Lettre de liaison nĦ18 du 30 mars 2008
Le courage, c'est de chercher la vŽritŽ et de la dire. Jean Jaurs.

ComitŽ de rŽdaction Žlu ˆ l'assemblŽe gŽnŽrale de Militant le 8 mars 2008 : Christian BARLO (83) Sylvie BONNIN (03) Olivier BOUCHARD (75) Jean-Franois CHALOT (77) Dominique CORNET (75) Raymond DEBORD (75) Olivier DELBEKE (94) Paul ERNST (94) Franois FERRETTE (61) StŽphane FUSTEC (75) Franck MARSAL (94) Claude MONNIER (91) Houaria MOUALEK (75) Vincent PRESUMEY (03) Franoise RIOU (75) Ouarda YAHI (75) Kamel ZORGUI (95)

 

Pour soutenir et Žlargir la diffusion de Militant-la Lettre de liaison :

Fa”tes circuler notre bulletin !

Abonnez-vous ˆ notre liste de diffusion : e-MILITANT_LIAISON-subscribe@yahoogroupes.fr

Visitez notre site Web : http://www.le-militant.org/

 

 

Sommaire :

- Maintenant, pas question d'attendre 2012 !

- La citation du jour : Rosa Luxembourg.

- Tribune parue dans le Monde : Pour une gauche digne de ce nom. Eric Coquerel, Marc Dolez, Claude Debons, Roger Martelli, Franois Labroille, Christian Piquet.

- Interrogations, par VP.

- Manifestation nationale le 5 avril 2008 contre la xŽnophobie d'Etat.

- Document : aide aux Žcoles catholiques en banlieue, article de Mathilde Mathieu sur MŽdiapart.

- Pas de troupes franaises en Afghanistan ... et en Irak !

- Trois petits mots sur le Tibet.

- NĦ12 du Militant disponible, affiches et autocollants droit de grve : devenez correspondants-diffuseurs !

* * *

 

Maintenant, pas question d'attendre 2012 !

 

DŽblinblinguisation ?

Suite aux municipales et mme dŽs avant, le prŽsident Sarkozy a commencŽ, para”t-il, une cure de "dŽblinblinguisation" pour restaurer son autoritŽ, c'est-ˆ-dire garantir son efficacitŽ ˆ faire passer "les rŽformes" pour lesquelles le capital l'a mandatŽ : achever la casse des rŽgimes de retraite par rŽpartition, du service public, du code du travail, battre la classe ouvrire franaise. Pour eux, il y a urgence.

 

Urgence.

Il y a urgence, car la crise financire maintenant les taraude plus que jamais.

C'est ˆ prŽsent une chose connue et reconnue : les mmes mŽdias, experts et analystes qui, pendant des mois, nous ont expliquŽ que la crise des subprimes Žtait un accident malheureux dž ˆ de mauvais payeurs, ou ˆ la rigueur ˆ des prŽteurs vŽreux, outre-Atlantique, et puis c'est tout Madame la marquise, les mmes considrent tous maintenant comme une chose entendue que nous entrons dans la rŽcession et que la crise actuelle est la plus grave depuis "1945" comme l'ont dit en choeur Ben Bernanke (ancien patron de la Fed, la banque fŽdŽrale nord-amŽricaine), Georges Soros (spŽculateur de haut vol) et plein d'autres.

Autant dire depuis 1929.

 

Notons que tous ces commentateurs qui ont bluffŽ pendant des mois n'ont pas donnŽ plus d'explications sur leur revirement. Celui-ci est pourtant spectaculaire : en effet, depuis les 25-26 mars, les bourses ont rebondi suite ˆ des injections ˆ nouveau sans prŽcŽdent de liquiditŽs par les banques centrales et ˆ une baisse Žnorme des taux d'intŽrts US, le dollar est mme remontŽ, faisant flŽchir le pŽtrole et l'or, qui Žtait en train de retrouver son r™le historique de reprŽsentant ultime de la valeur, signe manifeste de l'ampleur de la crise. HŽ bien, malgrŽ ces quelques jours de "reprise", les augures et les pindares des marchŽs financiers n'ont, cette fois-ci, pas remisŽ leur pessimisme. Ils nous promettent, textuel, "du sang, de la sueur et des larmes" (Philippe Dessertine, directeur de l'Institut de la Haute Finance dans le Figaro du 21 mars dernier).

Il y a urgence, car la France a ŽtŽ le maillon faible de l'Union EuropŽenne capitaliste et doit cesser de l'tre sous peine ... qu'il en apparaisse d'autres !

 

En finir une fois pour toutes avec la rŽsistance du salariat franais devient une nŽcessitŽ absolue quand les luttes pour les salaires en Allemagne "relancent l'inflation", comme disent les Žconomistes, c'est-ˆ-dire arrachent effectivement quelques rŽsultats ; quand les peuples d'Espagne rŽŽlisent le PSOE non pour sa politique, mais contre l'offensive de l'Eglise et des patrons ; quand la tension sociale en Grce prend la forme dĠun refus massif, par la grve gŽnŽrale, de la casse des retraites et dĠune vie chre ; et surtout quand les ouvriers roumains de Renault partent en grve illimitŽe pour exiger 60% d'augmentation !

 

Tension.

N'est pas Thatcher qui veut.

Sarkozy a pourtant rŽussi ˆ casser les rŽgimes de retraite dits spŽciaux des cheminots, Žlectriciens, gaziers, traminots ... cet automne, uniquement parce que Bernard Thibault le jour o les cheminots entraient en grve reconductible annonait l'acceptation de nŽgocier l'application de la "rŽforme".

 

Il a pourtant rŽussi ˆ marcher sur le suffrage universel en faisant adopter par le Parlement rŽuni en congrs le 4 fŽvrier dernier l'Žquivalent du "TraitŽ Constitutionnel EuropŽen" repoussŽ au rŽfŽrendum de 2005, uniquement parce qu'il a ŽtŽ aidŽ par la majoritŽ des dŽputŽs et sŽnateurs PS pourtant Žlus contre lui en juin 2007.

 

Il a pourtant rŽussi ˆ faire signer par les confŽdŽrations syndicales un accord dit de "modernisation du marchŽ du travail" pour entamer la destruction du Contrat de travail ˆ DurŽe IndŽterminŽe, uniquement parce que, la CGT ayant lŽgitimŽ la "nŽgociation" en y participant, mais ayant finalement, et heureusement, refusŽ de signer, Jean-Claude Mailly pour FO a dŽcidŽ de signer sans avoir consultŽ ses instances, mais en ayant consultŽ Sarkozy, et de ne pas laisser seule la CFDT. Sur cette base, ce texte est maintenant prŽsentŽ tel quel au Parlement et les mmes dŽputŽs et sŽnateurs PS qui avaient aidŽ Sarkozy le 4 fŽvrier voudraient le voter la main dans la main avec l'UMP !

 

MalgrŽ tout cela, Sarkozy ne s'est pas renforcŽ, au contraire, le rejet total de sa politique par la sociŽtŽ, par le monde du travail, bien qu'empchŽ de s'exprimer centralement, pse de manire dŽcisive au point de nourrir le plus grande morositŽ des sommets du pouvoir :

"Nous sommes condamnŽs ˆ faire le gros dos devant les mouvement sociaux." "C'est une situation qu'on n'a pas connue depuis les annŽes 30. Il est possible que le monde connaisse une guerre Žconomique, monŽtaire et sociale." "C'est fichu, il est impossible de sortir du carcan europŽen. Il n'y a pas de levier monŽtaire, plus de levier fiscal, plus de levier budgŽtaire." "Il va nous falloir gŽrer une inflation plus forte, alors que les salaires progressent peu. Ce qui nous attend est terrible." Voila ce que disent les conseillers de l'ElysŽe qui le font savoir au Canard Encha”nŽ (26 mars).

 

Ceci dit, attention. Ils n'ont pas, en vŽritŽ, l'intention de "faire le gros dos", au contraire ils n'ont d'autre choix que d'essayer d'en dŽcoudre. Affirmant de manire ouvertement provocatrice que le message des Žlections municipales et cantonales serait qu'ils doivent accŽlŽrer leurs "rŽformes", ils prŽparent, pour maintenant, l'artillerie lourde :

- la RGPP (rŽvision gŽnŽrale des politiques publiques) donne le cadre de la destruction de la fonction publique, pour liquider les services publics. Une loi en prŽparation envisage l'unification des trois fonctions publiques (d'Etat, territoriale et hospitalire) et des dispositions de "mobilitŽ" qui introduisent une forme de licenciement "Žconomique" des fonctionnaires.

- la mise en oeuvre, comme prŽvu et annoncŽ, de la loi Fillon contre les retraites avec le passage prochain ˆ 41 annuitŽs pour tous.

- la destruction du code du travail par l'accŽlŽration des amorces faites dans l'accord sur la "modernisation du marchŽ du travail" signŽ par Mailly puis par ChŽrque.

 

Une vŽritable pluie d'heures supplŽmentaires s'abat dans nombre d'entreprises ainsi que dans l'Education nationale, o l'on a parfois ˆ la fois plus d'heures et moins de postes !

 

L'individualisation des salaires et des carrires est ˆ l'ordre du jour partout ; c'est ainsi que les "augmentations individualisŽes" mises en avant par la direction du groupe l'OrŽal et contre lesquelles les salariŽs du groupe cosmŽtique ont fait grve ˆ 80%, ressemblent furieusement ˆ la "progression au mŽrite" que le gouvernement veut instaurer ˆ l'encontre des fonctionnaires.

 

Les chiffres du Ministre du Travail sont toujours dŽcalŽs, l'on n'a donc pas de chiffrage de la vague de grves en cours dans les entreprises de la mŽtallurgie, du plastique, de la cosmŽtique, du b‰timent, dans le tertiaire, vague dont la figure emblŽmatique est devenue celle de la caissire de supermarchŽ ˆ temps partiel, mais l'on peut sans crainte se risquer ˆ une Žvaluation : c'est la plus grande vague de grve dans les entreprises qui se soit produite en France depuis au moins 1994-1995 et probablement depuis les annŽes 1970. Surtout que les chiffres officiels n'incluent jamais les dŽbrayages sporadiques, les mouvements spontanŽs sans syndicat comme dans ce magasin Habitat o soudain 18 employŽs ont cessŽ le travail par ras-le-bol, les pŽtitions et les incidents isolŽs.

 

Sur ce fond gŽnŽral, s'ajoutent de plus en plus les signes d'une nouvelle vague de dŽlocalisations industrielles, voire de liquidations pures et simples d'usines, qui commencent ˆ provoquer des luttes ˆ la fois beaucoup plus difficiles et beaucoup plus dures encore que les luttes pour les salaires.

 

RŽgions et communes.

Mais la pression des marchŽs financiers sur Sarkozy et son gouvernement pour qu'ils accŽlrent "les rŽformes" ne s'exerce pas que sur eux. Les Žlections rŽgionales de 2004 et les rŽcentes Žlections municipales et cantonales ont donnŽ le "pouvoir local" au PS, escortŽ du PCF et de divers Žlus "de gauche", dans la majoritŽ des collectivitŽs locales.

 

C'est l'opposition populaire aux politiques du pouvoir central qui leur a donnŽ ces postes, mais contre cela presque tous pratiquent la "cohabitation locale", selon la formule employŽe par Franois Hollande ˆ la veille du rŽcent scrutin. Ce qui veut dire que presque tous sont compltement "impliquŽs" dans des politiques qui relaie l'action gouvernementale, mettent Žventuellement des sparadraps lˆ o a fait mal, et surtout subventionnent directement ou indirectement "le monde des entreprises" par le biais des finances locales. Maintenant, il leur est demandŽ plus : quand le ministre du Budget Eric Woerth accuse les collectivitŽs locales d'tre responsables des dŽficits publics -il pourrait difficilement en tre autrement compte tenu des transferts opŽrŽs dans le cadre de la dŽcentralisation-, la gauche fait semblant de s'indigner mais en rŽalitŽ le sens de ses dŽclarations consiste dans une injonction faite aux lobbys locaux, dŽpartementaux et rŽgionaux d'obtempŽrer, de mettre en musique la politique du gouvernement, dont ils sont le relais dŽcisif, en particulier contre les services publics.

 

Par ce biais les appareils politiques "de gauche", y compris au niveau local, sont intŽgrŽs au dispositif de l'Etat et associŽs aux Chambres de commerce et d'industrie du patronat. C'est sur cette base qu'ils voudraient que nous attendions 2012 avec ˆ la clef un magnifique choix biaisŽ entre Royal, DelanoŽ et Aubry, sans parler de l'Žventuel retour du patron du Fonds MonŽtaire International Straus-Kahn ! DŽrision totale ...

 

Glamour !

Depuis plusieurs semaines avant les municipales, des voix nombreuses s'Žlevaient pour protester contre le comportement de Sarkozy jugŽ "peu digne d'un prŽsident". Il pouvait sembler que c'Žtait lˆ une forme d'opposition. Nous Žtions en rŽalitŽ dans le registre du conseil au prince : "prince, comporte toi bien, soit gaullien, car la colre gronde et tu dois tre respectŽ !" Etre une "opposition" officielle chargŽe de mettre en oeuvre au niveau local la politique de Sarkozy en faisant en sorte que le bon peuple attende 2012, de faon ˆ ce que l'essentiel du sale travail soit fait d'ici lˆ, demande en effet ˆ avoir quand mme un chef de l'exŽcutif fort et respectŽ. Si celui-ci ne l'est pas, ce n'est pas en raison de son "comportement", mais du rapport de force social global entre les classes. Suite aux municipales, la cure de "dŽblinblinguisation" a donc commencŽ, les mmes commentateurs "de gauche" qui s'Žtaient affolŽs de la dŽrive "bling-bling" saluant les "efforts" faits par le prŽsident.

 

Le voyage en Angleterre du petit Bonaparte devait couronner l'opŽration. En soi, se trouver obligŽ, pour restaurer la fonction prŽsidentielle franaise (d'essence monarchique) dans sa prŽtendue "dignitŽ", d'aller faire la rŽvŽrence ˆ la couine, quelle farce de l'histoire ! A l'unisson, les mŽdias franais ne nous ont donc plus parlŽ que des robes de Carla et des mouvements de sourcils de la couine, jugŽs de bon ou de mauvais augure pour le couple princier en pleine promotion. Tous ceux qui avaient fini par crier avec le choeur que "bling-bling" c'Žtait trop faisaient soudain dans le mode "glamour" ! Cette chute grotesque de l'indignation anti-bling-bling en mascarade glamour rŽvle les moteurs profonds du bonapartisme franais et son usure absolue : la vraie dŽmocratie, ce n'est pas rendre Nicolas digne de sa fonction, c'est le dŽfaire sur le terrain de l'affrontement social pour le chasser et Žliminer une bonne fois pour toutes la fonction, prŽsidentielle, bonapartiste ou monarchique, de l'exŽcutif d'Etat qu'il reprŽsente aujourd'hui.

 

Regroupement.

Contre le prŽsident, le gouvernement et le rŽgime, "un clash politique et une confrontation sociale majeure se profilent", comme l'Žcrivent Eric Coquerel, Claude Debons, Marc Dolez, Franois Labrouille, Roger Martelli et Christian Piquet dans la tribune au Monde que nous reproduisons ci-dessous. Depuis trois mois, les forces qui ont portŽ les grandes luttes de 1995, 2003 et 2006 -fonctionnaires, cheminots, jeunes- attendent l'arme aux pieds, ne rŽpondant pas aux journŽes d'action syndicales nationales parachutŽes, mais ils observent la vague de grves dans les entreprises. Depuis les municipales en gros, la jeunesse et les enseignants en rŽgion parisienne commencent ˆ remonter au combat.

 

En premier ligne, la jeunesse ouvrire, avec les couches dŽclassŽes et les risques de provocations qui l'accompagnent souvent ; la jeunesse ouvrire, toujours dressŽe contre la liquidation d'une annŽe d'enseignement dans les lycŽes professionnels et agricoles au nom de la "rŽforme du Bac pro" dont le cadre est donnŽ, il faut le savoir, par l'accord signŽ le 18 dŽcembre dernier par le ministre avec le principal syndical des professeurs de lycŽes professionnels, le SNETAA, accord qui menace l'existence mme du syndicat comme syndicat en cherchant ˆ en faire la police du ministre.

 

Retraites, postes, service publics, salaires, Bacs pros, n'est-ce pas tous ensemble qu'il faut y aller, dans les prochaines semaines ?

Ce gouvernement affaibli prŽtend nous frapper, n'est-ce pas tous ensemble qu'il faut le briser ?

* * * *

 

La citation du jour.

 

 

 

"Cependant le mouvement dans son ensemble ne s'oriente pas uniquement dans le sens d'un passage de l'Žconomique au politique, mais aussi dans le sens inverse. Chacune des grandes actions de masse politiques se transforme, aprs avoir atteint son apogŽe, en une foule de grves Žconomiques. Ceci ne vaut pas seulement pour chacune des grandes grves, mais aussi pour la rŽvolution dans son ensemble. Lorsque la lutte politique s'Žtend, se clarifie et s'intensifie, non seulement la lutte revendicative ne dispara”t pas mais elle s'Žtend, s'organise, et s'intensifie paralllement. Il y a interaction complte entre les deux.

 

Chaque nouvel Žlan et chaque nouvelle victoire de la lutte politique donnent une impulsion puissante ˆ la lutte Žconomique en Žlargissant ses possibilitŽs d'action extŽrieure et en donnant aux ouvriers une nouvelle impulsion pour amŽliorer leur situation en augmentant leur combativitŽ. Chaque vague d'action politique laisse derrire elle un limon fertile d'o surgissent aussit™t mille pousses nouvelles les revendications Žconomiques. Et inversement, la guerre Žconomique incessante que les ouvriers livrent au capital tient en Žveil l'Žnergie combative mme aux heures d'accalmie politique; elle constitue en quelque sorte un rŽservoir permanent d'Žnergie d'o la lutte politique tire toujours des forces fra”ches; en mme temps le travail infatigable de grignotage revendicatif dŽclenche tant™t ici, tant™t lˆ des conflits aigus d'o Žclatent brusquement des batailles politiques.

 

En un mot la lutte Žconomique prŽsente une continuitŽ, elle est le fil qui relie les diffŽrents noeuds politiques; la lutte politique est une fŽcondation pŽriodique prŽparant le sol aux luttes Žconomiques. La cause et l'effet se succdent et alternent sans cesse, et ainsi le facteur Žconomique et le facteur politique, bien loin de se distinguer compltement ou mme de s'exclure rŽciproquement, comme le prŽtend le schŽma pŽdant, constituent dans une pŽriode de grve de masse deux aspects complŽmentaires de la lutte de classe prolŽtarienne en Russie. C'est prŽcisŽment la grve de masse qui constitue leur unitŽ. La thŽorie subtile dissque artificiellement, ˆ l'aide de la logique, la grve de masse pour obtenir une Ç grve politique pure È; or une telle dissection - comme toutes les dissections -ne nous permet pas de voir le phŽnomne vivant, elle nous livre un cadavre."

 

Rosa Luxembourg, Grve de masse, parti et syndicat, 1906.

 

 

 

 

 

* * * *


Pour une gauche digne de ce nom

(Tribune publiŽe dans le Monde datŽ du 29 Mars 2008)

 

Nicolas Sarkozy et son parti viennent d'tre lourdement sanctionnŽs aux Žlections municipales et cantonales. Celles et ceux qui, voilˆ moins d'un an, s'Žtaient laissŽ abuser par le populisme et les promesses du futur prŽsident, le dŽsavouent. Sur fond d'inŽgalitŽs croissantes et d'Žtalage indŽcent des privilges d'une infime minoritŽ, une crise de confiance s'ouvre entre le pays et ses gouvernants. Un clash politique et une confrontation sociale majeure se profilent.

 

On attendrait d'une gauche digne de ce nom qu'elle se hisse ˆ la hauteur de l'enjeu. Que, forte de cette victoire, elle marque immŽdiatement sa solidaritŽ avec les mobilisations en cours contre les licenciements et pour les salaires. Qu'elle s'inscrive ds ˆ prŽsent dans les affrontements que vont provoquer les projets du gouvernement. Qu'elle oppose d'autres choix globaux ˆ la politique du pouvoir. Nous en sommes loin.

 

Les principaux responsables du Parti socialiste exhortent le chef de d'Etat ˆ une simple "correction" de son action. En perspective de leur prochain congrs, ils en appellent ˆ une "modernisation" s'inspirant des projets de MM. Blair ou Prodi, dont les renoncements calamiteux ont pourtant produit les dŽsastres sociaux que l'on sait. Pour ces municipales, emportŽs par une dŽrive ininterrompue depuis deux dŽcennies, ils ont surtout songŽ ˆ se tourner vers le MoDem.

 

Le verdict des urnes a pourtant dŽmontrŽ, et avec quel Žclat, que le choix des classes populaires - non celui des amis de Franois Bayrou, avec leurs alliances ˆ gŽomŽtrie variable - Žtait essentiel pour rŽunir les conditions d'un changement radical.

 

Rue de SolfŽrino, on devrait pourtant se souvenir de l'expŽrience calamiteuse du printemps 2007 : les victoires dŽcisives sur la droite dŽpendent non de l'accumulation de succs Žlectoraux partiels (comme aux rŽgionales de 2004) ou d'ouvertures rŽitŽrŽes au centre, mais de la capacitŽ ˆ proposer une perspective mobilisatrice.

 

Lˆ rŽside l'origine du marasme ˆ gauche. A tant vouloir accompagner le modle libŽral, ˆ refuser d'affronter les orientations Žconomiques et sociales d'un capitalisme synonyme de crises boursires paroxystiques et de dŽvastations humaines sans limites, le social-libŽralisme ne dŽlivre pas de signe d'espoir ˆ celles et ceux qui, comme ˆ l'automne 2007, dŽfendent le droit ˆ la retraite, l'augmentation des salaires, les services publics, les droits des "sans", l'environnement.

 

Et c'est, en retour, la vacuitŽ de son opposition qui autorise M. Sarkozy ˆ ne vouloir tenir aucun compte de la raclŽe qu'il vient de subir. Incroyable paradoxe ! Bien que de nouveau minoritaire, la droite est rŽsolue comme jamais ˆ dŽtruire une ˆ une les principales conqutes populaires de ces soixante dernires annŽes, ˆ remettre en question des principes rŽpublicains aussi fondamentaux que l'ŽgalitŽ ou la la•citŽ. Elle entend mme rendre sa politique irrŽversible en quelques mois.

 

Au moment o la question sociale revient au premier plan, l'attente grandit d'une politique qui y rŽponde rŽellement. L'aspiration se fait plus profonde ˆ une gauche qui refuse de considŽrer le capitalisme comme un horizon indŽpassable et s'emploie ˆ bouleverser la donne politique. L'espace qu'a rŽvŽlŽ l'Žmergence de Die Linke en Allemagne existe Žgalement dans notre pays. Ainsi, aux municipales, dans la plupart des communes o furent prŽsentes des listes dŽfendant des propositions vraiment ˆ gauche et refusant l'accompagnement du libŽralisme, elles auront rŽalisŽ des percŽes prometteuses.

 

Et plus elles auront rŽuni en leur sein de traditions et de forces diverses, plus leurs poussŽes auront ŽtŽ significatives... Une tendance dont auront Žgalement bŽnŽficiŽ les listes initiŽes par des municipalitŽs communistes lorsqu'elles devaient faire face aux appŽtits du PS et de ses alliŽs. N'est-ce pas le signe que des dizaines de milliers d'hommes et de femmes veulent faire du neuf ˆ gauche, que le rassemblement des Žnergies transformatrices est gage de crŽdibilitŽ et de succs ?

 

Venant d'horizons et de cultures diffŽrents, nous voulons plus que jamais contribuer au dŽbat sur la reconstruction d'une gauche du XXIe sicle.

 

Si elle veut Žchapper ˆ la bipolarisation croissante de l'espace public, celle-ci ne saurait ni consentir ˆ la satellisation par le social-libŽralisme, au risque de signer son irrŽversible impuissance ˆ faire Žmerger une authentique alternative, ni se rŽsigner ˆ la dŽfense de pŽtitions de principe, qui ne permettent jamais de changer le cours des choses.

 

C'est d'une gauche de gauche que nous avons besoin. Qui rŽponde par l'exigence de justice et l'intŽrt gŽnŽral au pouvoir occulte des marchŽs. Qui donne la prioritŽ ˆ la satisfaction des besoins populaires et ˆ la redistribution des richesses. Qui porte l'objectif d'un mode de dŽveloppement respectueux des grands Žquilibres Žcologiques et se montre soucieuse de protŽger la diversitŽ culturelle. Qui place la souverainetŽ du peuple au coeur de son projet. Qui affiche l'ambition de s'appuyer sur les mobilisations du plus grand nombre pour donner de nouveau majoritairement le ton ˆ gauche. Qui devienne une vŽritable force et crŽe les conditions d'un gouvernement rompant enfin avec les logiques libŽrales...

 

Bien sžr, les choses ne sont pas simples. Le "non" de gauche au traitŽ constitutionnel europŽen n'a pu se traduire en une candidature commune ˆ la prŽsidentielle. La tendance se fait aujourd'hui forte, au nom des succs Žlectoraux partiels que viennent d'enregistrer les formations de la gauche de transformation, ˆ se rŽfugier dans le statu quo. Ce serait, ˆ terme, un choix mortifre.

 

La renaissance d'un espoir ne peut davantage procŽder d'une addition de partis que d'un rassemblement autour d'un seul d'entre eux. Militants politiques, acteurs sociaux et culturels, Žcologistes, fŽministes, altermondialistes, nous sommes ensemble dans tous les combats sociaux. Nous venons encore de mener en commun la bataille contre le coup de force prŽsidentiel sur le traitŽ de Lisbonne.

 

Retrouvons-nous donc, du plan local ˆ l'Žchelon national, sans prŽalable sur ce que peuvent tre par ailleurs les engagements des uns ou des autres. Ouvrons largement nos Žchanges pour conduire une rŽflexion commune et pluraliste sur les rŽponses politiques qu'appelle en urgence la violence des attaques de la droite et du Medef. Portons conjointement ces rŽponses, dans le dŽbat public comme dans les rendez-vous politiques et sociaux des prochains mois. Et de la sanction, nous passerons ˆ l'alternative...

 

Eric Coquerel, prŽsident du Mouvement pour une alternative rŽpublicaine et sociale (MARS) ;

Claude Debons, ancien responsable syndical ;

Marc Dolez, dŽputŽ socialiste, Forces Militantes;

Franois Labroille, Žlu rŽgional Ile-de-France, Alternative citoyenne ;

Roger Martelli, historien, PCF ;

Christian Picquet, animateur du courant Unir de la Ligue communiste rŽvolutionnaire.

 

 

* * * *

 

 

 

 

Interrogations.

 

 

NPA, "Nouveau Parti Anticapitaliste", ainsi s'appellerait le "nouveau" parti que la LCR, telle la chrysalide, annonce pour les prochains mois.

 

De nombreux militants observent avec sympathie et intŽrt cette opŽration, sans pour autant s'y engager car ils se demandent s'il sera possible d'avoir sa place dans un tel parti, en clair, s'il sera vraiment nouveau et vraiment anticapitaliste. Nous avons dŽjˆ dit que pour notre part, il nous semblait que l'anticapitalisme exigeait un objectif politique clair pour maintenant : dŽfaire Sarkozy pour le chasser.

 

Pour cela, un rassemblement beaucoup plus large que celui autour d'elle-mme que semble vouloir faire la LCR est possible et nŽcessaire. La tribune d'Eric Coquerel, Claude Debons, Marc Dolez, Christian Picquet, Franois Labroille, Roger Martelli, a le mŽrite de poser cette question. Elle envisage une sorte de Linkspartei ˆ la franaise, ce qui mŽrite discussion, et elle dit surtout, pour nous, qu'"une gauche digne de ce nom" doit s'inscrire dŽs ˆ prŽsent dans la prŽparation de l' "affrontement social majeur" avec le gouvernement.

 

Dans ces conditions, o l'on apprend que l'un des signataires de ce texte, Christian Piquet, vient de faire l'objet de sanctions dans la LCR visant ˆ pousser dehors son courant, nous nous interrogeons. L'on explique aux jeunes, dans cette organisation, que le courant de C. Piquet est "droitier", mais comment se fait-il que des manoeuvres d'exclusion -car c'est de cela dont il s'agit- se produisent prŽcisŽment au moment o son principal reprŽsentant dŽclare que la gauche digne de ce nom est celle qui s'engage dans la confrontation avec le gouvernement ?

 

Par ailleurs, le PT est lui aussi en train de muer en POI (Parti Ouvrier IndŽpendant). Localement, il arrive qu'il associe des forces significatives ˆ ce regroupement. Sa dŽnonciation de la collusion des Žlus "gauche" et "droite" dans les conseils rŽgionaux sonne souvent juste. Mais est-ce que pour le PT et le futur POI, "droite" et "gauche" sont identiques, voire la premire parfois prŽfŽrable ˆ la seconde ? La question se pose quand on voit le reprŽsentant de la liste soutenue par ce parti aux municipales du Puy en Velay fŽliciter publiquement l'heureux Žlu, le porte-parole de Sarkozy, Laurent Wauquiez, et demander ˆ le rencontrer dans la presse locale pour parler ensemble de la dŽfense de la "dŽmocratie communale", ou lorsque l'on voit la candidate PT ˆ Tarascon assister ostensiblement au meeting pour le second tour d'une candidate soi-disant apolitique, en photo avec Sarkozy quelques mois auparavant, et d'ailleurs battue ... Entre ces pratiques qui piŽtinent d'emblŽe toute politique ouvrire indŽpendante, et sa prŽsence par exemple dans la liste Champredon, victorieuse ˆ Evreux, l'ancienne ville de J.L. DebrŽ, il y a deux orientations au PT ; celle de ses dirigeants qui ne combattent plus que l' "Union EuropŽenne" dont ils ont fait un fŽtiche, et ne disent rien sur Sarkozy, et celle qui provient des origines, ouvrires et indŽpendantes, de ce courant.

 

Des camarades de Militant participent ˆ l'un ou ˆ l'autre de ces regroupements, conformŽment ˆ notre mŽthode qui est de vouloir associer des militants de tous les courants du mouvement ouvrier, pour unifier ceux-ci sur leurs intŽrts communs. Toutes les questions se ramnent actuellement ˆ la rŽalitŽ du combat pour en dŽcoudre avec Sarkozy, par delˆ les propos anticapitalistes ou "ouvriers indŽpendants".

 

VP

 

 

* * * * *

 

Mobilisation nationale le 5 avril 2008

Manifestation ˆ Paris - 14h30 Place dĠItalie samedi 5 avril 2008.

A l'appel de Uni(e)s contre une immigration jetable, Collectifs de sans-papiers, RESF

 

La France cĠest tous ceux qui y vivent.
La xŽnophobie dĠEtat tue les droits de tous.
Franais, immigrŽs ŽgalitŽ - solidaritŽ !

Une politique qui nie les droits fondamentaux.

 

LĠacharnement de ces dernires annŽes contre les Žtrangers est impressionnant. Pas moins de cinq lois depuis 2002 ont ŽtŽ votŽes au mŽpris de la lŽgitimitŽ des Žtrangers installŽs en France ˆ y bŽnŽficier des droits de tous quelque soit leur statut juridique : attaques contre lĠaide mŽdicale dĠEtat, tests ADN, multiplication des restrictions du droit dĠentrŽe et de sŽjour des Žtrangers notamment par la limitation drastique du regroupement familial.

 

Le gouvernement impose une vision utilitariste de lĠimmigration. Aprs avoir Žtabli des listes restrictives de mŽtiers discriminant travailleurs provenant de lĠUE et travailleurs du reste du monde, il a lĠintention de modifier la Constitution au printemps pour introduire dans la loi la notion de quotas. De plus pour faciliter les expulsions, il veut crŽer une juridiction spŽciale chargŽe de juger les Žtrangers sans papiers. Il souhaite faire adopter ˆ lĠŽchelle europŽenne une disposition rendant impossible ˆ lĠavenir toute opŽration de rŽgularisation dĠenvergure.

 

Cette politique rŽpressive touche non seulement les sans-papiers mais aussi les Žtrangers ayant un titre de sŽjour et les Franais, surtout sur ceux dĠorigine Žtrangre. Pour chacun(e) des sans papiers piŽgŽ(e) par des contr™les dĠidentique iniques au facis, combien dĠŽtrangers en rgle ou de Franais Ç issus de lĠimmigration È se voient humilier quotidiennement ? Combien dĠŽtrangers se voient refuser, pendant de longues annŽes ou pour toujours, la possibilitŽ de vivre avec leurs proches, en raison des critres arbitraires fixŽs par la loi et de la malveillance tatillonne des prŽfectures ? Combien dĠŽtrangers et de Franais se voient refuser le droit dĠŽpouser la femme ou lĠhomme de leur choix au prŽtexte que leur amour ne serait que de complaisance ?

 

Une politique du chiffre qui tue

Contr™les au facis, convocations pige en prŽfectures, rafles, non respect des voies et dŽlais de recours, marquage de sans-papiers au feutre indŽlŽbile dans le Nord, pression sur les prŽfets, policiers et gendarmes pour quĠils atteignent des objectifs chiffrŽs, mise en place de camps dĠenfermement aux frontires de lĠEurope. Chaque jour la descente dans lĠignominie sĠaccŽlre. Cet acharnement rŽpressif brise et tue des tres humains qui pour Žchapper aux expulsions prennent des risques parfois mortels (dŽfenestrations, fuite par les toits, suicides, noyades)

 

Les politiques de chasse aux sans-papiers sont non seulement inhumaines et injustes, mais Žgalement cožteuses. Les cožts induits par cette dŽbauche de moyens policiers et la mobilisation dĠinfrastructures (transports ferroviaires, portuaires et aŽriens) seraient plus utiles pour financer des services publics ou lĠaide au dŽveloppement. Au contraire, si ces mmes sans-papiers Žtaient autorisŽs ˆ vivre en France en tout lŽgalitŽ, nĠŽtaient plus obligŽs de se cacher et nĠŽtaient plus tenus dĠaccepter des conditions de travail dŽgradantes, le paiement des cotisations sociales de ces travailleurs permettrait de faire rentrer des milliards dĠeuros dans les caisses de la protection sociale.

 

Une politique qui rŽprime la solidaritŽ

Le gouvernement sĠefforce dĠentretenir un climat de suspicion et de peur ˆ lĠŽgard des Žtrangers et de leurs soutiens : criminalisation de la solidaritŽ, multiplication des poursuites judiciaires, utilisation des services publics, services sociaux et des inspecteurs du travail comme auxiliaires de police.

 

Afin dĠaligner par le bas les droits sociaux, il fait le choix de la division : le pouvoir oppose Franais et Žtrangers en agitant le mythe de lĠinvasion de la France, il oppose les bons immigrŽs intŽgrŽs aux mauvais immigrŽs, les Žtrangers en situation rŽgulire aux sans-papiers, comme il oppose les salariŽEs du privŽ ˆ ceux et celles du public.

 

Une politique qui instrumentalise lĠimmigration au profit dĠune politique antisociale et liberticide

Les Žtrangers sont utilisŽs comme des boucs Žmissaires afin de dŽtourner lĠopinion des vrais problmes : pouvoir dĠachat, protection sociale, retraites, prŽcaritŽ, services publics, place des femmes, avenir de la plante, discriminations.

 

Cette politique qui fait systme est aujourdĠhui notamment incarnŽe par le ministre de lĠImmigration, de lĠintŽgration, de lĠidentitŽ nationale et du co-dŽveloppement. Elle prŽsente les Žtrangers comme une menace pour "lĠidentitŽ nationale". Cette conception sĠinspire dĠune philosophie nationaliste et dĠextrme droite. Elle contribue ˆ justifier des politiques sŽcuritaires qui transforment notre sociŽtŽ en Etat policier. Elle constitue une injure non seulement envers les Žtrangers, mais Žgalement envers les Franais attachŽs aux valeurs de libertŽ, dĠŽgalitŽ, de fraternitŽ et de respect de la personne humaine. Elle donne de la France lĠimage dĠun pays qui se replie de plus en plus sur lui-mme.

 

Nous refusons cette politique ultra-libŽrale de casse du code du travail et salarial, dont les ŽmigrŽs sont les premires victimes. Nous refusons cette politique europŽenne dictŽe par le patronat europŽen pour une "immigration choisie", permettant in fine cette dŽlocalisation sur place, ˆ moindre cožt, et mise en concurrence des filires dĠimmigration de travail.

 

La libertŽ de circulation des tres humains est une valeur fondatrice de la civilisation et de la dŽmocratie.

Ce projet de sociŽtŽ nĠest pas le n™tre !

La sociŽtŽ dŽmocratique et solidaire ˆ laquelle nous aspirons exige :
LĠarrt de la chasse aux sans-papiers, lĠarrt des expulsions et la fermeture des centres de rŽtention,
LĠabrogation de lois stigmatisant les migrants et bafouant leurs droits,
La mise en oeuvre dĠune autre politique europŽenne, ˆ lĠopposŽ de lĠEurope forteresse,

Des droits pour les femmes migrantes qui favorisent leur autonomie,
LĠabolition de la taxe ˆ lĠemploi pour lĠembauche de travailleurs Žtrangers,
Une politique dĠaccueil des Žtrangers leur permettant de vivre dignement en France.

 

Pour une sociŽtŽ fraternelle et solidaire,
un sursaut citoyen sĠimpose
nous manifesterons tous ensemble

le 5 avril ˆ Paris
14H30 Place dĠItalie

 

* * * *

Document.

Nous reproduisons ci-dessous un article de Mathilde Mathieu initialement paru sur le site "MŽdiapart" ˆ propos de la promotion gouvernementale (Sarkozy, Boutin, Fadela Amara ) des curŽs, pasteurs, rabbins, imams, mais finalement surtout des curŽs :

 

Le gouvernement va aider lĠŽcole privŽe en banlieue

Par Mathilde Mathieu CrŽŽ 21/03/2008 - 10:24

 

Le ministre de lĠEducation nationale va crŽer, puis alimenter, un fonds spŽcifique pour les Žtablissements privŽs qui ouvrent des classes en banlieue difficile. Ce nouveau dispositif, dont Mediapart dŽvoile des dŽtails, fait bondir les militants la•ques ˆ lĠheure o les professeurs du public essuient dĠimportantes restrictions budgŽtaires.

 

Le ministre de lĠEducation nationale sĠapprte ˆ dŽgager des budgets inhabituels pour favoriser lĠessor de lĠenseignement catholique dans les quartiers dŽfavorisŽs, bousculant ainsi les rgles traditionnelles de financement de lĠŽcole privŽe, dictŽes par le principe de la•citŽ. Un vŽritable Fonds dĠintervention spŽcifique, dont Mediapart dŽvoile les dŽtails, sera bient™t mis en place rue de Grenelle, pour subventionner la crŽation dĠune cinquantaine de classes dans les citŽs ds septembre 2008, dans le cadre du plan "Espoir banlieues" annoncŽ par Nicolas Sarkozy, le 8 fŽvrier.

 

Ç Cette dŽcision, prise en catimini, risque de dŽclencher un conflit majeur avec les professeurs du public, prŽvient Daniel Robin, responsable des questions de la•citŽ au Snes-FSU, principal syndicat du secondaire. Nous nĠaccepterons pas que lĠEtat supprime des postes en masse dans les ZEP [zones dĠŽducation prioritaire] et finance paralllement lĠarrivŽe dĠŽtablissements catholiques ! Nous venons de faire grve, je le rappelle, contre la liquidation de 11.200 postes ˆ la rentrŽe prochaine ! La dernire fois quĠun gouvernement a prŽtendu favoriser le privŽ, un million de Franais sont descendus dans la rue... È.

 

CritiquŽe pour sa concentration dans les centres-villes et sa mixitŽ sociale dŽfaillante (deux fois moins dĠenfants boursiers que dans le public), le secteur privŽ sous contrat affichait depuis longtemps sa volontŽ de participer davantage ˆ la lutte contre les inŽgalitŽs, mais rŽclamait en contrepartie un coup de pouce budgŽtaire, des subsides supplŽmentaires. Ç Il faut nous faciliter la t‰che È, avait soufflŽ le nouveau "patron" de lĠenseignement catholique, Eric de Labarre, lors de sa confŽrence de presse de rentrŽe 2007. CĠest aujourdĠhui chose faite.

 

Si le nombre dĠŽtablissements aidŽs par le Ç Fonds È reste limitŽ, voire symbolique en 2008, la crŽation de ce dispositif spŽcifique rŽvle la volontŽ prŽsidentielle de faire bouger les lignes, et la dŽtermination de lĠŽcole privŽe ˆ Ç rŽnover È ( plut™t redŽfinir ) ses relations avec les pouvoirs publics. Ç Nous sommes dŽcomplexŽs È, revendique aujourdĠhui Fernand Girard, chargŽ du dossier auprs dĠEric de Labarre. Ç Nous aussi ! È, rŽpond sans ambages un conseiller de Xavier Darcos, ministre de lĠEducation nationale...

 

Des modalitŽs nouvelles de financement

Les deux parties viennent donc de trouver un terrain dĠentente, sur les contours du Fonds et les modalitŽs de son financement. Sans surprise, les pouvoirs publics verseront aux Žtablissements concernŽs une subvention de fonctionnement proportionnelle au nombre dĠenfants inscrits (le "forfait dĠexternat"),  une contribution obligatoire depuis la loi DebrŽ de 1959. Mais lĠEtat devrait Žgalement prendre en charge une sorte de "forfait dĠinternat", dans les cas o les Žlves seront hŽbergŽs en pensionnat. Une petite rŽvolution, puisque cette subvention particulire nĠa jamais ŽtŽ prŽvue dans la rŽglementation DebrŽ. En 1984, une loi lĠavait exceptionnellement accordŽe ˆ lĠenseignement privŽ agricole, mais jamais les filires gŽnŽrales nĠen avaient bŽnŽficiŽ. Comment le ministre compte-il donc sĠy prendre, juridiquement, pour faire passer cette hardiesse ? Ne doit-il pas prŽsenter un projet de loi ? Ç On regarde, a nĠest pas totalement bouclŽ È, rŽpond le conseiller de Xavier Darcos chargŽ de donner forme au nouveau dispositif avant le dŽbut du mois dĠavril.

 

Par ailleurs, le Fonds assumera la rŽmunŽration des enseignants qui travaillent dans cette cinquantaine de classes. Une dŽcision en conformitŽ avec la lettre de la loi DebrŽ, mais en contradiction avec une rgle non-Žcrite, datant de 1985, qui prŽcise que le nombre de professeurs allouŽs au privŽ dŽpend de la quantitŽ attribuŽe au public. CĠest la tradition dite du "80-20" : 80% des enseignants pour le public, 20% pour le privŽ. Quand le nombre de postes diminue dans le premier, il baisse en proportion dans le second. Une arithmŽtique dŽclinŽe inlassablement depuis plus de vingt ans. Or en crŽant le Ç Fonds È, le gouvernement Žbranle ce principe : les postes affectŽs ˆ ce dispositif dŽpendraient dĠune ligne budgŽtaire particulire, et viendraient sĠajouter aux 20% traditionnels. Leur nombre est faible, mais tout de mme.

 

Fernand Girard, lĠun des responsables de lĠenseignement catholique, ne m‰che dĠailleurs pas ses mots : Ç Le "80-20" nĠest quĠune rgle coutumire, qui ne figure dans aucune loi. Serions-nous au fin fond de lĠAfrique ?! Nous sommes prts ˆ remettre tout ceci ˆ plat. LĠŽcole privŽe ne travaille pas pour le catholicisme, pas pour remplir les Žglises, mais pour les jeunes de notre pays. È Dans le magazine confessionnel Famille chrŽtienne, Eric de Labarre dŽclarait aussi fin septembre : Ç Nous nĠavons pas lĠintention de nous laisser enfermer dans une logique de quotas. È Et glissait, en fin juriste : Ç La loi DebrŽ est moins contraignante quĠon ne lĠimagine trop souvent... È.

 

Sarkozy sĠengage ds septembre 2007

La liste des ouvertures de classe soutenues par le Fonds sera donc bient™t fixŽe. Aprs que la direction de lĠenseignement catholique a lancŽ en octobre un appel ˆ candidatures, quelque 180 propositions sont remontŽes des diocses ou congrŽgations. Fernand Girard, chargŽ dĠeffectuer un premier tri, devait proposer sa sŽlection ces jours-ci au cabinet du ministre. Parmi les heureux gagnants : sans doute des structures pŽdagogiques atypiques, dŽdiŽes aux Žlves dŽcrocheurs, telles que les Orphelins apprentis dĠAuteuil ou les Ecoles de production de la rŽgion lyonnaise. Plusieurs Žtablissements franciliens de centre-ville devraient par ailleurs inaugurer des annexes en ZEP, tandis que des collges dŽjˆ implantŽs en banlieue baptiseront des classes supplŽmentaires. Ç Tout est ouvert È, assure-t-on au cabinet de Xavier Darcos, Ç ˆ condition que lĠaccent soit mis sur la mixitŽ sociale. Ce nĠest pas un cadeau que nous faisons au privŽ, plut™t un effort que nous lui demandons, dans le cadre de sa participation au service public dĠŽducation. È Fernand Girard, emballŽ, espre pousser lĠavantage et prŽcise quĠil demandera lĠan prochain au ministre de revoir son plafond de 50 classes...

 

Mais comment ce projet a-t-il pu sĠimposer ? Ds 2006, au cours dĠune convention UMP consacrŽe ˆ lĠŽducation, Emmanuelle Mignon, alors directrice des Žtudes du parti, confiait en coulisses : Ç Il faut trouver un moyen pour que les familles de banlieue puissent bŽnŽficier des savoir-faire des Žtablissements catholiques et dĠun vrai choix entre Žcole privŽe ou publique. È En 2007, Nicolas Sarkozy reprenait lĠidŽe dans son programme prŽsidentiel sans donner de dŽtails, puis la dŽclinait, une fois Žlu, dans sa lettre de mission ˆ Xavier Darcos, en deux lignes : Ç Vous ne dissuaderez pas les Žtablissements privŽs de sĠinstaller dans des quartiers en difficultŽ, au contraire È... Le prŽsident de la RŽpublique a finalement reu les dirigeants de lĠŽcole catholique le 7 septembre, pour en discuter : Ç En ressortant de lĠElysŽe, on sĠest dit : "Cette fois, a y est ! Il va nous aider". Simplement, on se savait pas encore quelle forme a prendrait È, confie aujourdĠhui Fernand Girard. Manquait surtout une opportunitŽ politique, une fentre de tir. Le plan "Espoir Banlieues" lĠa justement fournie.

 

 * * * *

Pas de troupes franaises en Afghanistan ... et en Irak !

 

Sarkozy envoie des troupes supplŽmentaires en Afghanistan. Leur prŽsence lˆ-bas n'a strictement aucune lŽgitimitŽ. Il ne s'agit pas de combattre le "danger islamiste". Le rŽgime que ces troupes soutiennent, dirigŽ par le mafieux Amid Karzai, exŽcute et torture lui aussi au nom de la charia. Il s'agit de "tenir le rang de la France" dans le r™le de petit caniche des faucons de Washington eux-mmes en difficultŽ. Il pourrait s'agit de donner des "arguments" aux islamistes pour des attentats en France, qui, soyons-en conscients, pourraient servir ˆ maintenir l'ordre en cas de crise sociale.

 

Moins connues sont ces dŽclarations Žcrites de Sarkozy : dans une lettre datŽe du 15 mars dernier en rŽponse ˆ Mgr Stenger, Žvque de Troyes, qui lui avait Žcrit pour attirer son attention sur la situation des chrŽtiens en Irak, on apprend que : Ç cette situation nous prŽoccupe profondŽment. JĠai donc souhaitŽ, avec le Ministre des Affaires Etrangres, que la France se rŽengage en Irak. Notre pays ne peut rester indiffŽrent ˆ un tel drame È. (Le passage soulignŽ l'est par la rŽdaction).

 

Il faut le dŽfaire, pour le chasser, aussi parce qu'il est un danger de guerre !

 

* * * * *

Trois petits mots sur le Tibet.

 

On parle beaucoup du Tibet ces temps-ci. Il peut sembler fort audacieux d'en parler en trois petits mots. Mais nous voulons simplement rappeler deux vŽritŽs de base dont l'oubli, en gŽnŽral l'oubli de l'une au profit de l'autre, empche de rŽflŽchir et donc d'agir:

 

1Ħ) Il y a oppression nationale au Tibet, exercŽe par l'Etat chinois.

2Ħ) Cela ne fait pas des TibŽtains un bloc homogne pour autant, et encore moins du dala•-lama leur reprŽsentant lŽgitime.

 

Faut-il prŽciser que ce vieux chef religieux d'une vieille caste n'a pas plus ŽtŽ Žlu que les dirigeants de PŽkin ?

 

A partir de lˆ : soutien aux opprimŽs, mais pas ˆ tous ceux qui prŽtendent parler en leur nom.

* * *

N'hŽsitez pas ˆ nous adresser infos et contributions.


Le numŽro 12 du bulletin Militant est disponible (1 Euro).

Abonnement : 10 Euros ˆ lĠordre dĠAssociation populaire dĠentraide

ˆ Militant, 18 rue Victor MassŽ 75009 Paris.


* * * * *

Militant met ˆ votre disposition une affiche 40X60 cm

"restriction du droit de grve dans les transports : ˆ qui le tour demain ? Abrogeons la loi sur le service minimum !"

É et un lot dĠautocollants dont les mots dĠordre sont les suivants :
"sans droit de grve, comment pourra t-on se dŽfendre ?"
"pour faciliter sa politique, Sarkozy doit limiter le droit de grve"
"le droit de grve nĠest pas nŽgociable"
"restriction du droit de grve dans les transports : ˆ qui le tour demain ?"
"tous unis contre la remise en cause du droit de grve"
Et se terminent par la mme revendication "abrogeons la loi sur le service minimum"

Ce matŽriel est disponible au prix suivant :
Affiche : 5 euros les 10    /     Autocollants : 1, 5 euros les 10
chques ˆ lĠordre dĠAssociation populaire dĠentraide

Adresser les commandes ˆ :
Franois FERRETTE - 48 rue du Val Noble 61000 Alenon

 

 

Devenez correspondant(e) / diffuseur de Militant dans votre ville ou votre secteur professionnel :

Adressez un chque de 20 Euros ˆ lĠordre dĠAPE,

ˆ Militant, 18 rue Victor MassŽ - 75009 Paris.