Lettre de liaison nĦ1 du 1er novembre 2007
Le courage, c'est de chercher la vŽritŽ et de la dire. Jean Jaurs.

ComitŽ de rŽdaction provisoire : Christian Barlo (83)Sylvie Bonnin (03), Jean-Franois Chalot (77), Mayeul Chamussy (38), Olivier Delbeke (94), Franois Ferrette (61), StŽphane Fustec (75), Bernard Grangeon (63), Joelle Losson (54), Claude Luchetta (43), Franck Marsal (94), Marianne Olivier (94), Vincent PrŽsumey (03 – directeur de la publication), Raymond Debord (75), Salima Jamili (75) É

 

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Sommaire :

- Le billet du jour,

- Sarkozy s'affaiblit.  Les affaires. Les travaux de la commission balladuro-bonapartiste.

- Grves 1 : Smart, Air France ...

- Grves 2 : l'appel ˆ la grve ˆ partir du 13 novembre ˆ la SNCF.

- Grves 3 : discussion sur le mois de novembre qui s'annonce.

- Humeurs

- Vient de para”tre : UnitŽ nĦ 6.

- Dernire minute : notre ami KŽbŽ TalibŽ arrtŽ.

* * *

Le billet du jour.

 

HŽ oui, chers amis lecteurs, il y a trois choses nouvelles depuis quelques jours en France :

- le salariat a montrŽ sa force intacte le 18 octobre,

- l' "hyperprŽsident" Sarkozy est cernŽ par les scandales et les affaires, l'intolŽrable comme le ridicule, au bout de cinq mois de rgne seulement, autant qu'un Chirac l'avait ŽtŽ en plusieurs annŽes,

- et commence avec cet envoi la parution de la Lettre de liaison du Militant, qui prend la suite de la Lettre de Liaisons sur une base supŽrieure et Žlargie, parce que des militants se sont regroupŽs pour aider leur classe ˆ en dŽcoudre !

 

 

SARKOZY : NO PASARAN !

PAS TOUCHE A NOTRE DROIT DE GREVE.

SECU, SALAIRES, SERVICES PUBLICS :

BAS LES PATTES !

RETRAITE A 60 ANS A TAUX PLEIN, 37,5 ANNUITES POUR TOUS.

BRANCHES PAR BRANCHES NOUS PERDRONS,

TOUS ENSEMBLE NOUS GAGNERONS.

 

Sarkozy s'affaiblit.

Attention, bien entendu, il n'est nullement ˆ terre, et il bŽnŽficie encore du rapport de force rŽsultant de son Žlection, et de la prolongation de ce rapport de force par l'auto-censure et l'auto-dŽcomposition de l'opposition politique, concentrŽe dans la dŽcomposition des sommets du Parti socialiste. Aujourd'hui, ceux-ci par la bouche de Franois Hollande viennent explicitement de faire savoir qu'ils laisseraient passer le "nouveau traitŽ europŽen" dont Sarkozy revendique la paternitŽ, et qui n'est qu'une version abrŽgŽe de ce qui a ŽtŽ repoussŽ par le peuple lors du rŽfŽrendum du 29 mai 2005. La source de la dŽcomposition du PS est la pratique politique de la coalition avec Sarkozy, contenu rŽel, au fond, de la politique de ses dirigeants : Valls le dit, mais Hollande finit par le faire. Et la source de cette pratique politique, c'est l'orientation de la campagne Royal aux prŽsidentielles, construite et conue pour interdire que se reproduise jamais la rupture interne au PS qui avait permis au peuple de dire majoritairement Non en 2005, en brisant avec les racines sociales de ce parti, malgrŽ et contre son propre Žlectorat.

Le second tour des lŽgislatives a pourtant montrŽ que la base Žlectorale et sociale de ce parti et plus gŽnŽralement de "la gauche" est toujours lˆ, invaincue. C'est elle qui a fait le 18 octobre, transformant ce qui devait tre une journŽe d'action sectorielle en un premier mouvement d'ensemble ayant valeur d'avertissement.

Voila donc pourquoi Sarkozy s'affaiblit. Comme si, avant les batailles dŽcisives, un vent de peur, fr™lant parfois la panique, parcourait les cercles du pouvoir et du capital, susceptibles de passer en quelques jours, quelques heures, quelques minutes, tels des indices boursiers, de la joie insolente des parvenus triomphant au Fouquet's, ˆ la tremblante de ceux qui se demandent si, finalement, ils vont y arriver, ˆ imposer "la rŽforme" ... Et se rappelant la bonne vieille formule des CŽsars, que le fou du rŽgime De Villepin leur sussure d'ailleurs avec insistance : "Il n'y a pas loin du Capitole ˆ la Roche TarpŽ•enne" !

Les militants ouvriers, eux, ne sont pas de cette veine lˆ. Ils sont d'une autre trempe, de la classe exploitŽe qui compte les coups qu'elle prend, qui mesure les rapports de force, qui pleure et qui rit, mais qui toujours veut comprendre. Pour nous, ni panique, ni triomphalisme ne sont de mise.

 

MŽditons d'ailleurs ces propos tenus, en premire page, sur le site de l'Union des Industries et MŽtiers de la MŽtallurgie, l'UIMM, la premire fŽdŽration du MEDEF dont le prŽsident est le cŽlbre Gautier-Sauvagnac. Pas un mot, ici, sur les "rŽvŽlations" judiciaires le concernant. Il y a lˆ, certes, une part de camouflage, de fraude sur la marchandise, de mŽthode CouŽ et de politique de l'autruche, mais ces lignes tŽmoignent tout de mme d'un refus froid du triomphalisme dans la tte du camp de nos ennemis, critique implicite des dŽbordements de la camarilla hyper-prŽsidentielle, qui ne manque pas d'intŽrt pour nous :

Ç Si le match France-Angleterre Žtait dĠemblŽe qualifiŽ de difficile, le match perdu contre lĠArgentine nous dŽmontre une fois de plus quĠil faut se mŽfier des certitudes. Or, nous pensions bien lĠemporter. CĠŽtait oublier lĠadresse et la volontŽ de lĠŽquipe adverse. Nous avons dĠassez belles certitudes aussi en matire Žconomique et sociale, emportŽs que nous sommes par la pugnacitŽ de notre Ç capitaine È : un PrŽsident nouvellement Žlu, et porteur dĠun projet aussi novateur que mobilisateur. Malheureusement, un homme ne peut, ˆ lui seul, venir ˆ bout dĠun mal qui revt un caractre plus structurel que conjoncturel. CĠest dire que le match qui vient de dŽbuter aprs lĠŽlection prŽsidentielle est loin dĠtre terminŽ, et quĠil nous faudra, dans les mlŽes et les touches, faire preuve de courage et de luciditŽ, si nous voulons que nos espoirs ne sĠab”ment pas sur le mur de nos erreurs passŽes. È 

 

Les "affaires".

 

L'affaiblissement de Sarkozy s'exprime dans la forme typique de la VĦ RŽpublique : des scandales qui fr™lent le prŽsident, dont chacun sait qu'en rŽalitŽ il est directement concernŽ, sans oser encore le dire.

Gautier-Sauvagnac : de jour en jour le montant avouŽ de la caisse noire augmente, il en est ˆ 600 millions d'euros. Elle avait, nous dit-on, deux fonctions : "fluidifier les relations sociales" (sic !) et aider des patrons confrontŽs ˆ des grves.

Ainsi donc, on nous raconte d'un c™tŽ que les grves ne sont plus qu'un archa•sme de fonctionnaires et de cheminots privilŽgiŽs, mais on apprend de l'autre c™tŽ qu'il y a des caisses pour aider des patrons en difficultŽ ˆ cause d'elles, parce que finalement c'est bien en interrompant la production qu'on frappe le capital, puisque sans production, pas de capital ....

Quand ˆ la "fluidification" des relations sociales, c'est la corruption de nŽgociateurs syndicaux. Soyons clairs : s'il est lŽgitime de s'indigner de voir le patronat et les mŽdia tenter de convertir sa propre turpitude en attaques contre les organisations syndicales de salariŽs, le culot n'ayant Žvidemment aucune limite, il ne faut pas se raconter des histoires, toutes les centrales sont concernŽes par ces pratiques, car en laissant tomber la recherche de combats d'ensemble, non pas branches par branches, non pas entreprises par entreprises, parmi les salariŽs du privŽ et notamment dans les bo”tes de la MŽtallurgie, on ouvre forcŽment la voie ˆ ce genre de chose.

Ceci dit, le fait principal, c'est bien l'Žclatement d'une formidable affaire de corruption active et passive ayant pour Žpicentre le lieu du pouvoir rŽel au sein du MEDEF, car Gautier-Sauvagnac et l'UIMM, c'est cela. Le fait que cela sorte maintenant pose des questions : conflit entre patronat financier, mŽdiatique, reprŽsentŽ par Mme Parisot, et "vieux" patronat, ou plut™t lutte politique et personnelle dans les hautes sphres patronales ? Cela reste ˆ Žclaircir. Mme Parisot, qui a dŽclarŽ que "inconsciemment, nous savions" (!!!) aurait voulu, semble-t-il, que les chefs de l'UIMM fassent le mŽnage en vitesse et veut modifier les statuts du MEDEF et de chacune de ses fŽdŽrations pour que la "certification des comptes" y figure en toutes lettres (ah bon ! elle n'y figurait donc pas !!! .). Il faut remplacer les dessous de table et les caisses noires par des pratiques Žquivalentes mais lŽgalisŽes, au besoin avec l'aide d'un droit des affaires rŽformŽ et allŽgŽ, en accord avec Sarkozy, un peu d'ailleurs comme lui quand il s'octroie une hausse de salaire prŽsidentiel de 140%, ce qui peut ˆ juste titre scandaliser mais qui doit avant tout tre compris comme la volontŽ de lŽgaliser et de banaliser des pratiques existantes.

Mais ˆ l'UIMM, ce sont des coriaces, et question cordons de la Bourse, ils sont des experts. Dans n'importe quelle association ou syndicat, Gautier-Sauvagnac serait pour le moins en disgr‰ce et sans responsabilitŽs, sans parler de la prison ... mais que fait la justice ? Justement, rien ! Et ceci aussi pourrait bien devenir une "affaire" ...

"DGS" reste en place et des bruits courent sur une Žventuelle scission du MEDEF.  Laurence Parisot explique par le canal des Echos qu'elle cherche ˆ conjurer les risques de scission. C'est donc qu'il en est question. Le spectre de la scission dans le "syndicat" des patrons, cinq mois aprs l'Žlection de Sarkozy, ce n'est pas lˆ un petit indice de crise au sommet !

EADS : il Žtait sans doute impossible de cacher ad vitam aeternam les gros profits effectuŽs par le clan Lagardre, trs proche du prŽsident, et la mafia des cadres supŽrieurs du groupe construit ˆ coup de privatisations et de fusions ˆ l'Žchelle europŽenne ˆ la fin des annŽes 1990 dans le secteur de ventes d'armes et de l'aŽronautique. Ces messieurs ont donc vendu leurs titres juste avant qu'ils ne baissent suite ˆ l'annonce des retards de l'Airbus A 380 et du plan "Power 8" de suppressions massives d'emplois dans le groupe ; ils sont, de plus, souponnŽs d'avoir pour leurs petites opŽrations de l'aide de la Caisse des DŽp™ts et Consignation, donc du ministre des Finances et du gouvernement dont Žtaient membre, ˆ cette date comme ministre de l'IntŽrieur, N. Sarkozy (*).

L'Arche de ZoŽ : un nom pareil, a ne s'invente pas. Cette sympathique ONG fut fondŽe, voyez-vous a, par des amateurs de 4 X 4 suite au tsunami en Asie. Charity business dans le sillage des manoeuvres de Sarkozy, Kouchner et leur ami Khadafi autour du Darfour. Encore mieux que l'innocence de la Caisse des dŽp™ts dans les opŽrations boursires des petits copains d'EADS, l'innocence de l'armŽe franaise qui n'est pas au courant qu'elle a affrŽtŽ des avions pour embarquer en masse des enfants vendus ˆ des familles souhaitant les adopter et, selon toute probabilitŽ, kidnappŽs ˆ la faveur des dŽsordres et massacres menŽs au Darfour et de leurs prolongement dans les camps de rŽfugiŽs et la zone frontire tchadiennes. Le potentat tchadien, Idriss DŽby, qui doit beaucoup aux militaires franais, a donc choisi de monter une petite Žpreuve de force avec ses parrains en saisissant cette occasion, sans doute parce que l'amplification actuelle du statut rŽel du Tchad de base arrire des manoeuvres franaises vers le Soudan, et aussi vers le Niger et ses gisements d'uranium, finit par le mettre lui-mme en pŽril.

A qui fera-t-on croire que ces opŽrations sordides sont sans lien ni information du c™tŽ des militaires et de la diplomatie franaise, dans une rŽgion qui est au coeur des manigances du prŽsident qui avait mme choisi d'y faire jouer un r™le officiel ˆ sa future ex-Žpouse, laquelle semble s'imaginer rŽellement que c'est elle qui a fait libŽrer les infirmires bulgares en Libye ? A qui fera-t-on croire que Kouchner n'a rien ˆ voir avec tout a, lui dont "le Darfour" est un slogan perpŽtuel pour justifier ingŽrences militaires et alignement sur Washington ?

Notons que pendant ce temps, les atteintes aux droits de l'homme au Darfour, ou le grand massacre a eu lieu dŽs 2003 avec l'accord de la "communautŽ internationale, pur prŽtexte de toutes ces manoeuvres dont une facette ridicule et sordide vient d'tre exposŽe au grand jour, ", continuent (**).

Toutes ces affaires convergent vers l'ElysŽe. Nous n'en sommes pas au point ou la prŽsidence appara”t ouvertement touchŽe, mais nous en sommes dŽjˆ au point o une sŽrie d'affaires cernent l'institution, dans des dŽlais remarquablement rapides -moins de cinq mois aprs l'Žlection de Sarkozy. S'y ajoutent les affaires "pipoles" qui sont toutes politiques elles aussi, CŽcilia, la tra”nŽe louche du nouveau ministre Laporte, les dipl™mes de Madame Dati ... S'y ajoutent les affaires du (et des !) quinquennat et septennats prŽcŽdents, affaire de la Chiraquie qui ont permis ˆ Sarkozy de tŽtaniser ses ennemis internes mais prŽcisŽment parce qu'il Žtait bien placŽ, trs bien placŽ, pour en conna”tre ...

 

(*) On lira avec intŽrt l'article de Franois Ruffin dans le Monde Diplomatique de ce mois de novembre, expliquant comment les salariŽs d'EADS ont ŽtŽ paralysŽs par l'orientation de leurs syndicats, notamment la forte section FO, qui dŽfend la "culture d'entreprise" et la solidaritŽ avec l' "entreprise" soit disant "franaise", au dŽtriment de la solidaritŽ de classe des travailleurs.

(**). On apprŽciera ˆ sa juste valeur la phrase que Sarkozy a bien ŽtŽ obligŽ de pondre sur cette affaire : "Il faut faire en sorte que chacun puisse s'en sortir la tte haute."

 

Les travaux de la commission balladuro-bonapartiste.

 

Sarkozy a ŽtŽ Žlu avec pour mandat de la classe capitaliste la restauration pleine et entire de la VĦ RŽpublique,  ce qui suppose de remettre la classe ouvrire, l'ensemble des salariŽs actifs, ch™meurs, retraitŽs ou en formation, "ˆ sa place", en modifiant les relations sociales par la destruction des conqutes sociales du XXĦ sicle. Dans cette perspective, il a fait travailler une commission Balladur-Lang sur la rŽforme des institutions. Un rideau de fumŽe peut facilement accompagner la prŽsentation mŽdiatique des conclusions des travaux que vient de rendre ladite commission, sur la "revalorisation du Parlement" et la "modernisation des institutions". Il faut lire entre les lignes le paragraphe de conclusion des travaux en question :

" Au total, lĠensemble des propositions formulŽes par le ComitŽ dessine un modle institutionnel original, dans lequel la problŽmatique traditionnelle de la rŽpartition des r™les entre PrŽsident de la RŽpublique, Gouvernement et Parlement cde le pas devant la recherche dĠun Žquilibre entre le pouvoir exŽcutif pris dans sa globalitŽ et des contre-pouvoirs multiples et complŽmentaires. "

Une petite traduction est ici nŽcessaire : ces Žminents reprŽsentants du droit constitutionnel bourgeois proposent ni plus ni moins de s'Žloigner de la tradition (trompeuse) de la "rŽpartition des r™les", qui renvoie elle-mme ˆ la thŽmatique traditionnelle de la "sŽparation des pouvoirs" (lŽgislatif – exŽcutif -judiciaire), au profit d'une nouvelle conception mettant en rapport "le pouvoir exŽcutif pris dans sa globalitŽ", c'est-ˆ-dire un exŽcutif omnipotent, et les "contre-pouvoirs", ˆ savoir ple-mle les collectivitŽs locales, les entreprises, les associations, les clergŽs, les syndicats, la "dŽmocratie participative", conus comme formant un seul et grand organisme social sous la conduite du prŽsident. En fait de rŽnovation, c'est une trs vieille conception de l'organisation des pouvoirs que nous avons lˆ, trs exactement prŽ-rŽvolutionnaire et monarchiste. Les "pouvoirs nouveaux" du Parlement entrent dans ce cadre : il ne s'agit pas de renforcer le pouvoir lŽgislatif en tant que tel ni de renforcer son ancrage dans le suffrage universel et le mandat dŽmocratique, mais au contraire de lui confier de "nouvelles missions", de contr™le, de juridiction, de validation, rentrant totalement dans l'application des dŽcisions supposŽes impliquer tout le mŽcanisme global de l'Etat. Mme des susucres parlementaires comme le droit pour le parlement de contr™ler les interventions militaires extŽrieures ... au delˆ d'une durŽe de trois mois (autrement dit on peut s'associer pendant 89 jours ˆ des bombardements de l'Iran !) n'ont rien ˆ voir avec un quelconque accroissement des pouvoirs du Parlement, mais participent bien de cette volontŽ d'Žradication des racines rŽvolutionnaires du pouvoir lŽgislatif. Mme chose en ce qui concerne la proposition de limiter le champ d'application de l'article 49-3, symbole des cha”nes du parlementarisme franais auquel on est bien obligŽ de faire semblant de toucher quand il s'agit de faire semblant de "revaloriser le Parlement". Bref, un Etat qui est partout, avec un centre unique qui est le prŽsident : bonapartisme intŽgral.

Ceci se traduit dans la modification proposŽe de l'article 5 de la constitution, indiquant que le prŽsident "dŽfinit la politique de la nation", ce qui Žquivaut de fait ˆ lui confŽrer officiellement les pouvoirs du premier ministre, comme le confirme logiquement la modification proposŽe de l'article 18 qui permet au prŽsident de prendre la parole quand il le dŽsire devant l'assemblŽe nationale ou le SŽnat, qui n'ont qu'a l'entendre et ne peuvent voter sur ce qu'il est venu leur annoncer. Le commentaire donnŽ par la commission Balladur-Lang mŽrite d'tre connu :

"Une telle rŽdaction lui a paru prŽserver la souplesse nŽcessaire aussi longtemps que les institutions nĠinterdiront pas une Žventuelle cohabitation." (Nous soulignons).

Ainsi donc, pour la commission Balladur-Lang, sa formulation sur le prŽsident qui "dŽfinit" la politique gouvernementale dans son ensemble est une formulation elle-mme transitoire, prŽparant l' interdiction -"interdire" est bien ici le verbe employŽ- d'une Žventuelle cohabitation. Evidemment, nos restaurateurs de la VĦ RŽpublique voient bien qu'un Sarkozy, a ne peut que cohabiter avec des carpettes, mais que mme si une majoritŽ de gauche voulait jouer les carpettes, son Žlectorat pourrait ne pas l'entendre de cette oreille. RŽflŽchissons : si cela s'Žtait par exemple produit en juin, c'Žtait dŽjˆ explosif. MalgrŽ l'acharnement de Hollande, mais aussi de Buffet, ˆ respecter les institutions, une cohabitation apparaissait impossible, moralement, institutionnellement ... socialement. C'est d'ailleurs cela qui rŽvle le rapport de force rŽel qui oblige ˆ tout ce bla-bla pour masquer le vrai contenu du rapport de la commission.

Car, ce n'est pas passŽ si loin : n'oublions pas que les lŽgislatives de juin, pourtant menŽes dans les conditions d'encadrement, de mise au pas de l'Žlection lŽgislative que le calendrier instaure depuis 2002 (merci Jospin !), ont ŽtŽ une dŽfaite pour l'UMP, qui a nettement reculŽ par rapport ˆ 2002, juste au lendemain de l'Žlection de Sarkozy devant laquelle on est censŽ s'incliner. Que se serait-il passŽ si les dirigeants ˆ la manire de SŽgolne Royal n'avaient pas tout fait pour annoncer que c'Žtait perdu d'avance, s'il y avait eu une volontŽ de gagner au sommet ? Il y aurait eu une assemblŽe dressŽe contre Sarkozy, ou tout du moins un Žlectorat ayant investi un pouvoir lŽgislatif contre lui. Mais pour lŽgifŽrer contre lui, il faut renverser la VĦ RŽpublique. La commission Balladur-Lang parle d' "interdire" la cohabitation. Nous non plus, nous ne voulons pas cohabiter. Ni participer aux "contre-pouvoirs multiples et complŽmentaires" mis au service du prŽsident et de la classe capitaliste dont il est le reprŽsentant. Nous ne voulons pas de prŽsident et nous voulons concentrer les pouvoirs dans une assemblŽe nationale rŽelle, mandatŽe et contr™lŽe, et dans des assemblŽes Žlus ˆ tous les niveaux.

C'est ainsi qu'en dŽsignant, malgrŽ les rideaux de fumŽe de la "dŽmocratisation des institutions" et du "renforcement des pouvoirs du Parlement", la question des pouvoirs de l'exŽcutif comme le noeud central de la forme de l'Etat en France, la commission Balladur-Lang nous souffle elle-mme l'alternative : liquidation du pouvoir prŽsidentiel, dŽmocratie pleine et entire, assemblŽe unique dŽtenant le pouvoir rŽel, soumise au mandat et au contr™le rŽel des Žlecteurs, assemblŽes locales et d'entreprises contr™lant la production et l'organisation du territoire.

Nous savons donc que si Sarkozy nous bat, il a un programme de renforcement drastique du pouvoir prŽsidentiel et de mise au pas de tous les "contre-pouvoirs" transformŽs en rouages de l'Etat, ce qui concerne principalement les syndicats et les collectivitŽs locales Žlues. Il lui faut d'abord affronter les salariŽs puis, sur la base d'une victoire "ˆ la Thatcher" dont la difficultŽ lui appara”t de plus en plus nettement au fur et ˆ mesure que les choses se prŽcisent, rŽtablir son "Etat fort" ˆ lui, double hŽritier de la droite de 1958 et de celle de 1940.

Pour nous qui travaillons ˆ la victoire des travailleurs dans cet affrontement, nous devons dŽbattre d'une alternative ˆ Sarkozy, d'un dŽbouchŽ politique, donc des institutions qui mettraient l'Etat au service de la majoritŽ. DŽs maintenant, car les travailleurs, pour aller au combat, ont besoin d'une perspective politique.

* * *

Grves 1 : Smart, Air France ...

 

Parmi d'autres : du 4 au 8 octobre dernier, les employŽs de l'usine automobile Smart de Hambach en Moselle ont dŽbrayŽ et bloquŽ le ronds-points qui donne accs ˆ l'usine et ˆ plusieurs sous-traitants, revendiquant une hausse de 110 euros pour tous et l'embauche en CDI de 40 CDD ou contrats d'intŽrim. Abderamahne, 30 ans, "opŽrateur" (ce qui veut dire "ouvrier", mais on ne doit plus le dire !), dŽclare ˆ la presse : La direction rŽpte qu'il faut faire des efforts pour le bien de l'entreprise, mais le bien de l'entreprise ne nous apporte rien." Reprise du travail sur une incontestable victoire partielle : 75 euros de hausse des salaires, embauche de 25 personnes parmi les prŽcaires, "engagement" de ne pas faire de licenciements Žconomiques d'ici 2009.

Plusieurs de ces caractŽristiques se retrouvent dans la rŽcente grve des personnels commerciaux grve d'Air France, stewards et h™tesses, alors qu'il s'agit d'un secteur trs diffŽrent, mieux payŽ, mieux "considŽrŽ", moins prŽcarisŽ. Mais le ras-le-bol Žtait profond et il a imposŽ une unitŽ totale des personnels pendant 5 jours. 5 jours pendant lesquels "l'entreprise" a beaucoup perdu : c'est fait pour a, une grve. 5 jours pendant lesquels la direction et les mŽdia de manire dŽlibŽrŽe ont organisŽ la dŽsinformation des passagers pour tenter de faire monter leur exaspŽration.

Aprs le 18 octobre, ils ont voulu faire un test en prŽvision de mouvements dans les transports : chercher ˆ dresser les "usagers" contre les grŽvistes, multiplier les reportages sous l'angle exclusif de la grve-qui-gne, et attaquer sur le terrain juridique. En effet (voir le site Droit de grve : http://droitdegreve.wordpress.com/ ) la direction a assignŽ en justice trois syndicats, FO, le SNPNC et l'UNSA, leur rŽclamant 14 millions chacun, 15 pour l'UNSA, rien que a, pour les "pertes matŽrielles" occasionnŽes par la grve. Pourquoi ces trois syndicats lˆ et pas les autres qui appelaient ˆ la mme grve et avaient dŽposŽ des prŽavis, dont CGT, CFTC, SUD AŽrien ? Parce que ces trois lˆ avaient signŽ un accord "de veille sociale, prŽalable ˆ tout dŽclenchement de grve".

Belle leon : voila ˆ quoi a sert de signer des accords de "dialogue social". Cet accord, signŽ en juin dernier, ressemble furieusement ˆ la loi anti-grve dans les transports terrestres de voyageurs que Sarkozy a fait voter par ses dŽputŽs cet ŽtŽ : avant de dŽposer le prŽavis proprement dit (et alors mme que, comme ˆ Air France, c'Žtait la direction qui ne voulait pas nŽgocier !), il faut faire un prŽavis du prŽavis pour implorer des "nŽgociations" et pendant la durŽe de tous ces prŽavis, interdit de faire grve !

Si la "veille sociale" avait ŽtŽ respectŽe ˆ Air France, il n'y aurait pas eu de grve ou il y aurait eu division, confusion, et la direction n'aurait pas ŽtŽ contrainte d'ouvrir de vraies nŽgociations, pas les pseudo nŽgociations ˆ la Sarkozy-Parisot qu'on a partout, mais des nŽgociations sur la base d'un rapport de force dans lesquelles doit tre abordŽe le motif le plus grave de mŽcontentement des h™tesses et stewards : le non paiement des heures supplŽmentaires de fait lorsqu'un contretemps, une panne, etc., les bloque sur un aŽroport.

Alors mme que Sarkozy nous a bassinŽs avec son "travailler plus pour gagner plus", le refus du travail supplŽmentaire gratuit, pratique patronale massive (et c'est logique, puisque l'extraction de la plus-value qui fait les profits, c'est cela mme !) est au motif d'un nombre croissant de grves, ici ˆ Air France, dŽs juin chez Kronenbourg, ou encore chez les ambulanciers.

La grve ˆ Air France, partiellement victorieuse sur ses revendications immŽdiates, victorieuse sur le plan moral et politique, a pris appui sur la puissance du salariat exprimŽe le 18 octobre, et explique pourquoi Sarkozy peut, en effet, s'inquiŽter.

 

Grves 2 : l'appel ˆ la grve ˆ partir du 13 novembre ˆ la SNCF.

 

Vers quel mois de novembre allons-nous ?

Prises entre le caractre impossible des "nŽgociations" du gouvernement auxquelles elles cherchent pourtant ˆ participer, et la poussŽe des cheminots qui ont eu le moral gonflŽ par leur unitŽ du 18 octobre et la prŽsence de la majoritŽ de l'encadrement dans leur grve, les fŽdŽrations de cheminots, rŽunies ˆ l'exception de la FGAAC le 31 octobre, ont fait une dŽclaration qui appara”t comme la menace d'une grve reconductible ˆ compter du mardi 13 novembre.

Sarkozy, voulant montrer qu'il peut aller au front et au peuple, a rencontrŽ des cheminots lors d'une "descente" annoncŽe peu ˆ l'avance et bien encadrŽe ˆ l'atelier de rŽparation de Saint-Denis, le vendredi 26 octobre. Il en est, d'aprs le Canard Encha”nŽ du 31 octobre, sorti "aussi sonnŽ qu'ˆ la descente d'un mange ˆ sensations fortes de la Foire du Tr™ne". Une partie des images et des enregistrements de cette "rencontre" sont d'ailleurs introuvables.

Voici le communiquŽ des fŽdŽrations :

Les FŽdŽrations Syndicales des cheminots se sont rŽunies le mercredi 31 octobre 2007 pour analyser la situation ˆ la SNCF et les rŽponses du Gouvernement ˆ lĠissue des bilatŽrales sur la rŽforme des rŽgimes spŽciaux de retraite.

Sur la rŽforme des retraites, comme sur les dossiers touchant ˆ lĠavenir du Service Public SNCF, aucune rŽponse nĠa ŽtŽ apportŽe par le Gouvernement et la Direction SNCF.

En refusant dĠentendre le message dŽlivrŽ lors du mouvement du 18 octobre dernier par 75, 6% des cheminots, Gouvernement et Direction SNCF font le choix dĠun conflit plus long. Ils en portent lĠentire responsabilitŽ.

Les cheminots rejettent massivement cette rŽforme qui se traduirait par un allongement du temps de cotisation et une baisse du niveau des pensions, cĠest travailler plus longtemps pour gagner moins en retraite. Qui peut lĠaccepter ?

En effet, avec cette rŽforme cĠest lĠinstauration dĠune double peine :

 - avec le systme de dŽcote, la pension ˆ terme sera diminuŽe de 25% pour une mme durŽe de travail ;

 - avec la dŽsindexation des pensions sur les salaires, (cette mesure appliquŽe au rŽgime gŽnŽral, a engendrŽ en 15 ans un Žcart de 20% entre lĠaugmentation du pouvoir dĠachat des actifs et des retraitŽs) ;

 - avec la mise en place dĠun double statut pour les nouveaux embauchŽs, le gouvernement joue la division des anciens contre les jeunes.

Les cheminots exigent le maintien et lĠamŽlioration de leur rŽgime spŽcial de retraite et de ses droits. LĠaugmentation du pouvoir dĠachat et le dŽveloppement de lĠemploi ˆ statut sont Žtroitement liŽs ˆ cette exigence.

Notre action est convergente avec celles des autres salariŽs des rŽgimes spŽciaux. Elle sĠinscrit aussi dans la dŽfense du rŽgime de retraite par rŽpartition de tous pour lequel le Gouvernement annonce dŽjˆ lĠallongement ˆ 41 ans de la durŽe de la cotisation. Sur le Fret SNCF, le Gouvernement et la Direction restent sourds aux revendications des cheminots et de la population.

Gouvernement et Direction SNCF doivent arrter la casse du Fret SNCF qui va ˆ lĠopposŽ des ambitions affichŽes pour le ferroviaire dans le grenelle de lĠenvironnement. Ils doivent donner les moyens pour maintenir et dŽvelopper les infrastructures, les gares, les emplois sĠy attachant.

Au regard du refus du Gouvernement et de la Direction SNCF de rŽpondre aux revendications des cheminots, les FŽdŽrations CGT – CFDT – FO – CFTC – SUD.Rail – UNSA – CFE-CGC ont dŽcidŽ dĠappeler ˆ nouveau les cheminots ˆ la mobilisation conformŽment ˆ leur engagement lors de lĠinterfŽdŽrale du 22 octobre dernier.

Dans ce cadre, les fŽdŽrations CGT– FO – CFTC – SUD Rail – UNSA – CFE-CGC dŽposent un prŽavis national de grve, pour une durŽe illimitŽe reconductible par pŽriode de 24h00, ˆ partir du mardi 13 novembre 2007 ˆ 20h00. DĠautre part la FŽdŽration CFDT, aprs avoir dŽlibŽrŽ avec ses instances, nĠexclue pas le principe de rejoindre lĠappel commun.

Paris, le 31 octobre 2007

Remarques

Les mmes fŽdŽrations moins la CFDT ont dŽposŽ un prŽavis de grve conforme ˆ cette dŽclaration commune, auprs de Mme Idrac, prŽsidente de la SNCF.

Quelques prŽcisions s'imposent :

1Ħ) Sur le rŽgime de retraite, la revendication de maintien et d'amŽlioration du rŽgime spŽcial ne peut s'entendre que comme reposant sur le maintien du droit au dŽpart en retraite au bout de 37,5 annuitŽs, ce qui est actuellement encore le cas pour les cheminots, les Žlectriciens, les gaziers, les mineurs, les agents de la RATP notamment. L'absence de cette prŽcision est d'autant plus ennuyeuse que, sur le plan interprofessionnel, la CGT s'oppose aujourd'hui, au niveau confŽdŽral (et au niveau des unions dŽpartementales, locales, des fŽdŽrations et des syndicats pour autant que la consigne est reprise), au seul mot d'ordre qui combat rŽellement la manoeuvre d'isolement des salariŽs ˆ rŽgimes spŽciaux : le retour aux 37,5 annuitŽs pour tous. Bien entendu, ce mot d'ordre implique la remise en cause de l'ensemble des lois anti-sociales en matire de retraites et de salaire socialisŽ -l'ordonnance Balladur de 1993, le plan JuppŽ de 1995, la loi Fillon de 2003.

La question n'est pas comptable, ni mme Žconomique : contrairement ˆ ce que l'intoxication ambiante peut faire croire, le retour aux 37,5 annuitŽs pour tous n'aurait pas un cožt extraordinaire. Le trs officiel Conseil d'Orientation des Retraites avait ŽvaluŽ ce cožt ˆ 0,3% points du produit intŽrieur brut, c'est tout.

1). La question n'a donc rien d'Žconomique, elle est politique : Sarkozy l'a dit, cette soit disante "ŽquitŽ" est le coeur de sa "rŽforme". C'est donc notamment sur ce point que les cheminots feront grve et que les salariŽs de tous les secteurs les soutiendront.

S'il dispara”t des plates-formes syndicales, non seulement des appels interfŽdŽraux ou interprofessionnels au 18 octobre mais mme, comme c'est le cas ici, des appels des seules fŽdŽrations de cheminots, on peut craindre que ce ne soit pas non plus pour des raisons inexistantes d'impossibilitŽ Žconomique ˆ obtenir satisfaction, mais pour une raison politique : chercher ˆ Žviter la vraie confrontation entre la classe salariale et la prŽsidence de la VĦ RŽpublique et ne pas aller vers le Tous ensemble.

Mais est-il responsable d'appeler les cheminots au combat si l'on a peur de ce qu'implique ce combat ?

2) La dŽfense du fret est la seconde revendication de l'appel commun, mais elle est plus dŽveloppŽe dans le prŽavis de grve que la dŽfense du rŽgime de retraite.

Le prŽavis revendique ˆ ce sujet un moratoire du plan fret (qui signifie, rappelons-le, 8000 suppressions d'emplois et qui, au moment o on ne cause que "Grenelle de l'environnement", fait le jeu des entreprises de poids lourds), un programme d'investissement dans le parc de locomotives et de wagons, un programme de recrutement de cheminots au cadre permanent, et l'arrt des dŽtachements d'agents SNCF dans les filiales de transport ferroviaire.

Tout cela est tout ˆ fait justifiŽ mais est incompatible avec la politique de transports suivie depuis plusieurs annŽes par les gouvernements successifs, en particulier la sŽparation de la SNCF et de RFF (rŽseau ferrŽ de France) opŽrŽe par le ministre PCF Gayssot, dans le gouvernement de cohabitation Chirac-Jospin, car il sera dangereux d'investir dans de nouvelles locomotives sur des voies obsoltes laissŽes ˆ l'abandon, comme les RŽgions en font actuellement l'expŽrience ...

3) Un tel prŽavis sera-t-il encore possible aprs le 1er janvier 2008 en cas d'application pleine et entire de la loi du 22 aožt contre le droit de grve dans les transports terrestres de voyageurs ? Pour le moins, elle imposera une notification d'intention de prŽavis, imposant des "nŽgociations" (o les syndicats seront tenus d'aller) pendant 8 jours, suivie du prŽavis proprement dit, de 5 jours minimum. De plus, elle obligerait les agents ˆ dŽclarer 48 heures ˆ l'avance s'ils feront grve ou non le mardi 13 novembre et, interprŽtŽe littŽralement (mais cette interprŽtation est tout ˆ fait logique) elle leur interdirait de rejoindre le mouvement reconductible une fois celui-ci commencŽ ! L'article 3 de la loi (2) interdit tout dŽp™t d'un nouveau prŽavis par la ou les mmes organisations tant que le prŽavis prŽcŽdent court encore ; dans l'exposŽ des motifs du projet de loi, fait par le gouvernement, cet article est prŽsentŽ comme visant ˆ "interdire la pratique dite des Ç prŽavis glissants È, qui est de nature ˆ perturber gravement le fonctionnement du service public."

En examinant la chose, nous dŽcouvrons ici de nouvelles imprŽcisions juridiques volontaires dans la loi anti-grve. Elles sont nombreuses.

Et d'une : si l'on dŽpose un prŽavis sur un autre sujet que celui que concerne le prŽavis en cours, tombe-t-on sous le coup de la loi ?

Et de deux : l'article 3 ne risque-t-il pas de s'appliquer y compris dans la pŽriode couverte non par le prŽavis, mais par la notification des motifs du futur prŽavis ou "prŽavis du prŽavis" ? La loi interprŽtŽe ˆ la lettre voudrait que non, mais ...

Et de trois : surtout, tout le monde a bien compris que ce sont prŽcisŽment les grves reconductibles et illimitŽes qui sont visŽes par cet article 3, pourtant trs lapidaire car il n'ose pas le dire ouvertement. Donc : sera-t-il lŽgal de dire qu'on sera en grve ˆ partir de telle date, sans limite fixŽe ?

Notons que, si l'on se base sur la lettre de la loi, il y aurait paradoxalement une plus grande sŽcuritŽ juridique ˆ dŽposer un prŽavis pour une grve illimitŽe que pour une grve reconductible, la notion de reconduction pouvant tre interprŽtŽe de manire tendancieuse comme signifiant nouvelle grve chaque jour, donc nouveau prŽavis,auquel cas ce nouveau prŽavis est exclu par la loi puisqu'il a forcŽment dž tre dŽposŽ alors que le dŽlais du prŽcŽdent courrait encore, et ˆ plus forte raison s'il n'existe pas, alors ... alors l'interprŽtation totale et jusqu'au-boutiste de la loi serait l'illŽgalitŽ de toute grve de plus d'un jour dans les transports terrestres !

Tout cela veut dire que l'application de cette loi dŽpendra totalement du rapport de force. Il ne s'agit pas ici de spŽculations : quand les patrons d'Air France veulent extorquer des millions et des millions d'euros ˆ certains syndicats, en choisissant de taper sur les plus modŽrŽs puisque ce sont ceux lˆ mmes qui avaient signŽ l'accord de "veille sociale", on voit quelles sont les ardeurs belliqueuses rŽelles de ces messieurs (3).

Bien sur, il y aura loin pour eux de la coupe aux lvres. Mais faisons attention : en Grande-Bretagne, sous Thatcher, ils y sont arrivŽs. "Faire attention" devrait ici signifier, pour le moins, que l'abrogation de la loi anti-grve dans les transports terrestres figure dans les appels et dans le prŽavis des fŽdŽrations de cheminots. D'ailleurs les "nŽgociations" ˆ la SNCF sur la mise en oeuvre de cette loi devaient officiellement dŽmarrer en octobre. Nous sommes le 1Ħ novembre et elles n'ont pas dŽmarrŽ.

Notes

(1) On trouvera les excellents argumentaires du courant DŽmocratie et Socialisme du PS et de la RŽgion CFDT d'Auvergne, qui a rejoint la CGT aprs les grves de 2003, sur

http://www.democratie-socialisme.org/article.php3?id_article3D3 et

http://www.democratie-socialisme.org/article.php3?id_article3D172 .

Nous attirons l'attention de nos lecteurs sur le fait que ces articles, qui n'ont pas perdu une ride, datent de 2003, mais que la revendication du retour aux 37,5 annuitŽs pour tous s'est beaucoup rarŽfiŽe depuis dans les colonnes de DŽmocratie et Socialisme..

Notons que l'UD CGT de Haute-Loire, avec les UD FO, FSU et SUD a appelŽ ˆ la grve le 18 octobre sur la base du combat pour le retour aux 37,5 annuitŽs pour tous.

(2) Voir le texte de la loi sur le site du Militant (http://www.le-militant.org/ ) ou sur le site Droit de grve, (http://droitdegreve.wordpress.com/ ).

(3) Dans l'art de cogner sur les plus modŽrŽs pour faire un exemple, les patrons d'Air France ont un illustre modle : Reagan lorsqu'il a brisŽ par le licenciement et l'emploi de militaires la grve des contr™leurs aŽriens en 1983. Leur syndicat qui avait un taux d'adhŽsion de 100% venait d'appeler ˆ voter pour lui aux Žlections ...

* * *

 

Grves 3 : discussion sur le mois de novembre qui s'annonce.

 

Outre l'appel des fŽdŽrations de cheminots, il y a pour novembre :

- l'appel de la CGT et de FO ˆ la grve le mercredi 14 novembre ˆ EDF et GDF, le lendemain donc du dŽmarrage de la grve des cheminots (on doit savoir le 6 novembre si les fŽdŽrations CFDT, CFTC et CGC se joignent ˆ cette appel).

- l'appel de toutes les fŽdŽrations de fonctionnaires ˆ la grve le mardi 20 novembre, pour les salaires et la dŽfense du service public. Cette grve de la fonction publique en novembre avait ŽtŽ annoncŽe dŽbut octobre par les fŽdŽrations de fonctionnaires contre la rŽalisation du Tous ensemble le 18 octobre. Mais la modification de la situation induite par ce que des secteurs du salariat ont rŽalisŽ le 18 octobre donne ˆ la grve du 20 novembre toutes les chances d'tre massive ...

- le 23 octobre la commission exŽcutive de la fŽdŽration CGT de la Construction (b‰timent et travaux publics) a dŽcidŽ d'appeler dans son secteur ˆ la grve le mme 20 novembre, sur les revendications suivantes : rŽgime spŽcial de retraite pour les salariŽs concernŽs par la pŽnibilitŽ dans la construction avec la retraite ˆ 55 ans ˆ taux plein, hausse des salaires avec plancher ˆ 1500 euros bruts, 14Ħ mois pour tous et suppression des franchises mŽdicales. Notons que la formulation de la fŽdŽration du b‰timent sur les retraites, consistant ˆ la lettre ˆ revendiquer un "rŽgime spŽcial", devrait sembler aller encore plus ˆ contre-courant du discours officiel que la dŽfense des 37,5 annuitŽs pour tous. Cela n'empche pas la fŽdŽration de revendiquer, de dire que pour leur branche, le besoin des ouvriers, c'est de partir ˆ 55 ans, et aussi de refuser de signer un accord salarial qui soit en dessous de la hausse de 20% des salaires rŽels ˆ laquelle ils estiment avoir droit.

- dans le mme temps les assemblŽes gŽnŽrales, qui ne regroupent pas encore la masse des Žtudiants loin de lˆ, mais qui sont significatives, se multiplient dans les facultŽs contre la loi PŽcresse.

Nous avons une accumulation d'appels branches par branches qui posent la question du Tous ensemble dont la majoritŽ des militants ont compris qu'il est indispensable.

A la rŽunion des signataires de l'appel Le droit de grve n'est pas nŽgociable du dimanche 21 octobre ˆ Paris, la discussion a principalement portŽ sur l'opportunitŽ de former des comitŽs appelant ˆ prŽparer la grve gŽnŽrale. Soit il s'agit de "prŽparer la grve gŽnŽrale" ... en gŽnŽral, auquel cas former des comitŽs sur ce thme n'a pas de sens politique, soit il s'agit de la rechercher effectivement dans les semaines qui viennent.

En ce qui concerne les camarades prŽsents du Militant et de Liaisons (dont le regroupement Žtait en train de se faire), il nous semble que l'objectif absolu ainsi formulŽ de "prŽparer la grve gŽnŽrale" dresse un mur devant les militants, car d'une part ils sont confrontŽs ˆ l'opposition pratique des directions syndicales au Tous ensemble, d'autre part ˆ la question du dŽbouchŽ politique car la grve gŽnŽrale, cela signifie en clair chasser Sarkozy. Aucun appel ˆ la lutte ne peut se substituer ˆ la question de l'issue politique qui demande organisation et dŽbat de toute urgence entre militants.

Car il y a actuellement une montŽe grŽviste, une poussŽe contre le gouvernement, mais qui ne se fait pas en dehors des rŽalitŽs politiques ; au contraire elle en tient compte en revtant une certaine lenteur et en cherchant avant tout ˆ surmonter la fragmentation branches par branches, voire entreprises par entreprises -c'est d'ailleurs cela, le mouvement rŽel vers la grve gŽnŽrale.

D'autre part, il ne saurait tre question de faire porter aux seuls cheminots le poids de la lutte d'ensemble, ni de jouer ˆ se faire croire qu'ˆ eux seuls ils peuvent l'emporter sur leurs revendications.

D'ici au 13 novembre, l'heure est au regroupement par delˆ les branches et les entreprises et dans l'unitŽ, sur des revendications claires : abrogation de la loi anti-grve, hausse des salaires, arrt de la casse des services publics, retraite ˆ 60 ans ˆ taux plein et dŽpart avec 37,5 annuitŽs pour tous, notamment.

Agir ainsi, c'est contribuer ˆ renforcer les cheminots dans une Žventuelle grve illimitŽe. Si celle-ci se dŽclenche effectivement le 13 novembre, son succs dŽpend du Tous ensemble.

La question d'un appel interprofessionnel ˆ la grve dans tous les secteurs, public et privŽ, doit donc tre mise en discussion partout o nous intervenons. Ce ne serait pas une simple "journŽe d'action', mais un formidable coup de boutoir contre Sarkozy et les patrons, ce serait une Žtape rŽelle vers l'affrontement social central pour en dŽcoudre, que Sarkozy cherche puisqu'il est mandatŽ par les patrons pour cela, mais une Žtape dans laquelle et par laquelle la classe ouvrire se prŽparerait ˆ gagner, dans laquelle les regroupements et les discussions politiques pourraient se faire dans d'autre conditions que la dŽcomposition induite par les sommets qui prŽvaut actuellement.

Mais rŽpŽtons-le, la fidŽlitŽ dans les revendications est ici dŽterminante, car un accord a minima bradant, par exemple, les 37,5 annuitŽs, aprs avoir lancŽ les cheminots dans la bagarre, ne serait pas acceptable.

Il est donc essentiel que les militants ouvriers, les responsables syndicaux, tous les travailleurs, s'emparent eux-mmes de ces questions !

* * *

Infos.

 

Sur la base de l'appel Le droit de grve n'est pas nŽgociable, un comitŽ de mobilisation pour l'abrogation de la loi anti-grve s'est formŽ dans le dŽpartement de l'Allier, s'appuyant sur 150 signatures dont celles de plusieurs Žlus, responsables de syndicats et d'unions locales CGT, de la FSU, de responsables FO, et du dŽputŽ apparentŽ PS de Moulins Guy Chambefort. Une rŽunion publique dŽpartementale est en prŽparation.

* * *

Humeur hispanique.

 

M. Ratzinger a procŽdŽ ˆ la plus grande bŽatification de masse de l'histoire de l'Eglise catholique : 498 d'un coup !

C'Žtait para”t-il des victimes de persŽcutions anti-religieuses commises par les odieux militants ouvriers espagnols et catalans, notamment les anarchistes, en 1936 !

Quand les paysans et les sans-culottes franais entraient dans les Žglises en 1793, ils cassaient les statues. Quand les paysans-soldats russes mettaient la main sur leurs officiers nobles en 1918, le sort de ces derniers Žtait peu enviable. La compassion devant les victimes de ces actes, les militants ouvriers savent, depuis les dŽbuts de la lutte, l'Žprouver :

"M. Foulon [affameur public, percepteur des imp™ts indirects] a ŽtŽ arrtŽ hier, conduit ˆ l'H™tel de ville et pendu au moment o il en descendait. Son corps a ŽtŽ tra”nŽ dans les rues de Paris, puis dŽchirŽ en morceaux, et sa tte, promenŽe au bout d'une pique, a ŽtŽ portŽe au faubourg Saint-Martin, pour y attendre et prŽcŽder le gendre de M. Foulon, M. Berthier de Sauvigny, intendant de Paris, qu'on amenait de Compigne, o il avait ŽtŽ arrtŽ, et qui doit subir aujourd'hui le mme sort que son beau-pre. J'ai vu passer la tte du beau-pre, et le gendre arrivant derrire, sous la conduite de plus de mille hommes armŽs ; il a fait ainsi, exposŽ aux regards du public, tout le long trajet du faubourg et de la rue Saint-Martin, au milieu de deux cent mille spectateurs qui l'apostrophaient et se rŽjouissaient avec les troupes de l'escorte, qu'animait le bruit du tambour

.

Oh ! Que cette joie me faisait mal ! J'Žtais tout ˆ la fois satisfait et mŽcontent ; je disais tant mieux et tant pis. Je comprends que le peuple se fasse justice, j'approuve cette justice lorsqu'elle est satisfaite par l'anŽantissement des coupables, mais pourrait-elle aujourd'hui n'tre pas cruelle ? Des supplices tous genres, l'Žcartlement, la torture, la roue, les bžchers, le fouet, les gibets, les bourreaux multipliŽs partout, nous ont fait de si mauvaises moeurs ! Les ma”tres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares, parce qu'ils le sont eux-mmes. Ils rŽcoltent et rŽcolteront ce qu'ils auront semŽ, car tout cela, ma pauvre petite femme, aura, ˆ ce qu'il para”t, des suites terribles : nous ne sommes qu'au dŽbut."

Gracchus Babeuf ˆ sa femme, 17 juillet 1789.

Voila ce qu'il y a ˆ dire de la violence dont pŽrirent quelques ecclŽsiastiques et des nonnes catalanes en 36. S'il s'agissait de compassion tout en mettant en valeur sa boutique, M. Ratzinger aurait ajoutŽ ˆ la liste les dizaines de prtres basques qui pŽrirent aussi, en 1937, de la conqute castillane et franquiste de leur patrie. Ceux-ci Žtaient dans le camp "rŽpublicain", avec le PNV (parti nationaliste et clŽrical basque) encore que leur mŽfiance envers les conseils ouvriers de l'Aragon a fait le jeu des troupes franquistes. Mais, justement, ils n'y sont pas.

Donc, la preuve est faite. Il ne s'agit mme pas de rŽcupŽrer pour l'Žglise la compassion envers des victimes. Non. C'est une opŽration de combat. Ratzinger tient ˆ faire savoir qu'avec lui l'Eglise toute entire est aux c™tŽs des prtres combattants du franquisme en 1936.

Des prtres catholiques qui bŽnissaient les garrots et participaient aux tortures.

Des prtres catholiques qui, reconquŽrant les villages, dŽsignaient les institutrices pour tre violŽes, tondues, et tuŽes, parce qu'institutrices.

Voila la mŽmoire de Ratzinger, voila la cause de l'Žglise, l'Žglise d'aujourd'hui.

Combien de tortionnaires parmi ses canonisŽs ?

Ils n'ont rien oubliŽ. Nous non plus. Avec les sentiments de Babeuf, mais contre eux, avec notre classe, sans rŽserve.

* * *

Humeur encore.

 

Mercredi soir, 31 octobre, une Žmission sur Trotsky sur Arte, et annoncŽe une Žmission sur la rŽvolution russe le mercredi suivant.

Bon, c'est clair : regardez les images, bouchez vous les oreilles !

Les images sont rares et souvent belles, authentiques documents.

Les commentaires, sauf un Jean-Jacques Marie piŽgŽ dans cette galre, sont dans la ligne de l'Žpitaphe d'un obscur pote mis sur le gŽnŽrique de fin, disant un truc du genre "la rŽvolution mne ˆ la mort et la mort mne ˆ la rŽvolution", en clair, message pour le XXIĦ sicle : crevez donc, mais faites pas la rŽvolution !

On notera la curieuse obsession des origines juives de Trotsky tout au long du documentaire, alors que lui-mme n'y attachait pas d'importance fondamentale, obsession allant jusqu'ˆ raconter n'importe quoi sur la lutte avec Staline en 1923 : Trotsky n'a jamais racontŽ que "LŽnine m'a proposŽ la succession, mais j'ai dŽclinŽ l'offre parce que je suis juif". Ces affabulations grotesques profŽrŽes, naturellement, par de supposŽs Žminents historiens surgis on ne sait d'o ...

Bref, vive les images !

* * *

Vient de para”tre : UnitŽ nĦ 6.

 

Nos camarades de l'OS (Offensive Socialiste, courant de jeunes socialistes ... socialistes !) viennent de publier le nĦ 6 de leur journal.

Nous y reviendrons. Des lecteurs de Clermont-Ferrand ayant remarquŽ que nous avions annoncŽ un article rŽclamant l'abrogation de la loi PŽcresse, dans le nĦ 5, qui n'Žtait finalement pas paru, nous sommes heureux d'annoncer que ce numŽro contient l'article suivant sur le mme sujet :

 

La loi PŽcresse ne passera pas !

Comme vous le savez sans doute dŽjˆ chers lecteurs, au mois dĠaožt dernier Žtait votŽe la loi dite Ç libertŽs et responsabilitŽ des universitŽs È Žgalement appelŽe Ç loi dĠautonomie des universitŽs È. Le premier ministre Franois Fillon sĠŽtait dŽjˆ obligeamment chargŽ de nous avertir que cette rŽforme serait sans doute Ç la plus importante È de son mandat. Quels sont alors les changements apportŽs par cette loi au modle universitaire actuel ? Deux axes principaux se dŽgagent le financement des universitŽs et leur Ç gouvernance È.

Pour le financement, il ne se fera plus de manire planifiŽe et rŽcurrente par rapport aux besoins exprimŽs par les universitŽs et les populations mais suivant une logique de contrat entre lĠuniversitŽ et lĠƒtat visant ˆ valoriser une recherche plus compŽtitive. Cette logique contractuelle est dŽjˆ en soi une remise en cause des missions du service public dĠenseignement supŽrieur : assurer ˆ chaque citoyen le dŽveloppement dĠun esprit critique et lĠacquisition de qualifications reconnues lui permettant de faire valoir ses droits face au patronat. Le gouvernement va cependant plus loin dans lĠabandon du service public puisquĠil confie aux universitŽs de nouvelles compŽtences, notamment la gestion de leur patrimoine mobilier et immobilier, le tout sans donner de moyens supplŽmentaires. Comment les universitŽs vont elles pouvoir financer leur activitŽ avec ces dŽpenses supplŽmentaires ? Le gouvernement Fillon a la solution les partenariats privŽs. Les universitŽs pourront donc se financer directement par le biais des entreprises sans rŽel contr™le.

Quant ˆ la Ç gouvernance È, les universitŽs seront dŽsormais dirigŽes par un nombre restreint de personnes regroupŽes au sein dĠun Conseil dĠAdministration comprenant une grande proportion (jusquĠˆ 40%) de Ç personnalitŽs extŽrieures È, reprŽsentantes du Ç monde Žconomique È. De plus, cette loi instaure une grande concentration de pouvoirs entre les seules mains du prŽsident vŽritable PDG tout puissant. Cerise sur le g‰teau, ce prŽsident omnipotent nĠest plus obligŽ dĠtre enseignant/chercheur et peu donc tout a fait tre lĠun des chefs dĠentreprise partenaire de lĠuniversitŽ. Pour parachever le tout, le gouvernement met Žgalement en place une barrire sŽlective ˆ lĠentrŽe de lĠuniversitŽ par le biais de Ç lĠorientation active È, dispositif visant ˆ dŽcourager certains bacheliers de sĠinscrire ˆ lĠuniversitŽ.

La boucle de la liquidation du service public est ainsi bouclŽe : par le biais des financements les entreprises contraignent les universitŽs ˆ orienter leur recherche et leurs enseignements dans un sens qui leur profite, par le biais du CA o elles ont la main haute elles font acter leur volontŽ par la direction politique de ces mmes universitŽs. Ce systme aboutit donc ˆ lĠŽmergence dĠune universitŽ ˆ deux vitesses avec, dĠun c™tŽ des universitŽs surfinancŽes offrant des formations de qualitŽ aux Žtudiants qui auront pu passer la barrire de Ç lĠorientation active È, de lĠautre des universitŽs sous-dotŽes, offrant des formations courtes, non reconnues sur le marchŽ du travail pour les Žtudiants dŽfavorisŽs. La bourgeoisie caricaturale au pouvoir met donc tout en place pour rŽserver ˆ sa progŽniture lĠaccs aux Žtudes supŽrieures, cherchant ˆ empcher toute ascension sociale afin de conserver le pouvoir Žconomique entre ses seules mains.

Parce que chacun de ses articles est en opposition frontale avec lĠintŽrt des jeunes et des travailleurs et avec le projet dĠune sociŽtŽ socialiste o la collectivitŽ donne ˆ chacun les moyens de vivre et de sĠŽmanciper de toute tutelle familiale, religieuse ou Žconomique nous ne pouvons que nous prononcer pour lĠabrogation de la loi Ç relative aux libertŽs et responsabilitŽs des universitŽs È.

Nous avons pris la dŽcision de publier ci-contre cet appel unitaire contre la loi PŽcresse, ˆ lĠinitiative de syndicalistes Žtudiants et de militants dĠorganisations politiques de jeunesse de gauche. Cet appel participe de la construction de lĠUnitŽ face aux attaques du gouvernement.

Martin Crouzet.

Appel ˆ lĠAbrogation de la loi PŽcresse

Nous, signataires du prŽsent appel, organisations politiques, syndicales, associatives et collectifs, exigeons lĠabrogation de la loi PŽcresse, Ç relative aux libertŽs et aux responsabilitŽs des universitŽs È. Nous rejetons le principe mme de cette loi et nous refusons dĠaccorder de la lŽgitimitŽ au processus de pseudo concertations menŽ par le gouvernement au mois de juillet.

Nous nĠacceptons notamment pas : lĠautonomie de gestion budgŽtaire et la recherche de ressources propres. En organisant la pŽnurie budgŽtaire, lĠEta/ contraint les universitŽs ˆ recourir pour son financement aux Fondations et au mŽcŽnat, cĠest-ˆ-dire aux intŽrts privŽs : cela permet une vŽritable privatisation. De plus, autonomie finaneire et pŽnurie budgŽtaire donneront prŽtextes et moyens ˆ lĠaugmentation des frais dĠinscription, facteur de la sŽlection sociale ; la systŽmatisation des dispositifĠs de prŽ inscription et dĠorientation active qui introduisent une forme de sŽlection ˆ lĠentrŽe de lĠuniversitŽ ; la rŽvision de la composition des conseils dĠadministration et le renforcement du pouvoir des prŽsidents, qui ont pour fĠonction de faciliter une gestion entrepreneuriale. La proportion de personnalitŽs extŽrieures issues du patronat, non Žlues, augmente au dŽtriment des Žlus des personnels et des Žtudiants. Les universitŽs sont destinŽes ˆ tre transformŽes en centres de formation et de recrutement adaptŽs aux besoins immŽdiats du patronat ; le recrutement de contractuels prŽcaires (dŽjˆ nombreux aujourdĠhui) pour le personnel enseignant et non enseignant ˆ la place de fonctionnaires cassera les statuts de la fonction publique, et encouragera Žgalement la sŽparation entre enseignement et recherche.

Cette loi est un ŽlŽment clŽ dans la mise en ceuvre du projet de privatisation et de professionnalisation de lĠenseignement supŽrieur et de la recherche. Elle accentue lĠindividualisation des dipl™mes qui ne correspondront plus ˆ des qualifications reconnues dans le monde du travail. Pire encore, elle fait de lĠuniversitŽ une vŽritable entreprise en lĠautorisant ˆ exercer des activitŽs commerciales confondues avec ses activitŽs de service public. CĠest donc une attaque contre les droits de lĠensemble des travailleurs.

Parce que cette loi va aggraver et non rŽsoudre les problmes de lĠuniversitŽ, nous devons nous battre Žgalement :

pour un financement public de lĠenseignement supŽrieur ˆ la hauteur des besoins, pour le maintien du statut des personnels et la titularisation de tous les personnels prŽcaires.

Par ailleurs, le gouvernement multiplie les offensives : service minimum, chasse aux immigrŽs, franchises mŽdicales ; et en prŽpare dĠautres : rŽgimes spŽciaux de retraites, contrat de travail unique. Il cherche ˆ sĠattaquer en prioritŽ aux secteurs les plus mobilisŽs ces dernires annŽes, parmi lesquels les jeunes et les salariŽs du public, et ˆ saper leur capacitŽ de mobilisation. LĠuniversitŽ est donc une cible de choix.

CĠest pourquoi nous appelons les Žtudiants et les personnels, enseignants et BIATOS, ˆ la mobilisation pour obtenir lĠabrogation de la loi PŽcresse, conformŽment aux appels locaux de nombreuses universitŽs (Toulouse Mirail, Rennes I, Bordeaux I, etc). Nous proposons aux organisations qui se sont prononcŽes pour lĠabrogation de la loi de construire ensemble la lutte et nous appelons celles qui ne lĠont pas encore .fait ˆ nous rejoindre. Pour notre part, nous prŽparons la construction dŽmocratique de la lutte et nous ne nous interdirons aucun moyen dĠaction, notamment la grve. Nous apportons notre soutien ˆ toutes les initiatives locales allant dans le sens de la mobilisation.

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Dernire minute.

 

Notre ami KŽbŽ TalibŽ, ancien membre de l'Association populaire d'entraide ("Militant") et dŽlŽguŽ bien connu du Collectif de Montreuil pourles Droits des Sans papiers, a ŽtŽ arrtŽ ce matin ˆ Bordeaux, en prenant letrain pour revenir en rŽgion parisienne, o il devait reprendre la tte desinitiatives de rŽgularisation du Collectif.

Il est en garde-ˆ-vue au commissariat central de Bordeaux, qui ignoreprobablement tout de sa qualitŽ de dŽlŽguŽ d'un collectif de rŽgion parisienne.TŽlŽphonez au commissariat central pour demander sa libŽration :

05.57.85.77.77.

Il faut savoir que KŽbŽ a dŽjˆ dŽposŽ son dossier ˆ la PrŽfecture de Bobigny,dans le cadre des ces mmes opŽrations de rŽgularisation, et qu'il nous est indispensable pour la poursuite de l'opŽration.

Vous pouvez donc Žgalement faire pression sur la PrŽfecture de Seine Saint Denisen demandant qu'elle intervienne auprs des services de Gironde pour signaler que KŽbŽ TalibŽ est un de leurs interlocuteurs dans le dŽpartement.

PrŽfecture de la Seine-Saint-Denis

TŽl : 01.41.60.60.60.  Fax : 01.48.30.22.88.

Les bons interlocuteurs, leur fonction, leurs coordonnŽes :

Franois DUMUIS Sous-prŽfet, secrŽtaire gŽnŽral

TŽlŽphone : 01 41 60 59 00 TŽlŽcopie : 01 41 60 59 28

Mel : Francois.DUMUIS@seine-saint-denis.pref.gouv.fr

Arlette MAGNE Direction des Žtrangers

TŽlŽphone : 01.41.60.57.00. TŽlŽcopie : 01.48.30.22.88.

Mel : Arlette.MAGNE@seine-saint-denis.pref.gouv.fr

 

Plus d'infos sur le site http://cspmontreuil.1et0.org

Merci pour votre soutien.