Militant
n°3 – novembre 2003
MARDI
28 octobre, le Parlement a définitivement adopté la loi Sarkozy sur «la
maîtrise de l’immigration»
Le PS et le PCF ont voté contre la loi,
mais compte-tenu de la majorité écrasante dont dispose la droite, l’essentiel
ne résidait pas dans la bataille parlementaire.
Alors qu’une mobilisation de masse aurait été nécessaire, confusion, division et démobilisation ont régné dans le mouvement des sans-papiers comme chez les adversaires de la loi.
L’opération autour du «Manifeste des
délinquants de la solidarité» n’aura finalement
été qu’un rideau de fumée médiatique masquant mal le refus de mobiliser.
Par ailleurs, alors qu’une
manifestation du Rassemblement des collectifs d’ouvriers sans papiers des
foyers était convoquée le 18 octobre, la Coordination nationale des sans-papiers
a appelé à défiler le même jour à la même heure et au même endroit... mais pour
aller dans une autre direction (Matignon).
En maintenant son parcours initial, le Rassemblement a sans aucun doute commis une faute. Quant à la délégation de l’Association populaire d’entraide/Voie Populaire, qui lui a emboîté le pas, elle tire un bilan finalement négatif de ce choix et plus généralement de la manière dont se sont passées les choses.
Mais, au delà de la confusion des
itinéraires (personne n’est allé là où ça se passait : à l’Assemblée nationale)
et de la division des forces, la question de fond est le recul de la
mobilisation des uns comme des autres. La Coordination n’a réuni qu’un millier
de personnes et sa manifestation n’a été sauvée du fiasco que par un fort
contingent de Chinois. Quant au
Rassemblement, il n’a entraîné que 300 résidents des foyers. Ce désengagement
des résidents des foyers s’est fait également sentir du côté de la Voie
Populaire, la mobilisation au foyer Rochebrune (Montreuil) ayant été un échec.
La Coordination nationale des
sans-papiers a tiré un bilan assez lucide de ce désastre dans un document émanent de sa réunion
du 19 octobre. Elle note que «Sarkozy fait passer la loi la plus régressive
sur l’immigration depuis 1945 et la mobilisation est étonnamment faible», précisant que les sans-papiers se trouvent isolés et
que «le mouvement de soutien est très peu mobilisé».
Vers une auto-critique ?
C’est le moins qu’on puisse dire alors
que ce n’est qu’in extremis que la Coordination a obtenu de pouvoir animer un
«séminaire» au Forum social européen...
La Coordination attribue une part des
difficultés de mobilisation a la scission dont elle a été victime de la part de
l’Union nationale des collectifs de sans-papiers. Ceux qu’elle nomme «les
diviseurs» ayant pour particularité
de prôner «l’ouverture du dialogue»
avec un Sarkozy qui pendant ce temps renforce les lois hostiles aux étrangers.
Cette évolution de la Coordination est
d’autant plus remarquable qu’elle avait elle-même été passablement aventuriste
et confusionniste depuis l’avènement du nouveau gouvernement (*).
Aujourd’hui, la Coordination nationale
semble également prête à questionner le rôle qui a été jusqu’ici celui des «soutiens» et la nature de la lutte des sans-papiers. «Est-elle
vraiment une lutte d’un «corps étranger» vis-à-vis duquel doit s’exprimer la
«solidarité» des autres ; ou bien
est-elle une partie du tout de la lutte des travailleurs dans leur ensemble ?»
La manière dont la Coordination pose les questions indique implicitement le sens dans lequel elle entend répondre.
C’est incontestablement une évolution
positive qui confortera les partisans de Militant qui défendent cette approche
depuis fort longtemps mais de manière jusqu’ici très isolée.
Si la terrible défaite qu’est le vote
de la loi Sarkozy permet au moins de tirer des bilans, c’est un point
essentiel. En effet, nous dirons sans craindre de nous répéter que la clarté
des objectifs, de la stratégie et des méthodes de travail sont les éléments
sine qua non de la possibilité d’une victoire. Aujourd’hui, malgré tout, un
espoir renaît n
Sur
les nouvelles dispositions introduites par la loi Sarkozy, voir Militant n°2
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