Militant n°2 - juillet 2003

Editorial

Comment Sarkozy a encore "bluffé" son monde

Raymond Debord

ENCORE une fois, le gouvernement a roulé tout le monde dans la farine. En l’occurrence il a profité de l’éternisation du débat sur les retraites pour laisser planer le doute sur le calendrier parlementaire.

A la fin du mois de mai, tout le milieu associatif s’attendait à un report de l’examen de la loi sur «la maîtrise de l’immigration et le séjour des étrangers en France» (rien que le titre est déjà tout un programme) à la rentrée de septembre. Finalement, un intervention publique de Chirac a précisé que le calendrier serait maintenu et les députés se sont trouvés débattre de l’immigration au début du mois de juillet. Comme chacun sait la période estivale est la plus propice pour procéder à quelques hausses de prix et à des votes en catimini à l’Assemblée...

Face au projet de loi, les associations antiracistes et de soutien aux immigrés ont pris comme axe de se mobiliser contre un seul de ses aspects : la menace pour elles d’être poursuivies pour «aide au séjour irrégulier». Celle-ci était effectivement assez grave et un «Manifeste des délinquants de la solidarité» initié par le GISTI a rassemblé plus de 250 organisations et journaux (dont Militant).

De son côté, Act-Up a pris pour cible des amendements de la droite en commission des lois risquant de rendre la vie impossible aux étrangers malades.

  Le 3 juillet, un rassemblement des «délinquants de la solidarité» s’est tenu devant l’Assemblée nationale, dans des conditions de préparation parfaitement hasardeuses : convoqué la veille il avait été confirmé le jour même à midi. Il n’a donc rassemblé que 80 personnes, dont deux petites délégations de sans-papiers membres de l’Association populaire d’entraide/la Voie populaire et du 9ème collectif. On notera que ces deux groupes étaient les seuls à être venus avec des banderoles.

  Une fois de plus Sarkozy a été assez habile. Il a commencé par remettre au pas ceux des députés UMP qui voulaient faire du zèle en durcissant encore la loi, donné des garanties aux associations sur leur sort et jeté un os à ronger aux parlementaires de gauche : la réforme de la double peine. Du coup l’ensemble du mouvement s’est retrouvé en porte à faux et la loi est passée sans problèmes après un mini-débat. Sarkozy s’est même payé le luxe d’un vote unanime sur la partie du texte qui assouplit la «double peine». Celle-ci se trouve donc devenir l’arbre qui cache la forêt des discriminations en tous genres.

Entre la nouvelle loi et les consignes données aux préfectures concernant les critères de régularisation (cf Militant n°1) la situation des sans-papiers est devenue complètement intenable. Ils n’ont aujourd’hui quasiment aucune chance d’être régularisés et de pouvoir faire venir leur famille. Quant aux «chanceux» disposant d’un titre de séjour provisoire, ils vont se trouver maintenus par dizaines de milliers dans une précarité totale. Avec une carte de séjour d’un an, impossible de pouvoir prétendre aux prestations sociales, au RMI ou d’accéder à un logement quel qu’il soit.

Il est plus que temps que le mouvement se resaisisse avant que la loi n’ait finit sa «navette» entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Il est plus que temps aussi que les principaux intéressés, à savoir les travailleurs immigrés eux-mêmes, fassent leur entrée en scène n