COMMUNIQUE

 

 

UN COLLECTIF POUR MOHAMED ABDELKRIM EL KHATTABI & LE RIF.

 

 

En dépit de cinq décennies depuis l’indépendance politique du Maroc, le Rif demeure une région à part. L’enclavement et l’isolation géographique et politique l’ont confiné dans une situation de sous développement. Ces derniers temps, le pouvoir central a fait quelques gestes envers le Rif.

Mais, il aura fallu pour cela que ce soit la volonté du Souverain lui-même, notamment, par son déplacement et son installation sous sa Royale tente à Al Hoceima même, à l’occasion du séisme de février 2004, son soutien au colloque de juillet passé tenu à Al Hoceima sur Abdelkrim en Egypte. Le Souverain, de part lui-même, a eu l’occasion de se rendre compte des difficultés et contraintes socio-économiques du Rif, mais aussi de la beauté de ses sites, des potentialités de la région et de ses richesses

 

Les premières années de l’indépendance, du Maroc, furent l’occasion pour que, sous l’égide de la politique d’un parti soit disant «nationaliste», la contradiction, la répression et les contraintes soient exacerbées contre le Rif et les Rifains. Que réclamaient les Rifains pour subir les violents et sanglants événements de 1958-59 ? De la démocratie, de la citoyenneté, les mêmes droits que les autres marocains, et la reconnaissance d’un pouvoir central accaparé et miné par le parti en question. En réponse, non seulement ils eurent droit à la répression, à l’élimination physique de leurs leaders tels que Haddou Akchich, Abdelkrim El Hattimi, Abdeslam Ahmed Attaoud, Abdeslam El Hachimi, Abdeslam El Khamar, Abass El Messadi et bien d’autres, mais en sus le Rif resta cloisonné et enclavé dans le sous développement : l’exil étant la seule issue pour ses enfants.

 

Nombreux furent, dès lors, les rifains qui grandirent dans la suspicion, le scepticisme et le doute envers le Makhzen. Mal aimés du Makhzen, ils le lui rendaient bien. Ce n’est pas sans raisons si dans les deux tentatives de coups d’Etat que connu le Maroc, des Rifains se retrouvaient aux premières lignes.

 

Mais les choses semblent changer. De part et d’autre, on se rend compte que l’on ne peut gagner la bataille contre le sous développement séparément. Le rejet de l’autre est sans issues, sans intérêt pour quiconque. La réconciliation commune pour aller de l’avant est une réconciliation avec soi même, qui requiert sagesse, reconnaissance et implication.

 

Le Rif se trouve avoir pour symbole une très grande figure de l’histoire du début du 20e siècle, en l’occurrence Mohamed Abdelkrim El Khattabi. Quel est le Rifain qui ne se reconnaît pas dans l’Emir Abdelkrim ? Homme de paix, contraint à la guerre contre les espagnols et les français, Abdelkrim, suite à l’emploi d’armes chimiques de destruction massive contre le Rif, se vit contraint à la reddition. Il s’en suivit l’exil, que chacun sait, à l’île de la Réunion, en 1926, en attendant son évasion en 1947 pour l’Egypte d’où il poursuivit un combat politique pour la libération de l’ensemble des peuples colonisés, dont ceux du Grand Maghreb. Ce symbole, précurseur de la guérilla, fut inhumé à sa mort en 1963, au Caire, où sa dépouille réside encore. Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour le rapatriement de sa dépouille dans sa terre natale.

 

Force est de rappeler, qu’après l’indépendance du Maroc, l’Emir avait décliné, de son vivant, l’offre de retour tant que le Grand Maghreb n’était pas entièrement libéré du joug de l’occupation et de l’oppression. Aujourd‚hui, la réconciliation du pouvoir central avec le Rif suppose que les hommages soient rendus au leader Rifain et aux siens. Combien de personnes savent le triste et honteux traitement qui fut réservé, au Maroc, à son frère M’hamed, le Commandant en chef de l’armée rifaine, de son vivant, lorsqu’il rentra au pays, et après sa mort au moment de son enterrement ? Si le rapatriement de ce qui reste du corps de l’Emir Abdelkrim devrait se faire, cela devrait se dérouler dans des conditions bien précises. Abdelkrim et ses partisans se doivent d’être réhabilités dans leur propre pays. Qu’il soit reconnu, officiellement, ce que sont les sacrifices faits par les combattants dans le Rif, que ses proches soient réhabilités, qu’il lui soit construit un mausolée dans le cadre d’un complexe culturel à Ajdir même. Ce complexe pourrait comporter un musée autour du Rif et de la guerre du Rif, une bibliothèque, un centre de recherches, des salles de conférences, des bungalows, un restaurant…

Et, pourquoi pas, l’Université Mohamed Abdelkrim El KHATTABI.

 

Sous quelles conditions formaliser le rapatriement de la dépouille d’Abdelkrim, si cela devait se faire? A ce sujet, il n‚y a qu’à se remémorer ce que furent les conditions de son enterrement en Egypte, les hommages qui lui furent rendus… Peut-on concevoir que son propre pays fasse moins que les honneurs qui lui furent rendus par un pays étranger ?

 

Mais force est de préciser que la réconciliation du pouvoir central avec le Rif ne peut se concevoir sans reconnaissance, sans la démocratie, sans le développement. Rendre hommage à l’un des plus hauts symboles du Rif, du Maroc et de l’humanité pour la libération des peuples opprimés, ne suffit pas pour se réconcilier avec le Rif. Ce n‚est que l’une des questions, parmi tant d’autres, afin que le Rif et les rifains puissent retrouver la place et le rôle qui sont les leurs dans leur pays. Cela fait plus de huit mois que le Souverain a réclamé un plan d’urgence pour le Rif, de façon à faire de cette région «un pôle de développement urbain et rural». Où en sommes nous à ce jour ? Le développement et la mise à niveau du Rif ne peuvent se faire sans des autoroutes et des routes, sans réseau ferroviaire menant au Rif, sans routes désenclavant les villes et villages du Rif, sans ports et aéroports. La mise à niveau passe par la construction d’hôpitaux, d’écoles, de lycées, d’universités, de grandes écoles, d’entreprises. Les rifains attendent toujours que le gouvernement rende sa copie pour la reconstruction et le développement du Rif.

 

Un comité de soutien pour Abdelkrim et le Rif a été crée. Ce collectif composé du Pr. Abdelhay Azerkane, du Pr. Abdellah Assim, du Pr. Abdelhakim Benchemach, du Pr. Abdeslam Boutayeb, du Pr. Abdeslam El Ghazi, du Dr. Ahmed El Hamdaoui, du Pr. Ali El Idrissi, du Pr. M‚Barek Zaki, du Dr. Mimoun Charqi, du Pr. Mohamed Lakhouaja, de Rachid Raha, et de Tarik Yahia se propose d’oeuvrer, dans le cadre d’une large consultation, afin de définir ce que devraient être les conditions du rapatriement de la dépouille de l’Emir dans son pays, au regard de ce qu’il fut, de ce qu’il fit et de ce qu’il exprima comme souhaits de son vivant. C‚est ainsi, qu‚in fine, un texte sera mis sur internet avec appel à signatures.

 

Rabat, mars 05.