N « Dis donc Raymond, ne chercherais-tu pas à
influencer et récupérer un libéral infirmier qui croyait voter à gauche ? J'apprécie ton engagement.Tu te situes comment par
rapport au PCF et LO ? » Laurent L.
Les
animateurs du Militant ne sont ni des supporters du Parti communiste français
(bien que certains en soient formellement membres) ni des partisans de Lutte
ouvrière. La plupart d’entre eux n’ont d’ailleurs aucun engagement
« politique » au sens classique du terme. Pour autant, nous pensons
tous qu’il est impossible de séparer le « politique » du
« social » et avons affirmé maintes fois que seuls les partisans du
système ont intérêt à maintenir cette séparation. Notre volonté est de
travailler à l’organisation du peuple, à la base, en défense de ses intérêts
vitaux et immédiats. C’est à partir de ce point de vue que nous sommes
naturellement intéressés par ce qui se passe dans le champs politique et donc
par les organisations qui s’y expriment. C’est à partir de ce point de vue que
nous manifestons donc un intérêt pour les débats au sein du PCF et que nous
avons fait le choix d’être présents chaque année à la fête de Lutte ouvrière,
pour y tenir un stand et y animer des forums.
En effet, pour qui se préoccupe de la situation des travailleurs et de la question de leur représentation politique, LO comme le PCF constituent des références incontournables, se distinguant nettement des partis et associations ancrés dans les « classes moyennes », milieu qui constitue la base sociale fondamentale du reste de la gauche, qu’elle soit « socialiste », « écologiste », « républicaine » ou supposée « extrême ».
La
raison d’être de Lutte ouvrière en tant qu’organisation séparée du reste des
groupes révolutionnaires est de vouloir développer une implantation privilégiée
dans la classe ouvrière industrielle. C’est ce qu’elle fait avec une grande
constance depuis sa création, il y a plus de 40 ans. LO diffuse, tous les
quinze jours, des centaines de milliers de tracts (les fameuses « feuilles
de boîtes » dans les plus grandes entreprises du pays. Finalement, LO a
réussi à tirer quelques bénéfices de son opiniâtreté : non seulement
Arlette Laguiller a recueilli près de 6 % des voix à l’élection présidentielle
2002, mais 10 % des ouvriers et 9 % des employés ont voté pour elle.
En
ce qui concerne le PCF, c’est le parti « historique » du prolétariat
français, même s’il s’est effondré et qu’Arlette Laguiller a dépassé son
candidat Robert Hue à la présidentielle, le devançant très nettement dans les
catégories « ouvriers » et « employés ». Ceci étant, même
très mal en point, le PCF reste une force dont l’influence réelle est nettement
plus importante que celle des forces ostensiblement révolutionnaires. Il a
encore plus de 40.000 militants, une grande influence dans la CGT, des dizaines
de députés et de sénateurs, la direction de centaines de communes.
Sur
le plan du programme, LO vaut mille fois mieux que le PCF et d’ailleurs la
question ne se pose même pas dans la mesure où ces deux organisations n’ont pas
les mêmes objectifs. Si le PCF prétend vouloir « dépasser » le capitalisme, cette proclamation est purement
littéraire, le communisme lui-même n’étant qu’une « visée » et le parti ne se réclamant plus explicitement du
salariat. Son quotidien est donc
celui d’une pratique électoraliste se coulant totalement dans les institutions
et de participations gouvernementales marquées par une soumission totale aux
orientations du Parti socialiste, partenaire obligé dans cette approche. De
fait, à chaque fois que l’opposition entre les classes sociales se durcit, le
PCF tend immanquablement à faire le choix de l’ordre existant et à se retourner
contre les forces qui le tendraient à le poussent en avant.
Concernant
Lutte ouvrière ; c’est une organisation révolutionnaire qui entend
renverser l’Etat pour changer de système. A chaque occasion LO ne manque pas de
rappeler ces objectifs et d’inciter les travailleurs à la lutte contre la
bourgeoisie. LO s’oppose naturellement à tout « ministérialisme » et
ne conçoit une participation au pouvoir que dans le contexte d’une rupture
radicale. Alors que les média comme le reste de la gauche détestent
cordialement LO, les luttes sociales sont un terrain d’activité fondamental
pour LO, qui cherche toujours à les pousser en avant et à les radicaliser.
Bien
sûr, un milieu d’intervention privilégié, fut-il ouvrier, n’immunise pas
nécessairement contre les erreurs politiques. L’isolement peut même les
aggraver. Lutte ouvrière a donc développé un certain nombre de déformations
plus ou moins graves et adopté des positions sérieusement erronées sur un assez
grand nombre de points. Sans vouloir trop entrer dans les détails, on notera chez
LO une tendance au dogmatisme qui l’a conduit à ignorer des évolutions non
prévues par les « pères fondateurs ». Continuant jusqu’au bout à
caractériser l’URSS comme un « état ouvrier dégénéré », suivant ainsi
l’orthodoxie trotskyste, LO s’est obstinée par contre à considérer la Chine, le
Vietnam, Cuba ou les pays d’Europe de l’Est comme des pays capitalistes. A de
multiples reprises, sa volonté de « coller » aux travailleurs du rang
l’a également conduit à des formulations ambiguës sur les mouvements de
libération nationale et sur l’immigration. Sous couvert de laïcité, LO a
développé des positions franchement néfastes sur l’influence de l’islam en
France, appelant même à une manifestation à Lille pour exiger l’exclusion de
jeunes filles portant le foulard d’un lycée. Si LO a évolué de manière positive
dans le sens d’une plus grande ouverture durant ces dernières années, cette
organisation continue à entretenir une attitude globale très attentiste, y
compris par rapport aux décantations à l’œuvre au sein du Parti communiste.
Ceci
étant, les positions de LO sont très souvent caricaturées, non seulement par
les média nationaux mais aussi malheureusement par ses opposants à
l’extrême-gauche. On lui reproche en particulier (comme on l’a longtemps
reproché au PCF) de maintenir sa priorité à la défense des ouvriers et d’être
par conséquent « sectaire » vis à vis des manœuvre visant à refonder
un parti de gauche qui serait placé sous l’hégémonie politique de l’encadrement
capitaliste. Il faut soi-même avoir la volonté de militer quotidiennement à la
base, en direction non d’une avant-garde éclairée mais de la masse de gens,
pour comprendre bien mieux nombre de façons de faire de LO. Sa prudence comme
sa modestie ne peuvent paraître feintes qu’à des personnes éloignées du soucis
quotidien d’élever le niveau de conscience des travailleurs ordinaires.
Pour
les militants populaires, il ne s’agit pas de « choisir » entre le
PCF et LO mais de définir une approche correcte des masses travailleuses et par
conséquent des organisations qui les influencent ou prétendent représenter
leurs intérêts. Compte-tenu du poids du PCF et des débats qui se font jour en
son sein, la priorité incontestable devrait être sinon d’agir au sein du PCF,
tout au moins de s’adresser au milieu communiste. Dans le même temps, si une
collaboration pratique avec LO semble problématique hors des entreprises, il
est évident qu’un dialogue constructif doit être établi autant que possible
avec cette organisation.
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