La Voie Populaire n°32 (août 2002)

La Voie Populaire n°32 (août 2002)

 

UNE GUERRE DE SURVIE POUR ISRAEL ?

Sabrina Amara

 

18 morts, 50 blessés. C’est le bilan de l’attentat revendiqué par le Djihad Islamique près d’un bus dans le nord de Haïfa  le mardi 4 juin.

 

L’armée israélienne a déjà lancé une opération de représailles à Jénine déjà attaquée lors de l’opération «Rempart» en mars/avril.

 

Comme souvent en Palestine, l’histoire se répète et le cycle infernal de la violence est loin d’être fini.

Aujourd’hui, le camp de Jénine est en ruine, Israël a mis en place un plan de bouclage des villes autonomes et des «zones tampons» le long de la ligne verte, l’armée israélienne contrôle tout le territoire de la Cisjordanie et Yasser Arafat reste isolé et risque même d’être expulsé.

Alors que faire de plus ?

 

 Lors de l’offensive du 29 mars, Ariel Sharon déclarait être, comme son allié Georges Bush «du côté du bien contre le terrorisme».

Pourtant ni le Hamas ni le Djihad islamique n’a été touché ou  si peu.

En revanche, les infrastructures de l’autonomie palestinienne, financées par l’Union européenne, les hôpitaux, les camions du croissant rouge palestinien,  les écoles, les archives, les canalisations ont été attaqués avec minutie.

Que dire également des civils tués ou utilisés, d’après des témoignages palestiniens, comme boucliers humains au mépris des lois de la guerre de la convention de Genève.

Un carnage dont l’ampleur ne sera jamais connu.

 

«C’est une guerre de survie» lançait Ariel Sharon, histoire de légitimer un tel déploiement de force. Il savait en fait  ce qu’il réactivait chez un peuple survivant du plus grand génocide de l’histoire. La peur de l’anéantissement total justifiant l’oppression des palestiniens.

 

Face à cette peur, le rêve de l’annulation totale des palestiniens fait son chemin en «Eretz Israël». Le transfert des palestiniens avait déjà été proposé par le ministre du tourisme Rehavaam Zeevi récemment assassiné. En 1967, les dirigeants Moshé Dayan et Lévi Eshkol  proposaient même aux palestiniens des primes au départ  et à l'abandon des propriétés.

 

En réalité, les opérations de représailles de Tsahal ne pourront empêcher de nouveaux attentats, Ariel Sharon le sait.

Elles ne sont que des expéditions punitives dont le but est de détruire l’autonomie palestinienne et mettre à genoux un peuple dont le départ après la perte de leurs maisons et de leurs biens laisseraient de la place pour d’autres colonies juives. Des colonies qui n’ont d’ailleurs cessé de s’étendre notamment depuis mars 2001 et l’arrivée au poste de premier ministre de Sharon : 25 nouvelles colonies d’après le mouvement La Paix maintenant.

 

La volonté de tuer l’embryon d’état  que représente l’OLP n’est d’ailleurs pas étonnante puisque Sharon a toujours refusé  les accords de paix, persuadé que la guerre ne finira que lorsque l’un des deux peuples pliera. Fort de sa supériorité militaire, Israël fait la politique du Hamas et court droit au suicide.

Sa politique de ghettoïsation et de répression aveugle anime les sentiments anti-juifs les plus primaires et pas seulement dans le monde arabe.

La droite israélienne au pouvoir, le Likoud,  essaie d’ailleurs d’en tirer profit en appelant les juifs d’Europe à immigrer en Israël pour fuir le retour de l’antisémitisme.

 

Face à l'enlisement dans la haine au Proche-Orient, la communauté internationale ne fait que voter avec mollesse des résolutions sans effet sur la politique d’Israël et les Etats- Unis  soutiennent toujours Israël présentant même Ariel Sharon comme «un homme de paix».

 

La dialectique attentat/offen-sive militaire ne risque pas de s’arrêter, les bilans funèbres non plus.