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Compte-rendu de la réunion de Dublin des militants syndicaux de gauche

 

Terry PEARCE

 

Traduit de l’anglais par Jean-Michel Edwin

 

 

Camarades,

 

Voici un compte-rendu de la réunion tenue à Dublin le week-end des 5 et 6 mars 2005, auquel ont participé des militants syndicaux d’Irlande, d’Angleterre, d’Ecosse et des Etats-Unis. On a pu dire qu’il s’agissait du rassemblement de syndicalistes le plus significatif en Irlande depuis pas mal d’années. En tout 31 syndicalistes ont participé à l’ensemble ou a une partie de ce week-end.

 

Cette réunion se tenait dans une période où le capitalisme mondial attaque de façon agressive la classe ouvrière et tente de reprendre les gains arrachés par la classe ouvrière dans le passé. Le Capitalisme US en particulier tente clairement de piétiner les droits des travailleurs dans le pays et à l’étranger. La nature agressive du Capitalisme se combine avec le rôle traître de beaucoup de dirigeants syndicaux, qui ont délibérément accepté de faire la police parmi les travailleurs dans l’intérêt du Grand Capital. Cependant nous devons aussi nous souvenir que dans beaucoup de parties du monde les travailleurs sont en train de répliquer, dans l’Amérique Latine, terrain de chasse des USA, les travailleurs résistent aux tentatives US de faire tomber des Gouvernements à tendance de gauche et poussent même certains de ces dirigeants à pencher davantage vers la gauche. En France nous avons vu des manifestations de masse contre les efforts du Gouvernement pour faire baisse les niveaux et conditions de vie. Ce d’autant plus que la Gauche syndicale a souffert de beaucoup de revers sur le plan international et ne fait que récupérer lentement ses capacités de lutte et commence à construire de nouvelles organisations politiques pour s’attaquer au Grand Capital.

 

Il n’est pas dans mon intention de donner un rapport détaillé point par point de la réunion mais plutôt de transmettre un ressenti de l’atmosphère de la réunion et d’aborder les principales questions discutées. D’abord bien que beaucoup de groupes de gauche y aient assisté, la réunion a presque totalement évité l’habitude sectaire de couper les cheveux en quatre et tandis que les camarades avançaient évidemment leurs propres positions politiques ceci se faisait d’une façon agréablement fraternelle .

 

Dans la session sur l’Irlande le message était clairement que la Gauche dans les syndicats était pour l’instant très faible, par exemple il fut indiqué que le nombre de membres du T & G Irlandais était tombé de 50 000 à 36 000. De même pour la première fois cette année aucun combat n’a été mené contre le “ Contrat Social ”. Un camarade a déclaré que le “ Contrat Social ” était maintenant installé en profondeur en Irlande, un orateur du CPSA[1] a déclaré que la question se posait de revenir aux fondamentaux si une lutte de réplique devait avoir lieu. Plusieurs intervenants, y compris un camarade américain, ont noté que la situation en ce qui concerne la chute du nombre de syndiqués, la collaboration de classe de dirigeants syndicaux etc était commune à l’Irlande et aux Etats-Unis.

 

Un membre dirigeant des T & G Irlandais pensait que les dirigeants syndicaux en Irlande ont souffert d’un manque de clairvoyance et qu’il y a un besoin de s’enager dans des luttes stratégiques avec la certitude de gagner. Il a également considéré que le recrutement est une question clé et dit que les T & G rémunèreraient un grand nombre de gens extérieurs à leurs propres rangs pour mener à bien ce recrutement. D’autres orateurs ont appelé à plus de contrôle de la base sur les dirigeants syndicaux. Un représentant de la campagne contre la taxe sur les ordures ménagères a affirmé que la campagne aurait pu être victorieuse si les syndicats l’avaient soutenue.

 

Une camarade femme a dit que les travailleurs soutiendraient normalement un appel à l’action mais que ce qui manquait c’était une direction de la lutte de classe. Une autre camarade femme a dit que la jeunesse radicalisée n’était pas nécessairement en lien avec le militantisme syndical et un orateur de l’US Carpenter Union a fait part de ses expériences dans le mouvement anti-globalisation US.

 

Cette session sur l’Irlande s’est terminée par un rapport sur la campagne actuelle contre la taxe sur les ordures ménagères (« bin tax ») par l’un des participants qui a été emprisonné pendant les actions de protestation. Il a réaffirmé que la victoire aurait pu être remportée s’il y avait eu un plein engagement des syndicats.

 

La session sur le Royaume Uni fut introduite par MW du magazine Solidarity et par moi-même d’Amicus et de Mouvements pour le Socialisme. Nous avons retracé la situation politique au Royaume Uni y compris la suite de défaites subies par la classe ouvrière dans la période passée. J’ai dit que je croyais qu’une contre-attaque partielle était en train de s’engager avec la campagne contre les restrictions et les privatisations dans le secteur public. Nous avons expliqué que l’abominable “ Contrat Social ” était maintenant une question clé pour la gauche dans les syndicats.

 

Deux questions de grande importance ont été abordées avec d’abord l’apparition de la « brigade des entêtés »[2] et la signature des Accords de Warwick[3]. Ces développements sont le reflet des frictions qui se développent entre le New Labour et les syndicats, par rapport à Warwick Blair a fait quelques minces concessions en contrepartie de quoi les syndicats l’ont fermée sur l’Irak et l’ont assuré de leur soutien pour la période électorale à venir. Il faut dire que toutes ces tensions réapparaîtront après les élections et la victoire attendue du Labour. Nous avons expliqué que l’élection de plusieurs dirigeants orientés à gauche dans quelques syndicats est significative sans signifier pour autant qu’une rupture avec le réformisme soit à l’ordre du jour, car en fait la plupart de ces dirigeants partagent l’illusion de pouvoir “ reconquérir ” le Parti Travailliste.

 

Nous avons dit qu’à notre avis un développement beaucoup plus significatif était le début de processus de rupture de plusieurs petits syndicats avec le New Labour. Nous avons cité l’exclusion du RMT[4] et la désaffiliation du FBU[5] du Labour comme le début d’un processus qui peut se développer après les élections quand le New Labour évoluera encore davantage vers la droite. Beaucoup de ces soi-disant dirigeants de Gauche seront obligés d’agir quand les tensions grandiront et que la base passera à l’action.

 

Très intéressante est la proposition de fusion entre Amicus et le T&G[6] qui créerait un nouveau syndicat d’environ 2 millions de membres. Il est clair qu’il faut se battre dans ce cadre pour faire en sorte que cette fusion ne soit pas un bricolage au sommet mais pour que la base ait un vaste contrôle possible sur la direction. Les camarades des T&G irlandais furent naturellement très intéressés par ce développement et nous sommes convenus de garder une liaison sur ce sujet. Pendant la discussion il y eut une contribution d’un camarade du SSP[7] qui nous a exposé les développements actuels de la situation en Ecosse.

 

La session finale portait sur la situation internationale avec des contributions importantes de deux membres de la Carpenters Union aux USA. Ils soulignèrent les défaites subies par la classe ouvrière dans les années 80 et 90 et le développement du Syndicalisme d’entreprise. Le scénario qu’ils ont décrit tend à illustrer le fait que l’Irlande et le Royaume Uni sont en train de suivre la même voie désastreuse. Ils comparèrent les syndicats aux Etats-Unis à des DRH, disant que les Dirigeants officiels passaient par dessus les travailleurs pour aller directement faire leur sale travail dans les bureaux du patron. Ils firent part des activités de Stern aux USA qui influence maintenant une section du mouvement syndical britannique avec son projet de recruter les inorganisés dans les syndicats, les camarades américains étant extrêmement critiques sur ses motivations et alimentant bien certainement notre réflexion.

 

Les camarades américains ont parlé de leur expérience dans le mouvement syndical US et du combat parfois dangereux pour défendre les droits et les conditions d’existence de leurs membres, il est clair que le syndicalisme d’entreprise est de toutes façons à un stade avancé aux USA et bien que cette conception se heurte à une résistance, les travailleurs en Irlande et en Grande-Bretagne sont dans la ligne de mire. L’ensemble des camarades a bénéficié des contributions des camarades US illustrant avec clarté le fait que la lutte des travailleurs est une question internationale et combien semblables sont sans qu’on le sache les expériences des camarades dans les différents pays.

 

Etant donné que les débats furent stimulants et exempts de rancœur sectaire, il est clair que cette réunion ne doit être vue que comme un premier pas dans la construction d’une sérieuse campagne de combat contre l’offensive patronale. Il fut convenu de préparer une réunion encore plus nombreuse et représentative dans un mois ou deux. Si nous voulons aller à contre courant du syndicalisme d’entreprise et de l’offensive capitaliste, nous devons nous efforcer de forger une arme de combat pour l’indépendance des travailleurs non seulement par rapport aux patrons mais aussi par rapport au réformisme, cette réunion fut une contribution à cette lutte.

 

 

 

Voir aussi :

- Militant : orientation du travail international (février 2005)



[1] Syndicat de la fonction publique

[2] Pour comprendre les développements de la situation syndicale en Grande Bretagne, il est nécessaire de reconnaître qu’il y a une tension entre le Nouveau Parti Travailliste et les directions syndicales. Celle-ci s’est traduite par l’élection de dirigeants ayant des penchants pour la gauche à la tête de divers syndicats. Ces dirigeants sont appelés « brigade des entêtés» parce qu’ils critiquent mollement certains aspects de la politique travailliste, en particulier la privatisation des services publics. En réalité ces dirigeants ont montré être des « tigres de papier » et ont été très silencieux dans l’expression de leurs divergences.

[3] En échange de quelques concessions secondaires, les dirigeants de la « brigade des entêtés » ont accepté de mettre leurs divergences sous le boisseau dans un document connu sous le nom d’Accord de Warwick. Ce document reporte la prise en compte des critiques syndicales après les élections législatives et assure du soutien syndical sur l’Irak au congrès travailliste malgré l’opposition de la base. La plupart des membres de la « brigade des entêtés » peuvent être caractérisés comme des « vieux travaillistes » ou des « travaillistes traditionnels » et ils ne mèneront aucune lutte contre le « New Labour » sans être soumis à une sérieuse pression de la base syndicale.

[4] Syndicat des chemins de fer

[5] Syndicat des pompiers

[6] Deux des plus importantes fédérations syndicales britanniques sont Amicus et le T & G (Syndicat des transports). L’une comme l’autre sont dirigées par des membres de la « brigade des entêtés ». Leur fusion créerait une nouvelle organisation de deux millions de membres. Amicus était à l’origine une fédération représentant une grande variété d’employés et de « cols blancs » dans l’industrie. Il a aujourd’hui des membres qui sont aussi des « cols bleus » et syndique même dans le secteur public. Le T & G syndiquait traditionnellement des chauffeurs, des dockers et des travailleurs de la métallurgie.

[7] Parti socialiste écossais