Lettre
de liaison nĦ18 du 30 mars 2008
Le courage, c'est de chercher la vrit et de la dire. Jean
Jaurs.
Comit
de rdaction lu l'assemble gnrale de Militant le 8 mars 2008 : Christian BARLO
(83) Sylvie BONNIN (03) Olivier BOUCHARD (75) Jean-Franois CHALOT (77)
Dominique CORNET (75) Raymond DEBORD (75) Olivier DELBEKE (94) Paul ERNST (94)
Franois FERRETTE (61) Stphane FUSTEC (75) Franck MARSAL (94) Claude MONNIER
(91) Houaria MOUALEK (75) Vincent PRESUMEY (03) Franoise RIOU (75) Ouarda YAHI
(75) Kamel ZORGUI (95)
Pour soutenir et largir la diffusion de Militant-la
Lettre de liaison :
Fates circuler notre bulletin !
Abonnez-vous notre liste de diffusion : e-MILITANT_LIAISON-subscribe@yahoogroupes.fr
Visitez notre site Web : http://www.le-militant.org/
Sommaire :
- Maintenant,
pas question d'attendre 2012 !
- La
citation du jour : Rosa Luxembourg.
- Tribune
parue dans le Monde : Pour une gauche digne de ce nom. Eric Coquerel, Marc Dolez, Claude
Debons, Roger Martelli, Franois Labroille, Christian Piquet.
- Interrogations,
par VP.
- Manifestation
nationale le 5 avril 2008 contre la xnophobie d'Etat.
- Document
: aide aux coles catholiques en banlieue, article de Mathilde Mathieu sur
Mdiapart.
- Pas de
troupes franaises en Afghanistan ... et en Irak !
- Trois
petits mots sur le Tibet.
- NĦ12 du
Militant disponible, affiches et autocollants droit de grve : devenez
correspondants-diffuseurs !
* * *
Maintenant, pas question d'attendre 2012 !
Dblinblinguisation ?
Suite aux municipales et mme ds avant, le prsident
Sarkozy a commenc, parat-il, une cure de "dblinblinguisation" pour
restaurer son autorit, c'est--dire garantir son efficacit faire passer
"les rformes" pour lesquelles le capital l'a mandat : achever la
casse des rgimes de retraite par rpartition, du service public, du code du
travail, battre la classe ouvrire franaise. Pour eux, il y a urgence.
Urgence.
Il y a urgence, car la crise financire maintenant les
taraude plus que jamais.
C'est prsent une chose connue et reconnue : les mmes
mdias, experts et analystes qui, pendant des mois, nous ont expliqu que la
crise des subprimes tait un accident malheureux d de mauvais payeurs, ou
la rigueur des prteurs vreux, outre-Atlantique, et puis c'est tout Madame
la marquise, les mmes considrent tous maintenant comme une chose entendue que
nous entrons dans la rcession et que la crise actuelle est la plus grave
depuis "1945" comme l'ont dit en choeur Ben Bernanke (ancien patron
de la Fed, la banque fdrale nord-amricaine), Georges Soros (spculateur de
haut vol) et plein d'autres.
Autant dire depuis 1929.
Notons que tous ces commentateurs qui ont bluff pendant
des mois n'ont pas donn plus d'explications sur leur revirement. Celui-ci est
pourtant spectaculaire : en effet, depuis les 25-26 mars, les bourses ont
rebondi suite des injections nouveau sans prcdent de liquidits par les
banques centrales et une baisse norme des taux d'intrts US, le dollar est
mme remont, faisant flchir le ptrole et l'or, qui tait en train de
retrouver son rle historique de reprsentant ultime de la valeur, signe
manifeste de l'ampleur de la crise. H bien, malgr ces quelques jours de
"reprise", les augures et les pindares des marchs financiers n'ont,
cette fois-ci, pas remis leur pessimisme. Ils nous promettent, textuel, "du
sang, de la sueur et des larmes" (Philippe Dessertine, directeur de l'Institut de la Haute
Finance dans le Figaro du 21 mars dernier).
Il y a urgence, car la France a t le maillon faible de
l'Union Europenne capitaliste et doit cesser de l'tre sous peine ... qu'il en
apparaisse d'autres !
En finir une fois pour toutes avec la rsistance du
salariat franais devient une ncessit absolue quand les luttes pour les
salaires en Allemagne "relancent l'inflation", comme disent les
conomistes, c'est--dire arrachent effectivement quelques rsultats ; quand
les peuples d'Espagne rlisent le PSOE non pour sa politique, mais contre
l'offensive de l'Eglise et des patrons ; quand la tension sociale en Grce
prend la forme dĠun refus massif, par la grve gnrale, de la casse des
retraites et dĠune vie chre ; et surtout quand les ouvriers roumains de
Renault partent en grve illimite pour exiger 60% d'augmentation !
Tension.
N'est pas Thatcher qui veut.
Sarkozy a pourtant russi casser les rgimes de retraite
dits spciaux des cheminots, lectriciens, gaziers, traminots ... cet automne,
uniquement parce que Bernard Thibault le jour o les cheminots entraient en
grve reconductible annonait l'acceptation de ngocier l'application de la
"rforme".
Il a pourtant russi marcher sur le suffrage universel
en faisant adopter par le Parlement runi en congrs le 4 fvrier dernier
l'quivalent du "Trait Constitutionnel Europen" repouss au
rfrendum de 2005, uniquement parce qu'il a t aid par la majorit des
dputs et snateurs PS pourtant lus contre lui en juin 2007.
Il a pourtant russi faire signer par les confdrations
syndicales un accord dit de "modernisation du march du travail" pour
entamer la destruction du Contrat de travail Dure Indtermine, uniquement
parce que, la CGT ayant lgitim la "ngociation" en y participant,
mais ayant finalement, et heureusement, refus de signer, Jean-Claude Mailly
pour FO a dcid de signer sans avoir consult ses instances, mais en ayant
consult Sarkozy, et de ne pas laisser seule la CFDT. Sur cette base, ce texte
est maintenant prsent tel quel au Parlement et les mmes dputs et snateurs
PS qui avaient aid Sarkozy le 4 fvrier voudraient le voter la main dans la
main avec l'UMP !
Malgr tout cela, Sarkozy ne s'est pas renforc, au
contraire, le rejet total de sa politique par la socit, par le monde du
travail, bien qu'empch de s'exprimer centralement, pse de manire dcisive
au point de nourrir le plus grande morosit des sommets du pouvoir :
"Nous sommes condamns faire le gros dos devant
les mouvement sociaux." "C'est une situation qu'on n'a pas connue
depuis les annes 30. Il est possible que le monde connaisse une guerre
conomique, montaire et sociale." "C'est fichu, il est impossible de
sortir du carcan europen. Il n'y a pas de levier montaire, plus de levier fiscal,
plus de levier budgtaire." "Il va nous falloir grer une inflation
plus forte, alors que les salaires progressent peu. Ce qui nous attend est
terrible." Voila
ce que disent les conseillers de l'Elyse qui le font savoir au Canard
Enchan (26
mars).
Ceci dit, attention. Ils n'ont pas, en vrit, l'intention
de "faire le gros dos", au contraire ils n'ont d'autre choix que
d'essayer d'en dcoudre. Affirmant de manire ouvertement provocatrice que le
message des lections municipales et cantonales serait qu'ils doivent acclrer
leurs "rformes", ils prparent, pour maintenant, l'artillerie lourde
:
- la RGPP (rvision gnrale des politiques publiques)
donne le cadre de la destruction de la fonction publique, pour liquider les
services publics. Une loi en prparation envisage l'unification des trois
fonctions publiques (d'Etat, territoriale et hospitalire) et des dispositions
de "mobilit" qui introduisent une forme de licenciement
"conomique" des fonctionnaires.
- la mise en oeuvre, comme prvu et annonc, de la loi
Fillon contre les retraites avec le passage prochain 41 annuits pour tous.
- la destruction du code du travail par l'acclration des
amorces faites dans l'accord sur la "modernisation du march du
travail" sign par Mailly puis par Chrque.
Une vritable pluie d'heures supplmentaires s'abat dans
nombre d'entreprises ainsi que dans l'Education nationale, o l'on a parfois
la fois plus d'heures et moins de postes !
L'individualisation des salaires et des carrires est
l'ordre du jour partout ; c'est ainsi que les "augmentations
individualises" mises en avant par la direction du groupe l'Oral et
contre lesquelles les salaris du groupe cosmtique ont fait grve 80%,
ressemblent furieusement la "progression au mrite" que le
gouvernement veut instaurer l'encontre des fonctionnaires.
Les chiffres du Ministre du Travail sont toujours
dcals, l'on n'a donc pas de chiffrage de la vague de grves en cours dans les
entreprises de la mtallurgie, du plastique, de la cosmtique, du btiment,
dans le tertiaire, vague dont la figure emblmatique est devenue celle de la
caissire de supermarch temps partiel, mais l'on peut sans crainte se
risquer une valuation : c'est la plus grande vague de grve dans les
entreprises qui se soit produite en France depuis au moins 1994-1995 et
probablement depuis les annes 1970. Surtout que les chiffres officiels
n'incluent jamais les dbrayages sporadiques, les mouvements spontans sans
syndicat comme dans ce magasin Habitat o soudain 18 employs ont cess le
travail par ras-le-bol, les ptitions et les incidents isols.
Sur ce fond gnral, s'ajoutent de plus en plus les signes
d'une nouvelle vague de dlocalisations industrielles, voire de liquidations
pures et simples d'usines, qui commencent provoquer des luttes la fois
beaucoup plus difficiles et beaucoup plus dures encore que les luttes pour les
salaires.
Rgions et communes.
Mais la pression des marchs financiers sur Sarkozy et son
gouvernement pour qu'ils acclrent "les rformes" ne s'exerce pas
que sur eux. Les lections rgionales de 2004 et les rcentes lections
municipales et cantonales ont donn le "pouvoir local" au PS, escort
du PCF et de divers lus "de gauche", dans la majorit des collectivits
locales.
C'est l'opposition populaire aux politiques du pouvoir
central qui leur a donn ces postes, mais contre cela presque tous pratiquent
la "cohabitation locale", selon la formule employe par Franois
Hollande la veille du rcent scrutin. Ce qui veut dire que presque tous sont
compltement "impliqus" dans des politiques qui relaie l'action
gouvernementale, mettent ventuellement des sparadraps l o a fait mal, et
surtout subventionnent directement ou indirectement "le monde des
entreprises" par le biais des finances locales. Maintenant, il leur est
demand plus : quand le ministre du Budget Eric Woerth accuse les collectivits
locales d'tre responsables des dficits publics -il pourrait difficilement en
tre autrement compte tenu des transferts oprs dans le cadre de la
dcentralisation-, la gauche fait semblant de s'indigner mais en ralit le
sens de ses dclarations consiste dans une injonction faite aux lobbys locaux,
dpartementaux et rgionaux d'obtemprer, de mettre en musique la politique du
gouvernement, dont ils sont le relais dcisif, en particulier contre les
services publics.
Par ce biais les appareils politiques "de
gauche", y compris au niveau local, sont intgrs au dispositif de l'Etat
et associs aux Chambres de commerce et d'industrie du patronat. C'est sur
cette base qu'ils voudraient que nous attendions 2012 avec la clef un
magnifique choix biais entre Royal, Delano et Aubry, sans parler de
l'ventuel retour du patron du Fonds Montaire International Straus-Kahn !
Drision totale ...
Glamour !
Depuis plusieurs semaines avant les municipales, des voix
nombreuses s'levaient pour protester contre le comportement de Sarkozy jug
"peu digne d'un prsident". Il pouvait sembler que c'tait l une
forme d'opposition. Nous tions en ralit dans le registre du conseil au
prince : "prince, comporte toi bien, soit gaullien, car la colre gronde
et tu dois tre respect !" Etre une "opposition"
officielle charge de mettre en oeuvre au niveau local la politique de Sarkozy
en faisant en sorte que le bon peuple attende 2012, de faon ce que
l'essentiel du sale travail soit fait d'ici l, demande en effet avoir quand
mme un chef de l'excutif fort et respect. Si celui-ci ne l'est pas, ce n'est
pas en raison de son "comportement", mais du rapport de force social
global entre les classes. Suite aux municipales, la cure de
"dblinblinguisation" a donc commenc, les mmes commentateurs
"de gauche" qui s'taient affols de la drive
"bling-bling" saluant les "efforts" faits par le prsident.
Le voyage en Angleterre du petit Bonaparte devait
couronner l'opration. En soi, se trouver oblig, pour restaurer la fonction
prsidentielle franaise (d'essence monarchique) dans sa prtendue
"dignit", d'aller faire la rvrence la couine, quelle farce de
l'histoire ! A l'unisson, les mdias franais ne nous ont donc plus parl que
des robes de Carla et des mouvements de sourcils de la couine, jugs de bon ou
de mauvais augure pour le couple princier en pleine promotion. Tous ceux qui
avaient fini par crier avec le choeur que "bling-bling" c'tait trop
faisaient soudain dans le mode "glamour" ! Cette chute grotesque de
l'indignation anti-bling-bling en mascarade glamour rvle les moteurs profonds
du bonapartisme franais et son usure absolue : la vraie dmocratie, ce n'est
pas rendre Nicolas digne de sa fonction, c'est le dfaire sur le terrain de
l'affrontement social pour le chasser et liminer une bonne fois pour toutes la
fonction, prsidentielle, bonapartiste ou monarchique, de l'excutif d'Etat
qu'il reprsente aujourd'hui.
Regroupement.
Contre le prsident, le gouvernement et le rgime, "un
clash politique et une confrontation sociale majeure se profilent", comme l'crivent Eric Coquerel,
Claude Debons, Marc Dolez, Franois Labrouille, Roger Martelli et Christian
Piquet dans la tribune au Monde que nous reproduisons ci-dessous. Depuis trois mois, les
forces qui ont port les grandes luttes de 1995, 2003 et 2006 -fonctionnaires,
cheminots, jeunes- attendent l'arme aux pieds, ne rpondant pas aux journes
d'action syndicales nationales parachutes, mais ils observent la vague de
grves dans les entreprises. Depuis les municipales en gros, la jeunesse et les
enseignants en rgion parisienne commencent remonter au combat.
En premier ligne, la jeunesse ouvrire, avec les couches
dclasses et les risques de provocations qui l'accompagnent souvent ; la
jeunesse ouvrire, toujours dresse contre la liquidation d'une anne
d'enseignement dans les lyces professionnels et agricoles au nom de la
"rforme du Bac pro" dont le cadre est donn, il faut le savoir, par
l'accord sign le 18 dcembre dernier par le ministre avec le principal
syndical des professeurs de lyces professionnels, le SNETAA, accord qui menace
l'existence mme du syndicat comme syndicat en cherchant en faire la police
du ministre.
Retraites, postes, service publics, salaires, Bacs pros,
n'est-ce pas tous ensemble qu'il faut y aller, dans les prochaines semaines ?
Ce gouvernement affaibli prtend nous frapper, n'est-ce
pas tous ensemble qu'il faut le briser ?
* * * *
La citation du jour.
"Cependant le mouvement dans son ensemble ne
s'oriente pas uniquement dans le sens d'un passage de l'conomique au
politique, mais aussi dans le sens inverse. Chacune des grandes actions de
masse politiques se transforme, aprs avoir atteint son apoge, en une foule de
grves conomiques. Ceci ne vaut pas seulement pour chacune des grandes grves,
mais aussi pour la rvolution dans son ensemble. Lorsque la lutte politique
s'tend, se clarifie et s'intensifie, non seulement la lutte revendicative ne
disparat pas mais elle s'tend, s'organise, et s'intensifie paralllement. Il
y a interaction complte entre les deux.
Chaque nouvel lan et chaque nouvelle victoire de la lutte
politique donnent une impulsion puissante la lutte conomique en largissant
ses possibilits d'action extrieure et en donnant aux ouvriers une nouvelle
impulsion pour amliorer leur situation en augmentant leur combativit. Chaque
vague d'action politique laisse derrire elle un limon fertile d'o surgissent
aussitt mille pousses nouvelles les revendications conomiques. Et
inversement, la guerre conomique incessante que les ouvriers livrent au
capital tient en veil l'nergie combative mme aux heures d'accalmie
politique; elle constitue en quelque sorte un rservoir permanent d'nergie
d'o la lutte politique tire toujours des forces fraches; en mme temps le
travail infatigable de grignotage revendicatif dclenche tantt ici, tantt l
des conflits aigus d'o clatent brusquement des batailles politiques.
En un mot la lutte conomique prsente une continuit,
elle est le fil qui relie les diffrents noeuds politiques; la lutte politique
est une fcondation priodique prparant le sol aux luttes conomiques. La
cause et l'effet se succdent et alternent sans cesse, et ainsi le facteur
conomique et le facteur politique, bien loin de se distinguer compltement ou
mme de s'exclure rciproquement, comme le prtend le schma pdant,
constituent dans une priode de grve de masse deux aspects complmentaires de
la lutte de classe proltarienne en Russie. C'est prcisment la grve de masse
qui constitue leur unit. La thorie subtile dissque artificiellement,
l'aide de la logique, la grve de masse pour obtenir une Ç grve politique pure
È; or une telle dissection - comme toutes les dissections -ne nous permet pas
de voir le phnomne vivant, elle nous livre un cadavre."
Rosa Luxembourg, Grve de masse, parti et syndicat, 1906.
* * * *
Pour une
gauche digne de ce nom
(Tribune publie dans le Monde
dat du 29 Mars 2008)
Nicolas Sarkozy et son parti viennent d'tre lourdement sanctionns aux
lections municipales et cantonales. Celles et ceux qui, voil moins d'un an,
s'taient laiss abuser par le populisme et les promesses du futur prsident,
le dsavouent. Sur fond d'ingalits croissantes et d'talage indcent des
privilges d'une infime minorit, une crise de confiance s'ouvre entre le pays
et ses gouvernants. Un clash politique et une confrontation sociale majeure se
profilent.
On attendrait d'une gauche digne de ce nom qu'elle se
hisse la hauteur de l'enjeu. Que, forte de cette victoire, elle marque
immdiatement sa solidarit avec les mobilisations en cours contre les
licenciements et pour les salaires. Qu'elle s'inscrive ds prsent dans les
affrontements que vont provoquer les projets du gouvernement. Qu'elle oppose
d'autres choix globaux la politique du pouvoir. Nous en sommes loin.
Les principaux responsables du Parti socialiste exhortent
le chef de d'Etat une simple "correction" de son action. En
perspective de leur prochain congrs, ils en appellent une
"modernisation" s'inspirant des projets de MM. Blair ou Prodi, dont
les renoncements calamiteux ont pourtant produit les dsastres sociaux que l'on
sait. Pour ces municipales, emports par une drive ininterrompue depuis deux
dcennies, ils ont surtout song se tourner vers le MoDem.
Le verdict des urnes a pourtant dmontr, et avec quel
clat, que le choix des classes populaires - non celui des amis de Franois
Bayrou, avec leurs alliances gomtrie variable - tait essentiel pour runir
les conditions d'un changement radical.
Rue de Solfrino, on devrait pourtant se souvenir de
l'exprience calamiteuse du printemps 2007 : les victoires dcisives sur la
droite dpendent non de l'accumulation de succs lectoraux partiels (comme aux
rgionales de 2004) ou d'ouvertures ritres au centre, mais de la capacit
proposer une perspective mobilisatrice.
L rside l'origine du marasme gauche. A tant vouloir
accompagner le modle libral, refuser d'affronter les orientations
conomiques et sociales d'un capitalisme synonyme de crises boursires
paroxystiques et de dvastations humaines sans limites, le social-libralisme
ne dlivre pas de signe d'espoir celles et ceux qui, comme l'automne 2007,
dfendent le droit la retraite, l'augmentation des salaires, les services
publics, les droits des "sans", l'environnement.
Et c'est, en retour, la vacuit de son opposition qui
autorise M. Sarkozy ne vouloir tenir aucun compte de la racle qu'il vient de
subir. Incroyable paradoxe ! Bien que de nouveau minoritaire, la droite est
rsolue comme jamais dtruire une une les principales conqutes populaires
de ces soixante dernires annes, remettre en question des principes
rpublicains aussi fondamentaux que l'galit ou la lacit. Elle entend mme
rendre sa politique irrversible en quelques mois.
Au moment o la question sociale revient au premier plan,
l'attente grandit d'une politique qui y rponde rellement. L'aspiration se
fait plus profonde une gauche qui refuse de considrer le capitalisme comme
un horizon indpassable et s'emploie bouleverser la donne politique. L'espace
qu'a rvl l'mergence de Die Linke en Allemagne existe galement dans notre
pays. Ainsi, aux municipales, dans la plupart des communes o furent prsentes
des listes dfendant des propositions vraiment gauche et refusant
l'accompagnement du libralisme, elles auront ralis des perces prometteuses.
Et plus elles auront runi en leur sein de traditions et
de forces diverses, plus leurs pousses auront t significatives... Une
tendance dont auront galement bnfici les listes inities par des municipalits
communistes lorsqu'elles devaient faire face aux apptits du PS et de ses
allis. N'est-ce pas le signe que des dizaines de milliers d'hommes et de
femmes veulent faire du neuf gauche, que le rassemblement des nergies
transformatrices est gage de crdibilit et de succs ?
Venant d'horizons et de cultures diffrents, nous voulons
plus que jamais contribuer au dbat sur la reconstruction d'une gauche du XXIe
sicle.
Si elle veut chapper la bipolarisation croissante de
l'espace public, celle-ci ne saurait ni consentir la satellisation par le
social-libralisme, au risque de signer son irrversible impuissance faire
merger une authentique alternative, ni se rsigner la dfense de ptitions
de principe, qui ne permettent jamais de changer le cours des choses.
C'est d'une gauche de gauche que nous avons besoin. Qui
rponde par l'exigence de justice et l'intrt gnral au pouvoir occulte des
marchs. Qui donne la priorit la satisfaction des besoins populaires et la
redistribution des richesses. Qui porte l'objectif d'un mode de dveloppement
respectueux des grands quilibres cologiques et se montre soucieuse de
protger la diversit culturelle. Qui place la souverainet du peuple au coeur
de son projet. Qui affiche l'ambition de s'appuyer sur les mobilisations du
plus grand nombre pour donner de nouveau majoritairement le ton gauche. Qui
devienne une vritable force et cre les conditions d'un gouvernement rompant
enfin avec les logiques librales...
Bien sr, les choses ne sont pas simples. Le
"non" de gauche au trait constitutionnel europen n'a pu se traduire
en une candidature commune la prsidentielle. La tendance se fait aujourd'hui
forte, au nom des succs lectoraux partiels que viennent d'enregistrer les
formations de la gauche de transformation, se rfugier dans le statu quo. Ce
serait, terme, un choix mortifre.
La renaissance d'un espoir ne peut davantage procder
d'une addition de partis que d'un rassemblement autour d'un seul d'entre eux.
Militants politiques, acteurs sociaux et culturels, cologistes, fministes,
altermondialistes, nous sommes ensemble dans tous les combats sociaux. Nous
venons encore de mener en commun la bataille contre le coup de force
prsidentiel sur le trait de Lisbonne.
Retrouvons-nous donc, du plan local l'chelon national,
sans pralable sur ce que peuvent tre par ailleurs les engagements des uns ou
des autres. Ouvrons largement nos changes pour conduire une rflexion commune
et pluraliste sur les rponses politiques qu'appelle en urgence la violence des
attaques de la droite et du Medef. Portons conjointement ces rponses, dans le
dbat public comme dans les rendez-vous politiques et sociaux des prochains
mois. Et de la sanction, nous passerons l'alternative...
Eric Coquerel, prsident du Mouvement pour une alternative
rpublicaine et sociale (MARS) ;
Claude Debons, ancien responsable syndical ;
Marc Dolez, dput socialiste, Forces Militantes;
Franois Labroille, lu rgional Ile-de-France,
Alternative citoyenne ;
Roger Martelli, historien, PCF ;
Christian Picquet, animateur du courant Unir de la Ligue
communiste rvolutionnaire.
* * * *
Interrogations.
NPA, "Nouveau Parti Anticapitaliste", ainsi
s'appellerait le "nouveau" parti que la LCR, telle la chrysalide,
annonce pour les prochains mois.
De nombreux militants observent avec sympathie et intrt
cette opration, sans pour autant s'y engager car ils se demandent s'il sera
possible d'avoir sa place dans un tel parti, en clair, s'il sera vraiment nouveau
et vraiment anticapitaliste. Nous avons dj dit que pour notre part, il nous
semblait que l'anticapitalisme exigeait un objectif politique clair pour
maintenant : dfaire Sarkozy pour le chasser.
Pour cela, un rassemblement beaucoup plus large que celui
autour d'elle-mme que semble vouloir faire la LCR est possible et ncessaire.
La tribune d'Eric Coquerel, Claude Debons, Marc Dolez, Christian Picquet, Franois
Labroille, Roger Martelli, a le mrite de poser cette question. Elle envisage
une sorte de Linkspartei la franaise, ce qui mrite discussion, et elle dit surtout, pour
nous, qu'"une gauche digne de ce nom" doit s'inscrire ds prsent
dans la prparation de l' "affrontement social majeur" avec le
gouvernement.
Dans ces conditions, o l'on apprend que l'un des
signataires de ce texte, Christian Piquet, vient de faire l'objet de sanctions
dans la LCR visant pousser dehors son courant, nous nous interrogeons. L'on
explique aux jeunes, dans cette organisation, que le courant de C. Piquet est "droitier",
mais comment se fait-il que des manoeuvres d'exclusion -car c'est de cela dont
il s'agit- se produisent prcisment au moment o son principal reprsentant
dclare que la gauche digne de ce nom est celle qui s'engage dans la confrontation
avec le gouvernement ?
Par ailleurs, le PT est lui aussi en train de muer en POI
(Parti Ouvrier Indpendant). Localement, il arrive qu'il associe des forces
significatives ce regroupement. Sa dnonciation de la collusion des lus
"gauche" et "droite" dans les conseils rgionaux sonne
souvent juste. Mais est-ce que pour le PT et le futur POI, "droite"
et "gauche" sont identiques, voire la premire parfois prfrable
la seconde ? La question se pose quand on voit le reprsentant de la liste
soutenue par ce parti aux municipales du Puy en Velay fliciter publiquement
l'heureux lu, le porte-parole de Sarkozy, Laurent Wauquiez, et demander le
rencontrer dans la presse locale pour parler ensemble de la dfense de la
"dmocratie communale", ou lorsque l'on voit la candidate PT
Tarascon assister ostensiblement au meeting pour le second tour d'une candidate
soi-disant apolitique, en photo avec Sarkozy quelques mois auparavant, et
d'ailleurs battue ... Entre ces pratiques qui pitinent d'emble toute
politique ouvrire indpendante, et sa prsence par exemple dans la liste
Champredon, victorieuse Evreux, l'ancienne ville de J.L. Debr, il y a deux
orientations au PT ; celle de ses dirigeants qui ne combattent plus que l'
"Union Europenne" dont ils ont fait un ftiche, et ne disent rien
sur Sarkozy, et celle qui provient des origines, ouvrires et indpendantes, de
ce courant.
Des camarades de Militant participent l'un ou l'autre
de ces regroupements, conformment notre mthode qui est de vouloir associer
des militants de tous les courants du mouvement ouvrier, pour unifier ceux-ci
sur leurs intrts communs. Toutes les questions se ramnent actuellement la
ralit du combat pour en dcoudre avec Sarkozy, par del les propos
anticapitalistes ou "ouvriers indpendants".
VP
* * * * *
Mobilisation nationale le 5 avril 2008
Manifestation Paris - 14h30 Place dĠItalie samedi 5
avril 2008.
A l'appel de Uni(e)s contre une immigration jetable,
Collectifs de sans-papiers, RESF
La France cĠest
tous ceux qui y vivent.
La xnophobie dĠEtat tue les droits de tous.
Franais, immigrs galit - solidarit !
Une politique qui
nie les droits fondamentaux.
LĠacharnement
de ces dernires annes contre les trangers est impressionnant. Pas moins de
cinq lois depuis 2002 ont t votes au mpris de la lgitimit des trangers
installs en France y bnficier des droits de tous quelque soit leur statut
juridique : attaques contre lĠaide mdicale dĠEtat, tests ADN, multiplication
des restrictions du droit dĠentre et de sjour des trangers notamment par la
limitation drastique du regroupement familial.
Le
gouvernement impose une vision utilitariste de lĠimmigration. Aprs avoir
tabli des listes restrictives de mtiers discriminant travailleurs provenant
de lĠUE et travailleurs du reste du monde, il a lĠintention de modifier la
Constitution au printemps pour introduire dans la loi la notion de quotas. De
plus pour faciliter les expulsions, il veut crer une juridiction spciale
charge de juger les trangers sans papiers. Il souhaite faire adopter lĠchelle
europenne une disposition rendant impossible lĠavenir toute opration de
rgularisation dĠenvergure.
Cette
politique rpressive touche non seulement les sans-papiers mais aussi les
trangers ayant un titre de sjour et les Franais, surtout sur ceux dĠorigine
trangre. Pour chacun(e) des sans papiers pig(e) par des contrles dĠidentique
iniques au facis, combien dĠtrangers en rgle ou de Franais Ç issus de lĠimmigration
È se voient humilier quotidiennement ? Combien dĠtrangers se voient refuser,
pendant de longues annes ou pour toujours, la possibilit de vivre avec leurs
proches, en raison des critres arbitraires fixs par la loi et de la
malveillance tatillonne des prfectures ? Combien dĠtrangers et de Franais se
voient refuser le droit dĠpouser la femme ou lĠhomme de leur choix au prtexte
que leur amour ne serait que de complaisance ?
Une
politique du chiffre qui tue
Contrles
au facis, convocations pige en prfectures, rafles, non respect des voies et
dlais de recours, marquage de sans-papiers au feutre indlbile dans le Nord,
pression sur les prfets, policiers et gendarmes pour quĠils atteignent des
objectifs chiffrs, mise en place de camps dĠenfermement aux frontires de lĠEurope.
Chaque jour la descente dans lĠignominie sĠacclre. Cet acharnement rpressif
brise et tue des tres humains qui pour chapper aux expulsions prennent des
risques parfois mortels (dfenestrations, fuite par les toits, suicides,
noyades)
Les
politiques de chasse aux sans-papiers sont non seulement inhumaines et
injustes, mais galement coteuses. Les cots induits par cette dbauche de
moyens policiers et la mobilisation dĠinfrastructures (transports ferroviaires,
portuaires et ariens) seraient plus utiles pour financer des services publics
ou lĠaide au dveloppement. Au contraire, si ces mmes sans-papiers taient
autoriss vivre en France en tout lgalit, nĠtaient plus obligs de se
cacher et nĠtaient plus tenus dĠaccepter des conditions de travail dgradantes,
le paiement des cotisations sociales de ces travailleurs permettrait de faire
rentrer des milliards dĠeuros dans les caisses de la protection sociale.
Une
politique qui rprime la solidarit
Le
gouvernement sĠefforce dĠentretenir un climat de suspicion et de peur lĠgard
des trangers et de leurs soutiens : criminalisation de la solidarit,
multiplication des poursuites judiciaires, utilisation des services publics,
services sociaux et des inspecteurs du travail comme auxiliaires de police.
Afin
dĠaligner par le bas les droits sociaux, il fait le choix de la division : le
pouvoir oppose Franais et trangers en agitant le mythe de lĠinvasion de la
France, il oppose les bons immigrs intgrs aux mauvais immigrs, les
trangers en situation rgulire aux sans-papiers, comme il oppose les
salariEs du priv ceux et celles du public.
Une
politique qui instrumentalise lĠimmigration au profit dĠune politique
antisociale et liberticide
Les
trangers sont utiliss comme des boucs missaires afin de dtourner lĠopinion
des vrais problmes : pouvoir dĠachat, protection sociale, retraites,
prcarit, services publics, place des femmes, avenir de la plante,
discriminations.
Cette
politique qui fait systme est aujourdĠhui notamment incarne par le ministre
de lĠImmigration, de lĠintgration, de lĠidentit nationale et du
co-dveloppement. Elle prsente les trangers comme une menace pour "lĠidentit
nationale". Cette conception sĠinspire dĠune philosophie nationaliste et dĠextrme
droite. Elle contribue justifier des politiques scuritaires qui transforment
notre socit en Etat policier. Elle constitue une injure non seulement envers
les trangers, mais galement envers les Franais attachs aux valeurs de
libert, dĠgalit, de fraternit et de respect de la personne humaine. Elle
donne de la France lĠimage dĠun pays qui se replie de plus en plus sur
lui-mme.
Nous
refusons cette politique ultra-librale de casse du code du travail et
salarial, dont les migrs sont les premires victimes. Nous refusons cette
politique europenne dicte par le patronat europen pour une "immigration
choisie", permettant in fine cette dlocalisation sur place, moindre
cot, et mise en concurrence des filires dĠimmigration de travail.
La
libert de circulation des tres humains est une valeur fondatrice de la
civilisation et de la dmocratie.
Ce
projet de socit nĠest pas le ntre !
La socit dmocratique et
solidaire laquelle nous aspirons exige :
LĠarrt de la chasse aux sans-papiers, lĠarrt
des expulsions et la fermeture des centres de rtention,
LĠabrogation de lois stigmatisant les
migrants et bafouant leurs droits,
La mise en oeuvre dĠune autre politique europenne, lĠoppos de lĠEurope
forteresse,
Des droits pour les femmes migrantes qui
favorisent leur autonomie,
LĠabolition de la taxe lĠemploi pour lĠembauche
de travailleurs trangers,
Une politique dĠaccueil des trangers
leur permettant de vivre dignement en France.
Pour une socit
fraternelle et solidaire,
un sursaut citoyen sĠimpose
nous manifesterons tous ensemble
le 5 avril Paris
14H30 Place dĠItalie
* * * *
Document.
Nous reproduisons ci-dessous un article de Mathilde Mathieu
initialement paru sur le site "Mdiapart" propos de la promotion
gouvernementale (Sarkozy, Boutin, Fadela Amara ) des curs, pasteurs, rabbins,
imams, mais finalement surtout des curs :
Le
gouvernement va aider lĠcole prive en banlieue
Par Mathilde Mathieu Cr 21/03/2008 - 10:24
Le ministre de lĠEducation nationale va crer, puis
alimenter, un fonds spcifique pour les tablissements privs qui ouvrent des
classes en banlieue difficile. Ce nouveau dispositif, dont Mediapart dvoile
des dtails, fait bondir les militants laques lĠheure o les professeurs du
public essuient dĠimportantes restrictions budgtaires.
Le ministre de lĠEducation nationale sĠapprte dgager
des budgets inhabituels pour favoriser lĠessor de lĠenseignement catholique
dans les quartiers dfavoriss, bousculant ainsi les rgles traditionnelles de
financement de lĠcole prive, dictes par le principe de lacit. Un vritable
Fonds dĠintervention spcifique, dont Mediapart dvoile les dtails, sera
bientt mis en place rue de Grenelle, pour subventionner la cration dĠune
cinquantaine de classes dans les cits ds septembre 2008, dans le cadre du
plan "Espoir banlieues" annonc par Nicolas Sarkozy, le 8 fvrier.
Ç Cette dcision, prise en catimini, risque de dclencher un
conflit majeur avec les professeurs du public, prvient Daniel Robin,
responsable des questions de lacit au Snes-FSU, principal syndicat du
secondaire. Nous nĠaccepterons pas que lĠEtat supprime des postes en masse dans
les ZEP [zones dĠducation prioritaire] et finance paralllement lĠarrive dĠtablissements
catholiques ! Nous venons de faire grve, je le rappelle, contre la liquidation
de 11.200 postes la rentre prochaine ! La dernire fois quĠun gouvernement a
prtendu favoriser le priv, un million de Franais sont descendus dans la
rue... È.
Critique pour sa concentration dans les centres-villes et sa
mixit sociale dfaillante (deux fois moins dĠenfants boursiers que dans le
public), le secteur priv sous contrat affichait depuis longtemps sa volont de
participer davantage la lutte contre les ingalits, mais rclamait en
contrepartie un coup de pouce budgtaire, des subsides supplmentaires. Ç Il
faut nous faciliter la tche È, avait souffl le nouveau "patron" de
lĠenseignement catholique, Eric de Labarre, lors de sa confrence de presse de
rentre 2007. CĠest aujourdĠhui chose faite.
Si le nombre dĠtablissements aids par le Ç Fonds È reste
limit, voire symbolique en 2008, la cration de ce dispositif spcifique
rvle la volont prsidentielle de faire bouger les lignes, et la
dtermination de lĠcole prive Ç rnover È ( plutt redfinir ) ses
relations avec les pouvoirs publics. Ç Nous sommes dcomplexs È, revendique
aujourdĠhui Fernand Girard, charg du dossier auprs dĠEric de Labarre. Ç Nous
aussi ! È, rpond sans ambages un conseiller de Xavier Darcos, ministre de lĠEducation
nationale...
Des modalits nouvelles de financement
Les deux parties viennent donc de trouver un terrain dĠentente,
sur les contours du Fonds et les modalits de son financement. Sans surprise,
les pouvoirs publics verseront aux tablissements concerns une subvention de
fonctionnement proportionnelle au nombre dĠenfants inscrits (le "forfait dĠexternat"),
une contribution obligatoire
depuis la loi Debr de 1959. Mais lĠEtat devrait galement prendre en charge
une sorte de "forfait dĠinternat", dans les cas o les lves seront
hbergs en pensionnat. Une petite rvolution, puisque cette subvention
particulire nĠa jamais t prvue dans la rglementation Debr. En 1984, une
loi lĠavait exceptionnellement accorde lĠenseignement priv agricole, mais
jamais les filires gnrales nĠen avaient bnfici. Comment le ministre
compte-il donc sĠy prendre, juridiquement, pour faire passer cette hardiesse ?
Ne doit-il pas prsenter un projet de loi ? Ç On regarde, a nĠest pas
totalement boucl È, rpond le conseiller de Xavier Darcos charg de donner
forme au nouveau dispositif avant le dbut du mois dĠavril.
Par ailleurs, le Fonds assumera la rmunration des
enseignants qui travaillent dans cette cinquantaine de classes. Une dcision en
conformit avec la lettre de la loi Debr, mais en contradiction avec une rgle
non-crite, datant de 1985, qui prcise que le nombre de professeurs allous au
priv dpend de la quantit attribue au public. CĠest la tradition dite du
"80-20" : 80% des enseignants pour le public, 20% pour le priv.
Quand le nombre de postes diminue dans le premier, il baisse en proportion dans
le second. Une arithmtique dcline inlassablement depuis plus de vingt ans.
Or en crant le Ç Fonds È, le gouvernement branle ce principe : les postes
affects ce dispositif dpendraient dĠune ligne budgtaire particulire, et
viendraient sĠajouter aux 20% traditionnels. Leur nombre est faible, mais tout
de mme.
Fernand Girard, lĠun des responsables de lĠenseignement
catholique, ne mche dĠailleurs pas ses mots : Ç Le "80-20" nĠest quĠune
rgle coutumire, qui ne figure dans aucune loi. Serions-nous au fin fond de lĠAfrique
?! Nous sommes prts remettre tout ceci plat. LĠcole prive ne travaille
pas pour le catholicisme, pas pour remplir les glises, mais pour les jeunes de
notre pays. È Dans le magazine confessionnel Famille chrtienne, Eric de
Labarre dclarait aussi fin septembre : Ç Nous nĠavons pas lĠintention de nous
laisser enfermer dans une logique de quotas. È Et glissait, en fin juriste : Ç
La loi Debr est moins contraignante quĠon ne lĠimagine trop souvent... È.
Sarkozy sĠengage ds septembre 2007
La liste des ouvertures de classe soutenues par le Fonds
sera donc bientt fixe. Aprs que la direction de lĠenseignement catholique a
lanc en octobre un appel candidatures, quelque 180 propositions sont
remontes des diocses ou congrgations. Fernand Girard, charg dĠeffectuer un
premier tri, devait proposer sa slection ces jours-ci au cabinet du ministre.
Parmi les heureux gagnants : sans doute des structures pdagogiques atypiques,
ddies aux lves dcrocheurs, telles que les Orphelins apprentis dĠAuteuil ou
les Ecoles de production de la rgion lyonnaise. Plusieurs tablissements
franciliens de centre-ville devraient par ailleurs inaugurer des annexes en
ZEP, tandis que des collges dj implants en banlieue baptiseront des classes
supplmentaires. Ç Tout est ouvert È, assure-t-on au cabinet de Xavier Darcos,
Ç condition que lĠaccent soit mis sur la mixit sociale. Ce nĠest pas un
cadeau que nous faisons au priv, plutt un effort que nous lui demandons, dans
le cadre de sa participation au service public dĠducation. È Fernand Girard,
emball, espre pousser lĠavantage et prcise quĠil demandera lĠan prochain au
ministre de revoir son plafond de 50 classes...
Mais comment ce projet a-t-il pu sĠimposer ? Ds 2006, au
cours dĠune convention UMP consacre lĠducation, Emmanuelle Mignon, alors
directrice des tudes du parti, confiait en coulisses : Ç Il faut trouver un
moyen pour que les familles de banlieue puissent bnficier des savoir-faire
des tablissements catholiques et dĠun vrai choix entre cole prive ou
publique. È En 2007, Nicolas Sarkozy reprenait lĠide dans son programme
prsidentiel sans donner de dtails, puis la dclinait, une fois lu, dans sa
lettre de mission Xavier Darcos, en deux lignes : Ç Vous ne dissuaderez pas
les tablissements privs de sĠinstaller dans des quartiers en difficult, au
contraire È... Le prsident de la Rpublique a finalement reu les dirigeants
de lĠcole catholique le 7 septembre, pour en discuter : Ç En ressortant de lĠElyse,
on sĠest dit : "Cette fois, a y est ! Il va nous aider". Simplement,
on se savait pas encore quelle forme a prendrait È, confie aujourdĠhui Fernand
Girard. Manquait surtout une opportunit politique, une fentre de tir. Le plan
"Espoir Banlieues" lĠa justement fournie.
*
* * *
Pas de troupes franaises
en Afghanistan ... et en Irak !
Sarkozy envoie des troupes supplmentaires en Afghanistan.
Leur prsence l-bas n'a strictement aucune lgitimit. Il ne s'agit pas de
combattre le "danger islamiste". Le rgime que ces troupes
soutiennent, dirig par le mafieux Amid Karzai, excute et torture lui aussi au
nom de la charia. Il s'agit de "tenir le rang de la France" dans le
rle de petit caniche des faucons de Washington eux-mmes en difficult. Il
pourrait s'agit de donner des "arguments" aux islamistes pour des
attentats en France, qui, soyons-en conscients, pourraient servir maintenir
l'ordre en cas de crise sociale.
Moins connues sont ces dclarations crites de Sarkozy :
dans une lettre date du 15 mars dernier en rponse Mgr Stenger, vque de
Troyes, qui lui avait crit pour attirer son attention sur la situation des
chrtiens en Irak, on apprend que : Ç cette situation nous proccupe
profondment. JĠai donc souhait, avec le Ministre des Affaires Etrangres,
que la France se rengage en Irak. Notre pays ne peut rester indiffrent un tel drame È.
(Le passage soulign l'est par la rdaction).
Il faut le dfaire, pour le chasser, aussi parce qu'il est
un danger de guerre !
* * * * *
Trois petits mots sur le
Tibet.
On parle beaucoup du Tibet ces temps-ci. Il peut sembler
fort audacieux d'en parler en trois petits mots. Mais nous voulons simplement
rappeler deux vrits de base dont l'oubli, en gnral l'oubli de l'une au
profit de l'autre, empche de rflchir et donc d'agir:
1Ħ) Il y a oppression nationale au Tibet, exerce par
l'Etat chinois.
2Ħ) Cela ne fait pas des Tibtains un bloc homogne pour
autant, et encore moins du dala-lama leur reprsentant lgitime.
Faut-il prciser que ce vieux chef religieux d'une vieille
caste n'a pas plus t lu que les dirigeants de Pkin ?
A partir de l : soutien aux opprims, mais pas tous
ceux qui prtendent parler en leur nom.
* * *
N'hsitez pas nous adresser infos et contributions.
Le numro 12 du bulletin
Militant est disponible (1 Euro).
Abonnement : 10 Euros lĠordre
dĠAssociation populaire dĠentraide
Militant, 18 rue Victor
Mass 75009 Paris.
* * * * *
Militant met votre
disposition une affiche 40X60 cm
"restriction du droit
de grve dans les transports : qui le tour demain ? Abrogeons la loi sur le
service minimum !"
É et un lot dĠautocollants
dont les mots dĠordre sont les suivants :
"sans droit de grve, comment pourra t-on se dfendre ?"
"pour faciliter sa politique, Sarkozy doit limiter le droit de grve"
"le droit de grve nĠest pas ngociable"
"restriction du droit de grve dans les transports : qui le tour demain
?"
"tous unis contre la remise en cause du droit de grve"
Et se terminent par la mme revendication "abrogeons la loi sur le service
minimum"
Ce matriel est disponible au prix suivant :
Affiche : 5 euros les 10
/ Autocollants
: 1, 5 euros les 10
chques lĠordre dĠAssociation populaire dĠentraide
Adresser les commandes :
Franois FERRETTE - 48 rue du Val Noble 61000 Alenon
Devenez correspondant(e) / diffuseur de Militant dans
votre ville ou votre secteur professionnel :
Adressez un chque de 20 Euros
lĠordre dĠAPE,
Militant, 18 rue Victor
Mass - 75009 Paris.