Militant n° 2 - juillet 2003

Actions contre la mairie de Paris... et l'ambassade de Somalie

L'aventurisme gauchiste frappe à nouveau

 

SAMEDI 8 février, 150 sans-papiers ont occupé la salle Japy, dans le 11e arrondissement. Dès le lendemain, la police les faisait évacuer de manière musclée, sur demande du maire de Paris, propriétaire des lieux.

  Cette intervention brutale a immédiatement suscité un tollé général, y compris chez les dirigeants parisiens du PCF et des Verts, membres de la majorité municipale.

   Pour se défendre, Delanoë a fait état des raisons l'ayant amené à prendre la décision de l'évacuation : "Mon devoir c'est d'offrir aux citoyens de Paris, aux usagers du service public municipal, ce à quoi ils ont droit (...) J'aurais pu accepter que (les sans-papiers) restent trois jours (...) Or dimanche, ils ont annoncé clairement qu'ils en faisaient leur quartier général permanent".

  Il est clair que la décision de Delanoë est tout à fait condamnable sur le fond comme sur la forme. On ne peut pas être un maire de gauche, et changer son attitude à 100 % quand on est confronté directement à un mouvement social. Ceci montre, une fois encore, que le PS choisit toujours l’ordre (et donc la répression) quand il est en situation de pouvoir.

  Il n'en reste pas moins qu'on est en droit de s'interroger sur les motivations réelles de la Coordination nationale des sans-papiers et de ses soutiens. Pourquoi, alors que la droite est au gouvernement et que Sarkozy est devenu l'adversaire numéro un des sans-papiers, décider de lancer des actions contre la municipalité de gauche de Paris ? Pourquoi mettre en difficulté Delanoë, qui jusqu'ici comptait plutôt dans le nombre des amis, certes modérés, des travailleurs immigrés ? Pourquoi créer une crise dont on savait par avance qu'elle risquait de faire exploser la majorité municipale ?

  Constatant l'orientation de la Coordination et son comportement dans l'affaire de l'occupation de la Basilique de Saint Denis, nous nous demandions dans ces colonnes "jusqu'à quel point les inspirateurs sont les complices objectifs ou subjectifs de la droite" (Militant n°1, mars 2003). A l'époque, la formule pouvait paraître excessivement polémique. Les évènements autour de l'occupation de la salle Japy montrent qu'il n'en est rien.

Dans la situation actuelle, l'orientation juste pour le mouvement des sans-papiers n'est certainement pas de se mettre à dos des alliés potentiels mais au contraire d'essayer de rassembler le maximum de gens possible autour de leurs revendications. Et si des élus de feu la "gauche plurielle" s'y prêtent : tant mieux. C'est en mouillant le plus grand nombre possible de personnalités politiques, y compris du PS, qu'on se donnera le moyen le moment venu d'imposer une législation plus favorable aux sans-papiers. Il faut que la pression soit telle qu'une marche arrière devienne impossible, faute de créer une vraie crise au sein des partis.

  En attendant, les dirigeants de la Coordination nationale viennent, une fois de plus, de marquer contre leur camp.

  Dans le genre moins grave mais tout aussi c..., il y a l’action initiée par Droits Devant contre l’ambassade de Somalie, occupée le 16 juin dernier.

 «Qu’a donc fait de si grave la Somalie qu’elle mérite un tel traitement ?», serait-on tenté de dire. Rien du tout et c’est visiblement justement parce que l’Ambassade était vide depuis des années compte-tenu de la déliquescence de cet Etat que les fins stratèges de Droits Devant sont passés à l’assaut... Le but n’était encore une fois que de créer un abcès de fixation, seule politique que connaît la gauche mouvementiste...

  Visiblement 68 est loin et l’imagination plus au pouvoir... L’amateurisme est par contre toujours là puisque l’équipe de Droits Devant s’est émiettée et qu’une petite partie seulement a réussi à entrer dans l’ambassade. Celle-ci a donc été évacuée dans la journée...

  Enfin, on a sans doute échappé au pire, des soutiens aux sans-papiers relayant sur internet la proposition du réalisateur Gabriel Gonnet que le«mouvement social» s’invite à la garden-party de l’Elysée le 14 juillet. Pour lui, cette initiative aurait du avoir lieu «en indiquant bien que les 81 % de français qui ont voté Chirac en 2002 n’attendaient pas ce qui se passe en ce moment».

  C’est fort dommage, mais tant pis pour eux, serait-on tenté de dire. Et, puisqu’il faut en revenir au B-A-Ba, on leur rappellera que c’est un président de droite qui mène la politique pour laquelle il a été élu... par eux. Espérons que les mesures anti-sociales et anti-immigrés que mène son gouvernement permettront au moins d’en finir avec la dyslexie politique de ceux qui s’attaquent à la gauche à contretemps en continuant à véhiculer des illusions sur Chirac n