Lettre de liaison n¡14 du 17 fŽvrier 2008
Le courage, c'est de chercher la vŽritŽ et de la dire. Jean Jaurs.

ComitŽ de rŽdaction provisoire : Christian Barlo (83), Sylvie Bonnin (03), Jean-Franois Chalot (77), Mayeul Chamussy (38), Olivier Delbeke (94), Franois Ferrette (61), StŽphane Fustec (75), Bernard Grangeon (63), Joelle Losson (54), Claude Luchetta (43), Franck Marsal (94), Marianne Olivier (94), Vincent PrŽsumey (03 – directeur de la publication), Raymond Debord (75), Salima Jamili (75) É

 

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Sommaire :

Augmentez les salaires, pas les heures sup' !

La grve du restaurant La Grande armŽe : "Sans Papiers ... et travailleurs ! ".

Carrefour Grand Littoral, Marseille.

JŽrome BŽdier a dit.

DŽfense du droit de grve : plus d'actualitŽ que jamais.

Information : les Žlections au CA de la SNCF.

SolidaritŽ avec les grŽvistes et les syndicalistes kanaks !

Ils sont en crise.

Billets sur Sarkozy et la la•citŽ : de Franois Paillares ; d'une institutrice rurale ; de Jean-Franois Chalot.

Sur le mme sujet, deux sites ˆ voir.

Ce qu'ils ont votŽ, suite.

On nous communique.

Le n¡ 12 du Militant est disponible.

Affiches et autocollants pour la dŽfense du droit de grve.

Devenez correspondants-diffuseurs du Militant.

 

Augmentez les salaires et pas le nombre d'heures supp' !

Embauchez des jeunes au lieu de saquer la retraite des vieux !

RŽgularisez tous les travailleurs et demandeurs d'emplois sans-papiers !

La grve c'est l'arme des travailleurs !

Abrogation de la loi anti-grve d'aožt 2007 !

 

A bas Sarkozy, tous ensemble contre lui.


 

La grve du restaurant La Grande armŽe

 

Ç Sans Papiers... et travailleurs ! È

 

C'est une belle action, rondement menŽe : depuis ce mercredi 13 fŽvrier les cuisiniers du restaurant chic "la Grande ArmŽe", pas loin de l'Arc de Triomphe, 8 travailleurs maliens et un ivoirien, sont en grve, mais pas tout seuls, car des travailleurs sans-papiers, surexploitŽs, faisant 16 heures par jour sous la menace permanente de "si t'es pas content tu peux partir", ne peuvent pas se mettre en grve tout seuls -cela arrive, par dŽsespoir, mais dans ces cas lˆ ils sont liquidŽs sans que cela se sache. Le r™le du syndicat est de leur permettre d'engager la bataille pour eux et pour tous leurs camarades.

 

Voici comment les structures syndicales qui leur ont permis d'entrer en lutte rŽsument leur situation, qui n'est pas un problme local mais qui concerne toute la classe ouvrire :

Les cuisiniers de ce restaurant, mais aussi ceux d'autres Žtablissements, sont des travailleurs "sans papiers". Ils ont ŽtŽ embauchŽs en toute connaissance de cause par la direction. Pour trois d'entre eux, la direction a demandŽ en 2003, en 2005 et fin 2007 qu'ils changent leur nom. C'est la SŽcuritŽ sociale qui a fait savoir que le numŽro de sŽcu n'existait pas.

 

Cuisiniers, plongeurs, barmans mais aussi chargŽs du nettoyage et tout cela ˆ la fois... ces travailleurs sont les esclaves modernes du restaurant "La Grande ArmŽe". Sans eux, le restaurant ne pourrait pas tourner et la direction engranger de substantiels profits.

 

En 2007, un cuisinier a travaillŽ 11 heures pendant 4 mois sans prendre de congŽs et sans pause.

Les deux jours de congŽs hebdomadaires sont bien souvent rŽservŽs aux heures supplŽmentaires, au motif bien connu "travailler plus pour gagner plus". Ces heures supplŽmentaires, quand elles sont payŽes, le sont ˆ part.

Les plannings bougent tous les jours, parfois le matin pour l'aprs midi.

 

Pour prendre leur mois de congŽs payŽs, ces travailleurs sont obligŽs de dŽmissionner. De retour au restaurant, la direction diminue leur salaire pendant deux ˆ trois mois et leur fait signer un nouveau contrat de travail. De mme quand ces travailleurs sont mutŽs d'un restaurant du groupe ˆ un autre.

 

Pendant le service, il n'y a pas de pause pour manger et quand cela est possible, cela se fait toujours debout en travaillant. L'achat de la tenue de travail est ˆ leur charge ainsi que son lavage.

 

Comme les autres travailleurs "sans papiers", les cuisiniers du restaurant "la Grande ArmŽe" ont des fiches de paye et la plupart payent des imp™ts. Tous cotisent aux caisses d'assurance maladie, aux Assedic et ˆ la retraite.

 

Ces travailleurs comme des dizaines de milliers d'autres "sans papiers" travaillent depuis des annŽes dans ces mŽtiers que le gouvernement appelle "mŽtiers en tension" (restauration, b‰timent, nettoyage...), qu'il veut maintenant rŽserver aux travailleurs des pays de l'Est qui viennent d'intŽgrer l'Union EuropŽenne.

 

Ces mŽtiers sont dits "en tension" alors que ces travailleurs "sans papiers" sont dŽjˆ derrire les fourneaux, au pied de la grue, ou ˆ nettoyer les bureaux... Ces travailleurs doivent tre rŽgularisŽs !

SignŽs : CGT Commerce, Distribution, Services, CGT Essonne, CGT Paris.

 

Ils sont donc en grve pour leur rŽgularisation. Pour la premire fois, eux qui font tourner la boutique, sont assis sur les banquettes et au centre de toutes les attentions.

 

Le vendredi 1¡ fŽvrier un millier de travailleurs sans-papiers avaient manifestŽ ˆ la Grande Arche de la DŽfense, au sige de la CGPME (l'organisation patronale des petits et moyens patrons) pour exiger la rŽgularisation. Le Militant Žtait intervenu dans cette manifestation. Notre camarade StŽphane Fustec, comme responsable syndical CGT Commerce, est engagŽ dans la bataille du restaurant de la Grande ArmŽe. Bien entendu le soutien de personnalitŽs connues et d'Žlus a ŽtŽ organisŽ pour les 9 travailleurs du restaurant, qui luttent pour eux et pour tous les autres, les milliers d'autres.

 

Dans toute la France, des milliers de militants, de citoyens, interviennent au cas par cas pour demander la rŽgularisation de personnes sans-papiers menacŽes d'expulsion, notamment dans le cadre du RŽseau Education Sans Frontire (RESF) et de diverses associations. La manifestation du 1er fŽvrier et la grve du restaurant la Grande ArmŽe ouvrent une perspective : la pression sur les patrons pour arracher les rŽgularisations par les prŽfectures.

 

En effet, c'est bien la pression sur le patron du restaurant, qui bien qu'ayant essayŽ lamentablement de faire croire que c'Žtait les salariŽs qui l'avait trompŽ (!), n'a pas pu se dŽfiler, qui a fait que la PrŽfecture de Paris a dŽclarŽ vouloir examiner "avec bienveillance" le dossier des 8 travailleurs. Mais ceux-ci ne veulent pas se rendre comme a ˆ la PrŽfecture, pour se faire Žventuellement kidnapper, ou pour qu'on les mette en attente pour une durŽe indŽterminŽe, dans l'officine d'Etat qui conna”t en rŽalitŽ trs bien la situation des travailleurs sans papiers. Le patron, et le patronat de la branche qui n'a pas envie que le systme organisŽ d'exploitation des sans-papiers soit ŽventŽ, cŽderaient plus facilement que la prŽfecture ! Les travailleurs concernŽs veulent une rŽunion tripartite, sur place, avec le syndicat, le patron et la prŽfecture, pour tre rŽgularisŽs tout de suite.

 

L'occupation continue. Le Militant appelle ses amis et lecteurs ˆ se rendre sur place (3 avenue de la Grande armŽe, Paris 16¡), ˆ manifester leur soutien, fera conna”tre et communiquera aux travailleurs en grve les prises de position qui lui parviendront.

 

La question d'une manifestation nationale des sans-papiers avec les syndicats pour la rŽgularisation de toutes et de tous n'est-elle pas posŽe ?

 

* * * *

Carrefour Grand Littoral, Marseille.

 

C'Žtait aussi le vendredi 1¡ fŽvrier : pour la premire fois depuis trs longtemps, les fŽdŽrations syndicale de la branche commerce, CGT, CFDT et FO, Žtaient amenŽes ˆ appeler ˆ la grve pour les salaires et contre le travail dominical dans les grands magasins. Au Carrefour Grand Littoral de Marseille, la grve a ŽtŽ totale et a donc permis aux caissires et ˆ l'ensemble du personnel (y compris les agents de sŽcuritŽ !) de se rŽunir, environ 500 personnes, de se dŽcouvrir, et d'Žlaborer leurs revendications : ils ont donc reconduit le mouvement, en exigeant une prime exceptionnelle de 250 euros par personne, la revalorisation des tickets restaurants et "la fermeture du magasin ˆ 21 heures au lieu de 22 heures pour que les employŽs, surtout les filles, puissent avoir un semblant de vie de famille."

 

En fait, la revendication salariale sous-jacente serait de 400 euros : c'est en effet le montant Žnorme de la diffŽrence entre ce que touchent les anciens employŽs de Carrefour repris en 1998 quand Carrefour a rachetŽ le magasin, et la majoritŽ du personnel qui Žtaient auparavant sous l'enseigne Continent : la "prime d'anciennetŽ" a ŽtŽ rŽservŽe aux "gens" de Carrefour. La revendication salariale vise donc ˆ supprimer cette division du personnel et ˆ imposer le principe d'ˆ travail Žgal, salaire Žgal, en nivelant par le haut, et cela a uni tous les salariŽs le 1¡ fŽvrier, anciens de Carrefour comme anciens de Continent.

 

De plus, comme mres de famille et comme travailleurs qui voient les Žtiquettes, les salariŽs du magasin savent ce qui a commencŽ et qui va s'aggraver : la hausse drastique des p‰tes, des cŽrŽales, du pain, du lait ...

 

La direction a rŽpondu par un Niet total, ajoutant qu'ˆ Carrefour Grand Littoral Ç on est mieux payŽ È qu'ailleurs dans la firme ! Si cela est vrai, cela ne fait que souligner la nŽcessitŽ du combat pour les salaires dans tous les magasins !

 

Le 15 fŽvrier, un accord national devant servir de rŽfŽrence plancher pour les nŽgociations d'entreprises Žtait signŽ dans la grande distribution par FO, la CFTC et la CGC. Selon FO (principale fŽdŽration du secteur, faiblement syndiquŽ), il garantit une rŽmunŽration minimale au niveau du SMIC, de "vŽritables nŽgociations sur les temps partiels", un forfait pause de 5% mais dont l'application n'est pas rendue obligatoire dans toutes les entreprises, et il faudrait donc s'en contenter en essayant de l'amŽliorer au niveau de chaque enseigne (Auchan, Carrefour, Leclerc, Casino). C'est lˆ reconna”tre au moins implicitement que les revendications du 1¡ fŽvrier sont Žvidemment toujours ˆ l'ordre du jour. Et rien sur la question clef du travail le dimanche. CFDT et CGT n'ont pas signŽ.

 

La signature de cet accord a portŽ un coup au moral des grŽvistes de Marseille dont la direction et la presse ont soulignŽ qu'ils Žtaient "minoritaires". Qu'est-ce que cela veut dire, "minoritaires" ? Cela veut dire que quand il y a 150 caissires et employŽs en piquet pour bloquer les camions, sur 570, la majoritŽ de ces 570, qui ont votŽ la lutte le 1¡ fŽvrier, ayant repris pour nourrir les m™mes et payer les traites, et comptant sur le blocus des camions qui vide les Žtalages, la grve est minoritaire ? Non, cela ne s'appelle pas une grve minoritaire. La forte section, toujours mobilisŽe, agit pour tous et bŽnŽficie du soutien de tous. Elle montre que l'action est possible dans tous les grands magasins, donc dans le "privŽ", mais qu'il faut que ce soit une action tous ensemble !

 

La direction ayant annoncŽ la fermeture en pŽriode d'heures d'hiver ˆ 21h 30, un assouplissement de la contrainte aux temps partiels (elle reconna”t donc que les temps partiels sont contraints !), une subvention correspondant ˆ 80 euros par employŽ au comitŽ d'entreprise, et le paiement d'un jour de grve sur 10, les grŽvistes s'interrogeaient en fait, ˆ la fin de la semaine dernire, sur la manire de stopper la grve la tte haute, le dŽlŽguŽ CFDT Sma•l A•t Atmane annonant mme qu'il refuserait par fiertŽ les petites concessions de la direction. FO appelait vendredi matin ˆ la reprise.

 

Mais, apparemment, direction et prŽfecture ne veulent pas de l'union grandissante des travailleurs qui peut rŽsulter d'une grve mme quand elle n'aboutit pas sur ses revendications.

 

Vendredi 15 fŽvrier au soir, alors que tout le monde pensait que la grve Žtait finie, et comme par hasard juste avant une rŽunion dŽlŽguŽs-direction sur les modalitŽs de reprise, les forces armŽes dites Ç de l'ordre È ont attaquŽ pour forcer le passage de deux camions, envoyant aux urgences au moins deux personnes, dont une caissire enceinte. Le but politique de l'agression Žtait Žvidemment de marquer le coup, de montrer aux caissires que quand elles osent s'unir et rŽsister, elles doivent prendre des coups. Mais elle a eu pour effet immŽdiat de relancer la grve et de produire des dŽbrayages samedi matin aux Carrefours du Merlan et de Port-de-Bouc.

 

Le prochain Žpisode est la nŽgociation salariale nationale chez Carrefour qui tombe ce lundi 18 fŽvrier.

* * * *

JŽr™me BŽdier a dit.

 

JŽr™me BŽdier est membre d'un nombre indŽterminŽ de Conseils d'Administration, a collaborŽ aux ministres du Commerce, de l'Economie, des Finances, il anime un blog "Entrepreneurs pour l'Europe" en soutien au traitŽ "europŽen" de Sarkozy ratifiŽ le 4 fŽvrier dernier contre la majoritŽ du peuple, et il est prŽsident de la FŽdŽration des entreprises du commerce et de la distribution et dirigeant du MEDEF. A ce titre, il a dit ˆ propos des caissires :

Ç Nagure ces caissires Žtaient mariŽes, leur salaire d'appoint suffisait, est-ce ma faute si elles ont divorcŽ ? È

 

C'est vrai, le droit au divorce devrait tre rŽservŽ aux prŽsidents dits de la RŽpublique pour qu'il s'achtent des ma”tresses mannequins et les exhibent au bon peuple. De quoi elles se plaignent, ces caissires !

 

Mais ce mŽpris social et sexiste n'est pas rŽservŽ aux travailleuses des boites privŽes. Dans un langage beaucoup plus ch‰tiŽ et sous l'apparence de l'objectivitŽ statistique, le "rapport Pochard sur le mŽtier de professeur" dŽcouvre que s'il est vrai que les enseignants ˆ qualification Žgale sont une catŽgorie sous-payŽe, "Les Žcarts de revenus familiaux entre les enseignants et les autres cadres du privŽ ou du public sont nettement plus faibles que les Žcarts de salaire individuel." parce que "les couples associent des femmes ˆ des conjoints plut™t mieux dipl™mŽs et rŽmunŽrŽs qu'elles."

 

Donc, rŽsumons-nous. Pour ne pas augmenter les salaires :

- faut interdire aux caissires de divorcer,

- faut finir de marier les enseignantes ˆ des cadres sup' (quitte ˆ les faire divorcer de leur petit plombier !).

Et le tour est jouŽ !

 

Grve et sŽquestration de ces messieurs des ressources humaines ˆ Michelin, ˆ Toul (plus de 800 emplois supprimŽs, Michelin ayant annoncŽ une progression de plus de 35% de ses bŽnŽfices pour 2007 !).

 

Grves pour les salaires ˆ Potain, Aubert-Duval dans l'Allier et le Puy-de-D™me : victoires partielles sur les revendications.

 

N'y aurait-il pas mieux ˆ faire que d'aller "nŽgocier" le "dialogue social", la "reprŽsentativitŽ syndicale" et l' "avenir de la protection sociale" sur le calendrier et sur les revendications de Sarkozy, du Medef et de la loi Fillon contre les retraites ?

 

La question d'un mouvement d'ensemble, dans les entreprises, pour les salaires, contre les heures sup' de Sarkozy, contre les licenciements, n'est-elle pas posŽe ?

 

* * * *

DŽfense du droit de grve : plus d'actualitŽ que jamais.

 

A la RATP, la direction a entrepris d'appliquer la loi anti-grve dans les transports terrestres de voyageurs que Sarkozy a fait voter l'ŽtŽ dernier, contre laquelle nous avons engagŽ une campagne de dŽfense du droit de grve qui a rassemblŽ, cet automne, les signatures de beaucoup de travailleurs et de responsables syndicaux. Plusieurs faits remarquables doivent tre connus de tous.

 

Premier fait remarquable.

La direction de la RATP, s'estimant, conformŽment ˆ la loi anti-grve, "compŽtente pour prŽciser les modalitŽs d'application de la dŽclaration prŽalable d'intention de faire grve instituŽe par le lŽgislateur, dŽs lors que ces prŽcisions sont nŽcessaires pour assurer, en cas de grve, la continuitŽ du service public dont le lŽgislateur l'a chargŽ" (extrait du mŽmoire prŽsentŽ par la direction de la RATP, citŽ dans l'ordonnance du conseil d'Etat du 11 fŽvrier 2008), a le 7 janvier dernier mis en place un "plan de prŽvisibilitŽ des conflits" dans lequel il Žtait fait obligation sous peine de sanctions disciplinaires aux agents de la RATP de se dŽclarer grŽvistes au moins 48 heures avant le dŽbut ... du prŽavis de grve, dans le cas, prŽvu par le plan, o le prŽavis serait de 3 jours ou moins !

 

Premire observation :

c'est dŽjˆ une atteinte au droit de grve que d'exiger, comme le fait la loi d'aožt 2007, une dŽclaration individuelle prŽalable 48 heures avant le dŽbut de la grve. Mais introduite l'exigence d'une telle dŽclaration prŽalable 48 heure avant le prŽavis lui-mme, c'est clairement une volontŽ d'interdire toute grve, car les travailleurs ne sont pas toujours loin de lˆ au courant des prŽavis. Cela montre ˆ quoi doit servir la loi dans l'esprit des patrons et des directions d'entreprises publiques comme la RATP ou la SNCF.

 

Second fait remarquable :

un seul syndicat ˆ la RATP a jugŽ bon et d'alerter les agents et de faire un recours en rŽfŽrŽ contre cette disposition, car si elle est dans l'esprit de la loi il est tout de mme Žvident qu'elle n'est pas conforme ˆ sa lettre. Ce syndicat est en l'occurrence SUD-RATP.

 

Evidemment, son recours a abouti, mais partiellement : par une ordonnance du 11 fŽvrier, le conseil d'Etat a suspendu l'application du "plan" en tant que la mŽconnaissance de ses dispositions peut entra”ner des sanctions -on notera que ce que le conseil d'Etat a en effet prŽcisŽ que ce n'est qu'en raison de ce problme de sanctions disciplinaires qu'il fallait suspendre son application, et non en raison des compŽtences revendiquŽes par la direction de la RATP pour "prŽciser les modalitŽs d'application de la dŽclaration prŽalable d'intention" ...- et condamnŽ la RATP ˆ verser 1000 euros au syndicat plaignant pour les frais engagŽs.

 

En consŽquences, ce dernier vient d'exiger de la direction de la RATP qu'elle retire les formulaires qu'elle a commencŽ ˆ faire signer aux agents dans les attachements sur la dŽclaration prŽalable en cas de grve, qui reposent sur le "plan" du 7 janvier et qu'elle continue ˆ vouloir faire signer.

 

Troisime fait remarquable:

le silence gŽnŽral dans lequel cette information est tombŽe, seul un article du Monde titrant ainsi : Le Conseil d'Etat suspend l'obligation de dŽclaration prŽalable des grŽvistes. Ce titre et le contenu, fort confus, de l'article paru dans ce quotidien le mercredi 13 fŽvrier, laissent entendre que les choses sont bien plus favorables aux grŽvistes Žventuels qu'elles ne le sont en rŽalitŽ. Mme du strict point de vue juridique, nous avons vu que tout est loin de donner raison au syndicat plaignant dans l'ordonnance du Conseil d'Etat,lequel ne pouvait faire autrement, rŽpŽtons-le, que de casser ce que la direction de la RATP avait tentŽ d'instaurer.

 

Sur le fond, la requte en annulation de l'ensemble du plan qu'il a dŽposŽ n'a pas encore ŽtŽ examinŽe. Ce silence et ces fausses attŽnuations prtŽes ˆ ce qui se passe rŽellement ont une fonction : laisser croire aux militants que cette affaire n'est pas bien grave, que l'application de la loi anti-grve de l'ŽtŽ 2007 n'est qu'une menace encore lointaine, que les dispositifs prŽcis dans les rŽgions ferroviaires, ˆ la RATP, dans les zones de dessertes de car, ne sont pas en place. En rŽalitŽ ils le sont.

 

Comment pourrait-on croire qu'au moment o Sarkozy multiplie les agressions absolument dans toutes les directions son dispositif anti-grve pourrait tre "en veille" ? Tout se passe en fait comme si on voulait nous laisser dormir ˆ ce sujet au moment o les grves, justement, se multiplient dans les entreprises pour les salaires, contre les heures supÕ, contre les temps partiels imposŽs, etcÉ

 

Mais M. Darcos n'a-t-il pas relancŽ le dossier du soi-disant "service minimum" dans les Žcoles, collges et lycŽes, et annoncŽ une loi ?

 

Ce serait le devoir des syndicats et des organisations ouvrires que d'alerter et de faire campagne sur ce sujet, en relation avec la centralisation du combat contre toutes les attaques de Sarkozy. Ils ne le font pas. Que faire ? C'est ˆ l'ordre du jour de l'assemblŽe des membres et amis du Militant, le 8 mars.

* * * *

Information : les Žlections au CA de la SNCF.

 

Les Žlections des reprŽsentants du personnel au conseil d'administration de la SNCF ont eu lieu le 5 fŽvrier. Elles concernaient 174 139 travailleurs inscrits non seulement ˆ la SNCF mais dans les entreprises associŽes. La participation, en hausse, a ŽtŽ de 60,92% chez les ouvriers et de 65,21% chez les cadres. La CGT recule de 45,2% ˆ 42,5%, la CFDT de 16 ˆ 10%, SUD-Rail progresse de 13 ˆ 18,65%, l'UNSA de 11,9 ˆ 13,8% et FO de 6 ˆ 6,62%, CFTC et CGC sont stables avec respectivement 5,55 et 2,88% (la FGAAC, syndicat autonome au niveau des seuls conducteurs, ne se prŽsentait pas).

 

* * *

SolidaritŽ avec les grŽvistes et les syndicalistes kanaks !

Nous reproduisons ci-dessous un article de l'USTKE en date du jeudi 14 fŽvrier. L'USTKE est le premier syndicat kanak (http://www.ustke.org/syndicat/Actualites). La Kanakie ou Nouvelle-CalŽdonie, colonie franaise, est actuellement en grve gŽnŽralisŽe suite ˆ la grve chez Carsud, entreprise de transport liŽe au groupe VŽolia.

 

Depuis trois mois, un conflit social oppose l'USTKE ˆ la direction de Carsud, sociŽtŽ de transport en commun dont le groupŽ VŽolia est actionnaire majoritaire. Un conflit qui avait dŽgŽnŽrŽ, du fait des forces de l'ordre, occasionnant des affrontements violents entre ces derniers et les militants syndicaux de l'USTKE, faisant plus d'une soixantaine de blessŽs. S'en est suivi une situation digne des Pays totalitaires, avec des tabassages en sŽrie de nos camarades arrtŽs, maintien en dŽtention provisoire jusqu'au 22 fŽvrier, date de leur jugement au tribunal, de 15 d'entre eux,  arrestations musclŽes ˆ domicile ou sur la voie publique et chasse aux responsables de notre organisation dont le PrŽsident de l'USTKE. Celui-ci et quelques camarades entament aujourd'hui leur 3me semaine, retranchŽs dans les locaux de l'organisation. Un lieu tenu gardŽ 24h sur 24 par les militants tant la menace est forte d'une intervention des forces de l'ordre qui quadrillent le quartier de la VallŽe du Tir, o se trouve le sige de l'USTKE. Une pression incessante sur les responsables et militants de l'USTKE, dont le but affichŽ par l'Etat Franais mais aussi de la droite Sarkosyenne locale est incontestablement d'Žradiquer manu militari une organisation syndicale qui aujourd'hui, ˆ la veille des ŽchŽances Žlectorales capitales pour le Pays, dŽrange un consensus politique acolyte et malsain.


C'est en rŽponse ˆ toutes ces tentatives d'intimidation et ˆ la dŽsinformation titanesque des mŽdias officiels qu'une manifestation pacifique dans les rues de NoumŽa, avec nos responsables, nos militants, mais aussi les membres du nouveau collectif ont convergŽ vers le sige du syndicat ds 6 heures du matin le mercredi 13 fŽvrier dernier.

 

Le cortge, fort de 2000 personnes est parti de la VallŽe-du-Tir aux alentours de 9 heures. Les banderoles qui fleurissaient le long du cortge ont bien donnŽ le ton : Ç Carsud toujours en grve È ou encore Ç libŽrez nos camarades È. Dans la manifestation, des mres de familles, des pres de familles, quelques enfants, des hommes courageux, des femmes engagŽes, comme celle qui a pris le micro : Ç J'avais 4 ans quand je suis arrivŽe en CalŽdonie et aujourd'hui, j'ai 54 ans. Je suis nŽe ˆ OrlŽans, et lˆ j'ai honte d'tre franaise È. PerchŽe sur le camion de couleur rouge, cette femme a ŽvoquŽ sa dŽtermination durant son allocution. La marche s'est poursuivie jusqu'ˆ l'entrŽe du centre-ville dont l'accs avait ŽtŽ entravŽe par les forces de l'ordre. Le nombre et les moyens dŽmesurŽs dŽployŽs par les autoritŽs ne surprennent plus et n'intimident plus personne ˆ l'USTKE. Une nouvelle fois, dŽtermination et discipline dans nos rangs.

 

Le face-ˆ-face avec les forces de l'ordre a durŽ une bonne heure avec des Žchanges parfois houleux, entre la commissaire divisionnaire et le vice-prŽsident de l'organisation syndicale. Un climat tendu ˆ proximitŽ du Çrond point du Pacifique È au cours duquel la directrice de la sŽcuritŽ publique a rappelŽ, aux responsables de l'organisation, le caractre illŽgal de la manifestation et l'obligation de disloquer la foule prŽsente. C™tŽ syndicat, une fin de non recevoir est venue accueillir cette requte avec en prime la demande d'tre reu par le DŽlŽguŽ du Gouvernement en Kanaky. S'en sont suivis des tractations qui se sont soldŽes par le maintien de la manifestation face aux gardes mobiles. Une dŽlŽgation de six personnes a rencontrŽ directement le Haut Commissaire. Une rencontre fructueuse ne serait ce que pour les 2 heures qu'elle a durŽ.

 

Les pourparlers entre d'une part les dirigeants de l'organisation syndicale, les membres du Collectif  Ç Agir contre l'arbitraire È regroupant le CNDPA (Conseil National des Droits du Peuple Autochtone, le CAUGERN (ComitŽ autochtone pour la gestion des ressources Naturelles) RhŽb N, ComitŽ 150 ans aprs, Roch Wamytan (signataire des Accords de NoumŽa en tant que PrŽsident ˆ l'Žpoque du FLNKS) et d'autre part, Yves Dassonville, le reprŽsentant de l'ƒtat, ont permis d'obtenir qu'une commission d'enqute de France. Elle serait demandŽe par ce dernier afin de faire toute la lumire sur les violences policires et les poursuites judiciaires. Par ailleurs, le DŽlŽguŽ s'est engagŽ ˆ relancer de son c™tŽ les responsables du Groupe VŽolia pour que les nŽgociations reprennent avec l'USTKE. Il s'agit lˆ des principaux points de revendications du Syndicat qui ont obtenu gain de cause auprs du ReprŽsentant de l'Etat.


De retour, en fin de matinŽe de la rencontre au Haussariat, la dŽlŽgation a menŽ le cortge vers le rond-point du Pacifique, finalement foulŽe par les manifestants, avant de revenir par une autre voie au sige du syndicat ˆ la VallŽe-du-Tir. Meeting,  les prises de paroles des membres du Collectif ont ponctuŽ l'aprs-midi.

 

DŽterminŽs, engagŽs, les militants se mobiliseront prochainement devant le Tribunal afin de dŽnoncer, une fois encore, les violences policires qu'ont subit nos camarades aprs leurs interpellations et dŽnoncer le caractre colonial d'une justice dont les juges sont aux ordres de l'Etat Franais.

* * * * 

Ils sont en crise.

 

Oui, il n'y a pas un jour sans que Sarkozy n'annonce une nouvelle attaque contre les droits sociaux et dŽmocratiques. Pas un jour.

 

Cette semaine, il a terminŽ la trilogie de ses discours inauguraux contre la la•citŽ, voulant sans doute se livrer ˆ une sorte d'allŽgeance envers chacune des trois grandes religions monothŽistes et surtout envers leurs reprŽsentants supposŽs :

- il y eut la papautŽ et l'Etat du Vatican par son discours de chanoine du Latran ;

- il y eut la monarchie saoudienne, proclamŽe de fait par Sarkozy reprŽsentante des musulmans (ce qui fait mesurer l'hypocrisie de ceux qui nous disent : "il faut changer la loi de 1905 pour que l'islam en France soit financŽ plut™t par la France que par l'Arabie saoudite" !) ;  

-et il y eut, pour boucler la boucle, le CRIF (Conseil ReprŽsentatif des Institutions juives de France), qui ne reprŽsente pas les Franais de religion ou d'identitŽ juive, mais l'Etat d'Isra‘l.

A chaque fois, Sarkozy a l‰chŽ une salve contre la la•citŽ et contre la dŽmocratie.

 

Avec son discours au CRIF, il a beaucoup fait causer avec son ordre donnŽ aux enseignants d'organiser l'identification de chaque Žlve de CM2 avec un petit "juif franais" victime de la Shoah. Nous reproduisons ci-dessous deux rŽactions qui nous sont parvenues. L'une est d'un camarade prof en banlieue parisienne, l'autre d'une institutrice rurale.

 

Affirmer que la croyance en Dieu serait innocente dans les gŽnocides du XX¡ sicle est contraire aux faits les plus avŽrŽs. Que ce soit pour le gŽnocide dont les Juifs ont ŽtŽ victimes, l'antisŽmitisme nazi Žtant certes diffŽrent de l'antijuda•sme chrŽtien, mais Žtant aussi inconcevable sans lui. Ou que ce soit pour celui, plus rŽcent, des Tutsis du Ruanda, commis avec la participation active et militante du clergŽ catholique, ainsi d'ailleurs que des "services" de la RŽpublique franaise.

 

Mais au delˆ de cette ignorance crasse ˆ laquelle le prŽsident nous a dŽjˆ habituŽs, il est ˆ remarquer que cette histoire morbide d'identification de chaque petit enfant avec un enfant martyr reproduit ce qui se faisait chez les Frres des Žcoles chrŽtiennes : le petit martyr auquel chaque Žlve Žtait invitŽ ˆ s'identifier joyeusement n'Žtait alors autre que le petit JŽsus.

Est-ce cela que, consciemment ou inconsciemment, Sarkozy a en vue ?

 

Probablement, puisqu'il a aussi expliquŽ qu'il faut que "nos enfants aient le droit de rencontrer ˆ un moment de leur formation humaine et intellectuelle des religieux engagŽs qui les ouvrent ˆ la spiritualitŽ." En clair, si c'est lˆ un "droit" alors l'Etat et l'Žcole doivent le respecter et donc leur mission est de la satisfaire ; bref il faut que l'Žcole publique fasse en sorte que les enfants rencontrent des religieux (c'est dŽjˆ en partie le cas avec la loi DebrŽ de 1959 qui permet aux aum™neries d'exister dans les Žtablissements d'enseignement public du second degrŽ, et en Alsace-Moselle). En plus, puisque le prŽsident de la V¡ RŽpublique dit aussi, dans le mme discours, que le curŽ, le rabbin et l'imam "tŽmoigne d'une transcendance dont la crŽdibilitŽ est d'autant plus forte qu'elle se dŽcline dans une certaine radicalitŽ de vie." En toute logique, si son discours a un sens, il est ici prŽcisŽ que l'Žcole publique doit mettre les enfants face ˆ des religieux professionnels connus pour leur "radicalitŽ" !

Vous en redemandez ?

 

En voila : le lendemain ˆ PŽrigueux, avec son ministre Darcos, Sarkozy l'a jouŽe cette fois-ci "rŽpublicaine". La jouer rŽpublicaine, a consiste ˆ faire l'Žloge du tableau noir, de l'instituteur d'antan, des encriers, et, menton propulsŽ vers le haut, ˆ proclamer sur un ton martial que quand l'enfant entend la Marseillaise, l'enfant doit se lever illico (sinon, un coup de baguette sur les doigts ? ). Ce genre de dŽclamation est sans doute, dans l'esprit du pitoyable Bonaparte installŽ ˆ l'ElysŽe, censŽ ratisser large et drainer le la•que supposŽ bleu horizon aprs avoir lŽchŽ le drapeau blanc du cureton.

 

Pour les vrais rŽpublicains, dont la couleur est le seul rouge, ce dŽgoulinement de bleu sur blanc n'a rien de rassurant.

 

A PŽrigueux Sarkozy a annoncŽ une rŽforme de l'Žcole primaire avec les volets suivants :

- "deux heures rien que pour les Žlves en difficultŽ", deux heures qui seront en fait obtenues par la suppression des heures de cours correspondant aux samedi matin pour tous les enfants, "en difficultŽ" ou pas (mais l'acceptation de cette suppression par les syndicats UNSA et SGEN-CFDT, le SNUIPP-FSU dŽplorant seulement quant ˆ lui le manque de nŽgociation ˆ ce sujet, n'a-t-il pas ouvert la route ˆ cette opŽration ?)

- chaque Žcole serait "ŽvaluŽe", on ne sait pas comment, et leurs enseignants inspectŽs chaque annŽe ;

- les programmes seraient -encore ! - "recentrŽs sur la lecture et le calcul" - a c'est un grand classique dŽjˆ un peu ŽventŽ, censŽ satisfaire les la•ques bleu horizon, peut-tre ;

- et enfin, aboutissement, synthse en pŽroraison et Žpectase finale du discours qu'il lisait ce jour lˆ, la morale sera remise ˆ l'honneur, la mo-ra-le ma p'tite dame -et ici s'insre le couplet associant la Marseillaise et de la mortification de chaque enfant appelŽ ˆ s'identifier ˆ un petit "juif franais".

 

Scne d'anthologie certainement : Darcos au garde-ˆ-vous Žtait censŽ symboliser, peut-on supposer, la figure Žternelle de l'instituteur bleu horizon devant son supŽrieur. Ainsi, dans le terrain trouble de la "morale", nous apprenions en somme qu'aprs avoir "rencontrŽ"' un curŽ, un rabbin ou un imam choisis qui plus est dans les espces qui brille le plus par leur "radicalitŽ", l'Žlve de l'Žcole publique sarkozienne de demain (la rentrŽe prochaine ?) devrait en plus se lever pour chanter le sang impur abreuvant les sillons. Comme en aožt quatorze !

 

Qu'il soit permis de vomir ˆ toutes celles et tous ceux qui veulent respecter la conscience libre en formation dans l'Žlve.

 

Mais constatons aussi que pendant que Franois Hollande trouvait moyen de dire que cette histoire de totems martyrs ˆ inculquer aux enfants Žtait une "bonne idŽe", c'est Simone Weil qui a envoyŽ le coup de pied de l'‰ne au prŽsident, cassant net le tintamarre qu'ˆ sa grande satisfaction, se disant sans doute "j'ai repris la main" en se frottant les siennes, il avait dŽclenchŽ.

 

C'est que la consternation grandit dans les sphres de l'Etat lui-mme, dans les milieux politiques et intellectuels de la bourgeoisie franaise, et dans les cercles du capital financier qui soutiennent toutes les "rŽformes" de Sarkozy mais qui voient bien que l'essentiel du "travail" n'est pas fait et que, pendant que monte la crise Žconomique et l'incertitude politique ˆ Washington, l'hystŽrie prŽsidentielle franaise est en train de creuser un gouffre sous les pieds du pouvoir exŽcutif. Le pays profond veut des hausses de salaires et la la•citŽ et vomit de plus en plus le barnum du sommet de l'Etat.

 

Dans ce contexte, l'initiative portŽe par le journal Marianne, qui s'est toujours dŽfini comme "organe de l'extrme centre", c'est-ˆ-dire chercheur d'idŽes et de trucs pour attŽnuer la lutte des classes, doit tre prise comme un indice trs rŽvŽlateur de l'angoisse des cercles dirigeants. Un appel ˆ la "vigilance rŽpublicaine" contre Sarkozy, accusŽ ˆ mots ˆ peine couverts de flirter avec la restauration monarchique, dŽfendant la "la•citŽ" entendue par eux comme "gage de la paix civile" (et non pas de l'Žmancipation par l'autonomie des consciences), la libertŽ de la presse et la politique Žtrangre de la France conduite "depuis cinquante ans" : en clair, c'est un appel ˆ sauver et restaurer la V¡ RŽpublique contre celui qui se prŽsente comme son sauveur et restaurateur, son prŽsident actuel. Les courants chiraquiens et gaullistes de l'UMP et de l'appareil d'Etat y sont reprŽsentŽs par De Villepin, l'homme du Contrat Premire Embauche, un ancien chef de cabinet de De Gaulle, Pierre Lefranc, et Nicolas Dupont-Aignan, il y a Jean-Pierre Chevnement, et Franois Bayrou, No‘l Mamre, et aussi SŽgolne Royal, Arnaud Montebourg, et les dŽputŽs PCF ou apparentŽs AndrŽ GŽrin et Jean-Pierre Brard. On a presque lˆ le dessin d'un futur gouvernement de salut public ˆ constituer si Sarkozy devait fuir l'ElysŽe en catastrophe sous les clameurs populaires et demander l'asile, non plus en AmŽrique latine comme cela se serait fait ˆ une Žpoque, mais peut-tre en Floride ou au Texas ...

 

A la hauteur de ces m‰les roulements de tambours, Fillon et les "sarkozystes" montent au crŽneau pour dŽnoncer rien moins que les "ennemis de la dŽmocratie" souponnŽs de vouloir renverser l'Žlu d'un certain 6 mai 2007, il a seulement 7 mois ! Sans doute s'Žtonnent-ils eux-mmes d'en tre arrivŽs lˆ et se surprennent-ils de leur propre fŽbrilitŽ.

 

Car il y a quelque chose d'irrŽel dans ce spectacle. La majoritŽ, le monde du travail, est au coeur de leur peur et de leur fŽbrilitŽ. Pourtant, il ne se manifeste pas de manire centralisŽe, parce que ses propres organisations Žvitent cette centralisation contre Sarkozy, et parce qu'il n'y a pas d'opposition de gauche, comme Hollande vient encore de le montrer par sa partition pitoyable au milieu du concert sur les enfants totems martyrs. Il est donc d'autant plus important de comprendre pourquoi ils miment la crise, jouent ˆ se faire peur et se comportent comme ceux que Jupiter rend fous quand il veut les perdre. Sarkozy devait aller vite, et de plus en plus au fur et ˆ mesure que la crise Žconomique fondamentale qui s'annonce arrive. Il va vite, mais il pŽdale. Ils ont tous peur de notre puissance ˆ nous, le monde du travail.

 

Alors la question n'est pas de les regarder s'agiter, mais de donner le coup de pied salutaire. Que ce soit pour les salaires, pour les retraites, pour la la•citŽ, pour la fonction publique, pour les sans-papiers, oui, il serait salutaire de centraliser le combat contre Sarkozy, de prŽparer la grve tous ensemble pour monter ˆ Paris et ce faisant de s'organiser pour une reprŽsentation politique rŽelle et fidle du monde du travail.

* * * *

Billets sur Sarkozy et la la•citŽ de Franois Paillares, prof en banlieue parisienne :

 

ƒlucubrations obscnes et manipulations macabres

 

Notre Groland-prŽsident vient de sortir sa dernire saloperie. Aprs " ma petite maman, mon petit papa.. etc " (lettre de Guy M™quet) , la confusion entre islam et arabe en AlgŽrie, le gadget de " l'Union MŽditerranŽenne ", re-gadget de l'exploration de "la plante Mars" en Guyane, la "supŽrioritŽ du curŽ sur l'instituteur" devant Beno”t XVI, etc, etc... ˆ prŽsent les instituteurs et les enfants sont sommŽs de parrainer un des gamins exterminŽs par les nazis et... conduits dans les trains par les gendarmes franais !

 

On continue dans l'embrigadement de la jeunesse en jouant sur le chantage pathŽtique en lieu et place de l'enseignement rationnel et scientifique de l'Histoire (Ç le sommeil de la raison engendre des monstres È  remarquait Goya). C'est dŽgueulasse ! D'autant plus dŽgueulasse que les gendarmes et les flics de notre Groland-prŽsident effectuent tous les jours des rafles contre les enfants Žtrangers et les tziganes. Comme le disait Goebbels, plus le mensonge est gros, mieux il passe !

 

Et chacun va y aller de "SA " commŽmoration, de "SON" devoir de mŽmoire (Pauvre Primo LŽvi !) Pourquoi les enfants juifs ? Pourquoi oublier les tziganes et les gitans ? Pourquoi oublier les slaves (polonais, russes, ukrainiens) ? Pourquoi oublier les enfants armŽniens ? Pourquoi oublier les enfants africains dŽportŽs et massacrŽs par les nŽgriers au temps de l'esclavage ? Pourquoi oublier les enfants palestiniens ? Pourquoi oublier les enfants algŽriens, malgaches et indochinois massacrŽs par le colonialisme franais ? É

 

Ce type parfaitement inculte et ignorant (cf. sa rŽplique "d'expert en histoire" sur la monarchie qui, d'aprs lui, ne pourrait tre qu'hŽrŽditaire !), invente ˆ prŽsent des religions de contes de fŽe, dignes du monde de Disney ! "Pacifiques" les religions ? Que dire de l'Inquisition, de Torquemada, de Luther, de Calvin, de Mahomet ? On nous dira que tout a est loin ; Salman Rushdie, Taslima Nasreen : lapidations, mutilations... toujours contemporain, hŽlas ! Que dire du franquisme, que dire des aum™niers argentins bŽnissant les corps torturŽs l‰chŽs des avions (...pas trs lointain, entre 1976 et 1983 !) au nom de notre Sainte Mre l'Eglise Catholique Apostolique et Romaine? Que dire de la bŽnŽdiction de Pinochet par les Žvques et le Pape... Passons....

 

Quant ˆ la rŽfŽrence au stalinisme, c'Žtait une forme de religion d'Etat qui d'ailleurs s'accommodait fort bien des religions. L'Eglise orthodoxe russe a constamment collaborŽ (plus ou moins Žtroitement) avec Staline et ses successeurs. En Pologne, mme les Žvques et les cardinaux servaient de mouchards ˆ la police politique.

 

Quant ˆ Hitler (mais aussi Mussolini, Franco, Salazar), les Eglises (catholique ou protestante) l'on constamment soutenu ˆ quelques bŽmols prs (cf. le r™le de Pie XI et du futur Pie XII, nonce apostolique en Allemagne) Enfin, un des principaux partis qui permirent l'accession de Hitler ne fut autre que le Zentrum (parti national catholique) Tiens ! Le pre de l'actuel pape Žtait un militant du Zentrum !

 

Le pire c'est que ce type de dŽclaration risque de provoquer un antisŽmitisme et un racisme latent qui n'attend qu'ˆ se manifester chez les cons.

 

Cette provocation obscne doit tre jugŽe pour ce qu'elle est : un tour d'illusionniste, spŽcialitŽ des apprentis fŸhrers ou caudillos. Sortir des provocations pour occulter les problmes qui f‰chent, dŽtourner l'attention. De fait tenter de crŽer des diversions, de faux dŽbats parfaitement pourris.

 

Il est intŽressant de voir que le prŽsident du CRIF, Richard PRASQUIER (qui avait d'ailleurs invitŽ la reprŽsentante de l'OLP), "ne s'est pas fait avoir" (contrairement ˆ Colombani et Royale) par ce numŽro de bateleur nausŽeux. "Dans son discours introductif, le prŽsident du CRIF, Richard Prasquier, "juif sŽculier", avait tenu ˆ rappeler l'attachement des juifs ˆ la loi de 1905 qui leur apporta  Ç  une neutralitŽ bienveillante È. Dans une critique implicite ˆ Ç  l'apport civilisateur È  des religions dŽfendu par M. Sarkozy, M. Prasquier avait affirmŽ : "J'ai trop de respect pour ceux des Justes qui Žtaient des athŽes pour croire que les religions sont la seule barrire contre le mal. Elles peuvent tre meurtrires quand elles prŽtendent imposer une vŽritŽ absolue. L'homme ne dŽtient qu'une vŽritŽ partielle. C'est le message de la tradition juive ; c'est aussi le message des Lumires."

[ Le Monde, 15 ou 14 fŽvrier 2008].

 

Dernires rŽflexions : faire porter ˆ une enfant le poids d'un enfant mort tout ˆ fait rŽpugnant et malsain. C'est bien une idŽe de cul-bŽni ou de crypto-fasciste. Enfin les professeurs, les instituteurs n'ont pas attendu ce sinistre sire pour parler de l'extermination des juifs d'Europe : "Nuit et brouillard" (censurŽ au dŽbut, afin de cacher la prŽsence des flics franais),  Ç Le journal d'Anne Franck È,  Ç L'ami retrouvŽ È ... Visiblement ce gus n'a jamais ŽtŽ ˆ l'Žcole ? ! J'Žtais en 6 me en 1958 quand on nous passait "Nuit et Brouillard". Dans les lycŽes, les Žcoles les collges, il y a depuis des annŽes des visites de dŽportŽs, des concours de la RŽsistance etc...

 

On est en train de nous dire que les professeurs les instituteurs n'auraient jamais parlŽ de cette question. C'est totalement mensonger et fallacieux !

 

Quant ˆ la religion, tous les programmes de franais, de langue, d'histoire, de sciences naturelles, abordaient et abordent la question. En vrac : l'indŽpendance (et la partition) de l'Inde, les Balkans, Pascal, les guerres de religion, Chateaubriand, le Darwinisme, la RŽforme, l'Islam, l'iconographie religieuse. etc...

Pour qui nous prennent les journalistes et cet imbŽcile ?

 

Billets sur Sarkozy et la la•citŽ d'une institutrice rurale :

 

Depuis hier et l'annonce de Sarkozy d'associer un enfant de 10 ans ˆ un enfant mort me rŽvolte et m'angoisse.

 

Cela fait 15 ans que j'enseigne en CM2... La Shoah et d'autres moments de l'histoire (guerre de religion surtout ici en CŽvennes, guerre de 14 et ses poilus...) sont difficiles ˆ enseigner car les enfants n'ont pas encore assez de connaissances, forcŽment, et sont trop Žmotifs.

 

En veillant au vocabulaire utilisŽ et aux documents prŽsentŽs, il y en a toujours qui pleurent. Et certains parents ne le supportent pas.

 

J'ai une Žlve de CM1 qui a perdu sa mre et son grand-pre dans l'annŽe, qui est incapable de gŽrer son deuil, et ˆ la rentrŽe, je devrai la charger d'un nouveau poids !!

 

De plus, je n'ai pas fait d'Žtudes en histoire, mon niveau est insuffisant. Serai-je, moi, capable de supporter Žmotionnellement qu'une vingtaine d'enfants morts de faon atroce, dont je devrais apprendre la vie et la souffrance, "revivent" dans ma classe ? On m'offrira une thŽrapie ???

 

D'autre part, je viens d'apprendre que pour le moment les seuls documents qui existent sur la vie de ces enfants dans les camps sont ceux de Mr Klarsfeld pre !!!!

 

Royal et Hollande ont approuvŽ cette dŽmarche, sont-ils aussi fous ?

Tout est improvisŽ. Peut-tre pas tant que a aprs tout...

Pendant ce temps on ne parle pas du nouvel arrangement horaire qu'on va imposer aux Žcoles primaires. 12 jours en moins d'enseignement pour les Žlves "normaux".

Il restera 24h par semaine, et sur ces 24h, on devra ajouter 2h d'EPS... (1 de Darcos et 1 de Laporte).

 

Aujourd'hui, peut-tre, va-t-on en entendre parler ? Ainsi que de la rŽforme de la grammaire, mais lˆ je suis pour, a devenait trop compliquŽ et embrouillŽ. Comment rŽagit le milieu des journalistes face ˆ ces fusŽes, comme le disait hier soir Bayrou ?

 

J'ai l'impression de ne vraiment pas comprendre : la dŽclaration ˆ l'Žtat civil possible pour les foetus, la possibilitŽ de reconna”tre "des" Žglises...

Il y a des gens contents de a ???

 

Billets sur Sarkozy et la la•citŽ de Jean-Franois Chalot :

 

Une premire leon de morale ˆ proposer ˆ des Cours moyens.

 

Le prŽsident