Lettre de liaison n¡19 du 6 avril 2008
Le courage, c'est de
chercher la vŽritŽ et de la dire. Jean Jaurs.
ComitŽ de rŽdaction Žlu ˆ l'assemblŽe gŽnŽrale de
Militant le 8 mars 2008 : Christian BARLO (83) Sylvie BONNIN (03) Olivier
BOUCHARD (75) Jean-Franois CHALOT (77) Dominique CORNET (75) Raymond DEBORD
(75) Olivier DELBEKE (94) Paul ERNST (94) Franois FERRETTE (61) StŽphane
FUSTEC (75) Franck MARSAL (94) Claude MONNIER (91) Houaria MOUALEK (75) Vincent
PRESUMEY (03) Franoise RIOU (75) Ouarda YAHI (75) Kamel ZORGUI (95)
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Sommaire :
La mre de toutes
les contre-rŽformes.
Une dŽcision du
Conseil d'Etat qui mŽrite d'tre connue.
Derrire les
Ch'tis.
N¡12 du Militant
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* * * *
La mre de toutes les contre-rŽformes.
Qui est la mre de toutes les contre-rŽformes ? Le
projet de remodelage des relations sociales et politiques imposŽ par le capital
financier porte certes sur tous les aspects de la vie. La loi sur la
"modernisation du marchŽ du travail" et la recodification du code du
travail donnent le cadre des attaques contre le contrat de travail ˆ durŽe indŽterminŽe.
Les dŽcrets Balladur de 1993, le plan JuppŽ de 1995, la loi Fillon de 2003
contre les retraites et la loi Douste-Balzy contre l'assurance-maladie qui l'a
suivie, et les dŽcrets rŽcents contre les rŽgimes de retraites dits spŽciaux
des cheminots, Žlectriciens, gaziers, traminots ... donnent le cadre des
attaques contre le salaire socialisŽ que constitue, charges
"patronales" comprises, les retraites et la SŽcu. Le tout s'insre
dans un remodelage des relations politiques visant ˆ renforcer le contr™le
local (promotion des "territoires", dŽcentralisation) en mme temps que le pouvoir central
(projet de rŽforme constitutionnelle renforant les pouvoirs prŽsidentiels
notamment en faisant intervenir le prŽsident au parlement), en articulation
avec les lois anti-travailleurs Žtrangers et les reconduites ˆ la frontires de
M. Hortefeux, les attaques contre le droit de grve, la mise en cause de la la•citŽ
et la rŽorganisation de l'armŽe en relation avec Washington.
Mais il est une attaque qui donne un cadre depuis maintenant
des annŽes, un vrai serpent de mer dont les hauts fonctionnaires et les cadres
territoriaux subissent l'endoctrinement depuis des annŽes aussi (d'autant que
leurs carrires et primes en dŽpendent), bien que le public soit privŽ
d'information ˆ son sujet. EngagŽe lorsque, ˆ partir notamment du traitŽ de
Maastricht (1992), il a fallu marier institution de la V¡ RŽpublique nŽe du
coup d'Etat de mai 1958 et institutions dites abusivement "europŽennes"
de l'Union EuropŽenne dont le vrai sige est la Banque centrale de Francfort,
elle s'est d'abord appelŽe, ˆ partir de 1993, "rŽforme de l'administration
territoriale de la RŽpublique", puis "rŽforme de l'Etat" ˆ
partir de 1995, puis LOLF (Loi Organique sur les Lois de Finance) ˆ partir de
2000, et ˆ prŽsent "RGPP".
Avant de voir ce qu'est la RGPP, rappelons que ces
politiques ont toutes ŽtŽ consensuelles, Žlus de droite et de gauche
s'accordant en une touchante sainte alliance ˆ vouloir "moderniser
l'Etat" et tenant fortement ˆ ne pas informer leurs Žlecteurs de mesures
selon eux techniques et
organisationnelles, alors qu'elles sont fondamentalement politiques. La
LOLF, en particulier, fut ŽlaborŽe de concert par les groupes de droite et par
les parlementaires PS -en l'occurrence Laurent Fabius-, le PCF s'abstenant.
C'est pourtant ce serpent de mer lˆ qui a dŽjˆ
produit plusieurs crises sociales. En 2000, les ministres de l'Education (le cŽlbre
Allgre, recyclable aujourd'hui par Sarkozy) ainsi que des Finances et de la
Fonction publique ont sautŽ ˆ cause des vagues de grves des fonctionnaires des
Finances et de l'Enseignement public. En 2003, c'est le mouvement des
enseignants contre la dŽcentralisation des personnels dits "TOSS" qui
a modifiŽ la donne et mis en danger le gouvernement Chirac-Raffarin. Tous ces
mouvements se heurtaient ˆ la mise en oeuvre concrte du serpent de mer RŽforme
de l'Etat-LOLF-RGPP !
La RGPP (RŽvision GŽnŽrale des Politiques
Publiques) est un mot d'ordre central du gouvernement de Sarkozy et Fillon, qui
en ont fait, au lendemain de leur dŽfaite des Žlections municipales et
cantonales, l'axe de l' "accŽlŽration des rŽformes" dont le pays a prŽtendument
besoin. Il ne s'agit de rien d'autre que de l'accŽlŽration d'un corpus de
contre-rŽformes dŽjˆ bien connues, mais qui regroupŽes dŽtruisent purement et
simplement la fonction publique et les services publics :
1¡) Substitution des logiques dites "de
mission" aux logiques de fonction, donc de missionnaires (voire de
mercenaires) aux fonctionnaires : ˆ l'avenir, il n'y aura plus de ministre
mais des administrations temporaires sous le contr™le du prŽsident tout
puissant. Chaque administration aura une "mission" dŽfinie par une
lettre de mission de l'exŽcutif et ŽvaluŽe par un cabinet d'audit sur des critres
de rentabilitŽ. Toutes les missions seront ponctuelles et localisŽes, exit les
principes gŽnŽraux du droit et du service public.
2¡) Externalisation gŽnŽralisŽe, c'est-ˆ-dire
privatisation ou attribution des missions de services publics ˆ des entreprises
privŽes ou au "tiers secteur" associatif, caritatif et clŽrical.
C'est ainsi que l'on peut lire dans les lettres de cadrages de la mise en
oeuvre de la RGPP ministres par ministres, sur le site Internet de Matignon,
que la gestion des CRA (Centres de RŽtentions Administratives : les camps de
sans-papiers en instance d'expulsion) devra tre amŽliorŽe par
l'externalisation, c'est-ˆ-dire confiŽe par la police au privŽ (pour l'hŽbergement
aussi bien, a priori, que pour la surveillance, donc ˆ des agences privŽes de
"sŽcuritŽ", des vigiles).
3¡) Territorialisation et dŽconcentration
administrative : les administrations publiques, comme les H™pitaux, les Žtablissements
appelŽs dans ces projets ˆ remplacer les Žcoles communales en groupant leur
gestion au niveau intercommunal, les lycŽes, les commissariats, les sous-prŽfectures,
deviendront des agences dŽconcentrŽes autonomes (ˆ la faon des universitŽs
dans le modle "PŽcresse") sous l'autoritŽ de chefs responsables a
posteriori de l'accomplissement de leurs missions politiques (et non plus
responsables a priori du service public et des fonctions qui en permettent la
mise en oeuvre), pouvant, de part la souplesse budgŽtaire confŽrŽe par la LOLF,
recruter eux-mmes des agents non titulaires ou externaliser les services (la
restauration par exemple, ˆ Sodexho partout des cantines scolaires aux h™pitaux).
Notons qu'une contradiction existe pour le pouvoir
lui-mme dans la mise en oeuvre de ce dernier volet de la rŽforme de
l'Etat-LOLF-RGPP : l'orientation gŽnŽrale de la "rŽforme", inspirŽe
par Bruxelles et Francfort, voudrait qu'au schŽma d'organisation territoriale
nation-dŽpartements-communes soit substituŽ un schŽma Europe-rŽgions-communautŽs
locales ("communautŽs de communes", "communautŽs d'agglomŽrations"
et "pays"), alors que dans la pratique le dŽpartement s'est de plus
en plus affirmŽ comme l'un des maillons principaux du transfert des missions
publiques (routes, collges, services sociaux ...) et celui qui reprŽsente les
plus gros budgets (cf. les polŽmiques autour de l'idŽe pas neuve du tout de
suppression du dŽpartement contenu dans le rapport Attali).
Et rappelons qu'un maillon important de ces
politiques fut la rŽforme constitutionnelle de Raffarin adoptŽe en mars 2003,
qui fait de la V¡ RŽpublique une rŽpublique "dŽcentralisŽe" et qui a
donnŽ le cadre de la loi d'aožt 2007 organisant de nombreux transferts de
missions et de personnels de l'Etat vers les dŽpartements et les rŽgions. De
par ce texte de 2003 des lois organiques susceptibles d'applications diffŽrenciŽes
d'un territoire ˆ un autre sont constitutionnellement possible, ce qui n'est
pourtant pas (encore) le cas : on voit lˆ un exemple du dŽcalage entre les
intentions de ces messieurs et la rŽalitŽ, ce qu'ils appellent les
"conservatismes".
La RGPP est considŽrŽe ˆ juste titre par le
gouvernement comme le cadre global de toutes les "rŽformes". C'est
ainsi qu'envers l'enseignement public, la lettre de cadrage consultable sur le
site de Matignon rattache ˆ la RGPP, au nom de la "bonne gestion",
les mesures suivantes :
- la suppression de la carte scolaire (les riches
peuvent inscrire leurs enfants o ils veulent, de fait, les autres, de fait,
pas),
- la suppression des samedis matins entra”nant une
rŽduction de 2 heures des horaires scolaires,
- l'envoi des "Žlves en difficultŽ" en
stages de rattrapage pendant les vacances avec des enseignants sous-payŽs en
heures sup'.
- la rŽforme des programmes,
- et le "service minimum" en cas de grve
!
Les propositions de la commission Attali sur
lesquelles on a tant glosŽ ne sont qu'un compendium de mesures du type
"RGPP". Par exemple, il y est proposŽ de faire un "chque
scolaire" aux parents aussi bien dans le public que dans le privŽ, donc
d'augmenter par ce biais les aides ˆ l'enseignement privŽ : le
"novateur" Attali ne fait lˆ que rŽinventer la loi BarangŽ de 1951,
qui en son temps avait provoquŽ contre elle une mobilisation la•que. Cette
proposition pourrait sans problme devenir une mesure "d'efficacitŽ"
au nom de la RGPP.
Bien sžr, nous avons lˆ l'Žclairage nŽcessaire du
"non remplacement d'un fonctionnaire sur deux" annoncŽ pour l'annŽe
prochaine (actuellement ils en sont ˆ un sur trois), soit 38 000 suppressions
de postes notamment dans l'enseignement public. Mais analyser la politique
gouvernementale uniquement comme visant ˆ faire des Žconomies n'est pas exact :
ils sont prts ˆ dŽpenser beaucoup pour arriver ˆ liquider les services
publics.
Pour remplacer les fonctionnaires par des
missionnaires, il faut pouvoir les virer. Au conseil des ministres du 9 avril
arrive une loi sur la mobilitŽ dans la fonction publique (aussi bien d'Etat que
territoriale et hospitalire). Les articles 44 bis et ter de la sous-section
III du projet de loi prŽvoient que "la rŽorientation professionnelle
est la situation dans laquelle peut tre placŽ le fonctionnaire dont l'emploi a
ŽtŽ supprimŽ ou modifiŽ de faon substantielle". Au bout de deux ans, celui-ci "peut
tre placŽ d'office en disponibilitŽ" c'est-ˆ-dire qu'il n'est plus payŽ et ˆ le droit
d'aller quŽmander ailleurs. Par exemple, de nombreux postes de professeurs
certifiŽs, agrŽgŽs ou de lycŽe professionnel ont ŽtŽ supprimŽs ces dernires
annŽes dans des matires assez spŽcialisŽs dans l'enseignement professionnel et
technologique, les suppressions de filires anticipant ici sur le dŽveloppement
de l'apprentissage contr™lŽ par le patronat et massivement subventionnŽ par les
RŽgions. Mais ces enseignants aux postes supprimŽs, non "recasables"
directement dans leur spŽcialitŽ, sont encore payŽs et sont en position de
remplaants ou de faisant fonction dans des domaines plus ou moins proches de
leurs spŽcialitŽs. Evidemment cela "cožte" ˆ l'Etat (un "cožt"
qui rŽsulte des suppressions de postes). Avec ces dispositions sur la
"mobilitŽ", ils pourront tre "mis en disponibilitŽ" sans
salaire au bout de deux ans.
Bien entendu, une mobilisation unie, commenant par
une information correcte, des personnels concernŽs est nŽcessaire immŽdiatement.
Mais au delˆ c'est bien la question du tous ensemble, pour stopper Sarkozy et
Fillon, qui est posŽe. Il n'y a pas de fatalitŽ : ils sont minoritaires, il
faut les dŽfaire pour les chasser.
* * *
Une dŽcision du Conseil d'Etat qui mŽrite d'tre
connue.
Le Conseil d'Etat, d'aprs le site de l'ARF
(Association des RŽgions de France) s'apprte ˆ annuler le dŽcret de dŽcembre
2005, en application de la loi de dŽcentralisation d'aožt 2004, qui transfŽrait
les agents des lycŽes aux RŽgions et ceux des collges aux DŽpartements !
Voila une nouvelle qui mŽriterait un minimum de
publicitŽ de la part des Žlus de gauche et des syndicats, non ?
Le Conseil d'Etat a dŽcouvert un vice de forme
incontournable dans la manire dont les transferts se sont faits : des
commissions auraient dž tre constituŽe et dŽfinir le nombre d'emplois et de
fractions d'emplois transfŽrŽs et la liste nominative des agents y exerant
leurs fonction, toutes choses qui auraient dž tre soumises aux comitŽs
techniques paritaires pour avis avant les transferts. Mais en rŽalitŽ les prŽfets
ont appliquŽ les ordres qui Žtaient d'aller ˆ toute allure.
Du point de vue juridique, il devrait y avoir lˆ de
quoi faire un sacrŽ pataqus. Rappelons que ces transferts sont intervenus en
application de la dŽcentralisation et dans le but de rŽgionaliser toute l'Education nationale. Renationaliser
le systme serait une mesure dŽmocratique ŽlŽmentaire ˆ condition bien entendu
de maintenir tous les progrs indemnitaires que les agents ont souvent obtenus
des collectivitŽs locales au passage, pour faire passer la pilule, et qui sont
plus que justifiŽes dans ces catŽgories maltraitŽes et sous-payŽes.
Mais Jacques Auxiette, prŽsident PS de la RŽgion
Pays de Loire et prŽsident de l'ARF, ne voit lˆ qu'une "faute de procŽdure"
qui ne doit pas crŽer "un bazar pas possible" (sic : comme si ce n'Žtait
dŽjˆ pas le bazar ! ) pour les 90 000 agents concernŽs, en clair il veut les
garder dans les RŽgions et les DŽpartements, et il est d'accord avec
l'intention du commissaire du gouvernement auprs du Conseil d'Etat de diffŽrer
l'application de l'annulation au 1¡ janvier 2009, de faon ˆ trouver un biais
juridique et administratif pour que rien ne soit changŽ aux transferts ...
Voila comment ces messieurs se moquent de leur
propre lŽgalitŽ et de leurs propres procŽdures ! Et voila qui montre bien le
consensus rŽel existant sur l'ensemble de la dŽcentralisation-rŽforme de
l'Etat-RGPP.
Contre Sarkozy, brisons le consensus !
* * * *
Derrire les Ch'tis.
Bienvenu chez les Ch'tis, le film de Dany Boon, a fait 16
millions d'entrŽe. Le quart de la population est allŽ le voir, alors qu'il n'y
avait pas eu de battage publicitaire sortant de l'ordinaire au dŽpart. La masse
des salariŽs d'‰ge moyen y est allŽe, alors que le film est un peu moins
populaire chez les jeunes, qui semblent moins gožter cette forme d'humour. Mais
celle-ci n'est pas du type "Bigard", grossier, sexiste et fondŽ sur
la violence sociale. Evidemment, c'est un peu gros, c'est basŽ sur les accents
et les gros mots, et il y a mme une scne de cuite que l'on n'oserait plus, en
ces temps de biensŽance hypocrite, prŽsenter comme comique dans bien d'autres
films. Evidemment ce n'est probablement pas un chef-d'oeuvre immortel du cinŽma.
La question n'est pas lˆ. Psychologiquement, socialement, politiquement, il
s'est passŽ quelque chose autour de ce film qui doit nous intŽresser en tant
que militants.
L'histoire aurait pu tre imaginŽe bien avant tant
elle s'est rŽellement produite plus d'une fois : un fonctionnaire du
"Midi" est mutŽ dans le "Nord"', il le vit comme une
catastrophe, mais il est tellement bien accueilli par les Ch'tis qu'il pleurera
quand il lui faudra repartir. Lˆ-dessus, se brodent diverses pŽripŽties mais
l'essentiel est lˆ. Et dans cette trame nous avons, sans doute inconsciemment,
une imagerie de l'identitŽ nationale franaise qui se joue : du Midi ou du
Nord, tous des braves gens, tel est en gros le "message". Le Midi
marseillais et le Nord-Pas-de-Calais Žtant les deux extrmes par rapport ˆ
Paris, mais sŽparŽs souvent par des reprŽsentations mŽprisantes que les mŽprisŽs
peuvent se construire les uns envers les autres, leur association fonde le
comique et une tendresse rŽelle, que la masse du public, puisque ce sont les
masses qui sont allŽes voir ce film, Žprouve profondŽment sans doute aucun.
Qui plus est, il n'est pas indiffŽrent du tout que
les hŽros du film soient des salariŽs, et mme des petits fonctionnaires ou
ex-fonctionnaires : des postiers ! Et qui visiblement ne sont pas trs
rentables, mais sont au coeur de la vie sociale et sentimentale de leur citŽ !
Le Nord-Pas-de-Calais est la rŽgion la plus ouvrire
de France, depuis longtemps, elle a ŽtŽ sinistrŽe par les liquidations
d'industries dans les mines, le textile, la mŽtallurgie ...
Comme sa soeur, la Wallonie belge, elle a ŽtŽ systŽmatiquement
associŽe ˆ une image de "perdants", ˆ laquelle est opposŽe, dans le
cas belge, la Flandres soi-disant "gagnante"; et dans la vie et les
relations sociales du dŽpartement du Nord, la redynamisation de la ville de
Lille comme nouveau p™le "branchŽ". Mais la masse des gens du Nord,
exploitŽs, puis mis au rebut, ont ŽtŽ dŽvalorisŽs -une dŽvalorisation morale
qui reflte la dŽvalorisation de la force de travail dans le capitalisme
contemporain. Cette dŽvalorisation a culminŽ dans les affaires de
Bruay-en-Artois dans les annŽes 1970, puis Dutroux en Belgique dans les annŽes
1990, qui ont mis en scne la transformation des enfants des prolŽtaires mis au
rebut en choses de pervers ou sadiques aisŽs, l'affaire d'Outreau quant ˆ elle
ayant montrŽ ensuite la tendance de l'appareil judiciaire ˆ considŽrer effectivement
comme coupables, c'est-ˆ-dire comme "pŽdophiles et consanguins", le
peuple ouvrier et ch™meur du Nord, conduisant ˆ une erreur judiciaire massive
-pour combien d'erreurs non dŽbusquŽes ?
La mentalitŽ des hauts fonctionnaires de la justice
et de la police qui ont sŽvi dans l'affaire d'Outreau, comble de la haine
sociale et du mŽpris pour les gens du Nord, c'est cela mme qui est contredit
tranquillement par l'affluence populaire pour voir un film sympathique sur eux.
On est donc en droit de se demander si l'opŽration de la banderole de
supporters du PSG du club "Boulogne boy's", ChÕtis ch™meurs, pŽdophiles
et consanguins,
n'est pas directement une rŽponse ˆ ce sentiment -il y a aussi une banderole
qui joue un certain r™le, inverse, dans le film. Le message des abrutis
fascisants qui ont organisŽ cette saloperie et de leurs complices, dont la
psychologie, comme toujours avec cette engeance, est parente de celles des
juges et des policiers traqueurs de Ch'tis pŽdophiles fantasmŽs ˆ Outreau,
n'est pas seulement un "message de haine" contradictoire au
soi-disant "esprit du foot" : par sa connotation sexuelle et gŽnŽtique,
il exhibe les fondements sociaux des fantasmes racistes.
Les 16 millions de spectateurs ˆ mettre dans la
balance de l'autre c™tŽ sont finalement bien rassurants ...
VP.
* * *
Chronique de Jean-Franois Chalot.
Ç Islam la
dangereuse È d'Henri Scaillet
2002
Confusion
et perte de repres
Je
viens de recevoir cette brochure de 95 pages Žcrite par un auteur belge, ancien
professeur de physique... J'avais un pressentiment avant d'ouvrir ce petit
livre et effectivement ma crainte Žtait justifiŽe.
L'auteur,
quelque peu obnubilŽ par son expŽrience en arrive ˆ confondre religion
musulmane et intŽgrisme.
N'Žcrit-il
pas Ç qu'il ne para”t pas y avoir de musulmans tempŽrŽs en opposition aux
musulmans violents et totalitaires. Tous suivent le Coran et tous ont la mme
vision d'un coran qui rgle la vie des hommes È!? Tant de confusion et
d'amalgame ne peuvent que donner des arguments aux Tariq Ramadam qui combattent
les musulmans la•ques.
Si
en France la loi du 15 mars 2004 a pu voir le jour c'est parce que de nombreux
citoyens de toutes origines et notamment des femmes de confession musulmane se
sont opposŽs ˆ l'islamisme radical !
Des
Ç imbŽciles È, des sectaires ou des anti-la•ques pourraient en dŽduire que
l'auteur est raciste ! Une telle affirmation ne pourrait qu'entretenir lˆ une
autre confusion et s'inscrire dans un dŽlire calomniateur.
L'auteur
de ce livre se trompe mais sa rŽflexion et son analyse ne procdent pas du
racisme, loin de lˆ.
D'une
affirmation que beaucoup partagent: Ç les religions sont des dangers pour
l'humanitŽ È, l'auteur en dŽduit que la religion islamique est la plus
dangereuse, oubliant par lˆ mme le combat menŽ par ceux et celles qui se rŽclament
d'un islam des lumires !
Il
reprend ˆ son compte les analyses artificielles d'une certaine Ç gauche È qui
prenant le contre pied des islamo-gauchistes en arrivent :
- ˆ
justifier la guerre du Golfe -ce que fait l'auteur en regrettant que Bush pre
n'ait pas ŽtŽ jusqu 'au bout en 1991 !
- ˆ
soutenir de fait la politique de spoliation et de rŽpression menŽe par le
gouvernement d'Isra‘l contre le peuple palestinien.
Oui
! Ç L'homme doit passer avant les religions È mais il faut, pour combattre tous
les clŽricalismes et tous les fanatiques religieux ne pas renvoyer d'une faon
ou de l'autre les familles musulmanes, chrŽtiennes ou juives dans les bras des
intŽgristes.
Cet
auteur qui, en plus se rŽclame du Ç monde libre È (!?) entretient la confusion
et dessert la cause qu'il dŽfend.
Il
faut discuter, dŽbattre encore en refusant toute alliance contre nature ...Les
intŽgristes et l'impŽrialisme sont des frres jumeaux, voire parfois des alliŽs
de circonstance qu'il faut combattre avec Žnergie et dans la clartŽ.
Jean-Franois
CHALOT
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grve, comment pourra t-on se dŽfendre ?"
"pour faciliter
sa politique, Sarkozy doit limiter le droit de grve"
"le droit de grve
nÕest pas nŽgociable"
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droit de grve dans les transports : ˆ qui le tour demain ?"
"tous unis
contre la remise en cause du droit de grve"
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