Objet : Maroc : Les droits humains, escamots par la dclaration
gouvernementale par AMINE ABDELHAMID.
Date : vendredi 2 novembre 2007 12:49
De : Association Marocaine des Droits Humains -
Section de Rabat
Conversation : Maroc : Les droits humains, escamots par
la dclaration gouvernementale par AMINE ABDELHAMID.
Maroc : Les droits
humains, escamots par la dclaration gouvernementale
Abdelhamid AMINE
Lors de la campagne lectorale, le
Bureau Central de lĠAMDH avait publi lĠintention de lĠopinion publique un
communiqu sur les revendications essentielles de lĠassociation dans le domaine
des droits humains.
Suite la nomination de Mr Abbas El Fassi comme premier
ministre, le Bureau Central lui a adress une lettre exposant les
revendications pressantes et essentielles de lĠAMDH en demandant quĠelles
soient prises en considration dans la rdaction du programme gouvernemental, tant
donn les engagements internationaux et nationaux de lĠEtat marocain dans ce
domaine.
Aprs avoir cout la dclaration de Mr Abbas El Fassi au
nom du gouvernement devant la chambre des dputs le 24 octobre dernier, force
est de constater le gouffre qui existe entre les revendications de lĠAMDH et lĠintrt
accord par le gouvernement aux droits humains. Voyons de plus prs :
1. La dclaration gouvernementale nĠa accord aucun intrt la problmatique
constitutionnelle ; tous les gens senss reconnaissent que la constitution en
vigueur nĠest pas dmocratique et ne peut constituer un cadre juridique valable
pour lĠdification de lĠEtat de droit, puisquĠelle est l surtout pour garantir
la prennit dĠun rgime autocratique et semi thocratique o lĠinstitution
monarchique domine toutes les autres institutions. Ceci est devenu vident.
Il explique pour lĠessentiel le taux de participation de
20% aux dernires lections puisque les lecteurs potentiels ne voient plus
quoi peut encore servir le parlement surtout, quand ils constatent la
marchandisation de la dputation, le rle jou par lĠargent et les magouilles
ayant abouti la configuration parlementaire actuelle.
Il explique aussi, les manipulations qui ont abouti la
formation du gouvernement, non par la volont du premier ministre en conformit
avec lĠarticle 24 de la constitution, mais par intervention non dissimule du
Palais.
Signalons aussi, que la revendication de rformes constitutionnelles
est avance non seulement par les partis de la Koutla, qui constituent la moiti
du gouvernement, mais aussi par lĠInstance Equit et Rconciliation dont les
recommandations ont t valides par le Roi lui-mme.
2. Pour ce qui concerne le dossier des violations graves du pass, la dclaration
gouvernementale a totalement ignor ce dossier comme sĠil tait dj clos alors
quĠun vnement rcent – le lancement par le juge franais Patrick Ramal
dĠun mandat dĠarrt contre 2 gnraux et 3 anciens hauts responsables du fameux
CAB1 impliqus dans lĠenlvement et lĠassassinat du dirigeant politique Mehdi
Ben Barka – est venu rappeler tous en pleine visite de Mr Sarkozy au
Maroc lĠactualit du dossier des disparitions forces et des violations graves.
Aucun mot nĠa t souffl propos des recommandations de
lĠIER ; sĠagit-il dĠun oubli ou dĠune volont de tourner la page et dĠescamoter
ce dossier ?
QuĠen est –il du point de vue de la nouvelle quipe
gouvernementale sur lĠabolition de la peine de mort, sur lĠadhsion la cour pnale
internationale, sur la reconnaissance par la constitution de la primaut des
conventions internationales par rapport aux lois nationales, sur la mise en
place dĠune stratgie nationale de lutte contre lĠimpunit, sur la rforme des
services scuritaires, sur la ratification des conventions des droits humains
qui ne le sont pas encore, sur la leve des rserves concernant celles qui ont t
ratifies, sur lĠadquation de la lgislation marocaine avec les normes
universelles des droits humains et sur les autres recommandations de lĠIER ?
3. Plus grave encore la dclaration gouvernementale nĠa souffl mot sur
la promotion des droits humains en gnral et de la culture des droits humains
en particulier.
La plate forme citoyenne pour la promotion de la culture
des droits humains serait – elle enterr alors quĠelle a fait lĠobjet dĠune
adoption solennelle par les trois parties qui ont particip son laboration,
gouvernement, socit civile et institutions nationales ?
Quel est le sort rserv au plan national pour la
promotion des droits humains qui devrait constituer une feuille de route pour
le dveloppement stratgique des droits humains au Maroc conformment aux
directives de lĠONU ?
4. QuĠen est –il des violations graves connues par notre pays rcemment
et plus particulirement depuis le 16 mai 2003 ?
- Le gouvernement va – t – il continuer
traiter les 11 membres de lĠAMDH arrts rcemment Agadir, Ksar El Kbir, Bni
Mellal, Sefrou comme de vulgaires criminels alors mme quĠils ont t arrts
pour dlit dĠopinion ou pour avoir particip un sit-in pacifique ?
- Le gouvernement va-t-il continuer emprisonner les
citoyens arrts suite aux vnements du 23 septembre Sefrou et qui trouvent
leur explication non pas dans la manifestation contre la hausse des prix
organise par lĠAMDH mais dans lĠabsence de dialogue et dĠcoute par les
autorits et dans la provocation policire ?
- Que fera le gouvernement des dizaines de prisonniers
politiques que ce soient ceux emprisonns depuis de longues annes, ou les dtenus
sahraouis ou tudiants ?
- Quelle suite sera rserve la revendication de lĠAMDH
relative la rvision des procs des dtenus dits de la Salafiya Jihadiya ou
leur libration en raison de leur arrestation arbitraire, de la torture subie
et des procs inquitables ?
- Quelle suite sera rserve aux journalistes condamns
des peines de prison ou en cours de jugement pour dlit de presse ?
- Que va faire le gouvernement pour juguler les arrestations
arbitraires de syndicalistes en brandissant lĠarme juridique de lĠarticle 288
du code pnal ?
5. Pour ce qui est des droits conomiques sociaux et culturels,
il est clair que malgr le concept de nouveau pacte social
introduit dans la dclaration gouvernementale, ces droits continueront tre
marginaliss. On peut sĠen rendre compte (et sans tre exhaustif) aux niveaux
suivants :
- Le bafouement des droits des travailleurs – et en
particulier leurs droits lgaux consigns dans la lgislation du travail –
nĠa pas t soulev dans la dclaration du premier ministre.
Le gouvernement prcdent a transform les dispositions de
la lgislation du travail en simples recommandations devant tre appliques
progressivement ; le gouvernement actuel semble sĠorienter dans la mme voie
puisquĠil prvoit par exemple de rduire de 60% le taux de travail des enfants
au lieu dĠenvisager lĠabolition de ce travail comme le stipule le code du
travail.
Le gouvernement parle de rajustement des petits salaires.
CĠest bien ; mais ne devrait – il pas commencer par imposer lĠapplication
rigoureuse du salaire minimum garanti par la loi ? Ne devrait –il pas dĠabord
rajuster ce salaire minimum conformment lĠaugmentation du cot de vie ?
La dclaration gouvernementale ignore totalement la
violation flagrante du droit syndical surtout par les entreprises prives, en
particulier dans les secteurs de lĠagriculture, du textile, de lĠhtellerie,
des industries alimentaires et btiment et travaux publics ; va-t-il continuer
au nom de lĠencouragement des investissements regarder les employeurs craser
les travailleurs et les rduire lĠesclavage ?
- SĠagissant du droit au travail, la dclaration
gouvernementale a fix quelques objectifs mme dĠamliorer la situation :
taux de croissance de 6%, 250.000 nouveaux emplois par an, taux de chmage
limit 7% dans 5 ans. Mais outre le fait que ces objectifs restent modestes,
ils risquent fort de ne pas tre atteints puisque les moyens pour les raliser
ne sont pas indiqus, et quand ils sont suggrs, ils ne peuvent tre fiables.
- SĠagissant du droit la sant qui devient une chimre
pour la plupart des citoyens on pourra noter que le dclaration gouvernementale
nĠa parl ni des difficults actuelles rencontres par lĠAMO, ni encore moins
du RAMED (rgime dĠassurance maladie pour les conomiquement dmunis) et qui
tarde voir le jour alors mme quĠil concerne lĠensemble des citoyens ne
pouvant avoir accs aux soins du fait de leur pauvret.
- SĠagissant du droit la vie dans la dignit – qui
exige des salaires, des pensions et des revenus dcents, mais aussi la gnralisation
de la scurit sociale, la baisse des impts et la stabilit des prix –,
la dclaration gouvernementale a voqu les efforts gouvernementaux pour
stabiliser les prix grce notamment lĠintervention de la caisse de
compensation ; nous connaissons le rle positif jou par les Ç coordinations
contre la hausse des prix È pour amener le gouvernement limiter les dgts;
mais on peut penser que du fait de lĠalignement stratgique de notre conomie
sur le march mondial, et qui sĠapprofondira encore dans la cadre du programme gouvernemental, il yĠa de
grands risques pour aboutir une hausse des prix bien plus importante que
celle connue jusqu' prsent.
- Pour ce qui concerne les droits linguistiques et
culturels amazigh, la dclaration juste voqu Ç la langue amazigh en tant
que lĠune des composantes centrales de la personnalit marocaineÉ È alors que
les dfenseurs de ces droits nĠont cess de rclamer une place essentielle de lĠAmazigh
dans lĠenseignement et dans les mdias et surtout la reconnaissance par la
constitution de lĠAmazigh en tant que langue officielle ct de lĠArabe.
En conclusion, faut-il sĠtonner du hiatus existant entre
les revendications de lĠAMDH et le contenu de la dclaration gouvernementale
dans le domaine des droits humains ? OUI et NON !.
Oui, si on voit que des mesures pas trs contraignantes
ont t cartes du programme : plateforme citoyenne, recommandations de lĠIER,
AMO, etc.É ; Il est esprer que le gouvernement pourra se rattraper sur ce
plan.
NON, si on lĠesprit que les revendications de lĠAMDH sĠinscrivent
dans une volont et une logique dĠdification de lĠEtat de droit et dĠune socit
de citoyen(ne)s libres, gaux, et solidaires jouissant des attributs de la
dignit, alors que la dclaration gouvernementale sĠinscrit dans une logique de
renforcement du rgime politique makhznien et du rgime conomique et social
bas sur un capitalisme dpendant (intgr en position de faiblesse la
mondialisation librale sauvage) aux couleurs makhzniennes.
M. AMINE ABDELHAMID en quelques lignes:
1944 : Naissance TISSA ( FES) ;
1970 : Laurat de l'institut national agronomique de PARIS
;
1972 : Condamn 15 ans de prison pour ses convictions
marxistes-lninistes (Proche dĠAbraham Serfaty, aux cts duquel il a particip
la fondation du mouvement marxiste-lniniste Illal Amam Ç En Avant È, il a t embastill entre
1972 et 1984.)
1984 : Libration et reprise d'activits professionnelles
et militantes ;
2004 : S.G.
de l'USF (Union Syndicale des Fonctionnaires) affilie lĠUMT.
2001-2007 : Prsident de lĠAMDH (Association Marocaine des
Droits Humains).
2006 : S.G. du
SNFR (Syndicat National des Fonctionnaires Retraits) affili lĠUMT.
2007 : Vice-prsident de lĠAMDH.