CONTRE LA DIVISION ET LA
CALOMNIE :
POUR LĠUNITE DES ORGANISATIONS ET
LĠOBTENTION DE LA REGULARISATION PAR LE TRAVAIL
Raymond DEBORD (27/12/2007)

Le
24 dcembre, lĠorganisation ALIF sans-papiers a publi un communiqu au ton
plus que virulent tourn visiblement contre les organisateurs du mouvement pour
la rgularisation par le travail (jamais cit nommment !) accuss en
substance mais aussi la lettre de Ç remettre des listes dĠexpulsions
au gouvernement È.
Cette
attaque en rgle contre les actions inities par Droits devant !!, lĠunion
locale CGT de Massy et de nombreuses autres forces, dont les amis de Militant, est pour le moins surprenante. Ce front, qui
rassemble chaque jour davantage de travailleurs sans-papiers et a t
lĠinitiative de manifestations rassemblant 400 puis 1 000 puis 1 500 personnes,
chaque fois en plein aprs midi, est le plus significatif depuis bien des
annes[1].
On se demande donc quoi sert (et qui sert) une telle opration de
dnigrement. En tout tat de cause, cette occasion peut et doit tre saisie
pour clarifier un certain nombre de choses.
Pour
engager sa polmique, ALIF sĠappuie sur un communiqu du GISTI incitant les
sans-papiers se mfier des rumeurs et ne pas se rendre dans les
prfectures. CĠest une vidence et tout le monde le rappelle sans cesse,
commencer par ceux qui ont lanc le mouvement pour la rgularisation par le
travail : celle-ci tant dĠune part exceptionnelle et dĠautre part
rserve pour lĠinstant aux europens dans les mtiers peu qualifis (o lĠon
trouve la quasi totalit des sans-papiers maghrbins, africains et chinois) le
dpt simple de dossiers peut dboucher sur un refus et donc une expulsion.
DĠailleurs les tracts unitaires lĠindiquent noir sur blanc :
Ç nĠallez pas en prfecture ! È.
Faut-il
en conclure quĠil ne faut pas lutter ? Faut-il en conclure quĠil ne faut
pas diffuser le document dĠUCIJ sĠadressant spcifiquement aux
travailleurs ? CĠest la position implicite du groupe ALIF sans-papiers
telle quĠexprime dans son communiqu vengeur du 24 dcembre.
Pour
ALIF, lĠide dĠune rgularisation par le travail serait Ç utopique È
car Ç cĠest le genre de
nouvelles quĠesprent tous les sans-papiers È. Effectivement, cĠest le genre de nouvelles quĠils
esprent et un immense espoir est apparu. Alors oui, dans certains cas il y a
des illusions, mais cet espoir est aussi ce qui fait que pour la premire fois
depuis des annes les sans-papiers affluent dans les organisations. Car sans
espoir, il nĠy a que la rsignation. Et ce nĠest certainement pas sur cette base
que pourront se structurer des collectifs ni un mouvement capable dĠtre
efficace et de vaincre. Parmi les sans-papiers qui esprent, ce sont justement
ceux qui vont choisir maintenant de sĠorganiser qui seront les plus informs et
avertis, y compris des piges que peut leur tendre lĠadministration.
Militant et
son prdcesseur la Voie Populaire a
toujours t clair et nĠa jamais mnag ses critiques, que ce soit vis vis de
la Coordination nationale des sans-papiers, de Droits Devant !!!, du 9me
collectif, de la Ligue des droits de lĠhomme ou des diffrents
Ç soutiens È. Mais ces critiques – parfois virulentes - taient
toujours bases sur des divergences quant lĠorientation suivie et jamais sur
des jalousies de boutique. Depuis des annes, nous affirmons que la question
des sans-papiers doit tre pose pour ce quĠelle est : une question
sociale, une question qui a trait au travail, aux travailleurs et la place
qui leur est faite dans la socit. CĠest pourquoi nous avons t rgulirement
aux cts du Rassemblement des collectifs dĠouvriers sans-papiers des foyers et
que nous avons affirm, avec nos amis de lĠOrganisation politique :
Ç les ouvriers sont la base du pays È ; Ç le travail a
compte, lĠouvrier a compte È ou encore Ç le travail a compte, le
travail a doit ouvrir des droits È. CĠest pourquoi nous avons pris
lĠinitiative dĠune ptition, signe par des dizaines de syndicalistes,
intitule Ç lettre ouverte nos amis du mouvement syndical È qui
demandait que ce soient les organisations confdres qui reprennent en charge
la question des sans-papiers.
Nous
avons t trs isols sur cette orientation, jusquĠ ce quĠune brche trs
importante soit ouverte par le PCOF et lĠUnion locale CGT de Massy (91) avec
les luttes de Modeluxe, de Buffalo Grill etc. Pour la premire fois, les
sans-papiers revendiquaient dans lĠentreprise, sĠorganisaient dans un cadre
syndical et obtenaient satisfaction. CĠest une volution dĠune porte
considrable.
Le fait que maintenant lĠUL CGT de Massy fasse bloc
avec Droits Devants !!! et dĠautres pour largir le champ de la
confrontation, manifester, demander et obtenir des entrevues dans les
ministres des finances, de lĠemploi et auprs du 1er ministre
reprsente une nouvelle avance de grande porte. Et bien naturellement, les
organisations taient leur action en dposant des listes de personnes
rgulariser. Mais les voil maintenant accuses par ALIF de remplir en quelques
sortes les avions pour les expulsions dĠHortefeux ! Ce genre dĠallgation
est tout fait mensongre, inexacte factuellement et hypocrite. Il est pour
les moins os dĠaccuser ceux qui organisent la lutte de mettre en pril les
gens. DĠabord parce que lutter cĠest toujours prendre une part de risques,
importante effectivement pour les sans-papiers. Mais quĠest-ce dire ?
QuĠil faudrait rester chez soi ? QuĠil faudrait se faire oublier et
attendre ? Mais attendre quoi au juste ? Que nos gouvernants en
viennent dĠeux mmes de meilleurs sentiments ? Une alternance lectorale
en 2012 ? En raisonnant comme il nĠy aurait jamais eu de Saint Ambroise
/ Saint Bernard. Il nĠy aurait jamais eu de mouvement des sans-papiers. CĠest
ici quĠon atteint lĠhypocrisie, car quĠest-ce qui justifie lĠexistence de
collectifs comme ceux qui composent ALIF, si ce nĠest la possibilit
dĠorganiser des actions et dĠobtenir des rgularisations partielles pour telle
ou telle Ç liste È ? Et puis soyons srieux : qui du
sans-papiers figurant sur une Ç liste È soutenue par des dizaines dĠassociations
et dĠorganisations syndicales ou de celui qui se terre et va tre un jour
victime dĠun contrle risque le plus lĠexpulsion ? Poser la question cĠest
dj y rpondre.
Ce
que ne comprennent pas les Ç stratges È prnant lĠinaction dĠALIF
sans-papiers cĠest que lĠamendement la loi Hortefeux ouvrant la possibilit
– certes exceptionnelle – dĠune rgularisation par le travail,
ouvre la mme la voie une mobilisation de masse susceptible dĠobtenir des
victoires. Pourquoi ? Parce que le fait que cette ventualit soit pose
dans la loi et le fait que les modalits dĠapplication (les listes de
professions) soient laisses lĠadministration permet au mouvement dĠexercer
une pression directe sur les autorits comptentes pour arracher la
modification des listes de profession et ensuite la rgularisation de
travailleurs sans-papiers. CĠest tout fait autre chose que dĠattendre un
hypothtique raz de mare citoyen qui arracherait la rgularisation globale ou
un non moins hypothtique changement lgislatif[2].
La grande nouveaut cĠest que le pouvoir, mme sĠil tend parfois des
Ç piges È et refuse toujours en substance la rgularisation des
Africains et des Chinois a cr les conditions juridiques pour lĠouverture dĠun
front de lutte dans cette perspective. Voil la grande nouveaut et la porte
dĠun amendement dont il faut rendre justice Droits Devant !!! dĠavoir
t les premiers la comprendre.
Ç Les
dcideurs ne sont pas les payeurs È accuse ALIF en forme dĠultime argument. CĠest une phrase trs grave,
dont la porte a esprons le chappe aux auteurs. Que sous-entend elle en
effet ? Que les animateurs du mouvement actuel, des blancs explique t-elle de manire subliminale, dcideraient
la place des sans-papiers, cĠest dire des noirs et des maghrbins de la politique suivre. CĠest tout dĠabord une
insulte aux milliers de sans-papiers qui manifestent dans la rue avec Droits
Devant !!!, lĠUL CGT Massy et dĠautres : ceux ci seraient donc des
imbciles, manipuls, alors que les adhrents dĠALIF seraient eux des gens avertisÉ
Ce genre dĠessentialisme revient penser que des collectifs comme ceux dĠALIF
seraient plus dmocratiques parce que dirigs par des sans-papiers. Au vu du
bilan des collectifs de toutes obdiences, on est en droit de se poser la
questionÉ Quant au fait dĠtre sans-papiers, il ne prmunit pas contre les
erreurs ni contre le bureaucratisme et le clientlisme ! Il ne prmunit
pas non plus contre la domination dĠune lite intellectuelleÉ A cette logique
sparatiste, nous avons toujours oppos la ncessit de lĠorganisation commune
de tous les opprims et les exploits, avec bien entendu la plus large place
pour les plus opprims et les plus exploits – commencer par les femmes
– au sein des organismes dcisionnels. Mais se battre pour lĠgalit et
la dmocratie – y compris au sein du mouvement ouvrier – est une
chose, prner au nom de lĠautonomie une drive sparatiste qui fait le lit de
lĠethno-diffrentialisme en est une autre ![3]
Ç Ceux
qui font les choses pour nous, sans nous, ils le font contre nous È. Je ne parlerais pas au nom des autres, mais il est
clair pour moi quĠune organisation syndicale comme la CGT de Massy ne fait pas
des choses Ç pour È les gens au sens o pourrait le faire une
association caritative. Elle fait des choses pour ses adhrents et par del
pour lĠensemble du monde du travail. Aprs, dire quĠelle les fait sans les
adhrents est une spculation aux limites de la calomnie. JusquĠ preuve du
contraire, les camarades de Buffalo Grill par exemple sont des syndiqus comme
les autres, galit de droits et de devoirs, et par les objets dĠon ne sait
quelle activit occulte. Il en est exactement de mme pour les amis de Militant, qui dterminent dmocratiquement et en conscience ce
quoi il faut se joindre et selon quelles modalits. Et bien entendu aucune
action concernant une catgorie particulire de membres, comme les
sans-papiers, nĠest mene sans son plein accord et participation. Mais il est
vrai quĠALIF semble considrer implicitement que les gens qui organisent des
manifestations de 1 000 ou 1 500 sans-papiers nĠont aucune lgitimit et que
cĠest elle qui lĠincarne, parlant indment au nom de tous les sans-papiers.
Nous ne lui reconnaissons certainement pas ce rle et ne lui concdons que
celui de reprsentant de ses propres adhrents.
ALIF
sans-papiers se plaint dĠavoir t Ç accus de ne pas tre la hauteur
de la situation È. Comme ils
polmiquent sans citer de noms, on ne saura pas qui tait lĠorigine de cette
critique. Ce quĠon peut dire par contre, cĠest quĠelle est effectivement
fonde. Pire, ALIF joue le rle du diviseur et sĠenferme dans une posture qui
conduira la sclrose et la dcomposition.

5me assemble gnrale
de lĠAssociation populaire dĠentraide (Ç Militant È). A la tribune :
Souleymanne Coulibaly, Ouarda Yahi, Raymond Debord, Halima Zemmouli
Voir
aussi :
Polmique aprs lĠoccupation de la Bourse
du travail de Paris – Rpublique par le 9me collectif
des sans-papiers
[1] Les annes 2001-2003, priode o le Rassemblement des
collectifs dĠouvriers sans-papiers des foyers et de lĠOrganisation politique
organisait des manifestations rassemblant rgulirement de 1 000 3 000
personnes.
[2]
De ce point de vue, les positions
anti-parlementaires de nos amis de lĠOrganisation politique – hors du
mouvement pour lĠinstant - font miroir avec celles des crtinistes
parlementaires les plus chevronns.
[3]
CĠest un point essentiel : mme sĠils ne
reprsentent pas grand chose, mditons ce qui est en train de se passer du ct
des Indignes de la Rpublique, de Dieudonn, Kemi Seba, Ginette Skandrani,
Soral etc.