-dessous sur cette divergence
lˆ, autour du thme de la grve gŽnŽrale (mais pas "pour" ou
"contre" celle-ci).
3¡) Par contre la Lettre de Liaisons et le Militant
ont fusionnŽ, ce qui prouve la possibilitŽ de se regrouper
organisationnellement avec des cultures, des passŽs politiques diffŽrents, et
qui s'appuie sur les dŽbats et l'action rŽalisŽs en commun dans le cadre de
l'intergroupe et des rencontres qui l'ont prŽcŽdŽ (puisque nous nous
connaissions avant sa formation, depuis 2003). Cette fusion aurait pu stimuler
la vie et l'activitŽ de l'intergroupe sans le poids pris par les deux champs de
divergence que je viens d'ŽnumŽrer, la Commune s'Žtant distanciŽe de fait, sans
conflit mais sans prendre part ˆ l'intergroupe, et le CCI(T) ou Jean si je m'en
rŽfre ˆ son texte, semblant s'tre imaginŽ menant un valeureux combat pour
"redresser" l'alignement de l'intergroupe sur les appareils bureaucratiques
...
De
telles divergences n'expliquent pas une rupture.
De telles divergences, ou disons de telles
discussions, existent aussi parmi de nombreux travailleurs, de nombreux
militants, et en l'occurrence on les trouve parmi les adhŽrents du Militant
chez lesquels les positions lors des Žlections prŽsidentielles, puis sur ce
qu'il fallait faire et prŽconiser ˆ l'automne 2007, sont aussi divers et
parfois plus encore que ce qui s'est exprimŽ dans le cadre de l'intergroupe !
Et pourtant cela ne nous empche pas -au contraire-
de chercher ˆ dŽgager une orientation axŽe sur la question du pouvoir et
dŽbouchant bel et bien sur l'organisation pour dŽfaire et chasser Sarkozy et
ouvrir la voie ˆ un gouvernement des travailleurs ...
Si cette diversitŽ peut fonctionner dans un mme
groupement, alors qu'elle a mis fin de fait au fonctionnement de l'intergroupe,
c'est parce que le Militant -comme l'Žtait en plus petit la mouvance autour de
la Lettre de Liaisons- n'est pas et ne prŽtend pas pour sa part tre une
fraction organisŽe ˆ la manire bolchevique ou supposŽe telle avec discipline,
ligne gŽnŽrale dŽfinie prŽcisŽment et valant pour chaque membre, lequel est
supposŽ en outre reconna”tre un ample bagage programmatique. Non pas que nous
soyons contre une organisation "ˆ la bolchevique" sous des formes ˆ
rediscuter et redŽfinir pour aujourd'hui, et non pas que nous n'ayons pas de
discussions "programmatiques", mais nous pensons que pour aller vers
un parti permettant aux larges masses de prendre le pouvoir il faut plut™t Žviter
de proclamer, ou de cristalliser, sa "fraction" ou son soi-disant
"noyau" du futur parti, et permettre un regroupement large et mme,
et oui, un peu informe parfois, dans lequel et par lequel jeunes, travailleurs,
militants drainant diffŽrentes cultures historiquement constituŽes dans le
mouvement ouvrier, Žchangent et agissent en commun.
Les faits montrent d'ailleurs que l'organisation
centralisŽe du petit groupe "fraction" ne rŽsiste pas mieux aux
pressions de la bourgeoisie, qui s'y exercent de prŽfŽrence par la tte, que ce
type de groupement plus "souple" qui subit naturellement lui aussi
des pressions, mais dans lequel les contre-pressions et l'expression de ce que
recherchent les travailleurs par approximations successives et enrichissement mutuel
peuvent avoir plus de marge pour s'exercer.
Donc, qu'il soit clair pour nous que nos
divergences ne sont pas en soi dramatiques. Il est normal, ˆ l'automne 2007,
que l'on ait dž discuter du rapport de force social en France suite ˆ
l'Žlection de Sarkozy, de l'opportunitŽ et de la manire d'aborder la grve
gŽnŽrale, le mouvement des cheminots, les pseudos nŽgociations, etc. Il serait
au contraire inquiŽtant que tout cela ait semblŽ Žvident ˆ tout le monde sans
discussion, dans un sens ou dans l'autre.
Mais le problme, le vrai problme, ŽtalŽ de
manire un peu acrimonieuse par la "lettre ouverte" de Jean, est une
certaine incapacitŽ de sa part, dans ce texte -car je ne veux gŽnŽraliser ni
pour lui, ni pour l'ensemble des camarades du CCI(T)- ˆ voir ces divergences,
inŽvitables et mme nŽcessaires, autrement que sous la figure du complot
bureaucratique, dressant ainsi des figures mythiques telles que "Raymond
Debord" (Raymond Debord existe, je l'ai rencontrŽ, Jean aussi d'ailleurs,
mais il devient dans son texte une figure mythique, ainsi que Franois
Ferrette) et "les syndicalistes du Militant" tapis dans l'ombre, tels
des agents dormants, et attendant l'occasion propice -celle du durcissement de
la lutte des classes consŽcutif ˆ l'Žlection de Sarkozy- pour tendre leur
embuscade ...
Ce ne sont pas les divergences que nous avons eues,
que nous avons et que nous aurons, en soi, qui posent problme, mais c'est la
mŽthode qui consiste ˆ les expliquer et les interprŽter ainsi qui interdirait
de les rŽsoudre et qui interdirait ˆ qui procde ainsi d'avancer rŽellement
vers le regroupement des travailleurs et des militants, vers la construction
d'un vrai parti.
La
campagne pour la dŽfense du droit de grve n'est pas un roman de gare.
La mŽthode de Jean dans sa "lettre
ouverte" n'est pas marxiste, mais tŽlŽologique, en ce sens qu'elle part du
principe que le Militant est liŽ ˆ la bureaucratie et a donc fait en sorte de
dynamiter l'intergroupe, le centriste PrŽsumey ayant finalement succombŽ ˆ la flžte
enchantŽe du droitier Debord. Ce principe posŽ, il faut reconstruire les
positions et les faits pour le dŽmontrer, en mettant en relief ce qui convient
pour cela, en occultant le reste et en dŽformant gravement nos positions
rŽelles. Il est trs regrettable de procŽder ainsi car, dans un cadre
fraternel, que rŽcuse ce texte, avec des discussions sans concessions mais
reposant sur les faits, beaucoup des remarques, propositions, interrogations,
des camarades du CCI(T) auraient une utilitŽ certaine, comme l'a montrŽ la vie
de l'intergroupe jusqu'au delˆ de la date fatidique selon Jean du "20 juin
2007".
Le r™le du pŽchŽ originel dans sa reconstruction a
posteriori est donc tenu par un prŽtendu coup d'Etat qui aurait eu lieu ce jour
lˆ. Reprenons. J'avais, sur une idŽe initiale de Daniel Petri de la Commune,
rŽdigŽ un texte "Le droit de grve n'est pas nŽgociable", qui s'est
ajoutŽ aux deux autres textes adoptŽs par les quatre groupes suites aux
Žlections prŽsidentielles, l'un sur la dŽfense des jeunes victimes de la
rŽpression, l'autre sur la perspective gŽnŽrale de "DŽfaire Sarkozy".
Une petite parenthse ici au sujet de cette
dernire formule : Jean a Žgalement dŽcouvert a posteriori qu'elle Žtait une
couverture de "PrŽsumey" pour ne pas dire "Dehors Sarkozy".
il est tout ˆ fait exact que c'est en toute conscience que, suite ˆ sa victoire
du 6 mai 2007, je n'ai pas Žcrit "Dehors Sarkozy" comme possibilitŽ
immŽdiate, mais "DŽfaire Sarkozy" comme correspondant au rapport de
force rŽel, signifiant : il va attaquer, nous devons nous aussi prŽparer cet
affrontement pour le battre car ce sera lui ou nous. Cela est parfaitement
clair pour n'importe qui lisant ce qui est Žcrit au lieu de chercher ˆ mettre
ses accusations entre les lignes. Jean ironisera peut-tre sur l' "implicite"
: hŽ bien oui, dŽfaire Sarkozy contient implicitement le fait de le chasser, de
mme qu'en gŽnŽral la lutte des classes contient implicitement la rŽvolution.
Cela ne veut pas dire qu'on va se contenter de l' "implicite" mais
cela permet d'amorcer une perspective sans toujours tout mettre en ligne, pour
ne pas tre "cent pas en avant" et trŽbucher en faisant un pas en
avant de trop, mais juste "un pas en avant" et donner une perspective
dont les larges masses puissent se saisir rŽellement. Quel travailleur
normalement constituŽ pourrait adhŽrer ˆ une dŽmonstration selon laquelle le
type qui dit "DŽfaire Sarkozy" a pour but essentiel de combattre le
mot d'ordre "Dehors Sarkozy" ? il se dira qu'il a affaire ˆ des
entortilleurs de formules qui pourraient mme lui faire penser, pas du tout
"implicitement", ˆ des faiseurs de discours bureaucratiques et
d'entourloupes pour noyer le poisson. Fermons la parenthse.
Ce texte sur le droit de grve fut discutŽ et
modifiŽ dans une rŽunion des terribles "syndicalistes" (avec
guillemets !) du Militant. Soyons prŽcis, ils lui ont apportŽ deux
modifications. La premire consistait dans l'ajout d'une phrase rappelant que
le droit de grve est devenu un droit constitutionnel. La seconde remplaait
l'affirmation selon laquelle le principal atout de Sarkozy Žtait la
participation des directions syndicales ˆ la "concertation" et des
"nŽgociations" sur ce sujet et l'exigence qu'elles ne participent ˆ
aucune nŽgociation sur le "service minimum" par l'exigence d'une
campagne unitaire pour le retrait du projet de loi. Cette dernire modification
retirait au texte l'exigence explicite de refuser de nŽgocier sur le
"service minimum", tout en conservant l'explication trs claire selon
laquelle la premire manche du plan de Sarkozy Žtait "d'instaurer dans la
concertation" le dit service minimum dans les transports avant fin 2007 ;
et elle ajoutait, par contre, au texte, l'exigence d'une action syndicale
unitaire pour le retrait du projet de loi.
A cette fameuse date fatidique du 20 juin 2007,
aucune nŽgociation sur la dite loi n'avait commencŽ. Mettre en avant une
campagne pour le retrait du projet de loi de Sarkozy (puis pour son abrogation)
allait Žvidemment ˆ l'encontre du fait de nŽgocier son application. Que des
bureaucrates tordus veuillent utiliser ce thme du "retrait" pour
couvrir leur collaboration, c'est possible, mais justement le meilleur moyen de
les combattre n'est pas d'tre aussi tordu qu'eux mais de dire "Tous
ensemble pour le retrait, donc pas de nŽgociation du service minimum".
Sur le fond, c'est exactement ce qui fut dit,
expliquŽ, argumentŽ, dŽveloppŽ, dŽs le premier n¡ du bulletin des signataires
pourtant placŽ "sous la houlette" du terrible Franois Ferrette. Les
"syndicalistes du Militant" ont voulu enlever du texte tout ce qui
pouvait passer ˆ tort ou ˆ raison pour une dŽnonciation a priori des directions
syndicales, avec l'intention de gagner des signatures de responsables syndicaux
... et ceci n'a pas empchŽ, au contraire, d'expliquer qu'il ne fallait pas
aller dans les "nŽgociations" sur le "service minimum" !
Pour le bon fonctionnement de l'intergroupe, il est
par contre exact qu'il aurait ŽtŽ prŽfŽrable que cette modification soit
soumise ˆ tous avant de commencer ˆ diffuser publiquement (au nom du Militant)
le texte modifiŽ, Žtant entendu que le Militant Žtait naturellement libre de le
faire. Mais Jean a oubliŽ, dans son texte, notre rŽunion du 4 juillet, o
Raymond en sa prŽsence a rŽalisŽ cela et s'en est mme excusŽ. Cela ne cadre
pas, en effet, avec la thŽorie du complot. HŽ oui, ˆ certains moments, et
surtout, surtout, lorsqu'ils sont en contact avec la vie rŽelle et agissent
dans la lutte des classes, les militants font un pas dans un sens, un pas dans
l'autre, improvisent, et parfois se trompent ou ne pensent pas ˆ tout. Pour en
faire un complot, il faut aussi ˆ Jean oublier purement et simplement tous les
rapports rŽels qu'il a eu avec le Militant (antŽrieurs ˆ sa fusion avec
Liaisons) pendant un an. A le lire on apprend que le Militant se tenait ˆ
l'Žcart de l'intergroupe en attendant de perpŽtrer son "kidnapping"
(sic !) dans l'ombre. InvitŽ et prŽsent ˆ la rŽunion festive du 10¡
anniversaire du Militant quelques mois plus t™t, Jean en a vu pratiquement tous
les adhŽrents ce soir lˆ, ceux dont Raymond lui avait expliquŽ que leur
dŽmontrer l'importance de l'intergroupe n'Žtait pas forcŽment Žvident.
Lesquelles rŽunions de l'intergroupe sur Paris se sont rŽgulirement tenues ...
dans les locaux du Militant. De mme que celle, ˆ laquelle le CCI(T) fut invitŽ
et qui fut d'une grande richesse, de discussion avec des trotskystes
britanniques et amŽricain. Tout cela, c'est sans doute de la "petite
histoire", dirait Jean ! Qu'il occulte compltement au service de sa
pseudo-dŽmonstration. Je dois dire que si les "syndicalistes du
Militant" ont commis un impair le 20 juin vis-ˆ-vis des autres composantes
de l'intergroupe, ce que Raymond a cordialement reconnu, que penser de
l'Žchafaudage manipulatoire auquel se livre Jean dans ce texte ? Est-ce bien
correct, du point de vue de la dŽmocratie ? Oh pardon, j'avais oubliŽ que se
rŽfŽrer ˆ la "dŽmocratie" Žtait un vice, un de plus, des bureaucrates
du Militant ... je m'excuse de manifester une lŽgre exaspŽration, mais s'il
est agrŽable de discuter fraternellement arguments contre arguments, il ne
l'est pas d'avoir ˆ dŽmler des scŽnarios imaginaires faits pour Žcarter les
arguments politiques.
Or donc, les camarades du CCI(T) ayant refusŽ de se
joindre ˆ la campagne sur le texte tel qu'il avait ŽtŽ modifiŽ, et les
camarades de la Commune Žtant aux abonnŽs absents sur ce sujet, Liaisons et le
Militant s'accordaient pour commencer ˆ faire signer le texte modifiŽ, rŽaliser
un bulletin des signataires, etc. Deux structures syndicales es qualitŽs
assumaient le texte : la FSU de l'Allier et l'Union Syndicale CGT Commerce et
Services de Paris. Anne Franco, secrŽtaire nationale du Syndicat de la
Magistrature, nous envoyait sa signature. Comme le dit Jean qui y voit
manifestement la suite de son complot interplanŽtaire, le terrible Franois
Ferrette publiait une "liste d'alliŽs" avec toutes sortes de gens
dont "RŽsistance sociale, En avant le PCF, Forum socialiste" mais pas
le CCI(T) et la Commune. Mais bon sang, qu'aurait dit Jean, et ˆ bon droit d'ailleurs,
si nous avions publiŽ alors le CCI(T) dans la liste des signatures qui nous
sont effectivement parvenues et que nous avons naturellement rendues publiques
? !
En fait, ˆ la suite d'une discussion tout ˆ fait
sereine alors sur ce sujet lors des journŽes d'Žtude estivale du CCI(T),
celui-ci dŽcidait de se joindre ˆ cette campagne moyennant l'adjonction d'un
paragraphe qui spŽcifiait que les directions syndicales ne devaient en aucun
cas participer aux nŽgociations de mise en place du "service
minimum". Comme l'explique Jean Ribes, le texte avait dŽjˆ 127 signatures
durant les mois d'ŽtŽ, et le CCI(T) -ainsi que la Commune qui est brivement
rŽapparue en se ralliant au texte avec l'additif- en a rŽcoltŽ 64 "en
moins de trois semaines". Voila que la reconstruction ˆ laquelle il se
livre prend un tour olympique ... mais ˆ ce compte lˆ, on pourrait aussi dire :
"Vous en avez fait 64 et nous 127, na ! ". Jean ne dit d'ailleurs mot
des signatures ultŽrieures et notamment des quelques 250 de l'Allier,
majoritairement bien sžr des travailleurs du rang, y compris des non syndiquŽs
et mme quelques agriculteurs. Il est vrai qu'apprenant avec dŽpit en novembre
que des responsables syndicaux et des Žlus socialistes, communistes (et mme
Verts ! ) avaient signŽ ce texte dans l'Allier, il nous a dit : "ce n'est
donc qu'une pŽtition" (la preuve : les bureaucrates la signent ! ). Que
consigne ait ŽtŽ donnŽe dans l'appareil CGT de ne pas signer et de
court-circuiter ce texte, en faisant feu notamment sur son passage concernant
les retraites et les 37,5 annuitŽs, voila une information qu'il a occultŽe,
comme d'autres, puisqu'elle contredit la thse du complot bureaucratique du
Militant ... DŽsolant.
La suite de ce rŽcit rŽŽcrit, refait et reconstruit
aprs coup est ˆ l'avenant. On dŽcouvre avec surprise que pour Jean, lors de la
rŽunion des signataires de septembre, il nous a fait cŽder, nous a pour ainsi
dire contraints ˆ redresser provisoirement notre orientation d'alignement sur
les appareils, puisque le texte adoptŽ disait trs clairement qu'il ne fallait
pas nŽgocier le "service minimum", refuser d'aller ou se retirer de
toute nŽgociation engagŽe ˆ ce sujet. En fait, nous n'avions nullement besoin
du CCI(T) pour dire cela ; c'Žtait la conclusion naturelle de la premire Žtape
de cette campagne, qui correspondait au moment prŽcis faisant suite ˆ
l'adoption de la loi dŽbut aožt et sa validation par le conseil constitutionnel
fin aožt. Nulle violence, nulle pression, nulle vigoureuse philippique, n'ont
ŽtŽ nŽcessaires pour que non seulement moi-mme, mais aussi le terrible
Franois Ferrette, opŽrions ce "redressement" imaginaire avant mme
la rencontre du 21 septembre, puisque nous nous y sommes rendus avec
l'intention de proposer ce qui y fut adoptŽ ...
Remarquons aussi le r™le des mots : selon Jean,
"la ligne des comitŽs" adoptŽe le 16 septembre sera ensuite mise en
oeuvre par le CCI(T) dans la rŽgion lyonnaise. L'expression "ligne des
comitŽs" sert ici sans qu'il s'en rende compte ˆ remplacer une chose par
une autre. Le 16 septembre, il avait ŽtŽ dŽcidŽ de faire des "comitŽs
locaux ou sectoriels pour prŽparer le combat d'ensemble " "pour
l'abrogation de cette loi, pour la mobilisation en dŽfense du droit de grve,
contre Sarkozy". De mme, finalement, que le Militant avait parfaitement
le "droit" en juin de modifier le texte de l'intergroupe pour en
faire l'instrument d'une campagne dirigŽe vers les "cadres syndicaux
intermŽdiaires", de mme le CCI(T) avait naturellement le droit en octobre
d'interprŽter la "ligne des comitŽs" dŽfinie ˆ la rencontre des
signataires du 16 septembre comme voulant dire "faisons des comitŽs pour
appeler les dirigeants syndicaux ˆ appeler ˆ la grve gŽnŽrale pour un
gouvernement des travailleurs basŽ sur les comitŽs Žlus et rŽvocables intŽgrant
leurs organisations". Mais de mme que le CCI(T) avait le
"droit" en juin d'estimer que l'appel modifiŽ par le Militant
s'Žcartait de l'orientation du texte de l'intergroupe, de mme avions-nous
aussi quelques raisons de trouver que cette "ligne des comitŽs"
version CCI(T) s'Žcartait singulirement de l'orientation de la rŽunion des
signataires et noyait au passage toute campagne unitaire contre le
"service minimum" dans des mots d'ordre gŽnŽraux, bons ou mauvais au
demeurant ...
Ce sont les divergences survenues ˆ ce moment lˆ
qui, sans faire des uns des tra”tres et des autres des purs ou l'inverse,
empchaient un travail rŽellement commun.
Les
positions rŽelles des uns et des autres ˆ l'automne 2007.
Quelles Žtaient rŽellement, cet automne, les
positions des uns et des autres ?
Le Militant et la Lettre de Liaisons ont eu une
formule dominante pendant toute la pŽriode allant de dŽbut octobre ˆ fin
novembre 2007 (pŽriode qui recouvre les deux journŽes d'action intersyndicales
du 18 octobre et du 20 novembre, la grve des cheminots et le mouvement
Žtudiant) : "Branches par branches nous serons dŽfaits, Tous ensemble nous
dŽferons Sarkozy ! ". Nous avons combattu pour Žlargir au maximum les
grves du 18 octobre et du 20 novembre sur cette orientation, en insistant notamment
sur deux revendications qui se sont heurtŽes ˆ l'opposition des directions
syndicales : la dŽfense des 37,5 annuitŽs pour tous, rejetŽe notamment par la
direction de la CGT, et l'abrogation de la loi anti-grve dans les transports
terrestres (ici s'insre donc la campagne spŽcifique sur ce point central).
Nous avons condamnŽ la participation des directions syndicales aux pseudo
nŽgociations sur deux questions prŽcises : celle de l'application de cette
dernire loi (et nous avons pour cela dŽpistŽ, littŽralement, ce qui se passait
dans le secteur des transports sur quoi personne d'autre n'a fait la moindre
publicitŽ), et l'acceptation par B. Thibault, contre la grve des cheminots au
moment o celle-ci dŽmarrait, d'aller nŽgocier dans le cadre voulu par Sarkozy.
Plus prŽcisŽment, nous ne nous sommes pas contentŽs de dŽnoncer, de dire
"ˆ bas ! ", mais nous avons surtout expliquŽ, ce qui vaut bien une
dŽnonciation. Nous avons, sur cette base, dans la lettre de Liaison du
Militant, dans le cadre de la campagne droit de grve, dans nos interventions
sur le terrain, posŽ la question du combat d'ensemble pour dŽfaire Sarkozy, de
manire systŽmatique (donc nulle occultation ici de la "grve
gŽnŽrale" qui n'a absolument pas ŽtŽ et n'est pas pour nous un sujet et une
formule tabou ni un sŽsame magique contre les compromissions, mais au contraire
celle-ci abordŽe ˆ sa vraie place, qui est celle du combat politique pour la
centralisation du mouvement de la classe ouvrire contre la classe capitaliste
et son Etat -on va y revenir). Nous avons Žgalement dŽnoncŽ le ralliement de la
direction de l'UNEF ˆ la loi PŽcresse contre les Žtudiants et rendu compte du
combat menŽ dans la Coordination Žtudiante pour la grve gŽnŽrale des
universitŽs sur la base de la revendication d'abrogation de la loi PŽcresse en
exigeant que l'UNEF reprenne la revendication et soit dans la grve et dans la
Coordination. Lorsqu'ˆ partir de la reprise des cheminots, il est apparu que le
mouvement Žtudiant passait progressivement en phase descendante, nous avons
suggŽrŽ la perspective d'une manifestation centrale de la jeunesse contre
Sarkozy comme alternative ˆ l'impossible "Žlargissement du mouvement"
que continuait ˆ dŽclarer vouloir la Coordination.
Le CCI(T) a exigŽ des dirigeants des centrales
syndicales qu'ils appellent ˆ la grve gŽnŽrale pour chasser Sarkozy et pour un
gouvernement des travailleurs, et a formŽ des comitŽs pour cela dans la rŽgion
lyonnaise, ceci remplaant de fait pour ces camarades les regroupements de
front unique que nous avions envisagŽ au dŽpart sur la dŽfense du droit de
grve. Ce gouvernement des travailleurs, auquel il Žtait demandŽ aux dirigeants
syndicaux d'appeler, devait tre "composŽ par leurs dŽlŽguŽs Žlus et
rŽvocables, associant et contr™lant leurs organisations" (la liste de
celles-ci n'Žtant spŽcifiŽe ni dans le tract du CCI(T) du 10 novembre ni dans
celui du 16 novembre). Cette exigence Žtait reliŽe ˆ celle de la rupture de
l'ensemble des nŽgociations de participation au "dialogue social",
dont celles sur les rŽgimes spŽciaux de retraite, mais sans mettre l'accent en
particulier sur telle ou telle. Il est possible que telle ou telle cellule du
CCI(T) ou comitŽ constituŽ ˆ son initiative sur cette orientation sur les lieux
de travail de ses militants, ait abordŽ plus prŽcisŽment le fait d'Žlargir la
grve tel jour ou de centraliser concrtement la lutte contre Sarkozy et le
gouvernement par exemple par la perspective d'une manifestation nationale, mais
je n'en ai pas trace et je pense que c'est assez peu probable.
Il me semble utile et intŽressant d'ajouter que
l'Žditorial de la Commune du 19 octobre, de Pedro Carrasquedo, se terminait par
la formulation suivante : "Tous ensemble dans l'unitŽ ! Grve totale
jusqu'au retrait de la rŽforme des rŽgimes spŽciaux ! Il y a rien d'autre ˆ
nŽgocier ! ". Il me semble que la Commune n'a pas spŽcialement maniŽ la
formule "grve gŽnŽrale" dans cette pŽriode, ce qui ne veut pas dire
qu'elle Žtait "contre" la grve gŽnŽrale, pas plus que moi-mme comme
on pourrait le penser ˆ lire Jean Ribes. Les camarades de la Commune ont mis en
avant la rupture de toute "nŽgociation" d'une manire assez similaire
au CCI(T) mais sans parler de grve gŽnŽrale ni de gouvernement des
travailleurs. Ils ont mis un accent particulier sur la question du caractre
illimitŽ qu'aurait dž prendre selon eux la grve des cheminots, ˆ mon avis en
faisant un peu trop reposer sur les seuls cheminots le combat d'ensemble.
Il est important de rappeler quelles ont ŽtŽ les
positions effectives des uns et des autres, d'abord pour mesurer que ces
variations traduisent des questions rŽelles, des difficultŽs rŽelles, et
recoupent les questions que se posaient de manire diffŽrenciŽe selon les
secteurs les travailleurs, et les jeunes, eux mmes.
Ensuite pour comprendre qu'aucune de ces variantes
ne correspond ˆ une ligne de soutien aux appareils qui aurait choisi de
s'opposer au mouvement rŽel des masses dŽferlant vers la grve gŽnŽrale, ce qui
est bien pourtant le rŽsumŽ que Jean tend ˆ donner de ce qui fut l'orientation
du Militant et de la Lettre de Liaisons.
Enfin il serait Žgalement difficile de soutenir que
l'une de ces orientations posait "la question du gouvernement" plus
que les autres, ˆ moins de penser que parler d'un "gouvernement des
travailleurs" et de l'Žlection de comitŽs de dŽlŽguŽs Žlus et rŽvocables
s'emparant du pouvoir et formant le gouvernement, c'est-ˆ-dire de soviets,
Žtait la manire concrte et directement saisissable par les plus larges masses
pour les encourager ˆ rŽsoudre par la grve la question du pouvoir politique,
ou mieux encore ˆ aller demander ˆ Thibault et Mailly de leur permettre de la
rŽsoudre ainsi ... Ce qui, soit dit en passant en sans en faire un jugement de
valeur qui validerait ou invaliderait cette orientation, procde beaucoup plus des
thmes rŽcurrents du syndicalisme rŽvolutionnaire franais que de la tradition
trotskyste de combat pour le front unique ouvrier.
Il est clair, je suppose, que nous ne discutons pas
ici des mots d'ordre qui nous feraient plaisir, car ce serait un infini plaisir
certainement que de mettre en oeuvre les mots d'ordre avancŽs par le CCI(T) cet
automne, mais des mots d'ordre qui devaient permettre d'avancer concrtement et
effectivement dans le combat contre Sarkozy, ˆ partir des besoins rŽels de la
classe ouvrire, et sans les dŽterminer par rapport ˆ la politique des
directions syndicales, que ce soit en cherchant ˆ les protŽger ou en cherchant
ˆ les combattre en soi, mais bien ˆ partir des besoins rŽels de la classe.
Ecartons une autre fausse discussion. Il est
certain que si Thibault, Mailly et Aschieri avaient expliquŽ qu'il fallait
dŽfaire Sarkozy pour l'empcher de prŽparer le reste de ses attaques contre
toute la classe ouvrire en passant sur les rŽgimes spŽciaux, et appelŽ ˆ la
grve gŽnŽrale, ils auraient ŽtŽ entendus et suivis. Mais il est tout aussi
certain que si Hollande et Buffet se mettaient ˆ expliquer qu'il faut
exproprier le capital pour Žviter la catastrophe et proposaient de s'unir pour
former un gouvernement anticapitaliste, l'Žcho serait considŽrable. Il est
certain que si les directions existantes faisaient ce qu'elles feraient si
elles Žtaient rŽvolutionnaires, la vie serait changŽe. Tout cela ne fait que
dŽmontrer ce que nous savons en principe dŽjˆ : que la politique des directions
fait fortement partie des facteurs qui modlent l'Žtat d'esprit des masses, et
que cet Žtat d'esprit serait vite trs diffŽrent si par un miracle du bon Dieu
les directions changeaient. Mais l'Žtat d'esprit rŽel des masses est bien
entendu conditionnŽ par le fait que les miracles du bon Dieu, a n'existe pas.
Sur
la grve gŽnŽrale, en gŽnŽral.
Jean ne veut pas me faire l'injure, Žcrit-il,
dÕignorer "que lorsque les masses entrent en grve gŽnŽrale, ce nÕest
jamais dans le but dÕinstaurer pour lÕavenir tel ou tel gouvernement, pas plus
quÕelles ne se lancent dans la rŽvolution en fonction dÕun Ç projet È
de sociŽtŽ future, mais pour rŽpondre ˆ leurs problmes prŽsents, ici et
maintenant. Outre ce quÕen a dit Trotsky, et pour ne parler que de la France,
lÕhistorien doit savoir que ni en 1936, ni en 53, 68 ou 95, les grŽvistes
nÕont attendu de savoir Ç quel gouvernement È leur convenait".
Evidemment, mais quitte ˆ ne pas prendre les masses
pour une bande de thŽoriciens, ne les prenons pas non plus pour une troupe
amorphe sans mŽmoire. L'entrŽe en grve, a fortiori en grve gŽnŽrale, comporte
une forte part de spontanŽitŽ qui est cependant nourrie, construite, par
l'expŽrience antŽrieure et le sentiment de pouvoir dŽboucher ou non sur
"quelque chose", ˆ dŽfaut d'avoir une idŽe prŽcise de la sociŽtŽ
future. C'est peut-tre en se jetant ˆ l'eau qu'on apprend ˆ nager, mais c'est
quand mme en sachant (un peu) nager qu'on plonge rŽsolument. Particulirement
en France o cette expŽrience antŽrieure cumule les dates indiquŽes par Jean
plus 2003 et 2006.
Les secteurs dans lesquels la question de la grve
tous ensemble contre Sarkozy est parfois venue ˆ la discussion cet automne ne
sont pas toute la classe, mme si ce sont des secteurs importants : chez les
cheminots et les traminots, dans une grande partie des fonctionnaires et parmi
les Žtudiants en grve, cette question s'est posŽe prŽcisŽment sous la forme
"on pourrait essayer de se lancer mais il n'y a pas d'opposition et
d'alternative crŽdible ˆ gauche ˆ Sarkozy". Cette pensŽe, cette
discussion, se sont produites dans beaucoup d'AG de cheminots ou d'Žtudiants. A
ce stade, la conscience du problme de la reprŽsentation politique des
travailleurs Žtait pour eux un frein parce que s'ils ne se lancent pas en
grve, certes, avec un projet tout achevŽ de ce qui devra se passer, ils ne se
lancent pas non plus sans rien, ni sans que l'expŽrience accumulŽe des annŽes
passŽes ne joue.
Il est d'ailleurs Žtonnant en France, de para”tre
considŽrer (comme Jean dans son texte) que les travailleurs puissent se lancer
dans la grve gŽnŽrale sans lien notamment avec l'expŽrience prŽcŽdente la plus
importante, mai-juin 1968, qui a justement butŽ sur la question du pouvoir et
du gouvernement, alors qu'ˆ l'Žpoque PCF et SFIO avaient des liens organiques
avec la classe d'une force supŽrieure ˆ leurs hŽritiers actuels. La formulation
du CCI(T) traduit d'ailleurs une forte hŽsitation, bien lŽgitime, ˆ ce sujet,
puisqu'en gros elle dit :"Allez-y les gars -enfin allez-y une fois que vous
aurez contraint Thibault, Mailly et Aschieri ˆ appeler (autre problme ! )-, et
dans le cours de la lutte vous ferez des comitŽs pour prendre le pouvoir,
intŽgrant vos organisations" -sans dire lesquelles. Comme formulation
nŽbuleuse du dŽbouchŽ on peut difficilement faire pire, et c'est normal. A ce
stade, je doute que cela puisse avoir eu une grande efficacitŽ, sinon Jean
n'aurait pas manquŽ de nous le faire savoir.
Expliquer aux travailleurs que le dŽbouchŽ de la
grve gŽnŽrale ˆ laquelle devraient appeler les dirigeants syndicaux sera
qu'ils fassent des comitŽs pour prendre le pouvoir "avec leurs
organisations" non seulement ne les rassurera pas particulirement, mais
empche en mme temps d'avancer des propositions beaucoup plus concrtes, beaucoup
plus immŽdiates, beaucoup plus saisissables et donc beaucoup plus dangereuses
pour les appareils dirigeants car s'adaptant plus au mouvement rŽel des masses
ainsi qu'aux prŽoccupations des cadres syndicaux intermŽdiaires : rompre telle
nŽgociation, dŽfendre telle revendication (comme les 37,5 annuitŽs), formuler
clairement l'exigence d'abrogation de telle loi, Žtendre telle grve tel jour
... ce que nous avons fait, en nous heurtant parfois durement aux
"appareils", bien que cela doive constituer selon Jean de la
"bouillie pour les chats" ˆ leur service ...
Allons un peu plus loin. Pour me faire comprendre,
je vais tordre le b‰ton : la grve gŽnŽrale, a n'existe pas ! Ce n'est pas une
bonne formule pour traduire ce dont il est rŽellement question. On doit l'employer
car elle fait partie de la conscience de classe, elle Žvoque de puissantes
images et permet la discussion et l'organisation, mais au sens strict de
"tout le monde en grve" c'est un mythe (ou alors c'est un accident),
Sorel l'avait dŽjˆ dit. Mme en mai 68, plus grande grve de l'histoire du
mouvement ouvrier international et pas seulement franais, par le nombre de
grŽvistes rapportŽ au nombre de salariŽs, elle n'a pas ŽtŽ absolument
"gŽnŽrale". Tout au long de l'annŽe 1917, en Russie la question de la
grve gŽnŽrale s'est parfois posŽe, mais toujours de faon trs accessoire.
Notre problme ˆ nous, marxistes qui voulons permettre aux masses de rŽsoudre
la question clef du pouvoir politique, n'est pas que tout le monde soit en
grve, en ce sens notre problme n'est pas celui de la "grve
gŽnŽrale", mais il est celui du combat de classe contre le capital dans
son ensemble, donc contre l'Etat, contre le gouvernement, dans la France de la
V¡ RŽpublique, et sous Sarkozy plus que jamais, contre la prŽsidence.
Certes, ˆ un moment donnŽ ce contenu politique peut
passer par l'exigence d'appeler tous les secteurs ˆ la grve, donc en ce sens
il peut passer par la "grve gŽnŽrale", mais prŽconiser une
manifestation centrale, par exemple, peut avoir le mme contenu politique
central. Nos camarades du CCI(T) sont pris d'une envie bien comprŽhensible de
citer Rosa Luxembourg contre les "fonctionnaires syndicaux", mais ces
passages justifiŽs allaient de pair, dans le mme ouvrage (Grve de masse,
parti et syndicat) avec des attaques non moins violentes contre le mythe
anarchiste de la "grve gŽnŽrale". Ce qu'elle prŽconise c'est la
grve politique de masse.
Bref, on en revient ˆ la formule de Rosa
Luxembourg, en effet, "ce n'est pas la grve en masse qui nourrit la rŽvolution,
c'est la rŽvolution qui nourrit la grve en masse", formule un peu
"algŽbrique" il est vrai, mais qui me semble bien signifier que c'est
la bataille politique contre le capital et son Etat qui est le moteur de la
"grve gŽnŽrale" et non pas "la grve gŽnŽrale" qui doit
porter par sa dynamique et son dynamisme propres la vertu de faire na”tre la
solution tout en marchant. La grve gŽnŽrale pose la question du pouvoir mais
ne la rŽsout pas. Dans la conscience des masses en France, est de plus inscrit
ce fait que c'est prŽcisŽment, de manire trs frappante, cela qui s'est passŽ
lors de la grve gŽnŽrale de mai-juin 1968, et qui s'est amorcŽ lors des
poussŽes plus rŽcentes de mme nature, de moindre extension, mais qui voulaient
rŽsoudre cette question, en 1995, 2003 et 2006. Cela veut dire pour les
marxistes, dont le problme n'est pas le dŽclenchement de la grve gŽnŽrale,
mais son dŽbouchŽ, que le dŽsir de grve gŽnŽrale, ˆ plus forte raison le dŽsir
de demander ˆ Thibault, Mailly et Aschieri d'y appeler liŽ, je suppose, au
dŽsir de les "dŽnoncer" ne rglent en rien cette question. Et
progresser sur la question du dŽbouchŽ, c'est-ˆ-dire sur l'existence d'une
perspective politique centralisatrice, ne peut qu'aider au dŽclenchement
lui-mme et peut lui tre indispensable.
Un
peu d'air.
Tout en Žcrivant ce texte, voila qu'on me rapporte
une conversation avec un camarade qui a ŽtŽ, ici, candidat du PCF aux
lŽgislatives, ouvrier mŽtallurgiste, dŽchargŽ en partie comme dŽlŽguŽ syndical
d'une boite de 600 personnes, 100 syndiquŽs, signataire et ayant fait signer
l'appel sur le droit de grve. Bref, un relais de la bureaucratie combattant la
"grve gŽnŽrale"', dirait peut-tre Jean : un de ces odieux
personnages, "cadres syndicaux intermŽdiaires" ˆ l'instar des
"syndicalistes du Militant" avec lesquels trop de proximitŽ vous rend
comme Lambert. Voila ce qu'il dit, notre copain dŽlŽguŽ mŽtallo, qui au passage
vient de gagner une hausse de salaire en bloquant les portes avec ses 100
syndiquŽs pendant trois jours :
"La grve gŽnŽrale, il y a des types qui en
parlent sans arrt, c'est du pipeau complet. Quand on part en grve, on assure
ses arrires, c'est pas Žvident. Mai 68, c'est un beau souvenir, mais on se
souvient aussi de la chambre bleu CRS aprs. D'ailleurs la grve gŽnŽrale ˆ ne
se dŽcrte pas. Et on se pose des questions aussi : on a fait 2003, le Non au
rŽfŽrendum et le CPE, tout a pour quoi ? On a Sarkozy et sinon on aurait
SŽgolne ? La grve, c'est pas un but en soi, la grve gŽnŽrale encore moins.
Non, les gars ce qu'ils voudraient vraiment, maintenant, c'est la grve totale
tous ensemble au moins un jour, mais pour de bon. Et dans les boites ils sont
prt ˆ faire cela avec le public. Pour les salaires, le pouvoir d'achat ;
contre les heures supp' ; contre Sarkozy. Et lˆ il y a problme, nos directions
confŽdŽrales et fŽdŽrales ne veulent pas faire a, on le voit bien, c'est un
jour les uns, un jour les autres. On dirait qu'ils attendent aprs les
politiques alors que les politiques ... "
Le contenu politique de la "grve
gŽnŽrale" est entirement prŽsent dans ce que dit ce camarade sur la
"grve totale tous ensemble". La question politique ˆ laquelle ne
rŽpond pas la formule ŽchevelŽe du CCI(T) sur les "comitŽs pour que les
dirigeants appellent ˆ un gouvernement ... etc" est entirement posŽe dans
ce qu'il dit sur les Žlections prŽsidentielles. La mŽmoire de la classe sur mai
68 et sur ces dernires annŽes dont il se fait l'Žcho est une donnŽe
essentielle de la situation. Il rejette la formule "grve gŽnŽrale"
tout en recherchant en fait ce qu'elle contient rŽellement pour des marxistes :
la centralisation politique de l'affrontement de classe. L'une de ses formules,
sur "la grve gŽnŽrale qui ne se dŽcrte pas", vient du discours de
la bureaucratie pour "expliquer" qu'il ne faut jamais appeler ˆ la
grve gŽnŽrale. Son adhŽsion sur ce point au discours des dirigeants, qu'il
critique et contre lesquels il s'interroge fortement par ailleurs, est
Žvidemment facilitŽe par les discours et tracts dŽclamant sur la "grve
gŽnŽrale" qu'il a souvent eu l'occasion de voir dans son expŽrience de
syndicaliste, sans guillemets.
Une petite parenthse. Le mŽpris envers les
"cadres syndicaux intermŽdiaires" que professe Jean veut sans doute
prendre le contre-pied de vieilles analyses de Lambert sur les "cadres
organisateurs de la classe". Mais s'opposer symŽtriquement ˆ une position
opportuniste n'est pas la dŽpasser, ce serait en faire un reflet sectaire. Les
interrogations du responsable syndical que je viens de rapporter ne sont pas en
opposition ˆ celles des travailleurs du rang, mais les refltent assez bien.
Les syndiquŽs avec de bonnes et de moins bonnes consŽquences ont gŽnŽralement
un certain lŽgitimisme envers les responsables de leurs syndicats. Je m'excuse
-mais faut-il s'excuser de rŽagir ˆ des propos qui posent sŽrieusement problme
? - mais quand Jean nous explique que Franois Ferrette a des responsabilitŽs
syndicales dans le SNASUB-FSU au compte de la bureaucratie, et que les
militants du CCI(T) membres des mmes instances y sont, eux, au compte des
syndiquŽs, il oublie tout simplement l'existence du vote des syndiquŽs dans un
syndicat dont les statuts permettent justement que les responsables soient Žlus
ˆ la proportionnelle sur des textes d'orientation et des listes de candidats
...
Sur la grve gŽnŽrale, ˆ l'automne 2007.
S'il est vrai que l'on ne peut pas attendre
Žternellement un "dŽbouchŽ politique" pour engager l'action politique
de classe, il est vrai aussi qu'ˆ un moment donnŽ le sentiment de l'absence
de dŽbouchŽ politique, d'"opposition et d'alternative crŽdible ˆ gauche ˆ
Sarkozy", peut et doit, dialectiquement, cesser d'tre un frein et devenir
un accŽlŽrateur.
La vraie discussion cet automne Žtait donc : ce
moment Žtait-il venu ?
Je n'ai pas entendu ni lu de rŽponse claire ˆ cette
question lˆ de la part des camarades du CCI(T) ; dire que si les chefs
syndicaux appelaient a suivrait sans hŽsiter ne rŽpondait pas ˆ cette
question, dire que ce n'est pas parce qu'on n'a pas de vision claire du
dŽbouchŽ final de la lutte qu'il ne faut pas l'engager ne permettait pas non
plus de voir si oui ou non nous en Žtions dŽjˆ lˆ.
Franchement, je pense que les camarades du CCI(T)
se sont engagŽs dans cette histoire de comitŽs pour que les dirigeants syndicaux
appellent ˆ la grve gŽnŽrale pour faire un gouvernement avec nos propres
comitŽs Žlus... etc., sans tre au clair sur le contenu rŽel du moment
politique prŽcis o nous Žtions, avec l'espoir confus qu'une propagande sur ces
thmes leur permettrait sinon de modifier ou de tester cette situation, du
moins de se construire plus fortement et de ne pas donner prise ˆ leur crainte
de "gauchir les journŽes d'action" en dŽsespoir de cause. Sans doute
les camarades sont-ils aussi extrmement marquŽs par les dŽmlŽs qu'ils ont eu
avec ce qu'ils appellent, ˆ juste titre, "le dŽfaitisme" dans leur
propre tradition politique. Mais il ne faudrait pas en conclure que dŽs lors
qu'on explique que l'heure n'est pas encore venue, on fait du dŽfaitisme !
Ce dont il s'agit ici, c'est d'apprŽcier l'Žtat
d'esprit et la disposition, immŽdiate ou non, au combat des plus larges masses
et en sachant distinguer selon les diffŽrents secteurs car la classe n'est pas
homogne. Ce n'est pas une chose facile et, seul, on se trompe souvent en ce
domaine en prenant soit ses dŽsirs, soit ses dŽceptions, pour la rŽalitŽ : on
cde au dŽfaitisme ou ˆ l'enthousiasme ou on passe de l'un ˆ l'autre de faon
maniaco-dŽpressive. Il faut donc un dialogue ˆ la fois entre nous et avec les
masses, et ce dialogue ne peut qu'tre gnŽ si toute apprŽciation
temporisatrice ˆ un moment donnŽ est cernŽe du soupon de
"dŽfaitisme" ou d'alignement sur les appareils bureaucratiques, voire
d'en tre directement l'instrument comme l'explique en fait Jean dans son
texte. Avant d'en arriver ˆ une telle conclusion, on devrait prendre son temps
et en particulier tre vraiment sžr et certain soi-mme que les plus larges
masses Žtaient prtes ˆ la grve gŽnŽrale immŽdiate en France ˆ l'automne 2007,
ou bien que seul le refus des dirigeants syndicaux d'y appeler les en
empchant, elles ne demandaient qu'ˆ entrer en campagne pour le leur demander
... Je n'ai pas le sentiment que les camarades du CCI(T) avaient une telle
certitude. J'ai plut™t l'impression qu'ils ont eux-mmes hŽsitŽ -ce qui est
tout ˆ fait normal et qui est notre lot ˆ tous- entre surestimation et
sous-Žvaluation de la portŽe de la victoire de Sarkozy.
A la question de savoir si le moment o l'absence
de dŽbouchŽ politique formulable clairement, de frein, allait devenir un
accŽlŽrateur de la lutte des classes, nous avons pour notre part, au Militant,
rŽpondu clairement, au risque de nous tromper mais en prŽfŽrant cela ˆ des
hŽsitations sans fin, "Non", mais Non pour le moment politique prŽcis
de l'automne dernier, pas pour toute la pŽriode qui vient, Žvidemment. Pour
quelle raison ?
Parce qu'on ne peut pas faire comme si la victoire
de Sarkozy le 6 mai n'avait aucun effet sur les luttes de classe directe et
n'avait pas ŽtŽ une victoire de la bourgeoisie et une dŽfaite de la classe
ouvrire en France. La premire dŽfaite politique de Sarkozy, que fut la
rŽsistance du vote PS au second tour des lŽgislatives (bien malgrŽ la direction
du PS), ne suffisait absolument pas ˆ inverser cet ŽlŽment du rapport de force
(l'assemblŽe est toujours une assemblŽe ˆ majoritŽ UMP mme si l'UMP a reculŽ,
ce en quoi consiste ici la dŽfaite de Sarkozy). Des couches de la jeunesse
Žtaient tentŽes de nier cette dŽfaite ou de ne pas en tenir compte, ce qui,
isolement politique par les appareils bureaucratiques aidant, les exposait ˆ la
rŽpression. A l'automne, sommairement, les cheminots, traminots et autour
d'eux, ˆ un degrŽ moindre, les fonctionnaires, d'une part, s'apprtaient ˆ des
combats durs mais dŽfensifs, et la jeunesse Žtudiante, d'autre part, cherchait
ˆ repartir ˆ l'offensive dans une bataille -pour l'abrogation de la loi
PŽcresse- initialement dŽfensive elle aussi. Le "gros des troupes",
dans les entreprises, n'Žtait pas disposŽ ˆ partir dans un combat d'ensemble.
Non qu'ils ne le voulaient pas, non qu'ils ne l'auraient pas fait si leurs
organisations, miracle du bon Dieu rŽpŽtons-le, les y avaient appelŽ
clairement, et encore mme dans ce cas ils se seraient mŽfiŽ et y auraient
regardŽ ˆ deux fois.
La question pour la classe ouvrire dans son
ensemble n'Žtait pas ˆ ce moment lˆ d'engager immŽdiatement l'affrontement
dŽcisif pour dŽfaire et chasser Sarkozy, ce qui aurait en effet justifiŽ de
mettre ˆ l'ordre du jour la grve gŽnŽrale et surtout son contenu politique, mais
de combiner ces luttes pour reprendre l'initiative et empcher Sarkozy
d'imposer son rythme ˆ lui ˆ la lutte des classes.
C'est en s'opposant ˆ tout appel d'ensemble rŽel
public-privŽ sur une seule journŽe, en retardant au maximum les moments de centralisation
possible, en s'opposant au mot d'ordre des 37,5 annuitŽs pour tous, en faisant
silence sur la question du droit de grve, en s'opposant aux grves de
solidaritŽ avec les cheminots ou ˆ la grve simultanŽe de tous les secteurs
concernŽs par la contre-rŽforme des rŽgimes spŽciaux passŽ le 18 octobre, en
engageant des "nŽgociations" dans les formes voulues par Sarkozy,
signifiant donc acceptation de la contre-rŽforme, et non pas en refusant
d'appeler ˆ la grve gŽnŽrale pour faire un gouvernement des travailleurs, que
les directions ont largement fait en sorte d'aider Sarkozy et de faire que ce
moment de la lutte des classes se termine sur une dŽfaite.
Le combat effectif contre les formes rŽelles par
lesquelles elles ont aidŽ Sarkozy ˆ gagner sa premire manche, supposait en
effet de "gauchir des journŽes d'action", si l'on entend par lˆ le
fait de se saisir des dates du 18 octobre, puis du 20 novembre, pour poser la
question de la grve tous ensemble ce jour lˆ et de la centralisation contre le
gouvernement.
Parmi les motifs politico-psychologiques qui ont
conduit les camarades du CCI(T) ˆ faire monter les enchres de leur orientation
sur l'exigence immŽdiate d'appel ˆ la grve gŽnŽrale, la crainte de se mettre ˆ
la queue des appareils en "gauchissant les journŽes d'action" a
certainement jouŽ un r™le. Mais une politique indŽpendante des appareils
bureaucratiques n'est pas une politique qui se dŽtermine en fonction d'eux
avant tout, c'est une politique qui s'efforce de s'Žlaborer en fonction des
besoins rŽels au moment prŽsent de la classe ouvrire comme classe (incluant
donc les consŽquences dans la classe de la politique des appareils).
Durant ce moment prŽcis de la lutte des classes,
nous pensons avoir rŽellement combattu les "appareils" prŽcisŽment
parce que notre prŽoccupation n¡1 n'Žtait pas de savoir comment ne pas se
compromettre avec eux et comment les dŽnoncer, mais Žtait d'aider la classe ˆ
rŽsister et ˆ contre-attaquer contre Sarkozy.
Nous
ne sommes plus dans la situation de l'automne 2007.
Il n'est pas question de dire que l'issue de la
grve des cheminots par rapport aux rŽgimes spŽciaux, et celle de la grve Žtudiante par rapport ˆ la
loi PŽcresse, ne seraient pas une dŽfaite -c'est lˆ un point o il y a
probablement accord de tous les groupes qui ont fait partie de l'intergroupe.
Mais force est Žgalement de constater que ce ne fut qu'un moment de la lutte
des classes et que Sarkozy n'a pas du tout eu sa "victoire ˆ la
Thatcher".
Or, si l'on pense que ce qui Žtait ˆ l'ordre du
jour en octobre et novembre 2007, c'Žtait la grve gŽnŽrale pour chasser
Sarkozy dŽs maintenant, on risque assez logiquement d'tre conduit ˆ surestimer
considŽrablement la portŽe de la dŽfaite de cette premire manche et donc sans
doute de ressentir quelque Žtonnement devant la crise de l'exŽcutif sarkozyste
telle qu'elle s'est dŽveloppŽe en janvier et fŽvrier.
Force est justement de constater que le CCI(T),
pour l'instant, se trouve, depuis la dŽfaite des cheminots, n'avoir de fait
rien ˆ mettre ˆ la place des "comitŽs pour forcer les dirigeants syndicaux
ˆ appeler ˆ la grve gŽnŽrale pour chasser ... etc.", et que tout mot
d'ordre centralisateur a disparu de ses publications depuis lors, ce qui n'est
pas le cas de la Lettre de liaison du Militant, alors que si notre orientation
ˆ nous s'Žtait limitŽe, comme Jean tente de se le faire croire, ˆ la campagne
droit de grve pour cautionner la prŽsence des dirigeants syndicaux dans les
pseudo nŽgociations, on devrait s'attendre ˆ ce qu'ayant fait notre sale
travail d'aide aux bureaucrates -ce sont les termes que suggre pour le moins
le texte de Jean- nous achevions l'enterrement de premire classe de toutes les
espŽrances de combat centralisŽ pour dŽfaire et chasser Sarkozy.
Qu'on en juge : "PrŽsumey, Debord et Ferrette
persistaient ˆ faire de la question du droit de grve la seule question
centrale de la situation" et finalement, PrŽsumey, tel un Lestang, est
"intimement persuadŽ que la politique que Sarkozy prŽpare va
immanquablement passer et que les travailleurs sont impuissants face ˆ la
trahison des Ç fonctionnaires syndicaux". On ne dirait pas qu'on est
allŽs voir le mme film. On ne dirait pas que Jean a lu ce que nous avons
rŽellement Žcrit, ce qui ne l'empche pas ici de savoir de quoi je suis "intimement"
persuadŽ.
Comment peut-il se faire s'il en est ainsi, que
nous continuions ˆ parler de manifestation nationale et de prŽparation du Tous
ensemble, que nous continuions ˆ tirer les leons des dŽfaites de l'automne sur
le thme que nous avons dŽveloppŽ alors, "Branches par branches nous
perdrons, tous ensemble nous dŽferons Sarkozy", que les interventions des
camarades du Militant dans les mouvement de sans-papiers soit allŽes dans le
sens de manifestation de travailleurs sans-papiers pour leur rŽgularisation et
contre le patronat comme tel (au sige de la CGPME le 31 janvier) et ait
contribuŽ ˆ organiser une grve partiellement victorieuse dans un restaurant
parisien, et que nous ayons mis en avant le thme -de faon trop propagandiste
ˆ notre propre gožt- d'une manifestation nationale contre le congrs de
Versailles le jour o Sarkozy a obtenu gr‰ce ˆ la majoritŽ du groupe
parlementaire PS le vote de son "traitŽ europŽen simplifiŽ" -sujet
sur lequel le CCI(T) a ŽtŽ totalement silencieux. Oh certes, dans chacune de
ces prises de position, de ces tentatives parfois difficiles d'interventions,
nous avons cotoyŽ, quelle horreur, des "fonctionnaires syndicaux", en
l'occurrence des ouvriers ou des employŽs ayant un mandat syndical ...
Si l'on dŽveloppait la mŽthode de dŽformation de
nos positions et d'explication de celles-ci par nos liens bureaucratiques qui
est celle de Jean dans son texte, on pourrait peut-tre raconter que, en
faisant tout cela ... nous dissimulons nos traces une fois le forfait accompli
! Mais alors, comment faudrait-il expliquer, rŽpŽtons-le, le fait que le CCI(T)
pendant ce temps, dans la situation qui fait suite aux grves perdues de cet
automne, n'ait soudain, et sans doute momentanŽment nous l'espŽrons bien, plus
de mots d'ordre centralisateurs ?
Entre rien et les "comitŽs pour que les
dirigeants appellent ˆ la grve gŽnŽrale ... etc., etc." il n'y aurait ...
rien ? Allons donc ! Et ce fameux dŽfaitisme dans lequel je serai tombŽ pour ne
pas avoir embo”tŽ la chanson de la grve gŽnŽrale cet automne serait-il ce qui
Žmerge dŽs lors que la chanson s'arrte ?
Conclusion.
Cette rŽponse est fort longue, parce qu'il fallait
ˆ la fois dŽmler autant que possible la construction artificielle ˆ laquelle a
procŽdŽ Jean, et revenir sur le fond politique finalement assez peu abordŽ dans
sa "lettre ouverte".
Celle-ci pose Žvidemment un problme fort simple :
ˆ la lire on voit que, selon Jean, il ne s'agit plus d'un dŽbat entre militants
partageant les mmes objectifs, mais d'un affrontement entre rŽvolutionnaires
et bureaucrates. Ce saut irresponsable dans de telles caractŽrisations (qui
sont le contenu rŽel de tous les noms d'oiseaux dissŽminŽs dans ton texte)
interroge fondamentalement sur la capacitŽ ˆ agir et commun et discuter, si ˆ
la premire difficultŽ sŽrieuse tout est soudain expliquŽ, escamotŽ, par une
intervention du Malin. C'est d'autant plus regrettable que les problmes
auxquels nous, les "cadres syndicaux intermŽdiaire", sommes
confrontŽs, sont bien rŽels et que les analyses, conseils, critiques et
reproches du Jean que nous avons connu jusque lˆ peuvent tre utiles voire
salutaires et qu'on en serait volontiers demandeur. Mais d'un tel Žcheveau,
non. Car ce texte n'est pas une tentative d'explication des difficultŽs de
l'intergroupe, il est un apport dŽcisif ˆ celles-ci, si je puis dire : alors
que l'intergroupe a patinŽ depuis les prŽsidentielles, il annonce aux
populations Žbahies que c'est ˆ cause d'un complot bureaucratique. Comment
voulez-vous dans ces conditions qu'on poursuive une discussion ferme mais
sereine ?
Je ne crois pas en tous cas avoir aggravŽ les
choses par cette rŽponse, vu la tonalitŽ dŽjˆ prise par le texte de Jean. Si
les camarades du CCI(T) veulent poursuivre cette discussion en abordant le fond
politique et en relativisant, pour le moins, cette vision d'un complot, et si
en mme temps nos actions et prises de position dans la lutte des classes qui
s'annonce dŽgagent des points politiques centraux communs, elle pourra se
poursuivre au profit de tous. Ce que, pour ma part, je souhaite vivement.
Fraternellement,
Vincent
PrŽsumey,
le
23 fŽvrier 2008.