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Les 23 et 24 octobre 2004 aura eu lieu une importante conférence internationale en Irlande. Le présent document est la contribution de l’Association populaire d’entraide à ce débat.

 

 

Contribution au débat international

 

Association populaire d’entraide (13/10/2004)

 

 

 

Chers camarades,

 

C'est avec enthousiasme que nous avons accueilli l'annonce de votre réunion et la possibilité d'y participer. Nous aurions bien volontier envoyé une délégation plus importante si nos moyens l'avaient permis. En tant que militants associatifs, nous sommes en effet convaincus d'un part que les souffrances des couches défavorisées ont des causes liées au système économique et social et d'autre part que ces causes ont un évident caractère international, frappant de manière parallèle dans tous les pays du monde.

 

Sur cette base, nous sommes non seulement favorables à une représentation politique du monde du travail mais aussi à son unité internationale. Ce n'est pas quelque chose de bien nouveau ni de bien original, mais qui se pose maintenant comme par le passé.

 

Depuis la naissance du mouvement ouvrier au XIXe siècle, trois internationales de masse ont existé : l'Association internationale des travailleurs (Ière internationale) dont Karl Marx lui-même était un des leaders, l'Internationale ouvrière (IIe internationale) qui regroupait les grands partis socialistes avant la première guerre mondiale et l'Internationale communiste (IIIe internationale) qui reprit le flambeau révolutionnaire après la révolution russe de 1917. La dégénérescence stalinienne de l'URSS et du mouvement communiste conduisit en 1938 à la proclamation d'un Parti mondial de la révolution socialiste (IVe internationale). Après l'assassinat de son principal leader Léon Trotsky dès 1941, la IVe internationale, à la différence de ses prédécesseurs, ne réussit jamais à gagner une influence de masse. Elle connut par conséquent une longue série de scissions et la plupart des groupes d'extrême-gauche en sont issus.

 

A l'heure de la reconquête par le capitalisme des marchés des ex-pays "socialistes" et de sa globalisation sur toute la surface de la terre, la question d'une organisation indépendante du prolétariat est d'une actualité toujours aussi brûlante. C'est en effet le seul moyen de s'opposer de manière efficace et progressiste aux effets désastreux de la mondialisation : guerres impérialistes pour le contrôle des ressources naturelles (Irak, Afghanistan), effondrement du niveau de vie dans les anciens pays "socialistes", délocalisations industrielles, chômage de masse, aggravation de la situation de pays "non-compétitifs", etc.

 

Face à ces phénomènes gravissimes et alors que les salariés cherchent les moyens de relever la tête, les seules organisations internationales de masse prétendant les représenter sont à caractère syndical : CISL, CES, FSM. Mais celles-ci, dominées par de puissantes bureaucraties, souffrent d'une profonde intégration dans la gestion du système et d'une totale adaptation aux cadres institutionnels dans lesquels il leur est fait une place au nom du "dialogue social" : OIT, UE, Etats nationaux. Ayant le plus grand mal à défendre de manière un tant soit peu satisfaisante les revendications immédiates des salariés, elles sont dans l'état actuel des choses inaccessibles à une perspective de changement un tant soi peu conséquent.

 

L'émergence d'un mouvement anticapitaliste international de masse est une nécessité qui détermine les tâches des organisations et groupes les plus conscients. En contrepartie, ces tâches impliquent à leur tour la coordination des groupes et militants en question et l'homogénisation progressive de leur compréhension du monde et de leur intervention. C'est dans ce sens que nous apprécions la réunion des 23 et 24 octobre comme une opportunité de faire un pas en avant.

 

Il est pour nous clairement futile de prétendre proclamer un nouveau regroupement contre les regroupements existants et surtout contre le mouvement réel de la lutte des classes, qui passe principalement par la médiation des vieux partis de gauche[1] et des syndicats ou par celle des nouvelles organisations et des nouveaux syndicats radicau[2]. Dans ce sens, nous avons tourné le dos à un certain sectarisme auto-proclamatoire, commun à nombre de petits groupes se voulant révolutionnaires. A l'étape actuelle, nous n'accordons pas beaucoup d'importance aux questions de sigles ni aux déclarations d'intention ronflantes.

 

Pour autant, si nous nous en tenons à notre expérience nationale, nous constatons aussi que certains groupes axés principalement sur des discussions informelles sont le produit d'une certaine démoralisation. Dans ce cas, la souplesse organisationnelle est parfois l'antichambre à la dislocation politique ou au ralliement au réformisme.

 

Nous attendons donc que la réunion contribue à clarifier les bases qui nous unissent et se fixe des objectifs concrets pour l'avenir. Si la proclamation d'une tendance distincte "n'aurait aujourd'hui aucun sens, ni politiquement, ni organisationnellement"[3] nous devons préciser les raisons spécifiques qui font que nous choisissons aujourd'hui de discuter ensemble, plutôt qu'avec d'autres.

 

Pour notre part, nous en repérons plusieures : 1. la réaffirmation d'intentions révolutionnaires ; 2. la volonté d'oeuvrer à un regroupement large de la gauche anticapitaliste ; 3. la prise en compte des organisations de masse du prolétariat ; 4. la promotion de l'action directe, élément nouveau dans la période ; 5. l'insistance sur le travail à la base (dans les entreprises, dans les quartiers populaires, chez les chômeurs et les mal-logés...).

 

De plus, nous apprécions fortement la volonté de faire passer ces idées dans la réalité et considérons l'esprit des luttes rapportées sur les sites internet labormilitantvoice et movementsforsocialism (grève des charpentiers et luttes sur le logement aux USA, luttes contre le chômage et la pauvreté au Canada, luttes sur le logement en Afrique du Sud, initiatives impulsées en Ecosse) comme très proche de celui que nous essayons de développer, très modestement, via l'Association populaire d'entraide.

 

Nous ne venons pas aujourd'hui les mains vides, mais avec un document qui émane d'une réunion à laquelle nous avons participé avec des camarades issus du PCF, de l'extrême gauche et surtout des membres du Parti socialiste, dont Marc Dolez (député et secrétaire de la fédération du nord). Ce document est un document pour un double non : non à Chirac et non à la Constitution européenne. Nous espérons pouvoir vous présenter ce document et discuter, en particulier avec les camarades britanniques et irlandais, de la manière dont nous pourrions promouvoir le "non" à l'échelle européenne, même si malheureusement tous les peuples ne seront pas consultés. Il y aurait là aussi, nous semble t-il, matière à faire un pas en avant ensemble.

 

Très cordialement.

 

 

13/10/04

 

 



[1] PS et PCF en France, Labour party (Grande Bretagne), PSOE et IU (Espagne), SPD et PDS (Allemagne)

[2] Labour party (Hong Kong), Labour Party et BMP (Philippines), Democratice labour party et KMU (Corée)

[3] Roger Silverman (courrier à Raymond Debord du 13/09/2004)