Abou Souleïman (mars 2004)
J’ai été récemment sollicité par un retraité de nationalité marocaine. Résidant à Gennevilliers, ce petit homme a travaillé toute sa vie active comme ouvrier chez Chausson. Comme tant d’autres, on est allé jadis le chercher dans les contreforts du Rif pour l’envoyer se tuer la santé sur une chaîne. Aujourd’hui, le petit homme s’inquiète : sa femme est très malade. Restée au Maroc, elle pourrait voir ses jours comptés si la situation n’évolue pas. Alors le petit homme s’est dit qu’il aimerait bien la faire venir à ses côtés. Après tout, ils seraient aussi bien ici tous les deux, même si leur rêve a toujours été de passer leurs vieux jours au pays. Et puis en France ils ont aussi de grands enfants qui ont fait leur vie. Le petit homme était content d’avoir un logement suffisamment grand pour eux deux. C’était presque un exploit car ici on ne s’est pas toujours pressé pour offrir des HLM aux immigrés (*). Et puis il a déposé sa demande de regroupement familial qui a été rejetée directement. Sans faire un pli. La femme du petit homme, elle aussi âgée de plus de 60 ans, ne risquait pourtant pas de faire concurrence aux «nationaux» sur le marché du travail... L’administration s’est contentée de constater, froidement : «ressources insuffisantes». Car au prix où on paie les ouvriers au «pays des droits de l’homme», leur retraite est inférieure au SMIC. A vomir.
(*) Olivier Masclet : la gauche et les cités, histoire d’un rendez-vous manqué (éd. La Dispute).
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