MEMORANDUM

COalition NAtionale Contre l’Accord de Libre Echange MAROC-USA (CONACALE MAROC-USA)

 

 

Suite à l’Accord de Libre Echange conclu entre le Maroc et les Etats-Unis en juin 2004, nous, COalition NAtionale Contre l’Accord de Libre Echange (CONACALE), constituée le 25 octobre 2004 au siège de l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) et composée d’associations, syndicats et de partis politiques, dénonçons vivement l’accord de libre échange conclu entre le Maroc et les Etats-Unis et ce vu ses conséquences néfastes pour tous les secteurs de l’économie marocaine. Mais, avant de développer ces conséquences, il serait utile de rappeler quelques traits de la politique des ETATS UNIS qui vont à l’encontre des aspirations des peuples et du droit international.

 

Quelle est la politique étrangère des Etats-Unis ?

 

L’Etat américain bafoue le droit international, dénie aux peuples leurs droits à l’autodétermination politique et économique (Irak, Afghanistan, Cuba, etc), soutient et défend des Etats terroristes (Israël) au mépris des droits du peuple palestinien à constituer son propre Etat, refuse l’arbitrage international (refus de ratification du statut de la Cour Pénale Internationale(CPI), du protocole de Kyoto etc.)

 

Quelle est la politique économique des Etats-Unis ?

 

L’Etat américain

- Tout en prônant le libre échange, pratique le protectionnisme,

- Tout en poussant les pays à supprimer leurs barrières douanières, recourt à des barrière tarifaires et non tarifaires comme les subventions des produits de ses producteurs, les aides à l’exportation, les quotas, etc.

 

En 2002, l’Etat américain a haussé ses tarifs douaniers de 30% pour protéger son acier de la concurrence des pays européens et asiatiques.

 

L’Etat américain subventionne à hauteur de 4 milliards de dollars par an 25 000 producteurs de coton américains.

 

Au printemps 2002, a été votée une loi aux Etats-Unis accroissant de près de 80 % les aides agricoles avec une enveloppe de 190 milliards de dollars sur 10 ans.

 

Cette pratique de subvention, condamnable au regard du droit commercial international, entrave toute possibilité de concurrence par des pays incapables de subventionner leurs producteurs.

 

Quelle est la situation socio-économique du Maroc ?

 

L’Etat marocain a toujours suivi les recommandations des institutions financières internationales à savoir le FMI et la Banque Mondiale. Ces dernières ont imposé aux pays du tiers-monde le Programme d’Ajustement Structurel (PAS) qui a abouti à la réduction des dépenses publiques et notamment dans les secteurs sociaux ( santé, éducation, logement, création d’emplois). Le PAS a engendré des conséquences néfastes sur les ressources humaines qui sont les piliers de toutes actions de développement. Les indicateurs socio-économiques sont suffisamment parlants pour décrire la situation dramatique et désastreuse du Maroc :

 

- au regard de l’indice du développement humain (IDH), le MAROC occupe le 124ème rang

- le taux d’analphabétisme dépasse les 50%

- fin 2003, le taux de chômage urbain a atteint 19.2% (selon les statistiques officielles).

 

Quelles leçons tirer des autres Accords de Libre Echange ?

 

La théorie économique et les expériences de libre échange entre un pays dit développé comme les Etats-Unis et un pays dit en voie de développement comme le Maroc, ont montré que le libre échange est en faveur du premier et au détriment du second. Il s’agit en fait d’un contrat léonin qui enrichit le plus riche et appauvrit le plus pauvre. L’expérience de l’accord conclu entre les Etats-Unis et le Mexique en est une preuve probante puisque un an après l’entrée en vigueur de l’accord les Etats-Unis ont dû envoyer 53 milliards de dollars pour sortir le Mexique de l’insolvabilité.

 

Par ailleurs la conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a relevé que « les 50 pays les plus pauvres de la planète sont non seulement plus ouverts au commerce international que les autres pays en développement mais ils ont atteint un degré d’ouverture équivalent à celui des pays de l’OCDE » et de conclure « ce sont les pays qui se sont ouverts modérément et non ceux qui s’étaient le plus ouverts qui ont connu le plus de progrès en terme de croissance. »

 

Pour J. Stiglitz, prix Nobel d’économie, ex-conseiller de la banque mondiale et de la Maison Blanche, « on doit adresser un message différent aux autorités mexicaine, brésilienne, indienne et à celles des autres Etats émergents : n’essayez pas d’atteindre une économie de marché mythique qui n’a jamais existé. N’écoutez pas les panégyristes américains intéressés : bien qu’ils prêchent la liberté de marché , de retour au bercail, ils se reposent sur le gouvernement pour faire progresser leurs objectifs. »

 

Soulignons par ailleurs que les négociations bilatérales Maroc / Etats-Unis concernant la ratification de la convention de libre échange font suite aux échecs des Etats-Unis à imposer ses conditions lourdes et contraignantes lors des dernières rencontres dans le cadre de l’OMC (Doha 2001, Cancun 2003).

 

Quelles conséquences sur l’industrie marocaine ?

 

L’ALE risque de détruire l’industrie marocaine incapable de résister à l’assaut des puissantes sociétés multinationales ; il risque par conséquent d’aggraver le chômage et la précarité. En un mot de porter atteinte aux droits économiques et sociaux du peuple marocain. Face à la concurrence des multinationales, l’industrie marocaine sera amenée soit à déposer son bilan soit à se confiner à une position de sous-traitance ; mais même dans ce dernier cas elle devra rationaliser sa gestion et comprimer ses coûts ce qui signifie de manière plus terre à terre licencier des travailleurs, réduire les salaires et accroître les cadences de travail ; or de telles mesures ne peuvent aboutir sans durcissement de la législation du travail sans renoncer à des acquis comme le SMIG, sans même restreindre les droits civils et politiques.

 

Quels impacts sur la santé au Maroc ?

 

L’ALE risque de détruire notre industrie pharmaceutique, qui occupe le second rang en Afrique, au profit des monopoles internationaux. Nos besoins en médicaments seront à la merci de ces monopoles qui auront loisir de fixer la nature, la quantité, la qualité et les prix des médicaments selon leurs intérêts et au détriment de la santé des peuples. Les médicaments doivent être considérés comme un bien public qui nécessite une forte protection de la part de l’Etat car ils sont liés au droit à la vie.

 

Par ailleurs, les brevets d’invention des monopôles pour une durée pouvant atteindre 29 et demi (l’Organisation Mondiale du Commerce avait fixé une durée jugée trop longue de 20 ans !) hypothèquent toute velléité de produire des produits génériques ; un pays qui peut produire un médicament à moindre coût pour sauver ses malades en péril doit attendre presque trente ans avant de le faire !!! Selon Arnaud Zacharie, directeur de recherche du Centre National de Coopération et de Développement (CNCD) « le système de l’ADPIC (Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce) équivaut à institutionnaliser au niveau mondial la non assistance à de millions de personnes en danger de mort. » ; la production de produits génériques est un droit que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) n’a pas hésité à recommander vu l’ampleur de fléaux comme le SIDA , la tuberculose, la malaria qui sévissent surtout dans les pays pauvres.

 

Quelles incidences sur l’agriculture marocaine ?

 

L’ALE risque de détruire notre agriculture vivrière hypothéquant ainsi la nourriture de tout un peuple. Le risque est de non seulement voir des paysans ruinés (aggravant ainsi le chômage, l’exode rural avec son lot de bidonvilles) mais aussi de voir l’agriculture se métamorphoser en agriculture extravertie, dépendante des besoins extérieurs au lieu d’une agriculture qui répond au besoin du peuple marocain. Notre pain quotidien risque de dépendre de la bonne volonté des Etats-Unis.

 

Quelles répercussions sur les revenus marocains ?

 

L’ALE permet aux monopoles internationaux d’accéder à nos ressources financières, matériels et humaines et de générer des profits qui pourront être rapatriés librement au détriment des besoins nationaux. Auparavant les codes des investissements, déjà très libéraux, permettaient le rapatriement libre d’une partie des profits, l’autre partie étant investie sur place ce qui contribuait à accroître le potentiel industriel et l’emploi, avec cet accord tout le profit généré sera expatrié.

 

Quels impacts sur l’investissement au Maroc ?

 

L’ALE protège les investissements des monopoles au détriment des droits du peuple marocain : tout investisseur américain se verra indemniser en cas d’expropriation, cette clause rappelle le tristement célèbre AMI (Accord Multilatéral sur les Investissements) que les mouvements sociaux à l’échelle mondiale ont réussi à stopper.

 

Il ne faut pas oublier par ailleurs que les investisseurs internationaux ne sont plus des producteurs mais des spéculateurs qui, loin de contribuer au développement de la production et de l’emploi, déstabilisent les Economies par leurs pratiques « d’économie de Casino » ; le Fond Monétaire International (FMI), a reconnu que les flux de capitaux spéculatifs sont facteurs d’instabilité ce qui l’a amené à alléger sa pression sur l’ouverture des Economies.

 

Quelles conséquences sur l’identité culturelle marocaine ?

 

L’ALE menace la culture et la production intellectuelle marocaine au profit d’une culture américanisée ; et ce ne sont pas les maigres subventions accordées à la production nationale qui pourront changer cet état des choses.

 

En effet , vu les capacités de production et de distribution dont disposent les Etats-Unis , il est à craindre la ruine pure et simple des éditeurs artisans marocains comme il est à craindre que la production intellectuelle nationale ( déjà fortement marginalisée) ne disparaisse au profit d’une production américaine largement soutenue par des budgets publicitaires capables d’extravertir des modes de consommation.

 

Il faut rappeler que l’UNESCO s’apprête à faire passer en 2005 une convention sur la diversité culturelle, laquelle réserve aux pays le droit d’adopter les stratégies adéquates et nécessaires à la protection de leur identité culturelle ; l’ALE conclu entre le MAROC et les ETATS UNIS est loin de favoriser l’atteinte de cet objectif.

 

Pour toute ces raisons et bien d’autres encore, nous, Coalition Nationale Contre l’Accord de Libre Echange conclu entre le Maroc et les Etats-Unis :

 

- Déplorons,

Que les dispositions de cette convention n‚aient pas été débattues et que les principaux acteurs concernés par ce texte n’aient pas été consultés lors de son élaboration.

 

- Affirmons

Que l’Economie marocaine a besoin de protection et non d’ouverture à outrance, que la solution à nos maux réside dans une mobilisation des ressources nationales, dans la lutte contre la dilapidation des biens publiques, dans une répartition équitable des ressources, dans une gouvernance qui associe le peuple à une saine gestion.

 

- Réclamons

Que l’Etat marocain renonce à cet accord, que le Parlement s’abstienne de le ratifier.

 

- Lançons un appel

A toutes les forces vives de la Nation pour une mobilisation contre les accords léonins et pour une démocratisation de l’Etat seule garante d’un développement durable du pays.

 

Adopté le 17/11/2004

 

 

Voir aussi :

- CISL : rapport annuel sur la violation des droits syndicaux au Maroc