La Voie Populaire n°32 (août 2002)
MENACES CONTRE
SALIMA JAMILI
Les affiches de Salima Jamili, responsable de l’Association populaire d’entraide, ne sont visiblement pas du goût de tout le monde. Elles ont en tout cas surpris désagréablement Khadidja Bourcart, adjointe (Vert) au maire de Paris responsable de l’intégration et à ce titre du Conseil de la citoyenneté des Parisiens non communautaires.
Salima Jamili explique : «En arrivant à la réunion du Conseil, j’ai été interpelleé par un membre du bureau qui m’a dit qu’ils étaient «scandalisés» et que je ne les représentais pas.» Ne souhaitant pas polémiquer avec des sous-fifres Salima a donc été directement voir Khadidja Bourcart qui s’est aussitôt montrée extrêmement menaçante. «Quand j’ai vu vos affiches, j’ai failli vous exclure du conseil. C’est une usurpation de dire que vous représentez les ouvriers immigrés au sein du conseil.»
Salima a rétorqué qu’elle était pour bien là pour ça et qu’elle ne voyait aucun intérêt à se limiter à des discussions en vase clos avec les 90 membres du Conseil : «Mon rôle, c’est de rapporter ce que pensent les gens».
L’accès de mauvaise humeur de Khadidja Bourcart témoigne visiblement d’une conception quelque peu manipulatoire du Conseil : d’accord pour en faire un support de communication et une vitrine, mais surtout pas de vagues. Alors que ses membres semblent avoir été soigneusement choisis parmi des individualités dépourvues de toute attache partisane, l’attitude offensive de Salima Jamili a pour le moins pris de court l’adjointe au maire.
Pourtant Salima n’a nullement attaqué la mairie et la position de l’Association populaire d’entraide, exprimée dans la Voie Populaire n°31 et le bulletin Praxis n°4 était très ouverte vis à vis de Delanoë et son équipe.
Contrairement à ce que semblent croire quelques éléments liés à la mairie, Salima et la Voie Populaire n’ont jamais prétendu parler au nom du Conseil à l’extérieur, mais au nom des ouvriers au sein du conseil. Nuance. Quant à l’utilité de cette posture, elle est justifiée tant par la composition sociale du Conseil (enseignants, fonctionnaires internationaux, journalistes...) que par l’orientation politique de la majorité de ses membres.
Bien sûr, chacun serait libre de critiquer le fait que Salima Jamili affiche (dans tous les sens du terme!) sa volonté de défendre les ouvriers immigrés, c’est à dire d’adopter un point de vue de classe. Mais encore faut-il être capable soi-même d’avoir quelques résultats ou au moins cette volonté. Or ce n’est dans aucun cas celle des Verts.
Mme Bourcart a par ailleurs sans doute quelque peu perdu son sang froid en parlant d’ «exclusion», l’affiche critiquée étant sortie avant l’adoption d’un règlement intérieur qui ne condamne par ailleurs nullement la volonté que pourraient avoir certains conseillers de se faire connaître à l’extérieur... On imagine aisément l’attitude des conseillers municipaux Verts à la mairie de Paris si Bertrand Delanoë voulait soudainement leur imposer de ne faire ni affiches ni permanences...
Fort heureusement, à la réunion suivante du Conseil, personne n’est revenu sur l’affaire. Il est vrai qu’entre temps la droite avait remporté l’élection présidentielle et les législatives. Du coup, Khadidja Bourcart a déclaré qu’il fallait se «serrer les coudes» car le conseil consultatif des étrangers allait être «dans le collimateur» de la droite . Pour elle, il faut «prouver que ça marche» pour imposer à la droite le maintien des avancées en terme de démocratie participative et d’expression des étrangers.
Sage résolution en effet, que rien ne viendra démentir si les adjoints se réclamant de la majorité PS-PCF-Verts reviennent à un juste sens de la mesure et ne cherchent pas eux-mêmes la rupture avec la gauche populaire. Il ne tient qu’à eux que tous fassent front.