Objet : Maroc: Rapport annuel des violations des droits syndicaux en 2006:  www.icftu.org

Date : dimanche 18 juin 2006 1:13

De : union rŽgionale des syndicats UMT- RABAT-SALŽ -TEMARA.

Ë : militant@le-militant.org

Conversation : Maroc : Rapport annuel des violations des droits syndicaux en 2006 :  www.icftu.org

 

Rapport annuel des violations des droits syndicaux 2006

 

 Population: 31.600.000 / Capitale: Rabat / Conventions de l'OIT RatifiŽes: 29 - 98 - 100 - 105 - 111 - 138 - 182

 

La crŽation de syndicats se heurte souvent ˆ l'hostilitŽ des employeurs. Les directions de plusieurs entreprises dont VALEO et ST MICRO-ELECTRONICS ont suspendu, licenciŽ et arrtŽ les travailleurs qui avaient ŽtŽ ˆ l'origine de telles initiatives. De lourdes condamnations ont Žgalement frappŽ injustement les grŽvistes impliquŽs dans le long conflit social des mines d'Imini.

 

LIBERTƒS SYNDICALES EN DROIT

 

Les travailleurs sont libres de former des syndicats et d'y adhŽrer, sans qu'aucune autorisation prŽalable ne soit requise. Les travailleurs agricoles ont moins de droits que les autres et il est compltement interdit aux magistrats de mener des activitŽs syndicales.

 

Code du travail

 

ƒlaborŽ en 2003 en vue de moderniser les relations du travail et de rendre l'industrie marocaine plus attrayante pour les investisseurs Žtrangers, le nouveau Code du travail a pour leitmotiv " la flexibilitŽ " ce qui comporte ˆ la fois des caractŽristiques positives et certaines nŽgatives. Il inclut des dispositions visant ˆ mettre fin ˆ la nature informelle du travail et ˆ mettre la lŽgislation en conformitŽ avec les conventions de l'OIT, telles que celles sur la maternitŽ et sur l'‰ge minimum d'emploi. Il rend Žgalement obligatoire la couverture des accidents du travail et l'enregistrement des travailleurs ˆ la sŽcuritŽ sociale. Les syndicats ne sont pas entirement satisfaits du nouveau Code. Ils se plaignent qu'il reprŽsente une institutionnalisation de l'insŽcuritŽ de l'emploi et qu'il rend plus facile pour les entreprises de recruter du personnel temporaire. Les employeurs n'ont pas non plus obtenu tout ce qu'ils souhaitaient. Notamment, le gouvernement n'a pas accŽdŽ ˆ leur proposition qui veut que deux tiers des travailleurs au moins d'une entreprise doivent voter en faveur d'une grve qu'elle ne puisse avoir lieu.

 

Interdiction de la discrimination antisyndicale

 

Le nouveau Code interdit spŽcifiquement aux employeurs de licencier des travailleurs qui auraient participŽ ˆ une action de syndicalisation lŽgitime, et les tribunaux ont le pouvoir de rŽintŽgrer arbitrairement des travailleurs licenciŽs tout comme celui d'obliger les employeurs ˆ payer des indemnitŽs et les arriŽrŽs de salaire.

 

NŽgociation collective sŽvrement contr™lŽe

 

Dans une tentative de " contr™ler " la nŽgociation collective, le gouvernement institutionnalise la procŽdure de nŽgociation collective pour tous les travailleurs couverts par l'un des trois types de contrats introduits par le nouveau Code (ˆ durŽe indŽterminŽe, dŽterminŽe et temporaire).

 

Droit de grve

 

En fŽvrier 2004, le gouvernement a ŽlaborŽ unilatŽralement un projet de loi relatif au droit de grve. L'Union marocaine du travail (UMT) a demandŽ une rŽvision de ce texte dont certains articles rendent impossible l'exercice du droit de grve et violent plusieurs conventions internationales ratifiŽes par le Maroc. L'article 5 garantit par exemple " la libertŽ de travail " aux salariŽs qui ne participent pas ˆ la grve. Pour l'UMT, le flou qui entoure cette notion laisse la porte ouverte ˆ toutes les interprŽtations. La centrale syndicale a Žgalement rŽitŽrŽ sa demande de voir abrogŽ l'article 288 du Code pŽnal relatif ˆ " la libertŽ de faire grve ", disant qu'il donnait aux employeurs de trop nombreuses prŽrogatives. Quant ˆ l'article 6 qui prŽcise que la grve suspend le contrat de travail et ne le rŽsilie pas sauf dans le cas o le salariŽ commet une faute grave pendant la grve (vol, ivresse publique, insulte ou usage de toute sorte de violence ˆ l'encontre d'un travailleur ou de son employeur), cette notion de faute grave expose, selon le syndicat, les grŽvistes au licenciement et aux poursuites judiciaires. Dans ce contexte, un slogan ou un piquet de grve, dont l'usage est pourtant reconnu et permis par la jurisprudence de l'OIT, pourraient tre pris pour des actes de violence.

 

Restrictions imposŽes aux sit-in, aux piquets et aux manifestations publiques

 

Ë la suite d'un arrt rendu par un tribunal, les sit-in sont interdits et les employeurs ont le droit de suspendre tout travailleur qui empcherait les non-grŽvistes de se rendre au travail pendant sept jours. Une rŽcidive au cours de l'annŽe peut entra”ner une suspension de 15 jours.

 

En vertu du Code du travail, les employeurs ont le droit de poursuivre en justice tout grŽviste qui effectue un sit-in, qui porte atteinte ˆ la propriŽtŽ de l'entreprise ou qui organise activement des piquets de grve. Le gouvernement a le pouvoir de faire cesser des manifestations dans des lieux publics qui se tiennent sans autorisation gouvernementale, et il peut empcher l'occupation des usines.

 

LIBERTƒS SYNDICALES DANS LA PRATIQUE

 

Dans la pratique, les salaires sont souvent fixŽs par l'employeur mais il y a cependant une tradition de nŽgociation collective dans certains secteurs, y compris le secteur industriel.

 

Dans certains cas, des diffŽrends surgissent du fait que les employeurs ne mettent pas en þuvre les accords conclus ˆ la suite de nŽgociations collectives.

 

Dans de nombreuses entreprises privŽes et mme dans le secteur public, la lŽgislation du travail est souvent ignorŽe

 

Certains des pires contrevenants sont les entreprises multinationales qui agissent de connivence avec les autoritŽs. Par exemple, lors de l'Žtablissement d'un syndicat en novembre 2000 dans la filiale de la ville de SalŽ du groupe irlandais " Fruit of the Loom ", entreprise qui emploie plus de 1.200 travailleurs, tout un arsenal de tactiques antisyndicales a ŽtŽ utilisŽ. Lorsque l'UMT a attirŽ l'attention du gouverneur de SalŽ sur l'affaire, celui-ci a pris le parti de la direction de " Fruit of the Loom ", dŽclarant carrŽment qu'il ne souhaitait pas de syndicats dans sa prŽfecture. Certaines entreprises marocaines usent des mmes techniques. Ainsi, les 700 travailleurs de la sociŽtŽ civile La ClŽmentine dont la plupart sont des femmes, travaillent dans des conditions d'exploitation fŽodale et ne jouissent d'aucun des droits garantis par le Code du travail. Ainsi ds qu'ils ont rejoint les rangs de l'UMT en 2004, trois membres du bureau syndical ont ŽtŽ licenciŽs. Ce qui a obligŽ les ouvriers ˆ observer une grve d'un mois, en novembre 2004, pour revendiquer le retour de leurs camarades et l'application du Code du travail. Aussit™t, tous les grŽvistes ont ŽtŽ licenciŽs. Les autoritŽs locales, complices, au lieu d'obliger le patron ˆ respecter la loi, ont fait arrter cinq ouvriers et ouvrires qui ont ŽtŽ condamnŽs par le tribunal d'Eljadida ˆ deux mois de prison.

 

Abus dans les zones franches

 

Les zones franches commencent ˆ se dŽvelopper, notamment dans le port de Tanger et ˆ Casablanca. Beaucoup d'entreprises qui y sont installŽes travaillent malheureusement en marge de la lŽgalitŽ. Ce sont souvent de petites unitŽs de production (textile, agro-alimentaire, etc.) qui ne dŽclarent pas leurs employŽs et ne les paient pas au salaire minimum.

 

VIOLATIONS EN 2005

 

Contexte

 

Lourdes condamnations pour les grŽvistes des mines d'Imini

 

Depuis dŽcembre 2002, 150 ouvriers et cadres des mines d'Imini, relevant de la SociŽtŽ anonyme chŽrifienne d'Žtudes minires (SACEM) Žtaient en sit-in devant le sige social de l'entreprise ˆ Ougoug. Ils protestaient contre la dŽcision de leur employeur de transformer leur contrat en temps partiel avec une rŽduction de salaire de 50%. Le 15 avril 2004, le sit-in des travailleurs a ŽtŽ brutalement brisŽ par des hommes de main envoyŽs par la direction de la SACEM. Parmi les 120 personnes recrutŽes au sein de cette milice patronale, se trouvait un homme diabŽtique, souffrant de troubles psychologiques et qui venait de sortir de l'h™pital. Aprs avoir ŽtŽ lŽgrement blessŽ ˆ la main durant l'assaut, cet homme aurait ŽtŽ conduit une nouvelle fois ˆ l'h™pital o il serait mort dans des circonstances suspectes. Entre-temps, une partie des travailleurs syndiquŽs Žtaient arrtŽs et des poursuites judiciaires intentŽes contre eux. Le 4 janvier 2005, six d'entre eux Žtaient condamnŽs ˆ dix ans de prison " pour coups et blessures ayant entra”nŽ la mort sans intention de la donner ". Plusieurs faits attestent pourtant du caractre partial du procs. Mohamed Khouya, un des syndicalistes condamnŽs a depuis le dŽbut du procs affirmŽ qu'il n'avait jamais ŽtŽ prŽsent lors des faits qu'on lui reproche. NŽanmoins, la cour n'a pas tenu compte des tŽmoignages qui prouvaient son innocence.

 

Suspension et arrestations de syndicalistes chez VALEO

 

Le 12 avril, Abelghafour Semlali, secrŽtaire gŽnŽral du syndicat UMT de l'usine SYLIA VALEO a ŽtŽ suspendu par la direction et empchŽ de rejoindre son poste. En apprenant la nouvelle, l'Žquipe de nuit a dŽclenchŽ un arrt de travail ˆ 22h. La direction a fait aussit™t appel aux forces de police pour mettre fin au mouvement. DŽjˆ connu pour son opposition aux syndicats (voir Droits syndicaux dans la pratique), le gouverneur de la ville de Bouznika (Province de Benslimane ˆ 50 km au nord de Rabat) s'est personnellement rendu sur le site, arme au poing, pour assister les forces d'intervention. Cette rŽpression musclŽe a fait plusieurs blessŽs et a conduit ˆ l'arrestation de six responsables syndicaux de l'UMT. La suspension d'Abelghafour Semlali, dŽcidŽe, sans aucune information prŽalable et en totale contradiction avec les procŽdures rŽglementaires, constitue une violation flagrante des Conventions 87 et 98 de l'OIT. Ce coup de force de la direction fait suite ˆ la dŽcision du personnel de s'affilier ˆ l'UMT et d'Žlire un bureau syndical de neuf membres le 30 mars.

 

Interpellations violentes au sige de l'UMT ˆ Rabat-SalŽ-TŽmara

 

Le 30 juin ˆ 20 h 30, alors que des dirigeants syndicaux de diffŽrents secteurs d'activitŽ, membres de l'UMT, Žtaient en rŽunion, les forces de police en tenue antiŽmeute, escortŽes par des ŽlŽments des services de renseignements gŽnŽraux, ont investi sans mŽnagement le sige de la rŽgionale UMT de Rabat-SalŽ-TŽmara. Les forces de l'ordre cherchaient ˆ dŽloger des activistes de l'Union des cadres supŽrieurs en ch™mage qui avaient trouvŽ refuge dans les locaux de l'UMT aprs avoir ŽtŽ poursuivis par la police alors qu'ils observaient, comme ˆ l'accoutumŽe, un sit-in pour revendiquer leur droits au travail et ˆ la dignitŽ. Les agents ont sauvagement tabassŽ les activistes de l'Union des cadres supŽrieurs et les militants syndicalistes qui Žtaient prŽsents. Ces incidents ont fait une dizaine de blessŽs dont plusieurs prŽsentent des sŽquelles trs graves : El Ghandour Na”ma, Abdelouahed Kabou, Nidar, El Ouadi, Abdelkader Essarssour et Faissel Ouchen. La police a Žgalement arrtŽ plusieurs activistes.

 

Licenciements arbitraires de syndicalistes ˆ ST Micro-electronics

 

La sociŽtŽ transnationale ST Micro-electronics dispose d'un centre de conception de circuits intŽgrŽs et de dŽveloppement ˆ Rabat, o elle emploie plus de 170 salariŽs. Le 13 juillet, ces salariŽs ont tenu une assemblŽe gŽnŽrale au sige de l'Union marocaine du travail (UMT) et ont constituŽ leur syndicat et Žlu un bureau syndical conformŽment au Code du travail marocain. Le lendemain, la direction a convoquŽ individuellement tous les dŽlŽguŽs syndicaux, et les a menacŽs de licenciement s'ils ne dŽmissionnaient pas du bureau syndical ou ne changeaient pas de syndicat en leur fixant comme ultimatum le 25 juillet. Le 26 juillet, la direction a mis ses menaces ˆ exŽcution et a licenciŽ le secrŽtaire gŽnŽral, Rachid Boukhari et un assesseur, Nabil Chiadmi.

 

 

 

Source:

www.icftu.org http://www.icftu.org/ 

 

 

 

Voir aussi :

 

Campagne antisyndicale ˆ lÕh™tel Sofitel – Diwan (Maroc)

UMT (31/05/2006)

Une correspondance sur les manoeuvres de la direction contre lÕUMT